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Bains d’homme à Okawville. II-Okawville, station thermale


II-Okawville, station thermale

L’hôtel où séjournèrent Emilie et sa mère http://www.stltoday.com/travel/ghost-tours-explore-the-unknown/article_c9a4a750-9cf3-57ff-8e58-2b482160afc2.html

La mère prenait les eaux à chaque saison estivale lorsqu’elle vivait en France. La cure. Enfant déjà, elle accompagnait sa mère à Salies-de-Béarn, dans les Pyrénées. Adulte, chaque année elle séjournait à Dax, Néris-les-Bains ou Barbotan-les-Thermes. Installée aux Zétazunis, elle n’aurait pour rien au monde renoncé à son rituel qu’elle pouvait satisfaire sur place quand elle ne retournait pas en France car elle avait dégotté une petite station thermale pas trop éloignée de Saint-Louis, Okawville dans le sud de l’Illinois au milieu des champs de maïs. Le village avait été fondé en 1838 sous le nom de Bridgeport puis avait changé rapidement de nom sous l’impulsion de sa communauté d’origine allemande. Emilie ignorait les raisons de ce changement de nom mais elle avait remarqué que certaines entreprises locales le portaient encore et supposait qu’il reflétait des conflits historiques toujours latents entre indiens, anglais, français et allemands. Les indiens Okaw ou Kaskaskia avaient été découverts par le père Marquette, missionnaire chrétien baptisé Makata Kira-robe noire- par ses ouailles, et Louis Joliet alors qu’en 1632 ils exploraient le Misisipiwe. Les Okaws et les autres tribus indiennes amies de l’Illiniwe, Peoria, Cahokia, Tamaroa, Metchigamea et Moingwena, s’étaient mises sous la protection des français contre les Iroquois qui leur faisaient la guerre pour garder le monopole sur la fourrure de castor, armés par les hollandais, puis par les anglais dont ils devinrent les alliés. En prenant connaissance de cette histoire, Emilie voyait les mornes champs de maïs d’Okawville s’ouvrir pour laisser échapper de leurs entrailles tout un monde d’indiens chassant le bison, de trappeurs européens posant des pièges à castors, d’Iroquois scalpant leurs chasseurs rivaux, de curés agitant leur goupillon, de soldats brandissant leur épée et plantant leurs drapeaux dans les terres conquises. Elle voyait aussi en arrière fond de l’agitation des chasseurs et des guerriers toutes ces femmes oubliées de l’histoire qui assuraient leur subsistance et leur survie en accommodant leur nourriture cousant leurs vêtements, pansant leur plaies, entretenant le foyer sédentaire ou nomade, assurant le repos du guerrier, lui donnant une descendance, l’élevant et prenant en charge les vieillards.

Okawville avait connu son heure de gloire dans les dernières décennies du XIXème siècle quand un médecin allemand y avait découvert des sources minérales très riches en fer, propices à soigner toutes sortes de maladies, en particulier les rhumatismes et  les troubles digestifs. La vertu de ces eaux de source avait été découverte accidentellement par un artisan sellier qui s’irritait de voir fuir ses seaux métalliques. Emilie avait lu que, dans un premier temps, le sellier s’était retourné contre son quincailler qui avait remplacé la marchandise sans succès. Les seaux et les bassines continuaient à fuir. Une dispute avait alors éclaté entre les deux artisans qui s’accusaient mutuellement d’escroquerie, l’un pour oser vendre de la marchandise défectueuse, l’autre pour essayer de lui soutirer du matériel à bon compte. Un médecin du village, alerté par ce raffut avait eu une intuition scientifique et ordonné des analyses qui avaient révélé que cette eau était extraordinairement riche en fer. Non seulement la découverte désamorça le conflit qui commençait à prendre des proportions inquiétantes pour la paix locale mais les villageois comprirent tout de suite son intérêt. Emilie s’était demandé à la lecture de cette histoire si les Indiens Okaw avaient eu connaissance des qualités de cette eau, s’ils en avaient fait usage et comment mais il n’en était fait mention nulle part dans les documents qui lui étaient accessibles. Ce genre d’omission avait le don de l’irriter car il traduisait un ethnocentrisme nuisible à la compréhension de l’histoire puisqu’il privilégiait l’idéologie et la politique au détriment des faits.

La région avait été investie par des immigrants allemands qui avaient fréquenté les sources thermales de Carlsbad et Baden-Baden comme curistes ou ouvriers. Traditionnellement, dans toute l’Europe et depuis des siècles, les gens avaient coutume de prendre les eaux, une pratique qui avait fait la fortune de nombre de villages qui s’étaient développés autour de ce commerce à la fois médical et ludique qui attirait toutes les couches sociales. En Allemagne particulièrement, les médecines naturelles étaient très prisées. On s’y soignait avec des plantes, des eaux minérales mais aussi à l’homéopathie découverte par Hahnemann, un médecin du pays. Les immigrés germaniques avaient d’ailleurs créé un institut d’homéopathie à Saint-Louis et cette thérapie avait fait ses preuves au cours de la grande épidémie de choléra de 1848 à 1853. Elle était prise au sérieux tout en suscitant conflits et polémiques au sein du corps médical. Les traitements homéopathiques étaient généralement associés à des règles d’hygiène et la prise d’extraits minéraux et végétaux. Au regard de cette pratique, l’annonce de la découverte des sources ferrugineuses d’Okawville trouva un écho très favorable parmi la population de la région qui vit là une occasion inespérée de recréer les rites sanitaires de l’Europe du Nord et de l’Est. Okawville allait devenir le Carlsbad de l’Illinois.

Okawville entretenait des liens étroits avec Saint-Louis dont elle était distante de 80 km. La capitale de l’état du Missouri, Porte de l’Ouest commémorée désormais par une immense arche de métal argenté, étape sur la transaméricaine 66, était plantée au confluent du Mississipi et du Missouri sur des terres fertiles et verdoyantes. Le climat continental, y était rude avec des températures sibériennes en hiver et tropicales en été. Emilie y avait connu des froids glaciaires qui brûlaient le moindre centimètre de peau exposé à l’air libre et des étés à l’humidité torride qui coupait la respiration. Les alertes publiques à la tornade, en toutes saisons, invitaient les habitants à se réfugier au sous-sol de leur bâtiment, parfois en pleine nuit. Ces excès climatiques désastreux pour la sécurité des biens, des personnes, des animaux et de la végétation produisaient des effets de toute beauté, comme le sleet. Lorsque le froid intense gelait immédiatement les précipitations de neige fondue, tous les reliefs étaient instantanément gainés d’un étui de glace qui faisait ressortir leurs formes en étincelant au soleil qui ne manquait pas de succéder aux chutes célestes. On se croyait dans un palais de cristal tel qu’il est décrit dans certains contes traditionnels. Chaque brin d’herbe, chaque branche, chaque feuille était enfermé dans une gangue de glace transparente et parfaitement régulière.  Emilie se souvenait de l’un de ses vols de départ quand l’avion survolait à basse altitude un paysage gelé étincelant de mille feux lui conférant une légèreté irréelle. Elle n’ignorait pas que la réalité était moins artistique. Les câbles électriques s’effondraient sous le poids de la glace privant des quartiers entiers d’électricité et de téléphone pendant plusieurs jours. Les plantes étaient littéralement cuites par le gel. L’activité économique était réduite faute de pouvoir circuler sur des routes transformées en patinoires et les déplacements pédestres, même pour se rendre d’une maison à son garage étaient périlleux. Les chutes étaient nombreuses.

Au XIXème siècle, Saint-Louis était l’une des villes les plus riches et dynamiques des Zétazunis, son  deuxième port en tonnage et sa quatrième capitale économique. La prospérité de Saint-Louis profitait à Okawville Fondée par des trappeurs français et capitale de la grande Louisiane avant qu’elle ne soit rétrocédée en 1803 par Napoléon Bonaparte aux Etats-Unis, elle était devenue à la faveur de l’industrialisation le lieu de regroupement des immigrants allemands qui avaient aussi et progressivement investi les campagnes voisines de l’Illinois et du Missouri, pour y développer des cultures céréalières mais aussi pour y planter de la vigne comme à Hermann. La winery, le vignoble, qui produisait du bon vin fabriquait aussi une boisson qu’Emilie chérissait entre toutes, le cherry wine. Une spécialité confectionnée à base de cerises du Wisconsin, traitées comme le raisin, qui donnait une boisson ressemblant au vin rouge mais à l’arôme prononcé de cerise, douce sans être moelleuse et faiblement alcoolisée. Son cousin David la lui avait fait connaître en lui racontant qu’il avait découvert son existence en lisant Mark Twain qui en parlait avec tellement d’enthousiasme qu’il n’avait eu de cesse de s’en procurer. Le cherry wine était en effet un produit local disponible en quantités modestes sur les étagères des supermarchés et pratiquement ignoré du reste du pays. Depuis l’époque où enfant elle se gavait de cerises en se perchant dans les arbres plantés au milieu des rangs de vigne sur la propriété de son grand-père, Emilie n’avait cessé de traquer la cerise sous toutes ses formes. Au sirop ou à l’eau de vie, en griottes macérées dans le kirch finement recouvertes de chocolat noir, dans les clafoutis, en confiture, l’amaretta italienne, en liqueur dans la vichnewka polonaise ou dans la bière belge lambic Kriek. La cerise n’était pas seulement une friandise qu’Emilie appréciait, c’était tout le symbole de pratiques communes à sa grand-mère polonaise et à son aïeule périgourdine qu’elle n’avait pas connues. Son père lui avait rapporté qu’au début de l’été, sa mère entassait dans un grand bocal des cerises saupoudrées de sucre. Puis elle recouvrait le récipient d’un papier percé de trous minuscules et le posait au soleil sur le rebord de la fenêtre. Après quelques temps, le mélange fermentait, moussait, pétillait puis se calmait pour donner une liqueur d’un beau rouge, sucrée, alcoolisée et parfumée. Emilie avait tenté l’expérience avec succès et se réjouissait chaque fois qu’elle la réitérait.

Côté périgourdin, sa mère lui avait raconté que son aïeule Lydie remplissait de cerises son bourricou, un panier en vime tressé typique du bergeracois, le posait sur sa tête pour partir les vendre au marché de Castillon-la-Bataille. Lucie précisait, ce qui n’était pas très vraisemblable, que Lydie parcourait une dizaine de kilomètres pieds-nus car elle était trop pauvre pour se payer des chaussures. L’aïeule était dépeinte comme une allégorie de la paysanne méritante qui vit chichement de son dur labeur pour assurer à sa descendance une vie confortable. Pour ce qu’Emilie en savait, même en remontant 4 générations en arrière, sa famille maternelle n’avait jamais été misérable au point de compter sur des queues de cerises pour assurer sa subsistance et d’aller nu-pieds faute de posséder une voiture à cheval. Il n’empêche, l’anecdote même fantaisiste, donnait aux cerises la saveur particulière de l’existence d’une aïeule.

La découverte des vertus de la source du village se répandit comme une trainée de poudre parmi les différentes communautés germaniques de la région enchantées de pouvoir renouer avec leur médecine traditionnelle et ravies d’avoir une occasion supplémentaire de renforcer des liens communautaires déjà très forts. Les premières  personnes venues tester, sur les conseils et sous la surveillance de leur médecin, les eaux merveilleuses y avaient été miraculeusement guéries de leurs douleurs, , et l’une d’entre elles, Madame Schierbaum, femme de pasteur luthérien, avait persuadé son époux d’y ouvrir un hôtel. Arrivée à Okawville à moitié paralysée, elle avait rapidement retrouvé toute son agilité et sa souplesse. Elle était donc extrêmement motivée pour faire connaître les mérites de la source dont elle était la meilleure ambassadrice. Elle avait été suivie par d’autres entrepreneurs et Okawville devint rapidement le rendez-vous obligé des bourgeois de Saint-Louis. L’aventure commerciale devait toutefois connaitre plusieurs drames au cours de la construction et de l’aménagement des hôtels. Une chaudière explosa tuant plusieurs personnes, un hôtel prit feu et fut réduit en cendres, Alma Schultze, l’épouse du jeune Ben Schierbaum disparu et celui-ci se suicida en se faisant exploser la tête, son sang giclant jusque sur les murs et le plafond du hall de l’hôtel, une scène effrayante pour le représentant de commerce qui la découvrit ; un entrepreneur fut écrasé par un train. Ces disparitions tragiques contribuèrent à répandre l’idée que le site était hanté par les âmes des victimes. Lorsqu’Emilie s’installa à l’Original Springs Hotel, l’unique vestige de la grande époque de la station balnéaire, le personnel et les hôtes racontaient d’étranges histoires de fantômes. Une Dame Blanche avait fait plusieurs apparitions. Une fantôme ne pouvait être qu’Alma car toutes les autres personnes qui avaient péri dramatiquement au cours de l’édification des thermes d’Okawville étaient des hommes. Rien ne disait d’ailleurs qu’ils n’étaient pas responsables des frottements, des craquements et des chuintements qui troublaient la sérénité des maisons les plus anciennes du village. Nombreux étaient les habitants d’Okawville qui, depuis une centaine d’années, avaient vu ou entendu des choses bizarres et la gazette locale, l’Okawville Times s’en était fait l’écho.

Quand Lucie et Emilie débarquèrent à Okawville, le village ne comptait plus que quelques centaines de foyers, deux ou trois commerces et un unique hôtel qui exploitait la dernière source en activité. Le village était misérable, déserté, les quelques familles cossues qui y vivaient s’étaient barricadées dans leur magnifique demeure de style néo-classique bardée de hautes colonnes doriques blanches sur la façade ouvrant sur une vaste pelouse agrémentée de sycomores. Sa population était majoritairement constituée de blancs dont la moitié d’ascendance germanique, un profil minoritaire en Illinois qui comprend une forte population afro-américaine. C’était assez dépaysant pour Emilie qui côtoyait à University City une population très mélangée. Elle se dit qu’elle était chez les Red Necks, au cœur de l’Amérique des petits blancs et rebaptisa Okawville en Ploucville, non tant à cause de ses habitants peu visibles mais de sa situation géographique et de son aspect très rustique. Elle en fit part à sa mère et, pour une fois, elles piquèrent ensemble un fou-rire. Il n’y avait toutefois pas de mépris dans leurs considérations mais le sincère amusement de se retrouver dans une situation inhabituelle. C’était particulièrement vrai pour Emilie qui était habituée à des représentations autrement plus sophistiquées d’une Amérique glamour, riche, dynamique, créative, farcie de hautes technologies et à la pointe du modernisme. Même le chiche décor de Bagdad Café, ce film qui avait eu beaucoup de succès en France, paraissait sophistiqué à côté du paysage d’Okawville parce qu’il montrait l’exotique désert tandis que des champs de maïs au mois de novembre, ce n’est que de la terre noire et boueuse à perte de vue. Un peu comme les champs de betteraves en Picardie et ça, les français ne s’imaginent pas le voir aux Zétazunis de Michael Jackson et de Bill Gates. Emilie n’’avait pas eu connaissance en Illinois de rigolos à l’image des Fatal Picards en Picardie, ces rockers ayant pris pour emblème une betterave ceinte d’un bandeau comme le maure corse.

L’Original Springs Hôtel était construit en bois et en briques rouges apparentes sur les côtés. Il avait brûlé plusieurs fois pour être chaque fois reconstruit tout en conservant quelques éléments anciens. Il arborait une façade de planches peintes en blanc, assez vieillotte avec ses décorations de guirlandes vertes et ses cocardes comme on en voit dans les westerns ou les bandes dessinées de Lucky Luke. Emilie avait de sérieuses références en iconographie et pour les westerns, Morris était la meilleure à ses yeux. Une galerie à la balustrade ajourée entourait le bâtiment sur trois côtés. Un escalier de bois menait au perron par lequel on accédait au lobby. A la vue de ce tableau, elle imagina des couples danser le quadrille, la polka ou la valse, les femmes en robe longue et bonnet de coton blanc, les hommes en chemise blanche et pantalon noir retenu par des bretelles. Emilie apprit plus tard que les gens y avaient effectivement beaucoup dansé mais plutôt dans les salles de bal des hôtels ou autour du kiosque à musique. Pendant ses années de prospérité, Okawville avait été une station de villégiature gaie et festive.

Comme la plupart des constructions de la région, le bâtiment de l’hôtel était ramassé du côté de la rue au-dessus de laquelle dominaient un rez-de-chaussée surélevé et un petit étage mais en réalité il comportait quatre niveaux visibles à l’arrière, situés en contrebas de la façade. Côté parking, l’hôtel s’étendait sur une assez grande superficie. Emilie avait remarqué que, dans la région, les maisons individuelles étaient généralement construites à cheval sur un monticule naturel ou artificiel ce qui, depuis la route ou l’allée qu’elles bordaient ne permettait pas de deviner leur importance. Elle trouvait du charme à la surprise que réservait cette disposition particulière quand on pénétrait à l’intérieur, en général très ouvert par des baies vitrées sur le jardin arrière ; Elle se demandait si cet agencement était destiné à tromper les prédateurs potentiels,. Souvent, une terrasse en rondins prolongeait le séjour et offrait une jolie vue sur une piscine et des arbres, parfois vestiges de forêts antérieures à la construction. Derrière l’Original Springs, il n’y avait pas d’arbres mais l’intérieur était suffisamment vaste et étagé pour paraître spacieux et recéler une petite pièce inaccessible, une sorte de grenier dont personne ne connaissait la fonction ce qui lui conférait un mystère associé immanquablement aux fantômes réputés hanter les lieux.

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Nuages sombres au-dessus des champs entourant le village d’Okawville   http://fox2ch.websitetoolbox.com/post/Chriss-Corner-Week-of-April-29-2012-5822146

Les deux femmes gravirent le perron de bois et pénétrèrent dans le lobby au fond duquel, près du comptoir, chauffaient deux cafetières qui dégageaient l’arôme acide caractéristique du café américain. Gaétan s’était garé sur le parking pour transporter les bagages de plein pied dans la chambre. Elles s’annoncèrent, remplirent les formalités d’usage, récupèrent leur clef et suivirent les indications de l’hôtesse pour gagner leur chambre. On y accédait en descendant un étroit escalier qui dégageait cette odeur de trichlo, très répandue aux Zétazunis. Au cœur de l’hôtel, sous une superbe charpente en bois massif, se trouvait une piscine agrémentée de véritables plantes vertes. Les poutres de bois acajou et la galerie qui dominaient la piscine étaient magnifiquement taillées et emboitées par tenons et mortaises La salle était surprenante et superbe avec son plafond de verre mais sa beauté était obérée par la présence de vulgaires fauteuils en plastique blanc et l’usure marquée des peintures et des boiseries. Elles contournèrent le bassin en suivant les flèches qui indiquaient le numéro des chambres et s’arrêtèrent devant la 19.

Les chambres à double entrée s’ouvraient sur un couloir et l’extérieur Situées au rez-de-chaussée, elles sentaient légèrement la moisissure et la poussière et possédaient une vue imprenable sur le parking. Lucie et sa fille s’installèrent dans une chambre à deux lits recouverts d’un tissu fleuri fané et posés sur une moquette verdâtre, rase, tâchée et usée jusqu’à la corde. Emilie déverrouilla la porte extérieure et Gaétan apporta leurs bagages. Le mobilier était sommaire et fatigué. La vétusté et la laideur des chambres étaient en rapport avec le forfait modique, cure comprise qui était annoncé. Malgré tout, les lieux ne manquaient pas de charme tant ils étaient minables, désuets et hétéroclites. Ils renforçaient l’impression d’être ailleurs aussi bien dans le temps que dans les lieux si peu conformes à la plupart des maisons rutilantes, des luxueux centres commerciaux dallés de marbre, des boutiques soigneusement décorées et de tous les lieux privés et publics qu’Emilie avait fréquentés depuis son arrivée. Ce dépaysement était délassant.

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