Flux RSS

Tunisie, Egypte, Jordanie, Yemen: espoirs et craintes

Les révoltes qui soulèvent actuellement les peuples arabes contre leurs dictateurs suscitent de la joie, de l’espoir et puis aussi des craintes.

Il est toujours réjouissant de savoir que des peuples opprimés par de cruelles dictatures trouvent le courage de se réunir pour les renverser. C’est encore plus réjouissant quand ces révoltes adviennent dans un calme relatif, sans trop d’effusion de sang. On ne saurait toutefois oublier que la révolution tunisienne a commencé par l’immolation par le feu d’un jeune homme, qu’il y a eu près de deux cents morts.

On ne saurait également oublier que la révolution égyptienne a été précédée par des attentats meurtriers contre les Coptes et que le peuple égyptien dans son ensemble compte ses morts.

Il en a fallu du courage pour que les peuples arabes se lèvent contre des dictatures protégées par des polices terroristes. Le fait que les armées tunisienne et égyptienne se soient comportées en “armée du peuple” et se soient ralliées à la cause de leurs concitoyens n’est pas une garantie de démocratie. Les dictateurs sont presque toujours des militaires soutenus par l’armée.

L’expérience de la révolution iranienne démontre qu’un peuple peut renverser un tyran pour se soumettre à un autre. Les Iraniens sont passés de charybde en scylla, de la dictature du Shah à celle des ayatollahs. On peut craindre aujourd’hui que la même chose ne se produise dans les pays arabes: renversement des dictatures militaires au profit de la dictature islamique.

Les médias, les experts, les commentateurs prétendent qu’il n’y a pas plus de leader en Tunisie qu’en Egypte, que les révoltés ne sont que le peuple, rien que le peuple, qu’aucun parti,aucune force particulière dirige ou télguide les mouvements de révolte. On s’interroge dans la sphère du politiquement correct sur le pouvoir de la confrérie des Frères musulmans tout en nous assurant qu’ils n’ont pas de volonté hégémonique.

Mais quand on évoque les salafistes, dont tout le monde convient de dire qu’ils sont dangereux pour la démocratie, curieusement, journalistes et experts bottent en touche comme si la question ne mériterait pas d’être posée.

Les médias nous ont fait entendre des Égyptiens, soigneusement choisis pour la démonstration, vitupérer contre les Américains et Israël qui seraient responsables de tous leurs maux et soutiendraient leur allié Moubarak, coute que coute contre la volonté populaire.

En Tunisie, une synagogue a été incendiée. Provocation? Bouc émissaire?

Il semble d’ores et déjà que ces révoltes arabes risquent de démontrer une fois de plus qu’il est difficile de passer de la dictature militaire à la démocratie et que la renversement d’une dictature militaire ne peut conduire qu’à l’instauration d’une dictature islamique.

Les médias et leurs experts confondent, à bon ou mauvais escient, révolte et révolution. Or, pour l’instant, nous assistons à des révoltes, pas à des révolutions, c’est à dire une transformation profonde et générale des systèmes de gouvernance en place. Pour qu’il y ait une véritable révolution, il faudrait que des leaders nouveaux nantis de programmes nouveaux se dégagent.  Alors qu’en Tunisie des personnalités politiques bannies par Ben Ali tentent de faire passer leurs idées, il ne semble pas que ce soit le cas en Egypte, d’après les informations qui nous sont données. En effet, nos médias focalisent sur le prix Nobel El Baradei tout en nous expliquant qu’il n’est pas suivi. Ils nous décrivent l’implantation dans les campagnes des Frères musulmans tout en nous assurant qu’ils n’ont pas l’intention de prendre la situation en main. Confusion, désinformation, information partielle et autocensurée pour satisfaire au politiquement correct.

Nous savons d’ores et déjà que la révolte actuelle avec des slogans que peuvent comprendre les occidentaux (certains en anglais à leur destination), est une révolte urbaine qui touche presque exclusivement les grandes villes tandis que la population rurale, majoritaire dans le pays, soutient Moubarak. Cette opposition entre la sociologie du monde urbain et du monde rural explique sans doute pourquoi Moubarak peut se permettre de rester en place et gagner du temps pour passer le relais à ses alliés politiques.

Le point commun entre la Tunisie, l’Egypte, la Jordanie et le Yemen est leur appartenance au monde arabe et le rêve d’unifier l’Oumma dans un mouvement pan arabique par définition déterminé par les préceptes de l’Islam dont ses ambitions hégémoniques.

Dictature militaire? dictature islamique? La jeunesse du monde arabe pésera-t-elle assez lourd pour dessiner une troisième voie?

Inch Allah!

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 49 followers