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Le féminisme et l’exercice de la liberté

Publié le

Françoise Collin, disparue en 2012, était une philosophe féministe d’origine belge qui n’est pas aussi connue que d’autres féministes mais dont les écrits méritent d’être lus et relus pour les motifs résumés dans les fiches de lecture de  Michèle Baron-Bradshaw – Membre du groupe « Pour un autre féminisme » qui m’a aimablement autorisée à les publier sur ce blog.

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http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/la-mort-dune-figure-du-feminisme-lecrivain-francoise-collin-114596

sous la direction de : Fouygeyrollas Schwebel Dominique, Rochefort Florence
Penser avec Françoise Collin  Le féminisme et l’exercice de la liberté
Janvier 2016   18.00 €   192 p.   ISBN : 979-10-90062-06-1
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Penser avec Françoise Collin – Le féminisme et l’exercice de la liberté

Sous la direction de Florence Rochefort et Dominique Fougeyrollas Schwebel – Editions IXe 2016. Contributions de Carmen Boustani, rosi Braidotti, Geneviève Fraisse, Diane Lamoureux, martine Leibovici…

  Cet ouvrage invite à découvrir l’œuvre de Françoise Collin (1928-2012 Belgique), romancière, philosophe (Levinas, Blanchot, H. Arendt), en offrant des analyses mais aussi une large palette de citations de son travail polymorphe et complexe. Françoise est un des figures du féminisme des années 70/90, souvent ignorée, parce que réfractaire à tout enfermement.

Fiche de lecture et réflexions (1ère partie)

Dès 1973, de retour des Etats Unis, elle se lance dans le féminisme à Bruxelles et fonde, avec sa complice, Jacqueline Aubenas, les cahiers du GRIF (groupe de recherche et d’information féministe) qui durera près de 20 ans, jusqu’en 1997 – 24 numéros Tirés jusqu’à 24 000 exemplaires. En 1981, le GRIF assume la responsabilité d’une collection Femmes aux Editions de Minuit[1]. En 1979 le groupe fonde, à Bruxelles, l’Université des femmes. Une scission intervient en 1982, Françoise s’installe à Paris.

 Les cahiers reparaissent jusqu’en 1993, fermeture des éditions Tierce. En 1996, Une dernière série reparait pendant un an.

« Le Grif était à la fois une revue, un objet et un groupe (1978) ».

Ces Cahiers marquent l’histoire des féministes du XXème siècle et se caractérisent par une volonté d’articuler un féminisme à la fois collectif et individuel, une pensée du symbolique en tenant compte des différences, mais sans donner dans le différentialisme. Ils portent un féminisme qui développe une dimension intellectuelle et culturelle. Chaque numéro était thématique. L’objectif n’est pas pour les autrices de s’ériger en expertes ou en spécialistes académiques.

« Nous ne partions pas d’un espace prédéterminé ; nous constitutions notre espace en parlant, en marchant, y compris dans les manifestations de rue ».

 Il est à noter que Françoise Collin s’est fait, un temps, exclure de l’Université belge pour des raisons obscures ; c’est ce qui peut en partie expliquer son parcours. Mais est-ce l’effet ou la cause de son itinéraire particulier qui s’ancre aussi dans l’action ?

Rétive à tout enfermement, à tout dogmatisme, F. Collin est habitée par le désir de déconstruction, cela pour reconstruire. Elle refuse les totalités, et affiche une défiance envers l’institution. Elle suit des voies traversières avec une force créatrice originale. Elle refuse toute assignation à quelque identité ou quelque école de pensée. Elle refuse de différentialisme biologisant aussi bien que l’universalisme sans adhérer pour autant à « l’indifférentialisme » (J. Butler). Chemin difficile, épuisant et inconfortable qui apporte des désillusions et en particulier sur la supposée sororité. Elle est une des rares à être restée en marge de l’institutionnalisation des études de genre. De ce fait, elle n’a jamais eu sa place dans les courants dominants. Le féminisme qu’elle défend est « celui de l’émancipation et de la liberté plus que de l’égalité. C’est un féminisme d’insurrection qui vise la domination masculine. Ce n’est ni un rattrapage égalitaire, ni le triomphe d’un féminin rêvé.  Les cahiers du GRIF se démarquent à la fois du féminisme matérialiste – pas de primauté aux analyses sociaux économiques marxisantes (Christine Delphy) – et de l’approche politique (la revue Questions féministes- 1977). Les Cahiers du GRIF accordent une importance à l’analyse littéraire, à l’anthropologie et à la psychanalyse pour penser l’oppression des femmes, tout en se démarquant fortement du groupe Psychanalyse et Politique et des féministes de l’extrême gauche.

« Je crois que j’ai une vue résolument pessimiste de l’être humain, femmes comprises. J’ai conscience d’une injustice et d’une incompréhension qui, pour être admises et surmontées, exigent un travail de tous les instants. Certains espaces permettent miraculeusement d’échapper à cette règle générale mais l’espace féminin n’en fait pas partie. »[2]

La méfiance de Françoise Collin à l’égard de la rationalité s’étend à la science et notamment aux technologies de la reproduction. Elle y voit une menace pour la condition humaine et redoute que cela ne se retourne contre les femmes (1999). Cette méfiance s’étend à l’universalisme et également une égalisation réductrice.

« Le féminisme échouera s’il se limite à la transformation des structures socio-économiques et néglige le travail sur ce qu’on nomme le symbolisme. Il faut procéder à un renforcement et une défense de l’imaginaire féminin » (1981).

Il est essentiel pour elle de faire émerger les paroles de femmes, ancrées dans le vécu. Elle assume un pluralisme. Elle ressent la nécessité de brider la culture universitaire pour parler le langage de toutes. Dans cet aventure collective, elle cultive une distance avec le spontanéisme, les normes implicites et l’absence apparente de pouvoir ; Attachée au collectif elle reconnait qu’il est aussi un poids, un frein, une censure, qui « oblige à penser moins aigu et à parler moins fort ».

La thèse de F. Collin est de proclamer « l’unité du groupe femmes qui est « marqué par la discrimination basée sur la seule apparence sexuelle » (féminitude dans laquelle la sororité se substitue à la notion de classe).

Elle appelle à dépasser la démarche du féminisme :

« En affirmant à juste titre que le privé est politique nous avons fait basculer l’existence dans le seul cadre politique, y cherchant le dépassement et la résolution de nos conflits même subjectifs, jusque-là confinés dans la sphère psychologique, sinon de la névrose. Et dire que les rapports oppressifs hommes/femmes dépendait des structures plutôt que des personnes, analyser et faire apparaitre ces structures a été le travail principal du féminisme, dans la théorie et dans l’action (1984) ».

Remarques MB : cela n’a pas été exclusif dans le mouvement des femmes des années 1970 ; mais il est vrai que depuis ces années, les analyses et les postures se sont essentiellement situées au plan politique et dans le champ économico-social, confortées par la relève des forces institutionnelles – autant dire dans le débat dominant qui remet peu de choses en cause.

Pour ce qui est l’évolution du féminisme, Françoise Collin parle alors de « l’éparpillement individualisé » face à « l’illusion collective ».

Elle prend également des distances, à partir de 1986, avec le « pernicieux concept de sororité ». Elle pense qu’il est possible de penser les différences sans ce qu’on appelle le différentialisme en apportant un regard particulier sur le symbolisme (Irigaray, Kristéva, Cixous). Elle est en quête d’un pensée féministe subversive et d’un « féminisme critique et autocritique », hors des sentiers battus : « il est temps de penser l’autre, d’accepter la diversité du sujet femmes qui ne se réduit pas à sa féminité »…

Remarques MB : et j’ajoute à la sexualité

« Un fonctionnement psychique, culturel, social ne se change ni par oukase, ni par un coup de baguette magique …. Travailler avec ce qui est et non avec nos rêves. Confronter le projet politique à la résistance du libidinal »

Le féminisme pour quoi faire ? Question essentielle à repenser constamment.

[1] Créée par Luce Irigaray

[2] F Collin  P. 22

Fiche de lecture et réflexions (2ème partie)

Le souffle de la liberté,

Texte d’analyse de Diane Lamoureux (Université Laval –Québec) »

« La vigilance politique exige de ne jamais considérer comme révolue ou résolue une question quelconque mais d’être toujours capable de l’aborder ou de la ré-aborder dans les nouveaux termes où elle se pose en raison de l’évolution de la société ou même des effets pervers que sa première résolution a permis » (FC 2005).

Si le féminisme fut d’abord « la liberté pour les femmes », un glissement s’est opéré depuis pour devenir aujourd’hui « égalité entre hommes et femmes ». Et comme le terme liberté a également été l’objet d’une transformation néolibérale, il semble se diluer dans une forme de consumérisme : liberté de tout et de tout faire.

Diane Lamoureux revient à l’étude de ce que Françoise Collin a retenu du mouvement féministe des Etats Unis en 1970. Pour elle, il demandait une refonte radicale de nos façons de vivre. Il représentait une entrée en action et la constitution d’un groupe social. Ainsi, pour Françoise Collin, le féminisme est amené, au fil de son histoire à se réinventer, à se déplacer sous peine de se faire récupérer. Elle note une absence de théorie générale et globale qui rend le féminisme porteur d’une liberté créatrice et inventive. Le mouvement n’a pas d’horizon. Il fuit un passé odieux sans avoir d’idée préconçue pour l’avenir. Les américaines « n’ont plus besoin de changer de lave-vaisselle : elles ont besoins de changer la vie ». Le féminisme chamboule l’ordonnancement entre le politique, l’économique et le social, ou entre le privé et le public et regarde hors des sentiers traditionnels de l’action politique.

« Le féminisme n’est pas l’apparition d’un nouveau figurant qui viendrait s’insérer dans une pièce déjà écrite. C’est l’émergence d’un principe subversif, constitutif d’un monde à venir » (1993).

L’oppression combattue ne trouve son fondement ni dans la biologie, ni dans une nature féminine mais dans l’organisation sociale telle quelle est conçue. Il faut repenser l’ensemble de la vie sociale et ne pas se contenter d’une liste de réformes, façon liste d’épicerie, dans le but que la société devienne plus supportable. « Favoriser les réformes qui ouvrent les situations, non celles qui les referment, les réformes qui sont des jalons et non des emplâtres » (FC 1975).

Ce que dit le féminisme à partir des années 1960 c’est que Les rapports de dominations se nouent autour du corps, du plus intime de leur existence et de leur sexualité, là où les femmes sont isolées. Le corps agit métaphoriquement comme le territoire à libérer : La rue, le soir sans peur.

Françoise Collin note bien cependant que le Féminisme US émane davantage de la Middle class et des milieux intellectuels.

Plus généralement, L’oppression est systémique.

Pour F. Collin, la théorie et la pratique sont constamment à inventer dans le mouvement de la praxis [1]. Il faut faire mouvement et non système, ce qui implique des risques (enlisement, dévoiement, isolement…).

L’égalité déporte plutôt qu’elle nourrit la réflexion féministe, puisqu’elle constitue un principe d’assimilation non un principe de transformation sociale (F. Collin, 1986).

Le premier effet du féminisme c’est de mettre fin à l’isolement des femmes, de remédier une dispersion que déplorait déjà Simone de Beauvoir : « isolement et passivité » – Briser l’isolement constitue le préalable à toute action.

La lutte est ambiguë puisqu’elle ne peut se fonder ni sur une identité féminine à libérer, ni sur un adversaire facile à identifier puisque « l’ennemi est toujours perversion de l’ami ou de l’allié » (F. Collin 1986).

La sororité, forme de solidarité d’un groupe subalterne, doit être pensée à la lumière de l’expérience féministe pour en faire ressortir le rôle structurant, mais aussi les limites apparues à l’usage. La solidarité n’est possible que si l’enjeu est le monde c’est-à-dire le domaine politique …. Pour identifier et combattre les diverses figures de l’injustice. Elle devrait être source d’autorité, de confiance et de respect. Un espace de confrontations ouvert, un tremplin pour questionner le monde en place et agir sur lui.

« Aussi longtemps qu’elles resteront isolées, les femmes ne trouveront ni la force ni la persévérance nécessaire pour faire changer les choses » (1973).

  1. Collin a fait une autre remarque importante, relevée par Diane Lamoureux : plus le féminisme se développe, plus il se diffuse dans l’ensemble du tissu social, plus il échappe à ses initiatrices. Plus il faut se remettre en question, approfondir l’analyse du contexte et plus il faut faire preuve de créativité.

[1] Action en vue d’un résultat pratique.

Video

Conférence de Françoise Collin (19 mars 2011) par IEC-MNHN

http://www.dailymotion.com/video/xjh7ph_conference-de-francoise-collin-19-mars-2011_school

Une réponse "

  1. Bonjour.Je pense que « la société » est une illusion mortifère.Elle n’est, a mon avis en rien une structure harmonieuse .Si elle n’existait pas, ce serait le naturel chacun pour sa peau .Il n’y aurait pas autant d’hommes sur terre .Cette structure sert une très petite minorité qui s’approprie toutes les richesses par la violence et l’intimidation.Pour moi, c’est chacun pour soit.

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