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Xavier Dupont de Ligonnès. L’enquête repart.

Publié le

Auteur présumé de l’effroyable tuerie de Nantes où 4 enfants, leur mère et leur deux labradors avaient été assassinés, Xavier Dupont de Ligonnès n’a jamais été retrouvé.

La police a décidé de relancer l’enquête tandis que la mère et la soeur du suspect le croient toujours vivant.

J’avais écrit en 2011 un conte sur cette mystérieuse affaire en me basant sur des informations familiales et historiques à partir de recherches sur le contexte.

Voici mon conte

Histoire du présumé coupable, Eric Durang de la Carrière alias Xavier Dupont de Ligonnes, imaginée par Margarine Duras alias La Connectrice

Château de Pomayrols

Éric descendait d’une famille de comtes occitans qui étaient déjà ruinés au moment de la Révolution. En effet, Jean-Chrétien avait hérité de son oncle, écuyer du Roy, le château de Pomayrols qu’il transmit à l’un de ses fils, Charles-Louis,  lui-même lieutenant de cavalerie au régiment du Roy. Chevaux et sabre faisaient déjà partie de la famille. Le goupillon s’y joignit comme il se doit dans une famille aristocratique catholique. Dans chaque lignée on vouait des enfants aux armes et d’autres à l’église.

Il faut dire que, soucieux de faire deux en un seul homme, Charles-Louis avait quitté le service de feu le roi pour rentrer dans les ordres à un niveau tout de même respectable. Il devint évêque de Rodez . Il avait eu un fils, François, né en 1845 à Mende, qui eut la fortune, au sens propre et figuré d’épouser Marie-Sophie de Lamartine, soeur d’Aphonse de Lamartine, le poète dont tout le monde a récité les vers à l’école. Margarine Duras avait conscience de s’embrouiller dans la généalogie de la famille mais cela n’avait guère d’importance puisqu’elle n’écrivait pas de biographie officielle mais recherchait des faits qui donneraient de la chair à des conclusions romanesques qu’elle pressentait déjà. Margarine se moquait un peu des généalogistes qui passent à côté des secrets de famille, des bâtards, des enfants naturels, des adoptions masquées et des familles polygames occultées.

 Après 1800, Charles-Louis qui avait survécu à la Révolution, peut-être en circulant et se réfugiant dans des sous-terrains secrets, ou bien parce qu’il combattait sous d’autres armes à l’étranger, vendit le château qui tombait en ruines. Ce fut probablement le dernier symbole de richesse et de pouvoir que connut cette famille et sur le souvenir duquel elle construisit sa propre légende et le véritable patrimoine qu’elle transmit à sa descendance. On ne compte plus le nombre de nobles ruinés par la Révolution qui se repaissent de leur lointaine gloire  et se comportent comme si, d’un instant à l’autre, le roi toquerait à leur porte pour les prier de rejoindre sa cour.

Malgré la situation relativement modeste de ses parents, le petit Éric avait été éduqué comme un chevalier. On lui avait inculqué l’art de la cavalerie et celui des armes. On lui avait appris à se contrôler, à retenir ses émotions et à sauver la face quoiqu’il advienne. On lui avait aussi montré que, lorsqu’on est un noble ruiné, on peut échanger sa particule contre la dot d’une riche bourgeoise, roture dont rien ne transpirera grâce à l’usage de la loi salique qui donne aux enfants le nom de leur père et leur transmet le titre de noblesse. Chez les Durang de la Carrière, on était comte de père en fils, au décès du père, une véritable incitation au parricide.

Éric fut un mignon petit garçon, le préféré de sa maman qui reportait sur lui ses espoirs déçus et sa frustration de femme exploitée et trompée. Elle entretenait une relation incestuelle avec son fils sans toutefois lui manifester d’affection  car elle avait appris de longue date à contenir ses émotions et adopté le comportement des bigotes qui trouvent dans la religion la consolation de leurs douleurs et humiliations quotidiennes. Elle avait sublimé son potentiel d’amour et d’affection dans son adoration pour le Christ, à la manière de Sainte Thérèse d’Avila. Dans la vie réelle, elle se montrait  austère et réservée et mettait toute son affection dans l’attention et le poids du regard qu’elle portait sur l’enfant qui entretenait avec sa mère une complicité forte mais implicite. On n’en parlait pas d’autant plus que le père, digne descendant de l’écuyer du Roy, terrorisait sa famille par ses comportements rigides, autoritaires et impériaux. Éric appris très tôt à dissimuler et mentir pour se protéger lui-même mais aussi couvrir ce penchant à la fois coupable et délicieux que sa mère lui portait. Il savait qu’il pouvait déroger à toutes les règles car elle le protégerait et lui pardonnerait. Il était déjà roi avant que d’être comte.

Le Père d’Éric, Jean-Félicien, ne communiquait avec les siens qu’à travers la transmission de l’histoire et des valeurs de sa noblesse provinciale. Le grand-père, Pierre avait été officier de cavalerie après avoir fait Saint-Cyr et aurait pu connaître une fin de vie couverte d’honneurs s’il ne s’était tué bêtement dans la cinquantaine en tombant de cheval. Funeste destin qui s’ajoutait aux déboires d’une famille qui ne les méritait pas parce que « bien-née ».

Défilé de Saint-cyriens auquel Éric ne devait jamais participer.

Jean-Félicien ne cessait de conter les prouesses de l’ancêtre écuyer du Roy, à l’origine du titre de noblesse de la famille, de l’aïeul évêque et de la grand-tante née La Martine. Il avait quitté le Sud de la France pour s’installer à Versailles comme si le château était toujours habité par Louis XIV et qu’il eut fait partie de sa cour. Chaque matin, il réveillait ses enfants au son du « Lever du Roy » de Couperin et il les expédiait au lit sur l’air du « Coucher du Roy ». Pas assez riche pour posséder une écurie, il menait ses enfants au manège et n’hésitait pas à manier la cravache contre eux lorsqu’ils étaient maladroits à monter la bête.  Chaque soir, après le souper, il réunissait ses enfants dans la bibliothèque pour leur conter les Croisades, les prouesses des preux chevaliers de l’Ordre de Malte, des Templiers et des Rose-croix. Les mystères mystiques qui entouraient ces ordres fascinaient le petit Éric qui s’était mis en tête de partir sur leurs traces et c’est ce qu’il fit plus tard lorsque, adolescent, il devint scout et campa au pied des ruines des châteaux et forteresses du Gévaudan, tout près du berceau de ses ancêtres. Il y découvrit des caches, des entrées effondrées de sous-terrains utilisés pendant la Révolution et rechercha dans les archives du pays des plans de labyrinthes et passages secrets.

Vestiges du château de Chanac en Lozère. Brûlé pendant la Révolution, il appartenait à l’évêché de Mende.

En attendant d’être assez indépendant pour approfondir ses recherches, il visitait les cimetières, forçait les portes des chapelles privées où il passait des heures seul à réfléchir sur la prégnance de l’esprit des défunts, à se familiariser avec la mort qu’à la fois il redoutait et désirait car elle lui permettrait de retrouver le paradis de ses ancêtres. Très tôt, la personnalité d’Éric s’affirma morbide, solitaire, secrète et cruelle. Pour retrouver la vue, le goût et l’odeur des croisades, il capturait des chats, les torturait, les éventrait et plongeait ses mains dans leur sang. La souffrance de l’animal ne le troublait ni ne le réjouissait. Il n’éprouvait aucune émotion car il accomplissait un devoir. Il agissait pour une grande cause. Il effectuait un travail avec toute la rigueur militaire dont il était déjà empreint. Il obéissait à un ordre supérieur comme un soldat à son officier.

Lorsqu’il échoua au concours d’entrée du lycée militaire de Saint-Cyr, Éric ne laissa rien paraître de son humiliation et commença doucement à construire un monde secret dans lequel il pouvait tranquillement suivre les sillages des plus glorieux de ses ascendants. En attendant de pouvoir hériter de son père, il se maria avec une belle femme, Anne-Laure qui, bien qu’ayant déjà un enfant, disposait de quelques liquidités qui valaient bien sa particule. Vaniteux, Éric n’était pas particulièrement sympathique mais il était assez bel homme, connaissait les bonnes manières, avait enregistré ces bons mots qu’on peut servir en toutes circonstances pour charmer la compagnie et présentait un mélange contrasté qui tenait du soudard et du héros romantique. Il plaisait aux femmes et ne se privait pas d’en profiter tant pour la bagatelle que pour leur générosité financière. Il prétendait travailler mais il n’en avait pas vraiment besoin. Son épouse s’occupait de l’essentiel, à savoir les enfants et la maison, quand lui se consacrait à sa carrière d’aristocrate , une réelle besogne qui exigeait temps et concentration. Ses ancêtres et sa particule constituaient un véritable capital qu’il exploitait au mieux. Il avait toutefois la réputation de travailler dur, même le dimanche, car il s’enfermait des journées entières dans son bureau. En réalité, il naviguait sur Internet à la recherche d’opportunités d’affaires qui n’étaient pas de l’ordre de celles que sa famille espérait de lui. Il regardait des sites pornos et surtout visitait des sites de rencontres, créait des contacts, échangeait des messages, faisait des propositions malhonnêtes au regard de sa situation matrimoniale puis, de temps en temps, pour se donner bonne conscience, il allait se mortifier sur des sites catholiques. Il choisissait des maîtresses isolées, riches et discrètes auprès desquelles il collecterait des subsides pour monter des affaires. En réalité, il se contentait de monter la pouliche et de la plumer, un système qui lui rapportait de quoi mener une vie confortable et sauver les apparences.

Éric appréciait l’existence qu’il menait car elle lui donnait la sensation excitante de guerroyer. Il affrontait habilement et avec succès tous les dangers que représente une vie de parasite, de faussaire, de menteur, de dissimulateur et d’hypocrite. Il avait beaucoup de chance mais, le temps travaillait contre lui. Au fil des années, son pouvoir de séduction s’amenuisait tandis que les dettes s’accumulaient. La panique commençait à le gagner à l’idée qu’il serait percé à jour et qu’on ne verrait plus en lui qu’un petit noble ruiné et un homme raté. On oublierait alors que ses ancêtres possédaient un château, qu’un arrière grand oncle avait été évêque et qu’il était l’arrière petit neveu de Lamartine. Comme un animal qui se sent pris au piège, il devint hargneux et commença à laisser tomber le masque. Même son épouse dévouée et dévote s’en aperçu mais il lui imposa le silence en la terrorisant sans en avoir l’air comme il savait si bien le faire.

Sur ces entrefaites, Éric toucha enfin son titre de comte au décès de son père, reçu un petit héritage qu’il s’empressa de dilapider en jouant les seigneurs dans un monde qui le regardait de travers et enfin reçu son bâton de commandeur en la carabine du patriarche. Désormais, il avait tous les pouvoirs, ce qui lui procura une énorme bouffée de vanité car, bien qu’il l’eut déjà forte, elle enfla jusqu’à lui donner le vertige des grandes hauteurs. Il ne se sentait plus, il était un autre homme, un vrai. Monsieur le comte allait pouvoir commencer la vraie vie, celle pour laquelle il avait vu le jour et dont de sordides vicissitudes l’avaient écarté.

Margarine Duras voyait le comte debout dans sa bibliothèque caressant délicatement la crosse et le canon de sa carabine. Il en retirait une jouissance sexuelle qui faisait gonfler sa braguette. Des frissons parcouraient ses tempes. ses mains devenaient moites. Un chant guerrier montait en lui qui ressentait les vibrations des cuivres. Une nouvelle vie commençait. Au diable cette femme et ces enfants qui avaient partagé sa déchéance, ces témoins gênants d’une erreur de parcours. Le monde avait été injuste envers lui qui n’avait pas su reconnaître sa valeureuse prouesse d’avoir survécu à la Révolution.

Éric Durang de la Carrière était de ces catholiques qui pratiquent par devoir, tradition et conformisme. Il donnait toutes les apparences d’un bon paroissien mais se permettait tous les écarts possibles sans le moindre remord. Il mentait et forniquait sans vergogne. Homme de peu de foi, il se confessait juste ce qu’il fallait pour donner le change. La morale d’Éric était complètement absorbée par les principes de domination qui étaient transmis sans faillir d’une génération à l’autre. Les Durang de la Carrière, quoi qu’il advienne, étaient d’une race supérieure appelée à dominer le monde. C’était une question de patience et de temps, Éric gagnerait la bataille sans coup férir.

La famille d’Éric était partagée en deux camps, l’épouse et les enfants d’un côté, le père de l’autre. Il disait qu’il travaillait et partait pour de longues périodes au prétexte de monter des sociétés, de les gérer, de trouver des partenaires. Il en profitait pour aller voir ses maîtresses, en rechercher d’autres disposées à remplir sa bourse et faire le tour des cousins et des amis pour contracter des emprunts destinés officiellement à alimenter ses sociétés qui promettaient de rapporter sinon des dividendes, du moins des intérêts. Les parents et les amis, quoique sans illusion,  acceptaient souvent de le financer pour ne pas abandonner l’un des leurs à une déchéance qui aurait porté ombrage à leur propre prestige. Les femmes souscrivaient à ses demandes impressionnées par l’histoire familiale glorieuse qu’il savait si bien raconter et éprises d’amour pour cet homme mystérieux qui les fascinait littéralement. Tout était calcul chez Éric. Il savait parfaitement ce qu’il faisait pour annihiler l’esprit critique et la volonté de ses proies. Il savait les attirer et les terroriser de manière subliminale. Elles en perdaient la tête et lorsqu’elles  en prenaient conscience , après qu’il les ait eu pillées et abandonnées, elles restaient sans voix, paralysées par la honte comme une femme violée, elles ne portaient pas plainte, évitaient de se plaindre, ravalaient leur humiliation et se préoccupaient de panser leurs plaies.

Toute chose ayant une fin, le dur labeur d’Éric ne portait plus de fruits en abondance. Les dettes s’accumulaient, Anne-Laure commençait à avoir des inquiétudes et des doutes, ses enfants avaient une vie sociale avec des amis qui étaient susceptibles de recevoir des confidences troublantes et de poser des questions gênantes. Eric n’était plus le jeune homme plein de brillantes promesses mais un quinquagénaire fauché et raté qui avait de plus en plus de mal à donner le change.

L’humiliation suprême se manifesta avec la poursuite engagée par une maîtresse qui lui avait prêté la bagatelle de 50 000 euros au prétexte avancé de monter une société qui rapporterait gros. Il lui avait présenté une étude de marché, un business plan qu’il avait copié-collé sur l’Internet et, en tant que femme d’affaires avisée, elle avait mordu à l’hameçon, sa sagacité étant quelque peu altérée par l’amour. Éric ayant eu l’imprudence de la contrarier, ses yeux se décillèrent et elle réclama son argent que le bonhomme avait rapidement dilapidé dans des opérations de paraître.  Il avait ainsi pu jouir de fréquenter du beau monde et de cultiver l’illusion d’être redevenu l’écuyer du Roy.

Éric se mit au travail. Il savait ce qu’il voulait, un destin exceptionnel qui participait de l’essence même de ses origines. Il élabora méticuleusement un plan de sauvegarde de sa vanité. Il fallait éliminer toutes les scories qui ternissaient sa propre histoire, mettre en oeuvre les outils de sa noblesse de robe et d’épée, effacer les témoins gênants de son paysage et retrouver ses origines intactes, vierges des tâches d’une vie médiocre qu’il n’avait pas méritée. Il était froid, lucide, pragmatique et déterminé. Il n’avait qu’un but, sauver l’honneur de la confiance que le Roy, héritier de droit divin, avait confiée à son écuyer. Il ne s’agissait pas de l’honneur de la France mais de son propre honneur d’être le dernier élu de la cavalerie royale et divine.

Margarine Duras regardait Éric caresser sa 22 long rifle à la crosse patinée par des années de service à la cause de son patrimoine. Il était adossé à la bibliothèque dont les étagères ployaient sous des traités de guerre reliés de vieux cuir gravé à la feuille d’or, des carnets de mémoires de guerre de ses aïeux, d’histoire de la chevalerie, d’arbres généalogiques tracés sur du vélin, d’anciens livres pieux, de biographie d’évêques et d’hommes d’église, d’essais sur les châteaux du Vivarais et du Gévaudan. Dans l’esprit des Saint-cyriens il était agréablement pris entre l’arme et la lettre. Il rêvassait doucement quand son épouse l’appela pour le dîner et que la réalité s’imposa avec indécence. Il rejoignit la tablée de mauvaise humeur, s’assit en bout de table à la place du maître, récita le bénédicité machinalement et mangea en silence tandis que les quatre enfants et leur mère bavardaient à voix basse pour ne pas le déranger dans ses réflexions qu’ils pensaient professionnelles.

Éric éprouvait des difficultés à avaler son andouillette. Il ne supportait plus cette épouse trop sage et modeste et ces enfants qui ne s’intéressaient guère à l’art militaire et semblaient s’orienter ver l’art plastique et la philosophie, des balivernes, se disait-il. Il avait fait une mésalliance et il en subissait les conséquences. Bien sûr, il avait échangé sa particule contre une dot conséquente mais aujourd’hui, il n’en restait plus rien et les beaux-parents rechignaient à mettre la main à la poche. Ils voulaient bien aider leur fille et leurs petits enfants mais ne s’intéressaient plus aux affaires de leur gendre qu’ils n’osaient pas critiquer de peur de peiner leur fille. En bons chrétiens, il la laissaient souffrir en silence, la sachant entre les mains de Dieu qui n’aurait jamais admis un divorce.

Il en est ainsi de la bourgeoisie qui rêve d’enrichir de sang noble sa descendance quand l’aristocratie recherche des liquidités pour entretenir son patrimoine immobilier et perpétuer la grandeur de son ascendance. Nobles et bourgeois sont parfaitement complémentaires et la notion de mésalliance est hors propos si le nom et la gloire qui lui sont rattachés survivent. Le bonheur n’est pas une préoccupation majeure dans ces milieux puisque Dieu est sensé y pourvoir.

Cette année-là, Éric allait changer de décennie. Il allait avoir 50 ans au mois de mai. Pour les vieux jeunes, ces adultes immatures qui voudraient être conjointement libres et protégés, le cap des 50 ans est difficile à passer. Déjà, pour ses 40 ans, il avait vécu l’évènement comme un deuil insupportable qu’il avait noyé dans l’alcool, le bruit et la fureur. La nouvelle année venait de commencer et Éric accéléra la préparation de son plan. Tout devrait être prêt fin avril.

Éric s’enferma dans son bureau et se connecta à « Copains d’antan ». Il parti en chasse. Il recherchait deux ou trois femmes disponibles et aisées, qu’il aurait plus ou moins côtoyées à l’école et  qui ne manqueraient pas de se réjouir d’avoir de ses nouvelles. Ayant approximativement son âge, elles auraient eu le temps de se marier, de faire des enfants, de les élever, de divorcer, de rebondir, d’hériter et de s’assurer une situation confortable. Ce n’était pas très difficile. Il y avait de la demande et pas tellement d’offres d’hommes disponibles et cultivés. Certes, il n’était pas administrativement disponible mais il n’en dirait rien, et puis, de toutes manières, il était on ne peut plus disponible dans sa tête pour partir à la quête de la toison d’or. Il établit une dizaine de contacts et en sélectionna trois qui lui semblaient très prometteurs. Il rencontra rapidement les dames, les séduisit, leur promit monts et merveilles et entretint soigneusement ces relations.

Vers le mois de février, Éric annonça à Anne-Laure qu’ils devrait partir en voyage d’affaire de longue durée. Il serait sans doute absent trois semaines mais l’appellerait régulièrement pour lui donner de ses nouvelles. Anne-Laure fut contrariée une fois de plus mais que pouvait-elle y faire? Éric lui demanda de lui avancer 500 euros en attendant d’encaisser un chèque important- dit-il- et elle n’osa pas refuser. Il monta dans son 4X4 et prit la route. Il se dirigea d’abord vers Paris où habitait l’une de ses trois nouvelles conquêtes, Marie.

Marie était la fille d’un notaire de Versailles qui l’avait particulièrement irrité lorsqu’elle était arrivée au collège dans un coupé sport. La pétasse, pour qui se prend-elle avait il songé et il avait insidieusement passé le mot à ses condisciples qui s’étaient fait un malin plaisir de la harceler. La pauvre Marie en avait bavé mais elle n’était pas rancunière puisque leur contact électronique avait été lourd de promesses. Marie avait repris la charge notariale de son père, l’avait revendue pour s’installer dans le 7ème arrondissement près de la paroisse Sainte-Clothilde, le quartier le plus huppé de Paris. Ses affaires marchaient bien mais elle se sentait seule. Pour Éric, Marie était la proie idéale et il se frottait les mains à la perspective de la séduire, de la piller et de l’éconduire. Ce qui fut fait et bien fait. Lorsqu’ Eric reprit la route après avoir passé la nuit avec sa conquête, il palpait avec délices la liasse de billets que Marie avait pris dans le coffre de son étude pour les lui remettre. Quand on aime, on ne compte pas.

Éric suivait vaguement le chemin de Saint Jacques de Compostelle pour rencontrer ses conquêtes. La suivante vivait à Chartres. Tout se passa comme prévu. Blandine l’accueillit à bras ouvert et se montra fort généreuse. Éric palpait sa liasse qui enflait. Il se rapprochait du but de son voyage.

Margarine ne vous donnera pas de détails sur les ébats du comte Durang de la Carrière car ils n’avaient rien de particulier, ses demandes étaient dignes de ce qu’on peut voir dans un film porno et ses attentes étaient sado-maso. Tout ce qu’il y a de banal pour un mâle qui se fraye un chemin dans la jungle de la vie en usant de son pénis comme d’une machette.

Encore un arrêt à Poitiers pour plumer Bernadette et Éric se sentit les mains libres pour réaliser l’étape suivante de son plan. Il s’arrêta sur le parking d’un immense centre commercial perdu en pleine campagne du côté de Limoges. Il acheta une petite tente, un duvet, une parka, des chaussures et un pantalon en goretex, une couverture de survie, un sac à dos, une gourde, un réchaud à gaz, une lampe de camping, une torche électrique, une radio à piles, une pelle, une pioche, un kit de petits outils. Ensuite il fit des provisions d’eau et de nourriture, autant que pour nourrir une colonie de vacances. Il acheta trois téléphones portables. Il était très satisfait lorsqu’il reprit le volant.

Éric arriva à Lorgues, dans le Var, en début de soirée. La nuit était tombée, l’air était vif. Il s’installa dans un hôtel et appela un petit garagiste qu’il avait connu lorsqu’il habitait le Bourg. L’homme était un peu louche et n’hésitait pas à arranger ses clients moyennant quelques dessous de table. Il lui acheta une vieille jeep qu’il avait remise en état. Pour ne pas avoir à effectuer des démarches administratives, il lui raconta qu’il souhaitait rester discret pour faire une surprise à sa femme. C’était gros mais l’homme ne l’écoutait guère, le regard fixé sur la liasse de billets qu’Eric agitait sous son nez.

Le fugitif regagna sa chambre d’hôtel pour se décolorer les cheveux et les teindre en blond. Il fixa des lentilles vertes sur ses iris et chaussa des lunettes à monture d’écaille claire pour détourner l’attention sans pour autant l’attirer. Il enfila un gilet molletonné et trois pantalons les uns sur les autres afin de donner à sa silhouette un peu plus de corpulence. Au milieu de la nuit, Éric déchargea silencieusement son 4X4 pour remplir la jeep. L’opération ne prit guère de temps car l’homme était précis, méticuleux et très organisé. Le chargement terminé, il inspecta le 4X4 afin de vérifier qu’il n’avait rien oublié puis revint vers la jeep, desserra le frein à main, poussa la voiture pour l’éloigner au maximum des habitations afin qu’on ne l’entendit pas démarrer. La nuit était d’un calme étourdissant. Il se mit au volant et se dirigea vers la chapelle de Benva, une halte sur le chemin de Saint-Jacques.

Éric roulait sur de petites routes trouées de nids de poule en se repassant le film de sa séance avec cette pétasse de Marie. Il l’avait eue dans tous les sens du terme et trouvait le scénario très satisfaisant. Il était fier de lui.

Éric connaissait très bien la région où il avait habité pendant quelques années dans une maison dont la porte était ornée d’une croix de Malte. Au XIIème siècle, les templiers du Ruou en avaient été propriétaires et y avaient laissé des vestiges de leur présence. Il avait profité de son séjour pour explorer les bois et les massifs entre Draguignan et les gorges du Verdon. Il avait consulté des archives sur l’histoire de Lorgues, ses conflits avec l’abbaye cistercienne du Thoronet et l’établissement, dans le bourg, du commandeur des Templiers de Villecroze au Ruou. Il avait découvert que les deux bâtiments avaient été construits au XIIème siècle, à peu près en même temps et que l’architecte Pierre Pouillon dans « Les pierres sauvages » avait révélé des similitudes entre la structure de certaines parties des deux bâtiments qui, bien qu’isolés dans les massifs, n’étaient distants que de quelques kilomètres. Il savait par ailleurs que, malgré les apparences, templiers et cisterciens avaient une alliance spirituelle secrète, le Cercle intérieur. Les relations étaient d’autant plus étroites que le premier grand maître des templiers, Hugues de Payens avait offert à Bernard de Clairvaux le domaine sur lequel il avait construit le premier monastère cistercien.

Ces détails historiques n’auraient guère intéressé Margarine Duras s’ils ne l’avaient pas guidée vers l’itinéraire du fuyard. Elle était certaine que, pendant son séjour à Lorgues, il avait cherché et trouvé le souterrain qui reliait la commanderie du Ruou à l’abbaye du Thoronet. Officiellement, personne n’avait jamais attesté de l’existence de ce souterrain mais Éric savait que les deux lieux ayant été construits à la même époque, il était quasi certain que les mêmes ouvriers avaient travaillé sur les deux chantiers, se relayant en fonction de leur spécialité. Il était probable également qu’ils avaient utilisé la même carrière et taillé les pierres indifféremment pour l’un ou l’autre des bâtiments. C’est ce que Fernand Pouillon avait souligné dans « les pierres sauvages ». Ces ouvriers qui venaient d’Italie et de Compostelle repartiraient chez eux à la fin du chantier et garderaient de fait le secret de sa construction. On pouvait leur confier sans crainte d’être trahi le creusement d’un passage secret pour permettre aux membres du Cercle intérieur de se rencontrer sans témoins et aussi souvent qu’ils le souhaiteraient.

L’abbaye cistercienne du Thoronet à environ 5 km de Lorgues

Éric avait également remarqué que la tour de la commanderie présentait des murs relativement minces quand ceux de la chapelle étaient aussi épais que ceux d’une forteresse. Il en conclut qu’en cas de danger, les templiers se réfugiaient dans la chapelle d’où ils descendaient dans les souterrains où se trouvaient les celliers et une source leur permettant de tenir le siège le temps qu’il fallait ou de s’enfuir en sortant pas le cloître de l’abbaye. Du côté des moines du Thoronet, les préoccupations de sécurité étaient identiques et, s’il le fallait, ils descendaient sous terre, éventuellement ressortant par la commanderie.

La chapelle du Ruou telle que mise en scène sur le site des templiers

Ci-dessous, les ouvertures de la chapelle sont aussi profondes et étroites que des meurtrières de forteresse.

 Au cours de ses errances dans les massifs, après un orage, il avait découvert un éboulement non loin du Ruou. Écartant quelques pierres, il découvrit une cavité qui semblait se prolonger assez loin sous terre. Il se pencha autant qu’il le put et jubila. Il était certain d’avoir découvert le passage secret qui reliait la commanderie au Thoronet. Il n’était pas du genre à partager ses découvertes aussi remit-il soigneusement les pierres en place, les recouvrit de terre et de branchages et se hâta vers Lorgues pour se procurer du matériel adapté. Il devait revenir plusieurs fois pour descendre dans la cavité et explorer les lieux qui semblaient parfaitement conservés. Il trouva un puits au fond duquel miroitait de l’eau. Progressivement, il entassa dans le cache quelques trésors militaires auquel il tenait particulièrement. Il consolida l’entrée avec de solides branches et construisit une porte qu’il cadenassa soigneusement. Il dessina dessus une tête de mort et reproduisit le logo des eaux et forêts pour plus de tranquillité. Chaque fois qu’il venait, il apportait de quoi aménager son antre et en partant prenait soin de masquer la porte. Il n’était pas vraiment inquiet, sûr de son habileté à dissimuler les choses et les pensées et estimait que le risque d’intrusion était réduit car le lieu était difficile d’accès, escarpé, dissimulé au milieu de tas de pierres, d’arbres déracinés enchevêtrés et de ronces.

Lorsque Éric et sa famille quittèrent Lorgues pour Nantes, il continua a visiter régulièrement son gîte et à l’aménager. Il avait la forte intuition d’avoir besoin de ce repaire aujourd’hui, demain et pour l’éternité. C’est là qu’il enfouirait ses plus grands secrets, ses rêves les plus fous, ses souvenirs les plus brûlants et ce qu’il avait en lui de plus cher, l’écuyer du Roy. Il le ressusciterait, le nourrirait, le soignerait et le lancerait sur le chemin de Compostelle vers Jérusalem où il déterrerait l’Arche d’alliance, la vraie, celle que personne n’avait encore trouvée. Notre-Dame  l’accompagnerait et le chant du cliquetis de sa cuirasse rythmerait sa marche. Au dessus de lui les anges souffleraient dans leur trompette. Éric se sentait ivre de bonheur, enfin, le bonheur du Dieu-tout-puissant.

Margarine Duras en resta là. La boucle était bouclée. Éric arrivait au bout de sa cavale. Il marchait vers le cache qui était son destin et y resterait quelques mois ou l’éternité. La suite était écrite dans la presse sous le nom de « tuerie de Nantes ».

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  1. Cette histoire est captivante. On aimerait bien savoir ce qu’Eric Durang de la Carrière fait aujourd’hui. Où a-t-il garé son 4×4 ? Comment a-t-il fait pour ne pas se faire repérer durant ces longs mois passés dans les souterrains de Lorgues ? Fait-il ses courses au village ? Ou a-t-il stocké assez de nourriture pour survivre des années ? Mais y est-il toujours ? Ou vit-il sous l’identité de quelqu’un d’autre ? Il aurait pu rejoindre l’Etat Islamique, là-bas on n’est pas très regardant sur l’identité des nouveaux venus et son expérience et son sang froid ont pu intéresser les dirigeants. Est-ce lui qui a dirigé les attentats de Paris ? J’espère que le livre de Jean-Michel Laurence et Béatrice Fonteneau vous inspirera une suite que j’aurai grand plaisir à lire.
    Denis

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    • laconnectrice

      Je ne me pose pas les mêmes questions ancillaires que vous parce que, comme je le laisse entendre dans ma fiction, je pense qu’il a rejoint l’écuyer du Roy …

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  2. incroyable histoire parfaitement bien rancontée

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