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Une nouvelle vie pour Rosa Bonheur, peintre des animaux

Publié le

La grande toile représentant le marché aux chevaux se trouve au MET de New-York. C’est l’une de ses plus belles toiles que les contemporains de Rosa Bonheur n’ont pas appréciée.

Nouveau : Gonzague Saint Bris vient de sortir une biographie de Rosa Bonheur chez Robert Laffont http://www.terrafemina.com/culture/livres/articles/10403-rosa-bonheur–portrait-dune-affranchie-par-gonzague-saint-bris.html. Nayant pas lu cet ouvrage, j’ignore si il est meilleur que la biographie de Danielle Digne.

Programme des conférences, interviews et signautre autour de l’ouvrage http://gonzaguesaintbris.over-blog.com/

Curieusement, Rosa et son bison peint par Edouard Louis Dubufe en 1849, reproduit en couverture de l’ouvrage de Saint Bris est exactement le même que celui de Danielle Digne … dans un sens différent … http://www.amazon.fr/Rosa-Bonheur-lInsolence-Lhistoire-Collection/dp/B0014KVIKG ???

Chaque soir, des centaines de jeunes s’agglutinent entre les barrières qui conduisent au restaurant-Guinguette Rosa Bonheur, ouvert en 2008 dans le pavillon Weber du parc des Buttes-Chaumont. Le Rosa Bonheur est devenu un de ces lieux branchés où les jeunes bobos de Paris et des environs viennent s’encanailler un verre  (en plastique) de vin ou de bière à la main. On reste debout, à la belle étoile, on regarde, on mate, on drague, on papote distraitement en regardant se fondre au rythme du crépuscule la silhouette des bouleaux et des ifs tous proches. Une musique disco se déverse sur l’assemblée non rassemblée mais plutôt dispersée entre les tables en terrasse et la salle principale.

L’affluence est telle que des cerbères en T-shirt noir régulent gentiment la foule, comme dans les musées.

A l’extérieur, une jeune femme m’explique que Rosa Bonheur est l’une des principales féministes du XIXème siècle et que son spectre donne à ce lieu une odeur de défi et de révolution. A entendre les jeunes femmes qui d’ordinaire se moquent des féministes historiques, du féminisme et se hâtent de préciser qu’elles ne sont pas féministes mais…, cet hommage au féminisme de Rosa Bonheur me laisse perplexe.

La guinguette n’a pas lésiné sur sa présentation. Son site fait en effet un résumé de la biographie de la peintre Rosa Bonheur, illustré d’un diaporama de ses oeuvres et de quelques unes de ses photos. On souligne qu’elle fut la première femme décorée de la légion d’honneur par l’impératrice Eugénie qui l’appréciait beaucoup.

Plus que féministe, en réalité, Rosa Bonheur était une rebelle, une artiste passionnée qui, de fait plaidait pour l’indépendance des femmes. Elle n’était pas politisée comme Flora Tristan et il n’est pas sûr que, de son temps, elle fit figure de modèle pour les petites filles. Rosa Bonheur n’était pas très belle et elle était ouvertement lesbienne. Elle vécut sans se cacher en couple avec Nathalie Micas puis avec l’américaine Anna Klumpke qui fut son exécutrice testamentaire après l’avoir fidèlement accompagnée les deux dernières années de sa vie.

La guinguette Rosa Bonheur a d’abord attiré un public de lesbiennes et de gays puis son public s’est élargi à tout le monde. Les gens du quartier s’étonnent de cette affluence inhabituelle qu’is trouvent bruyante et polluante et se demandent bien pourquoi autant de jeunes éprouvent le besoin de s’agglutiner dans un lieu qui leur parait bien ordinaire. Quelles que soient les raisons de son succès, le Rosa Bonheur attire indiscutablement les foules. La guinguette a aussi le mérite de faire revivre cette peintre plutôt méconnue en France, Rosa Bonheur.

Rosa Bonheur est qualifiée de « peintre animalière ». L’artiste s’était en effet spécialisée dans la peinture d’animaux et possèdait au chateau de By, près de Fontainebleau, une petite ménagerie qui comprenait, entre autres, une lionne qui la suivait partout.

De son temps, Rosa Bonheur ne fut pas particulièrement appréciée par les peintres contemporains mais elle connu un franc succès auprès des Américains et des Britanniques qui apprécient particulièrement les animaux sans établir de stricte hiérarchie entre les animaux nobles et les autres. La plupart des tableaux peints par Rosa Bonheur prirent de chemin de l’Amérique ou de l’Angleterre. Il se trouva toutefois un imprimeur français pour suggérer à Rosa de tirer des gravures à partir de ses tableaux et de les vendre sur les marchés de province. L’opération connu un certain succès auprès du monde rural qui était heureux de retrouver sur ses murs une vision esthétique et magnifiée de son quotidien.

Je me souviens que, dans le bureau de mon grand-père, il y avait une gravure encadrée de Rosa Bonheur qui représentait un homme conduisant son cheval à l’abreuvoir. Enfant, j’étais intriguée par ce nom, Rosa Bonheur, que je trouvais étrange, d’autant plus qu’il côtoyait un portrait de Pasteur avec sa célèbre affirmation « le vin est un aliment ». Le Bonheur était -il dans l’eau de l’abreuvoir ou dans le vin, me demandais-je alors ?

Lorsqu’on découvre un portrait de Rosa Bonheur, on remarque qu’elle porte les cheveux courts, chose extrêmement rare à son époque. C’est seulement vers 1920 que les femmes commencèrent à se libérer en jetant leur corset  aux orties et en se coupant les cheveux. On connaît la célèbre chanson  « Elle s’était fait couper les cheveux, « .http://www.youtube.com/watch?v=_CqsaaQUpmI

Rosa Bonheur n’avait pas attendu la mode pour se libérer de tout ce qui gênait les mouvements des femmes car, de petite taille, elle devait monter sur une échelle pour peindre ses gigantesques toiles. D’autre part, elle se rendait incognito dans les abattoirs et les marchés aux animaux, royaume des hommes, pour croquer les bêtes vivantes sans se faire remarquer. Pour parfaire son déguisement, elle portait un costume d’homme et se coupait les cheveux.

L’artiste ne se contentait pas de faire des dessins anatomiques sur les animaux morts, elle souhaitait également capter d’un trait de crayon leurs mouvements, leurs attitudes et les variations de leur silhouette dans l’action. Elle passait donc son temps dans des lieux habituellement réservés aux hommes, munie d’un carnet de croquis et d’un crayon. Déguisée en homme, elle n’attirait pas l’attention.Elle observait et croquait sans cesse sur le vif.

Permission de travestissement. Autorisation préfectorale de porter le pantalon pour « raisons médicales ». A renouveler tous les trimestres. On peut voir ce document dans l’atelier de Rosa, au château de By, près de Fontainebleau.

Statue de Rosa Bonheur (1922), dans le Jardin Public de Bordeaux, réalisée par Gaston Veuvenot Leroux (1854-1942)-Source : site de Nella Buscot-

Sources :

Danielle Digne, Rosa Bonheur ou l’insolence.Histoire d’une vie. Collection « Femme » Denoël-Gonthier 1980. 199 pages, ill.

Site du restaurant guinguette ouvert en 2008 ux Buttes-Chaumont

http://www.rosabonheur.fr/presentation/lartiste/

Association « Les amis de Rosa Bonheur »

http://www.amisderosabonheur.asso.fr/

Site de Nella Buscot, sculpteur

http://www.nella-buscot.com/sculpteurs.php?idsculpteur=scu0077&lng=0

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  1. Vous pourriez lire avec profit la biographie de Marie Borin « Rosa Bonheur, une artiste à l’aube du féminisme », publié en mai 2011 (8 mois avant celle de Saint Bris) chez Pygmalion. Elle brise bien des idées reçues…
    Pour les visites au musée, mieux vaut s’adresser au Syndicat d’initiative de Thomery.

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  2. Pingback: Les indignés des Buttes-Chaumont et de Secrétan « Laconnectrice's Weblog

  3. laconnectrice

    Christophe, je vous remercie. J’ai vraiment découvert Rosa avec sa biographie par Danielle Digne qui a fait un travail de recherche très approfondi et nous donne l’impression de vivre avec l’artiste.
    J’ai aussi visité l’atelier de Rosa et vu quelques unes de ses toiles lors d’une exposition à Barbizon. Imaginez ma surprise lorsque la guinguette Rosa Bonheur a ouvert ses portes dans le parc des Buttes-Chaumont…pour donner une nouvelle vie à cette artiste peu connue.

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  4. Quel bel article ! Vous connaissez bien votre Rosa, et sur le bout des doigts.

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  5. Pingback: Une nouvelle vie pour Rosa Bonheur, peintre des animaux « Laconnectrice’s Weblog « L'ESPACE LIBRE DE SAMI CHAIBAN…

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