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Elisabeth Lévy et Causeur champions de l’anti-féminisme

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Publié le 19 septembre 2018 – par  – 19 commentaires – 1 179 vues

À travers les âges, les sociétés masculines n’ont jamais admis que les femmes soient indépendantes de leur pouvoir et qu’elles manifestent leur volonté d’émancipation et d’égalité de droits. À partir du XIXe siècle, elles furent nommées « féministes » par Alexandre Dumas fils dans sa lettre « L’homme-femme » où il prêche pour l’union des qualités féminines et masculines. Très critique de la lutte des femmes au début, il eut l’intelligence de les comprendre et de s’associer aux féministes. Nos anti-féministes contemporains feraient bien d’en prendre de la graine. Enfant naturel élevé par sa mère, l’écrivain prit fait et cause pour les femmes séduites et abandonnées et rallia « l’émancipation progressive de la femme », association fondée par Julie-Victoire Daubié, « premier bachelier » de l’Histoire de France. La journaliste suffragiste Hubertine Auclert (1848-1914) entérina le terme et le popularisa. De nos jours, les féministes sont toujours détestées et certains détracteurs ont inventé les néo-féministes, histoire de laisser entendre qu’ils auraient approuvé les féministes des années 60 à 90 mais que leurs filles en philosophie exagèrent au point de les menacer, corps, esprit et pouvoirs confondus.

Élisabeth Lévy et son magazine Causeur se sont spécialisés dans la lutte contre « Les féministes » ou la défense du macho, selon le sens dans lequel on observe cette campagne qui s’affiche en permanence. Chaque numéro de la feuille publie un article ridiculisant les femmes qui se battent pour leur dignité et prônant le droit absolu de l’homme à exercer sa sexualité qui serait irrépressible et noble. Élisabeth nomme faire l’amour l’usage d’une prostituée et défend le droit des femmes à se prostituer. Le journal a d’ailleurs publié le manifeste des « salauds » qui utilisent la prostitution contre la pénalisation du client. On ne peut que s’étonner qu’un aussi brillant intellectuel qu’Alain Finkielkraut confonde « faire l’amour  » et « baiser » car, comme ces locutions ne l’indiquent pas, fabriquer de l’amour en joignant les corps n’a rien à voir avec satisfaire un désir pulsionnel se résumant en cinq étapes : bander, branler, orgasmer, éjaculer et roupiller. Schéma classique du comportement sexuel masculin que tous les experts sexologues, diplômés ou auto-proclamés, imposent à la sexualité des femmes. L’exemple typique de la vulgarisation de cette doxa est l’ancienne star du porno, Brigitte Lahaie, qui fait monter l’audimat de Sud Radio (le porno, université de la sexualité féminine, c’est bien connu). Du fait de cette dictature idéologique, plus de la moitié des femmes qui n’atteignent pas l’orgasme pendant le rapport sexuel sont des malades, des détraquées frigides, des nymphomanes, des hystériques, des lesbiennes qui s’ignorent (ou pas). Et quand une femme comme Dora Moutot ose défendre l’importance du clitoris dans le plaisir féminin, Causeur se fend d’un article moqueur et imbécile dans lequel le mâle est présenté comme une victime terrorisée par l’arme létale que serait le clitoris.

https://www.causeur.fr/dora-moutot-alors-t-as-joui-sexe-154502

Élisabeth Lévy fait malheureusement partie de cette catégorie de femmes qui, étant arrivées à un poste de pouvoir, ont oublié ce qu’elles doivent au féminisme et pensent ne devoir leur indépendance et leur réussite qu’à leur propre mérite. Un péché d’orgueil et d’ingratitude qui ne fait d’ailleurs pas l’unanimité, pour ne citer que le Women’s Forum.

http://www.womens-forum.com/news/Inclusive-Balaka-Niyazee

Heureusement, tous les mâles ne sont pas des machos imperméables à la sensibilité féminine et il existe même des machos féministes, des hommes qui assument leur virilité tout en respectant les spécificités et besoins des femmes sur le chemin de l’égalité, des êtres humains qui savent créer un équilibre harmonieux pour le bien commun de toutes et tous.

Alice Braitberg

Dans la vidéo ci-dessous, Meurice ironise avec humour sur les propos machistes tenus par Élisabeth Lévy au cours de la 1re Université d’été consacrée au féminisme organisée par Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Il a rencontré Élisabeth Lévy.

https://youtu.be/59R4zya1iMA

Ce que « baiser » ne veut plus dire aujourd’hui, voir le magnifique poème de Louise Labé :

Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.

Louise Labé, Sonnets

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