Flux RSS

SCIENCE SANS CONSCIENCE N’ EST QUE RUINE DE L’HOMME

Publié le

Pour compléter mon article sur la location des ventres, voici une réflexion du philosophe François Housset à partir du proverbe célèbre de François Rabelais: « Science sans conscience n’est que ruine de l’homme ».

La formule est de Rabelais : prescrivant, pour la bonne éducation de Gargantua, une solide pratique sportive et de grandes études en toutes matières pour en faire “un corps sain dans un esprit sain”, il ajoute la religion comme une cerise sur le gâteau, “parce que science sans conscience n’est que ruine de l’âme.” Eh oui, l’âme est dans le coup ! C’est qu’elle pourrait se retrouver ruinée par l’esprit des sciences, la pauvrette !

D.R.

La conscience nous fait réfléchir sur nous-mêmes et nos actions. Ce qui est indispensable. La science, elle, se veut toute objective : elle cherche -et trouve- des explications universellement valables rendant le monde compréhensible. Ce qui est tout aussi indispensable, mais n’a rien à voir. D’un coté, ce qui fait l’unité d’une personne, son intégrité et son existence mêmes ; de l’autre, une connaissance et une maîtrise de l’ordre des choses. Il faudrait unir ces deux partis qui règnent sur des territoires bien séparés. Il en va de notre existence concrète, morale, et politique : notre civilisation a fondé d’immenses espoirs sur le progrès scientifique, qui en a profité pour bondir. Nous voilà capables de détruire la planète, et de bidouiller des gènes de façon à modeler l’essence des générations futures. Mais nous ne savons pas au nom de quoi. De Dieu ? Il est mort : depuis longtemps nous n’agissons plus au nom de sa volonté. Puissant grâce à la science, l’Homme est aussi fragile à cause d’elle : il est incapable de maîtriser sa propre maîtrise. Quelle conscience avoir pour diriger ce formidable pouvoir ?

La science devait apporter paix et confort. Elle ne l’a pu : ses progressions ne nous ont pas fait faire le moindre progrès moral, et même nous avons régressé pour devenir plus barbares. Est-ce que Rabelais nous prévenait de ce danger ? La science paraît incapable d’avoir une dimension humaine. Elle ne fait pas de politique, de métaphysique, ni de morale : les comités d’éthique, chartes et autres déclarations de bonne foi ne peuvent combler le vide effrayant qui sépare l’homme scrutant le réel pour encore et toujours le maîtriser davantage, et celui qui dans sa vie concrète pense.

“La science des existants est à faire” [1] dans un monde désenchanté : fini les dieux capricieux, les Saints auxquels se vouer, qui permettaient de mettre tant de magie et de sens (même contradictoires et incohérents), dans des vies concrètes ! La science se présente comme l’autorité intellectuelle et morale déterminante. Alors qu’elle ne fait pas de morale ! ? La faute au scientisme : on a osé dire que dans la République la science allait prendre la place de la religion. Il a donc fallu la fétichiser pour mieux l’adorer. Auguste Comte déclarait la fin des temps religieux : à l’aube de l’humanité, on se raccrochait à tout argument pouvant expliciter le monde ; mais à présent que la science a assez de maturité pour pouvoir donner des explications cohérentes, pourquoi la conscience irait-elle encore se réfugier dans la foi ?

D.R.

La science ne suffit pas. Les sociologues prétendant faire de l’homme une chose scientifiquement observable, comme tout élément de l’ordre des choses, reconnaissent que même une société moderne a besoin de croyances communes. Ces croyances ne sont pas de l’ordre d’un savoir objectif, elles ne peuvent pas non plus être fournies par une religion traditionnelle, décrédibilisée par les exigences de l’esprit scientifique. Résultat : la ruine de l’âme. La science ne sait pas parler de l’existence, les religions sont dépassées : il ne reste plus de place pour la conscience. Voilà que fleurissent les pseudosciences, comblant le vide. L’astrologie, la numérologie, la parapsychologie, la graphologie, les médecines parallèles, sont en expansion croissante. Se développe, de façon de plus en plus raffinée, un discours qui se réfère à la physique, notamment à la physique quantique, plus obscure au sens commun. Par ce biais les hommes s’acharnent à croire que “la nature délire avec eux” [2], suivant des désirs et passions formidables plutôt que de minables causes et effets froidement explicités.

La trop froide raison gèle les cœurs. Voilà qui peut faire la fortune des philosophes affirmant pouvoir donner du sens là où il n’y en a pas… et assurer la relève des gourous. On fait joyeusement un pied de nez à la rationalité dominante, considérée comme limitatrice -et elle l’est ! Le charme, le mystère, ne sont pas intéressants dans une société déshumanisée, une technocratie visant la transparence, triant, rangeant, classant chaque chose à sa place déterminée. La vie administrée des Occidentaux laisse apparaître une multitude de rites que Weber avait appelé modes magiques de pensée : on cherche l’âme, éperdument. Le but de la cristalothérapie, par exemple, n’est pas de guérir en accrochant un morceau de cristal à sa fenêtre, mais de permettre (symboliquement s’entend) au corps d’échapper à son enveloppe occidentale.

D.R.

La science n’a pas d’âme

La science nous ruine. Avec elle notre conscience n’est que celle d’un individu rationnel calculant ses avantages. Pas exaltant. Il faut reconcevoir l’individu. Tâche ardue. L’homme, depuis qu’il est conscience, cherche à maîtriser non seulement le monde, mais lui-même ! C’est pourquoi la science vaut, et règne. Mais faire de l’Homme une œuvre est un projet à la fois technique et éthique. La question technique posée est comment bien vivre sa vie, comme on opère bien une appendicite, ou comme on joue bien de la flute ! Un individu est bien sûr un paquet d’organes déterminés. Mais aussi une âme (une capacité à penser sa vie, un esprit, un souffle, appelez cette conscience comme vous voulez) qui a des désirs auxquels aucune connaissance objective ne peut répondre. Chacun rencontre dans sa vie concrète des phénomènes inexpliqués par la science : l’amour, la poésie, la foi, le rêve…. Que faire de ces savoirs subjectifs, affectifs, que la science ne reconnaît pas (seul compte à ses yeux ce qui se mesure, se chiffre, se définit véritablement) ? Peut-on choisir entre l’absolue certitude scientifique qui plie toute chose sous des lois nécessaires, et une conscience singulière pour laquelle tout est subjectif ? Dilemme. Qui choisirait la première solution ne pourrait plus dire “moi je”, mais “il” (le “il” impersonnel de “il pleut”). La vérité scientifique est indépendante de moi. À mesure que je m’intéresse à la science, à l’absolu, je me désintéresse de moi (ou plutôt je m’y intéresse d’une tout autre façon : je m’intéresse à moi comme à une chose). Ne demandons pas à la science d’avoir une conscience. Le scientifique ne se pose pas de question personnelle, ni éthique, ni politique. La décision même de poursuivre ou de lancer des recherches n’appa
rtient pas au scientifique : il n’a pas à avoir une parole singulière ; la recherche est l’engagement d’une société globale qui ne laisse pas place à la conscience individuelle. Le scientifique n’a ni le droit ni les moyens, ni le moindre intérêt à se soucier des conséquences de la vérité qu’il s’emploie à révéler.

La seule vérité qui nous sauve c’est la conscience d’exister. Savoir pour savoir est inutile quand on ne sait qui décidera des fins. Seule la conscience le peut, et elle seule rend la science utile, en la considérant comme un outil, pas comme une maîtresse.

François Housset
http://www.philovive.fr

Une réponse "

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :