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EXCISION : un fléau toujours d’actualité

Publié le

laconnectrice.wordpress.com

 Mutilations Génitales Féminines
23/11/2007

En juin et août 2007 deux jeunes filles égyptiennes décèdent durant une opération d’excision en clinique. Le 28 septembre 2007, une jeune adolescente de 14 ans, qui venait de subir une excision, meurt au Burkina Faso. Répandues dans de nombreux pays africains, les mutilations sexuelles existent aussi en Europe. En effet, certains membres de communautés immigrantes restent attachés à cette pratique traditionnelle. Malgré les dommages irréparables qu’elles causent aux femmes, ces pratiques perdurent.

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CNLPE

Un problème de santé toujours d’actualité

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INED bulletin n°438

En 1982 déjà, en France, une petite fille de trois mois décède suite à son excision. Une génération plus tard, en 2006, le journal quotidien Libération annonce que 1500 femmes meurent des suites d’une excision dans la corne de l’Afrique tous les mois… Une récente étude de l’INED publiée le 27 octobre 2007 fait donc le point sur la question, en Afrique et en France, et relance le débat sur les mutilations génitales féminines. Les auteurs annoncent même l’organisation d’une nouvelle enquête pour mieux connaître les conséquences de tels actes. Pourquoi ce récent intérêt vis-à-vis de pratiques séculaires ? Parce que l’excision fait mourir ou blesse à vie des femmes ou des fillettes.

Excision ou Mutilations Génitales Féminines ?

Mieux vaut parler de Mutilations Génitales Féminines (MGF) ; l’excision n’est qu’un type de ces multiples opérations.

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Colloque MSF 2006

La définition qu’en donne Médecins Sans Frontières est la suivante : (ce sont) « les pratiques rituelles, traditionnelles, dénuées de toute implication religieuse, qui consistent à enlever de façon partielle ou majeure certaines parties des organes génitaux féminins et à mutiler ces derniers de façon permanente, irréversible, affectant ainsi la santé des femmes et des enfants. » [1].

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Logo OMS

En 2006, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) distingue 4 types de mutilations sexuelles à l’encontre des femmes :

- Type I – excision du prépuce, avec ou sans excision partielle ou totale du clitoris (ou clitoridectomie).
- Type II – excision du clitoris, avec excision partielle ou totale des petites lèvres (excision).
- Type III – excision partielle ou totale des organes génitaux externes et suture/rétrécissement de l’orifice vaginal (infibulation).
- Type IV – piqûre, perforation ou incision du clitoris et/ou des petites et des grandes lèvres ; étirement du clitoris et/ou des lèvres, cautérisation par brûlure du clitoris et du tissu avoisinant.

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Croyances et Laïcité

Pour une description plus complète des 3 types principaux de MGF, vous pouvez vous reporter à l’article intitulé « L’enfant face aux rites d’initiation » dans Croyances et Laïcité, guide pratique des cultures et des religions, leur impact sur la société française, ses institutions sociales et hospitalières

Le déroulement des MGF

Dans les sociétés où les mutilations sexuelles féminines sont une norme acceptée, elles sont pratiquées par des personnes de toutes croyances religieuses de même que par des animistes et des non-croyants. L’intervention proprement dite est généralement effectuée par un tradipraticien [2] à l’aide d’instruments rudimentaires et sans anesthésie. Chez les gens plus riches, elle peut être pratiquée dans un établissement de santé par du personnel qualifié. L’OMS est opposée à la médicalisation de toutes les formes de mutilation sexuelle féminine. L’âge auquel sont pratiquées les mutilations sexuelles varie selon la région. Elles sont pratiquées sur des nouveau-nés, des fillettes et des adolescentes et, parfois, sur des femmes adultes.

Les douleurs infligées aux femmes sont très vives notamment lors de l’infibulation. Mannequin des années 80 et « ambassadrice de bonne volonté » de l’ONU contre les mutilations génitales féminines, Waris Dirie décrit cette souffrance dans Fleur du désert :

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Fleur du désert

« C’était comme si on vous tranchait à vif la chair de la cuisse ou du bras, sauf qu’il s’agissait de la partie la plus sensible du corps. […] moins je bougerais, moins la torture durerait. Malheureusement mes jambes se sont mises à trembler toute seules sans que je puisse rien rien y faire. […] Puis je n’ai plus rien senti car je venais de m’
vanouir. Quand je suis revenue à moi, j’ai pensé que c’était terminé, mais le pire était à venir. […] J’avais les jambes totalement engourdies mais, entre elles, la douleur que j’éprouvais était si terrible que j’aurais voulu mourir »
.

Pourquoi des millions de femmes subissent ?

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Atlas des femmes dans le monde

L’excision concerne 9 femmes sur 10 dans les pays les plus touchés. Cela affecte surtout l’Afrique, quelque peu l’Arabie et l’Asie mais aussi tous les pays, on le sait moins, où des populations immigrées continuent de faire exciser les fillettes. En 2005, l’UNICEF a publié une étude en anglais à propos du pourcentage de femmes concernées par la mutilation génitale féminine [3]. Dans le monde, ce ne sont pas moins de 100 à 140 millions de femmes qui ont subi une mutilation génitale. Pour illustrer l’étendue de cette pratique, consultez l’Atlas des femmes dans le monde.

Brigitte Polonovski relate, dans Santé et droits de l’homme, les multiples raisons invoquées par les familles pour justifier ces interventions :

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Santé et Droits de l’Homme

- des raisons psycho-sexuelles : atténuer le désir sexuel chez la femme, préserver la virginité avant et la fidélité durant le mariage, accroître le plaisir sexuel de l’homme.
- des raisons sociologiques : identification avec l’héritage culturel, initiation des fillettes à la condition de femme, intégration sociale.
- des motifs d’hygiène ou d’esthétique : les organes génitaux externes de la femme passent pour être sales et inesthétiques et il faut les enlever pour favoriser l’hygiène et rendre la femme attrayante.
- des mythes : accroître la fécondation et promouvoir la survie de l’enfant.
- des raisons religieuses : certaines communautés musulmanes pratiquent les mutilations sexuelles féminines parce qu’elles croient en toute bonne foi que cette pratique fait partie de l’Islam. Or, elle est antérieure à l’avènement de la religion musulmane.

Tout ceci ne justifie que fort mal ces mutilations puisqu’elles nuisent bien souvent au bon déroulement de la sexualité d’une femme dans son couple et à sa fertilité. De plus, une étude de l’OMS a démontré de nombreux risques encourus lors de l’accouchement.

De graves conséquences

Si elles ne sont pas mortelles, les MGF ont de graves conséquences sur la santé physique et psychologique des femmes. Le bulletin de l’INED présente leur classification :

- Les conséquences médicales à court terme : la douleur violente, l’état de choc ; les hémorragies les évanouissements ou même la mort ; la rétention urinaire, les infections dues aux ustensiles comme le tétanos, la septicémie et le virus du sida (VIH). [4]

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Comité Interafricain

- Les conséquences médicales à long terme : les complications chroniques dues aux coupures et cicatrices dans la zone clitoridienne, les hémorragies lors de l’accouchement très difficiles à arrêter, la coagulation complète des lèvres en cas d’infibulation provoque une grande difficulté d’écoulement du sang menstruel et donc des infections pelviennes. Les fistules vésico-vaginales ou recto-vaginales entraînant des problèmes d’incontinence, les femmes touchées sont alors souvent stigmatisées par leur communauté.

- Les conséquences psychologiques, mentales et sociales : l’altération de la sensibilité sexuelle ou les complications psychiatriques. Les mutilations sexuelles peuvent marquer à vie la mémoire de celles qui les ont subies. Les troubles du comportement sont plus ou moins importants. Des études sont encore à mener pour évaluer la fréquence et l’ampleur de ces dommages.

La violence est une cause importante des traumatismes aigüs et des troubles chroniques des femmes. Aussi, en 1997, l’OMS lance un plan d’action joint à une étude scientifique « multipays » pour faire des mutilations sexuelles une priorité de santé publique et prévenir les violences à l’égard des femmes.

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Hommes femmes

Ainsi que l’explique Hommes, femmes, sexuellement compatibles ? de Lucien Chaby : « Seul l’accès récent à un début d’égalité des droits autorise aujourd’hui les femmes à faire état du sexuel, et de l’originalité de leur désir. Pourtant, la vio
lence envers les femmes continue et la femme-objet, excisée, violée, battue ou harcelée demeure une réalité »
.

Mutilations Génitales Féminines : non droit ?

Outre le problème de santé publique, ce n’est que lorsque des propositions de médicaliser la pratique des MGF ont été faites (opération sous anesthésie avec de bonnes conditions d’asepsie) que la question du droit à l’intégrité physique et à la dignité des femmes s’est posée. La France a été un précurseur en matière de pénalisation de l’excision [5]. Mais en Afrique peu de pays ont adopté des mesures officielles.

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Violences

Les Mutilations Génitales Féminines sont des actes de violence caractérisés à l’égard des femmes. Dans l’introduction de son ouvrage Les violences contre les femmes, Maryse Jaspard précise : « Rappelons que les violences sexistes sont des actes de discrimination perpétrés en raison du sexe biologique de la personne, en l’occurrence le sexe féminin. […] Les violences sexuelles sont des agressions en rapport avec la sexualité de l’agresseur et de l’agressé ; […]. « Ce n’est pas la nature de l’acte qui définit la violence mais l’imposition de l’acte à une personne qui n’y consent pas ». La mutilation génitale féminine se trouve à la charnière de ces deux types de violence.

Le droit français définit ainsi l’agression sexuelle : « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace, surprise » (article 222-22 du code pénal). Et, depuis le 1er mars 1994, l’Article 312 du code Pénal qualifie l’excision « de violence sur mineur ayant entraîné mutilation ».

Si la pratique de l’excision est interdite sur l’ensemble du territoire français elle a tout de même lieu. C’est le cas lors de retours saisonniers au pays ou après l’âge de 6 ans, moment où les contrôles des pédiatres ou des médecins scolaires ne vérifient plus le développement des organes génitaux. Vous pouvez lire à ce sujet les MGF dans Les violences faites aux femmes en France.

L’interdiction des mutilations génitales féminines n’est pas encore valable dans tous les pays européens. Néanmoins on peut se référer à la Convention internationale des Droits de l’Enfant du 20 Novembre 1989, article 24 : « Les Etats parties reconnaissent le droit de l’enfant de jouir du meilleur état de santé possible et prennent toutes les mesures efficaces appropriées en vue d’abolir les pratiques traditionnelles préjudiciables à la santé des enfants ».

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Femme au Burkina

En Afrique peu de pays ont interdit les MGF et d’autres ont une politique très incertaine. Le Burkina Faso est un des rares à avoir incriminé tôt une pratique de plus en plus décriée sur le plan international [6]. L’article 380 du Code pénal burkinabè, adopté en 1996, punit le fait « de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital de la femme par ablation totale, par excision, par infibulation, par insensibilisation ou par tout autre moyen ». Toutefois, adopté le 11 juillet 2003, un Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits des femmes constitue une étape importante dans la lutte pour la promotion et le respect du droit des femmes. Parmi ces droits figure celui à l’intégrité de la personne et à la protection contre les pratiques traditionnelles néfastes. Quinze états africains ont ratifié cet accord en octobre 2005.

Une réparation physique possible

Tout ne réside pas dans la répression de ces actes mais bel et bien dans la prévention de tous les types d’excision. C’est avec cet objectif que luttent de nombreuses associations et Organisations Non Gouvernementales. Nous avons déjà cité l’UNICEF, l’ONU, l’OMS. Au Burkina il existe un Comité National de Lutte contre la Pratique de l’Excision. En effet les traumatismes vécus lors d’une MGF ont une forte portée psychologique même si, aujourd’hui, une réparation physique est possible pour les femmes sexuellement mutilées grâce à une technique chirurgicale inventée par un urologue français.

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Victoire sur l’excision

Ayant effectué des missions pour Médecins du Monde Pierre Foldès s’intéresse au problème de l’excision depuis 25 ans. Auteur d’un ouvrage intitulé Victoire sur l’excision paru en 2006, il a mis au point une technique de réparation des femmes ayant subi une mutilation en remettant à jour les parties cachées du clitoris. Vous pouvez également lire son entretien donné à Doctissimo. La chirurgie réparatrice est actuellement prise en charge par l’assurance maladie. Cette opération, qui vise à reconstituer le clitoris, est pratiquée dans une dizaine d’hôpitaux en France. Une prise en compte de l’excision en tant que handicap est aussi à l’étude [7].

Une prise en
charge adaptée de ces femmes mutilées par des soignants bien formés est donc nécessaire. Depuis décembre 2006, deux circulaires de la Direction générale de la santé demandent aux instituts de formation en soins infirmiers, aux écoles de sages-femmes et aux facultés de médecine d’intégrer les thématiques de la prévention, du dépistage et de la prise en charge des mutilations sexuelles féminines dans leurs programmes de formation [8].

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GSF

En outre, Gynécologie Sans Frontières dispense aussi des formations spécifiques conçues pour la formation des futurs médecins, infirmières et sages-femmes. Ces nouveaux modules enseignent au soignant à prendre en charge les aspects physiques mais aussi socio-culturels du patient dans une approche interculturelle telle que décrite dans l’ouvrage d’Isabelle Lévy Soins et croyances, guide pratique des rites, cultures et religions à l’usage des personnels de santé et des acteurs sociaux.

Ces avancées en matière de soin constituent un réél espoir pour des millions de femmes de recouvrer leur intégrité corporelle et un épanouissement possible de leur vie sexuelle.

 

[1] source : Colloque « Pour en finir avec les mutilations sexuelles féminines » organisé par le Ministère de la Santé et des Solidarités le 4 décembre 2006

[2] Le tradipraticien de santé est une personne reconnue, par la collectivité dans laquelle elle vit, comme compétente pour dispenser des soins de santé grâce à l’emploi de substances végétales, animales, minérales et des métaux ainsi que d’autres méthodes basées sur le fondement socio-culturel de cette société. Loi No. 23/94/DP portant Code de la Santé Publique du Burkina Faso (extraits). Ouagadougou, le 19 Mai 1994.

[3] Bulletin 72 de l’OMS paru en 2006. Source : Female genital mutilation/cutting : a statistical exploration. New York, UNICEF ; 2005.

[4] L’ouvrage Santé et Droits de l’Homme développe ces aspects (p240).

[5] Rue89,article de Chloé Leprince, le 25/10/2007

[6] Ilboudo Monique, Droit de cité : Etre femme au Burkina Faso, Editions du Remue-Ménage, Montréal, 2006. Bibliothèque Municipale de Lyon

[7] article de Rue89 -La France, pays précurseur dans la lutte contre l’excision, par Chloé Leprince, 25/10/2007

[8] Doctissimo : Mieux former les médecins au problème de l’excision, 17 septembre 2007

Source : actu.org

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