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L’Ukraine fait honte à l’Europe, par Hervé Gattegno

Je copie-colle cet édito de Hervé Gattegno que je trouve courageux et juste.

L.C.

http://rmc.bfmtv.com/info/579113/l-ukraine-fait-honte-a-l-europe/

Ce qui se passe en Ukraine est doublement révoltant : c’est un pouvoir qui massacre des manifestants aux portes de l’Europe, c’est Tian’anmen à 3h de Paris et face à cela, l’Europe donne le spectacle de son impuissance.

Ce n’est pas la première fois. Mais ce qui est particulièrement douloureux, c’est que ce qui a déclenché cette répression, c’est qu’une partie de ce peuple veut un rattachement avec l’Europe, et les réformes démocratiques qui vont avec. Et le président Ianoukovitch leur a claqué cette porte sur les doigts. Donc ces Ukrainiens nous rappellent qu’il y a un idéal européen ; et en retour, nous leur montrons une Europe qui est loin d’être idéale.

 Est-ce que des sanctions européennes peuvent-être efficaces?

 L’Europe est restée longtemps impassible et c’est ce qui rend ce scénario impossible. On parle du gel des avoirs des dirigeants et des oligarques ukrainiens; ça suppose d’identifier tous leurs comptes et que les banques jouent le jeu. Si ce sont des poursuites devant la CPI, on en a pour 10 ans.

Et des sanctions économiques seraient contre-productives : elles pousseraient l’Ukraine dans les bras de la Russie. Ne parlons pas de l’idée de BHL de boycotter la fin des JO de Sotchi, elle est absurde – on peut aussi demander à Renaud Lavillenie de rendre son record du monde : il l’a battu en Ukraine ! C’est une idée qui vole moins haut que notre perchiste national…

Tout le monde sait que derrière la crise ukrainienne, il y a le jeu trouble de Vladimir Poutine. Les dirigeants européens ont-ils un moyen de s’en prendre à lui?

 Aucun. Ça n’empêche qu’il est temps d’admettre que Poutine n’est plus ni un allié ni même un ami – et que nous n’avons rien à gagner à l’embrasser sur la bouche (même si c’est une tradition russe). Tout le monde sait que c’est lui qui tire les ficelles en Ukraine, qu’il a fait pression pour empêcher le rapprochement avec l’Europe. Et ce n’est pas l’exemple qu’il a donné en Tchétchénie qui dissuadera le président ukrainien de faire tirer sur la foule.

Il a aussi montré avec la Syrie qu’il est plus fort à lui seul que les USA et l’Europe réunis, et que la démocratie n’est pas sa priorité. Ce n’est pas un hasard si en France, le seul parti qui le soutient explicitement est le FN…

 A chaque crise, on reparle du manque de véritable politique européenne. Est-ce que cette question peut être un enjeu des prochaines élections européennes, au mois de juin ?

 Ce serait logique mais rien n’est moins sûr : tous les partis savent que les Français ne sont pas emballés à l’idée que des décisions importantes soient prises à Bruxelles plutôt qu’à Paris. On l’a vu à propos de la dette grecque, des interventions militaires en Afrique ou de la crise syrienne.

Donc la campagne va être très hypocrite. Il y aura d’un côté ceux qui vont critiquer l’Europe en disant qu’il faut l’améliorer ; de l’autre, ceux qui vont la critiquer en disant qu’il faut l’abandonner. Alors qu’en réalité, le vrai clivage devrait distinguer ceux qui croient encore à une Europe épatante de ceux qui se contentent d’une Europe impotente.

 Hervé Gattegno

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