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C’est un plaisir patriotique et sain De ne plus rien savoir de ce siècle assassin

Il est souvent de bon ton de déclarer que les « médias sont pourris » ou « vous croyez tout ce que vous voyez à la télé » quand on est en désaccord avec un interlocuteur. Ces affirmations sont d’autant plus de mauvaise fois que, lorsqu’on veut s’en donner la peine, il est aisé, grâce à l’Internet, de rechercher les sources d’une information, de consulter plusieurs sources, de croiser les données et même de vérifier leur authenticité sur des sites anti rumeurs. Parfois, il suffit d’un peu de jugeote pour comprendre qu’on nous gruge. Par exemple, quand les bien-pensants se sont attendris sur la photo du petit Aylan échoué sur une plage grecque, illustration grandiloquente du drame-des-migrants, je me suis étonnée de ce que l’enfant soit propre, que ses vêtements soit soigneusement tirés sur son corps, qu’il soit toujours chaussé de ses deux chaussures, que pas un grain de sable, une algue ou un fétu de paille n’ait maculé son corps et que le sable autour de lui soit vierge de toute trace. La photo était trop belle pour être honnête et, petit à petit, on apprit qu’il s’agisssait bien d’une mise en scène, que le père était le passeur, qu’il avait entraîné sa femme et ses enfants dans le risque pour pouvoir se faire refaire les dents gratis en Europe.

Au temps du poète Paul Verlaine, le journal était la seule source d’information officielle et les moyens de vérification de l’authenticité des informations étaient rares, lents et ardus.

Incarcéré à la prison de Mons, en Belgique, pour très mauvaise conduite, Paul Verlaine allait faire contre mauvaise fortune bon coeur et apprécier de ne plus être informé par le sacro-saint Journal dont il était privé dans sa geôle.

C’est ainsi que le poète découvre un nouveau plaisir, celui patriotique et sain De ne plus rien savoir de ce siècle assassin Et de ne suivre plus dans sa dernière transe Cette agonie épouvantable de la France.

Verlaine en Garde nationale

Croquis de Verlaine par lui-même en uniforme de garde national du 160ème bataillon dans lequel il s’était engagé par patriotisme. Source

Engagé dans la Commune de Paris, Verlaine se désole de la reprise en main de la Ville de Paris par les Versaillais et écrira un poème sur les massacre des communards Les Vaincus

Depuis un an et plus je n’ai pas vu la queue D’un journal. Est-ce assez Bibliothèque bleue ? Parfois je me dis à part moi : « L’eusses-tu cru ?… » Eh bien, l’on n’en meurt pas. D’abord c’est un peu cru, Un peu bien blanc, et l’œil habitueux s’en fâche. Mais l’esprit ! comme il rit et triomphe, le lâche ! Et puis, c’est un plaisir patriotique et sain De ne plus rien savoir de ce siècle assassin Et de ne suivre plus dans sa dernière transe Cette agonie épouvantable de la France.

Verlaine dans Vieux coppées

Paul Verlaine a écrit ce poème pendant son incarcération à la prison de Mons en Belgique, condamné à deux ans de prison en 1873 pour avoir tiré sur son amant Arthur Rimbaud, la pédérastie étant une circonstance aggravante.

Personnellement, je ne pourrais pas me passer de m’informer sur mon quartier, ma ville, ma région, mon pays, l’Europe et le monde entier. Pas tant que la politique, je suis intéressée par toutes les réalités, comment elles naissent et qui les fait naître. Mais les nouvelles ne sont pas bonnes, le monde va mal et les valeurs qui le maintiennent en vie ont pris un sacré coup dans l’aile du fait de la folie des hommes. Parfois je peux partager ces pensées de Verlaine muré dans le silence à l’abri de « cette agonie épouvantable de la France ».

Mais je n’en fais rien, je cours après l’information parce que ça fait partie intégrante de ma vie.

 

La Connectrice

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  1. si bien écrit encore une fois, je me suis régalée, merci beaucoup

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