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Le dîner du CRIF vu par d’autres juifs

François Hollande, lors du dîner du Crif, à l'hôtel Pullman Montparnasse, à Paris, le 22 février. / © IP3 PRESS/MAXPPP

François Hollande, lors du dîner du Crif, à l’hôtel Pullman Montparnasse, à Paris, le 22 février. / © IP3 PRESS/MAXPPP. Source http://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/paris/individu-fiche-s-interpelle-mercredi-soir-cadre-du-diner-du-crif-1201927.html

Et on reparle du dîner du CRIF, qui a eu lieu cette année le 22 février.  Richard Abitbol, président de la CIFAJ-Confédération des juifs de France et amis d’Israël– s’est livré à une analyse intéressante de différentes opinions sur cette institution laïque qui s’oppose ou complète le Consistoire, lequel se préoccupe des questions strictement inhérentes à la pratique de la religion juive.

L’article ci-dessous a pour objectif de présenter à la communauté juive des points de vue contradictoires afin de lui permettre de se faire une idée par elle-même. Une ambition utile pour faire le tri parmi toutes les bêtises qu’on peut lire sur le CRIF.

J’ai retenu des questions qui me paraissent particulièrement sensées :

Ce dîner c’est quoi au juste ?

L’expression d’un lobby ? Mais alors, quel serait l’objet de ce lobby ? Celui de défendre la situation des Juifs en France et les protéger de l’antisémitisme ? Mais n’est-ce pas là le rôle des autorités de la République voire de tous les citoyens de ce pays ?   Ou l’objet de ce lobby serait-il celui de défendre la politique israélienne au même titre que le fait l’A.I.P.A.C aux États-Unis ? Mais n’est-ce pas  là le rôle de l’Ambassade d’Israël ou d’associations dont c’est justement  l’objet social ?

En effet, les Juifs en France sont avant tout des Français qui devraient être respectés et protégés au même titre que n’importe quel citoyen français et vouloir leur donner un traitement spécifique, c’est les jeter en pâture aux antisémites et antisionistes et favoriser le communautarisme qui divise le pays qui est déjà naturellement varié avec ses régions historiques, ses traditions, son folklore, ses patois, accents et idiotismes, etc

La connectrice

CHAQUE ANNÉE, À LA MÊME ÉPOQUE, LA QUESTION REVIENT DE MANIÈRE RÉCURRENTE : LE DÎNER DU C.R.I.F EST-IL UTILE, INUTILE OU NUISIBLE ? CHAQUE ANNÉE, LES MEMBRES DE LA COMMUNAUTÉ SE DÉCHIRENT SUR LE SUJET COMME NAGUÈRE LES BYZANTINS SE QUERELLAIENT SUR LE SEXE DES ANGES. 

Souvenons-nous ! A Byzance, la querelle sur le sexe des anges faisait rage et le clergé de Byzance en débattait encore farouchement en mai 1453, alors que la menace grondait et  alors même que les armées du sultan ottoman Mehmet II escaladaient les remparts de la ville et allaient s’emparer de l’Empire Romain d’Orient pour le détruire.

Il y a, là,  une grande similitude avec la présente situation des Juifs de France. Alors que leur situation est devenue particulièrement alarmante et délicate, alors que la  menace  gronde au cœur de la République et que, régulièrement, des juifs tombent sous les balles de fanatiques antisémites, les Juifs se querellent sur l’utilité d’un dîner !

Même si, en entrant dans ce débat, on contribue à cette querelle inutile sur «le sexe des anges», nous allons tenter de présenter les points de vue des uns et des autres et  tenter d’avancer dans ce débat récurrent. A la veille du 32ème diner du C.R.I.F,  nous avons décidé de vous soumettre  les points de vue des uns et des autres afin que vous puissiez vous faire une idée par vous-même, ce que nous  faisons  dans  notre quotidienne du 21 février.

Mais,  nous ne pouvions pas vous présenter ces prises de position, sans vous soumettre la nôtre et vous exposer notre analyse sur ce sujet épineux.

C’est donc ce que nous faisons ce jour !  Et,comme à l’accoutumée, nous tenterons de vous présenter une position aussi objective que possible, à supposer même que l’objectivité soit possible en la matière.

Ainsi, notre position est soumise à votre sagacité au même titre que celles des autres intervenants. Notre seul but est, et reste, de vous présenter des points de vue contradictoires afin de vous permettre de vous faire une idée par vous-mêmes !

Certains, dans leur analyse, ont tendance à  vouloir mélanger deux éléments, pourtant bien distincts: la représentativité du C.R.I.F, d’une part,  et le sens et la portée de ce dîner, et surtout de son utilité, d’autre part.

Nous ne nous étendrons pas sur la première de ces questions, nous en avons déjà largement débattu dans ces colonnes; par contre, dans le contexte actuel, il est impératif de réfléchir sur l’éventuel impact de ce dîner tant sur la communauté juive de France que sur la population non-juive de notre pays.

Comme nous l’avons dit plus haut, de nombreux opposants à ce dîner sont, de fait , des opposants à la nature même du C.R.I.F. Leur opinion est donc biaisée. C’est ainsi que nous avons eu droit à des articles au vitriol soi-disant contre ce dîner alors qu’en fait,   c’était bien le C.R.I.F qui était visé. Tel était le sens des articles d’Esther Benbassa dans Libération, de Jean Daniel dans l’Obs, de Edwy Plenel dans Mediapart, et de bien d’autres…encore plus virulents ! Si virulents, pourrait-on dire qu’ils en sont insignifiants !

D’autres, responsables communautaires, comme Philippe Karsenty, s’interrogent, eux,  sur la représentativité même du C.R.I.F et donc sur le sens démesuré de ce dîner. En effet, Philippe Karsenty, adjoint au maire de Neuilly et figure connue au sein de la communauté juive, affirme quant à lui qu’il ne se rend plus au dîner au Crif depuis plusieurs années. «Le Crif ne réprésente plus personne, et son fonctionnement n’est pas démocratique», déclare-t-il au Figaro. «Le Crif a cessé d’être le représentant des juifs auprès des politiques, pour devenir le représentant des politiques auprès des juifs. Je trouve pathétique ce défilé d’élus, qui ne veulent pas qu’on leur reproche de ne pas y être allés. Je préfère saluer le courage de François Bayrou», explique-t-il.

Pour d’autres encore, comme Alain Finkielkraut, que nul ne peut soupçonner d’hostilité envers le C.R.I.F,  ils s’interrogent sur l’impact de ce dîner et de ses conséquences sur la Communauté juive de France, et pire encore, de l’impact de ce dîner sur l’image et la perception des Juifs en France. Cette interrogation d’Alain Finkielkraut est pertinente, judicieuse et mérite toute notre attention.

Voilà ce que disait, en 2005, Alain Finkielkraut sur le dîner annuel du CRIF : « Le pavillon d’Ermenonville (depuis la réception a lieu à l’hôtel Pullman Montparnasse) est une merveilleuse salle de Bar Mitsva. Voir cet endroit transformé annuellement en une espèce de tribunal dînatoire où les membres du gouvernement français comparaissent devant un procureur communautaire, cela me met très mal à l’aise. Les Juifs ont donné trop longtemps un magnifique exemple de participation à la vie nationale politique et culturelle, et je n’aime pas qu’ils deviennent le fer de lance de la transformation de la République en mosaïques de communautés râleuses.Tous les points soulevés par le président du CRIF sont importants. L’antisémitisme doit être combattu. Il y a aussi des zones grises dans la politique étrangère française. Nous en avons suffisamment parlé ici même. Mais tout cela doit être traité autrement qu’en extériorité et sous la forme de procès. Pourquoi pas demain, le dîner de la communauté musulmane, le dîner gay et lesbien, le dîner des lycéens, le dîner des motards, le dîner des teuffeurs, chacun avec ses griefs et ses impatiences ? » Alain Finkielkraut, L’Arche (le mensuel du judaïsme français) n°563-564, mars-avril 2005, p. 19-21. Régulièrement invité au dîner annuel du CRIF, Alain Finkielkraut répugne toujours à s’y rendre qualifiant cette cérémonie de « grotesque ».

A l’opposé, d’autres,  comme Jean Corcos, défendent avec fougue ce rituel lié au dîner, qui a été mis en place depuis 1985,  pour affirmer que « Au départ confidentiel, (le dîner) a su prendre de l’importance avec le temps jusqu’à s’imposer comme un évènement quasi incontournable des politiques. L’ambition est clairement affichée : il s’agit, comme depuis la création du Crif, en 1943, de porter la voix politique des Juifs de France et d’instaurer un dialogue avec les pouvoirs publics. »

Mais les Juifs de France ont-ils vocation à porter une «voix politique» autre que celle des citoyens de la République française ?

Certes, les juifs sont confrontés à des problèmes spécifiques qui induisent des réponses particulières et sensibles: abattage rituel, mariages, divorces, circoncisions, enterrements, synagogues, cacherout,… mais également antisémitisme ou son corollaire l’antisionisme. Mais ces problématiques là ne sont-elles pas du ressort du  Consistoire ?

Mais, nous dira-t-on, à juste titre,  il existe en France de très nombreux Juifs laïques alors que le Consistoire est cultuel et représente donc les religieux et ne peut engager qu’eux ! Exact ! Mais  pour ces laïques là les problématiques politiques ne sont-elles pas alors, exactement  les mêmes que celles qui interpellent  tous les autres citoyens de la République ?

C’est là toute l’ambiguïté de la situation et c’est cette ambiguïté qu’il faut tenter de lever !

Alors, au vu de ces éléments, on peut se poser la question suivante:  ce dîner c’est quoi au juste ?

L’expression d’un lobby ? Mais alors, quel serait l’objet de ce lobby ? Celui de défendre la situation des Juifs en France et les protéger de l’antisémitisme ? Mais n’est-ce pas là le rôle des autorités de la République voire de tous les citoyens de ce pays ?   Ou l’objet de ce lobby serait-il celui de défendre la politique israélienne au même titre que le fait l’A.I.P.A.C aux États-Unis ? Mais n’est-ce pas  là le rôle de l’Ambassade d’Israël ou d’associations dont c’est justement  l’objet social ?

De surcroît, il ne faut pas oublier pas que la France n’a pas les mêmes fondements que les États-Unis, et que les lobbys, institutionnalisés aux États-Unis, ne sont pas les bienvenus dans notre pays ! De surcroît, nous poursuivons régulièrement devant les tribunaux , et à juste titre, tous ceux qui prétendent qu’il existe un lobby juif en France qui est puissant et influent , alors est-il judicieux d’agir en donnant corps aux propos fallacieux de ceux que nous poursuivons ?

Enfin, face au  contexte économique et social extrêmement difficile que traversent les français, face à la montée fulgurante de l’antisémitisme en France et à la progression des clichés antisémites dans notre pays, est-il de bon aloi de donner prise à ces clichés ?

En effet, le prix très élevé de la participation à ce dîner donne prise à la confusion des esprits sur le rapport des Juifs avec l’argent et la venue massive des membres du gouvernement donne prise à la confusion des esprits sur le pouvoir d’influence des juifs sur nos gouvernants. Est-ce cela notre objectif et cet amalgame n’est-il pas là le premier du danger qui nous guette ?

Voilà les questions induites par ce dîner, et auxquelles nous avons obligation de réfléchir même s’il est difficile d’y répondre !

Alors, oui, Alain Finkielkraut a raison: il ne faut surtout pas donner à cette rencontre républicaine, l’image d’un «tribunal dînatoire», il faut absolument éviter de prêter le flanc à la plus violente des critiques antisémites qui consisterait à laisser supposer que les Juifs contrôlent le pouvoir et il faut tordre le cou à l’idée que «les Juifs ont de l’argent», préjugé qui a été un des moteurs terribles du  meurtre barbare d’Ilan Halimi.  Alors que toutes ces assertions sont fausses, il serait désastreux que le dîner du C.R.I.F puisse les faire apparaître comme vraies !

Les Juifs qui font la queue au Restos du Cœur ou dans les épiceries sociales, ceux qui souffrent dans les cités, ceux qui ont du mal à boucler leur fin de mois et font appel aux aides sociales juives ou non-juives, tous ceux-là sont à l’opposé de ces clichés et  ce sont eux qui sont en première ligne face à l’antisémitisme. Et, pourtant, ils ne seront jamais invités à ce fameux dîner qui est, par son prix, hors de leur portée !

De même, il est dangereux de laisser croire, dans l’imaginaire populaire, amplifié par des médias hostiles, que nos gouvernants viennent à Canossa lors de ce dîner, et qu’ainsi les juifs de France feraient la démonstration de leur emprise sur le pouvoir qui se traînerait à leurs pieds; certes, cela est faux ! Totalement faux ! Mais, cela n’empêchera pas les antisémites de tous bords de se saisir de l’évènement pour étayer leur thèse et de s’en donner à cœur joie, comme on le voit dès aujourd’hui dans leurs blogs ! Et cela, alors que la réalité est toute autre et que  depuis 1985 les représentants de la République nous ont largement démontré le contraire à quelques exceptions près !

Alors, face à tous ces inconvénients majeurs qu’avons-nous en contrepartie ? Quelles retombées positives pourrait-on mettre dans la balance pour justifier ce dîner ? C’est là toute la question ? L’enjeu en vaut-il la chandelle ? C’est à vous de répondre !

Dans ces conditions, quels sont les atouts de ce dîner ? Que peut-on mettre à l’actif de ce dîner ? Une Collecte de fonds au profit d’œuvres humanitaires, ce qui était l’objet originel de ce dîner ? Il y a belle lurette que ce dîner ne rapporte plus rien et est même déficitaire du fait que tous les invités ne paient pas leurs repas!

Une rencontre républicaine entre la communauté juive de France et les représentants des corps constitués de l’État ? Donner l’impression que les juifs de France sont écoutés et les rassurer ? Peut-être ! Mais est-ce que les Juifs de France doivent faire valoir un privilège et déclencher des jalousies mortifères ? Est-ce que ces avantages fantasmés peuvent compenser tous les inconvénients ? Cela est loin d’être sûr ! Et c’est même peu probable !

D’autant plus, que le Consistoire organise, à l’occasion du Nouvel An juif, une rencontre similaire, en présence des autorités,  dans un lieu populaire ouvert à tous, sans participation financière, au sein d’une Grande Synagogue, symbole du judaïsme de France. Ces rencontres, en présence de la seule institution républicaine représentative des juifs de France depuis deux siècles, sont tout aussi fortes sans donner le flanc aux critiques précédentes !

Alors, bien sûr, il y a tous ceux qui se sentent flattés d’y être, ceux qui donneraient cher ( et paient cher) pour être assis aux côtés d’une personnalité ou de pouvoir serrer la main d’un ministre ou d’un député, comme naguère tout bourgeois était fier d’être invité à la Cour ! Ils sont si imprégnés de ce désir qu’ils n’arrivent même plus à imaginer que d’autres soient insensibles à ces courtisaneries ! Or, ce sont eux qui permettent de financer globalement ce dîner ( même s’il est souvent déficitaire).

Quant à ceux qui viennent pour échanger réellement et concrètement, ils n’ont pas besoin de ce dîner car ils ont tous les moyens de rencontrer discrètement et efficacement les autorités.

Alors, oui, il faudrait réfléchir sereinement à l’utilité de ce «dîner», sans animosités et sans arrières-pensées, dans le seul intérêt des Juifs de France et de l’unité républicaine. Il ne faudrait pas que les frilosités des uns et des autres empêchent de réfléchir à la question: frilosités des responsables politiques dont aucun n’osera prendre l’initiative de cesser d’assister à ce dîner, et frilosités des responsables du C.R.I.F dont aucun n’osera prendre la responsabilité de suspendre ce dîner ! Mais peut-être que le nouveau Président du C.R.I.F  aura le courage de se poser la question avant que ce soit des tiers qui répondent à sa place !

Alors, ce dîner du C.R.I.F, doit-il  être ou ne pas être, telle est la question à laquelle nous vous suggérons de réfléchir, en toute sérénité !

Mais, vous l’aurez compris, pour nous la réponse est claire !

Richard C. ABITBOL
Président

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