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Groult, Rocard, Wiesel. Ces disparus qui voulaient changer le monde.

Publié le

L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.
Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.
(Blaise Pascal, Pensées, fragment 347)

Ces derniers temps, s’en sont allés vers le paradis ou l’enfer, de grandes figures françaises pour Benoite Groult et Michel Rocard, francophone pour Elie Wiesel.

Ces personnages ont en commun d’avoir voulu changer le monde pour plus d’égalité, de justice, de partage et de paix.

Benoîte Groult avait rallié la philosophie féministe parce qu’elle se sentait outragée par la part congrue réservée aux femmes dans tous les domaines mais surtout dans son métier d’écrivaine. Elle a profité de sa notoriété pour faire avancer la cause des femmes d’une part en raillant le comportement des mâles, d’autre part en défendant la dignité des femmes et en leur apportant des arguments pour relever le niveau de leur self-esteem.

Michel Rocard était dans les années 60 ce qu’il y avait de mieux dans la gauche institutionnelle. Il aspirait à une France plus forte, plus solidaire et plus égalitaire selon les principes du socialisme. Très intelligent et éclairé, il aurait pu apporter du coeur et de la chair au socialisme mais il fut coincé entre Mitterrand qui fit tout son possible pour détruire son rival et le principe de réalité, lorsqu’il était aux commandes, qui le conduisit à inventer la CSG, un impôt sur l’impôt qui n’a jamais été remis en question depuis. Michel Rocard n’était pas le « pourri » que certains prétendent car dans les années 80 presque tout le monde voulait aider les pauvres de ce monde. Nous n’étions pas submergés par les migrants et notre économie se portait plutôt bien, grâce aux subventions européennes entre autres. Michel Rocard n’était plus aux affaires depuis une vingtaine d’années, on ne peut donc pas le tenir pour responsable du marécage dans lequel nous un plongés l’UMPS et la mondialisation.

Elie Wiesel avait 15 ans lorsqu’il fut déporté depuis sa Roumanie natale à Buchewald où il vit périr son père et son frère. Rescapé il fut adopté par une famille française qui lui permet de faire des études et de cultiver son goût pour l’écriture et la musique. Il a écrit de nombreux ouvrages dont des pièces de théâtres et a composé des chansons.Il s’est fortement impliqué dans la mémoire de la Shoah dans le but de faire régner la paix : plus jamais ça. Il vivait entre la France, les Etats-Unis et Israël en espérant contribuer à la Paix entre Israël, les Palestiniens et les pays arabes et musulmans. C’est à ce titre qu’il avait reçu le prix Nobel de la Paix.

Nobody’s perfect !

Ces trois personnes avaient leur part d’ombre et de lumière car ils étaient des êtres humains, trop humains parfois et parfois pas assez humains. Certains polémistes s’évertuent à les porter aux nues en faisant leurs hagiographies, d’autres au contraire les descendent en flèche. Pour eux, il n’y a pas de juste mesure, ils ne peuvent être que parfaits ou « pourris ». Je suis toujours sidérée de constater à quel point mes semblables ne connaissent pas de juste mesure comme si eux mêmes n’avaient jamais commis d’erreur, n’avaient jamais changé d’opinion, de certitudes ou de spectre d’action. La condition humaine est pourtant trop complexe tant par la difficulté de choisir une voie que par la prise en compte de l’évolution du monde et de la société.

Groult, Rocard et Wiesel étaient de véritables roseaux pensants, à la fois fragiles et résistants dans leur démarche. Ils méritent tout notre respect, ne serait-ce que parce qu’ils réfléchissaient sur notre condition et proposaient des pistes pour son amélioration.

La Connectrice

"

  1. Il n’y a pas une seule journée où je ne pense pas à la situation du monde actuel, la précarité de sa raison. Le mot qui me revient souvent est médiocrité. J’ajouterais que la laideur devient ce qui était beau. Il me vient spontanément à l’esprit Renoir, c’est beau. Je sais que tout peut être relatif, la Terre fut déjà plate et la raison l’a arrondie.
    Un mot simple que les enfants posaient, « pourquoi ». Ce mot est fondamental dans le processus de la pensée, de la raison. Est-ce que ce mot existe toujours?

    Ainsi va la vie actuelle!

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    • laconnectrice

      Bonjour Roger,

      Moi aussi je me demande souvent s’il est juste de me poser telle ou telle question, de trouver laid et médiocre ce qui demain peut-être sera considéré comme étant beau et estimable.
      Par ex.aurais-je aimé Van Gogh si j’avais été sa contemporaine ?
      Quel parti aurais-je pris pendant la dernière guerre mondiale ?
      Etc.
      Quelle différence entre la résistance au changement et évoluer avec son temps ?

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      • J’écrivais dans les hebdos locaux où je demeurais auparavant. Politique, environnement, même un petit compte de Noël, etc. J’avais des commentaires. Je pouvais déranger, je le savais. Bizarre par rapport à aujourd’hui, mon premier sujet traitait de ces enfants qui vivaient dans la terreur au Moyen-Orient, tout cela avant la guerre en Irak. Je réalise aujourd’hui que nous y sommes toujours dans cette guerre. J’avais traité cela mais aussi en culpabilisant (???) les gens d’ici inconscients de leurs confort. Ça fait déjà presque 20 ans que j’ai écrit sur le sujet.
        Mais hier, j’ai pris le temps d’arrêter quelques minutes pour photographier un bel escargot qui mangeait en douceur pour continuer sa vie.

        … »Quelle différence entre la résistance au changement et évoluer avec son temps ? »
        Résistons en évoluant. il n’y a pas de contradiction je crois.

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        • laconnectrice

          Moi, hier je me suis amusée avec ma petite fille de deux mois qui est extrêmement réactive aux stimulations…la vie continue, en effet et quoiqu’on en pense…

          « Résistance au changement » est une locution utilisée par les décideurs quand ils changent les règles sans concertation avec le peuple concerné: citoyens, employés. Je l’ai bcp entendu qd France Telecom s’est privatisée, qu’elle est devenue « Orange » et qu’une trentaine d’employés se sont suicidés. (Procès de la direction en ce moment).
          « Evoluer avec son temps » relève de réflexion, concertation, échanges, recherche de bonnes pratiques mixant principe de réalité et considérations morales et philosophiques.

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