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Anna Circé. Tu soutiens la victime ou le violeur ?

Le viol est un crime abominable qui condamne les victimes à vie mais qui est toléré, sinon encouragé par la société. C’est par cette menace permanente que la société patriarcale tient les femmes en laisse. Je vous livre le témoignage poignant d’Anna Circé.

L.C.

http://www.xn--annacirc-i1a.com/2018/10/11/tu-soutiens-la-victime-ou-le-violeur/

Un viol c’est double, triple, quadruple peine pour la victime. Je pense qu’il est temps de vous dévoiler l’envers du décor.

En février 2002 lorsque j’avais 13 ans, un élève de ma classe m’a agressée sexuellement. Ma mère a contacté le collège et le directeur a exclu l’élève en question seulement deux jours mais il n’a pas voulu le changer de classe, stipulant que si j’étais gênée par sa présence c’était à moi de migrer dans une autre quatrième. J’ai refusé car je trouvais cela injuste. Je suis donc restée durant six semaines dans la classe de celui qui avait commis des horreurs sur moi, je pleurais quasiment à chaque cours. Finalement le directeur a décidé de m’inscrire dans un autre collège au lieu d’exclure l’agresseur. Cette histoire m’a changée à jamais.

Mais comme cette injustice n’était pas suffisante, presque tous les élèves se sont mis à m’harceler, considérant que je mentais et que j’étais consentante. Ba oui vous comprenez il avait avoué devant le directeur mais difficile de passer pour un agresseur auprès de ses amis, ça craint. Bref, j’ai déposé plainte et il a été condamné deux ans plus tard. Evidemment il n’a pas supporté cet affront et a diffusé ma photo dans toute la ville avec consigne de m’harceler. A cette époque le harcèlement n’était pas du tout reconnu et j’ai subi ça quotidiennement durant six ans. Rien que ça. En fait tout s’est arrêté quand j’ai eu mon bac et par conséquent changé de ville pour poursuivre mes études.

Je remercie aussi ces profs et la directrice du nouveau collège où j’avais atterri qui ont refusé que je parte en voyage scolaire par peur « que je ne couche avec un élève dans le bus », oui, oui, vous avez bien lu !

Tant d’injustices a forgé en moi un caractère très fort, révolté, rebelle. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin en poursuivant mes études. Le sort s’acharne parfois puisqu’en novembre 2011 un de mes proches me viole. Je porte plainte et après six ans de combat il est acquitté en janvier 2018. Le harcèlement reprend. Je déménage.

Je ne suis pas un cas isolé, vous n’imaginez pas le nombre d’histoires que j’entends autour de moi et qui me révoltent. Le problème c’est qu’instinctivement les gens se rangent du côté de l’agresseur : « Il n’a pas pu faire ça », « Je le connais bien », « Il n’est pas violent », « Il est gentil », « Il a un travail ». Par contre on soupçonne toujours les victimes : « Elle veut de l’argent », « Elle est jalouse », « Elle est paumée », « Elle est moche », « Elle aurait dû se défendre », « Elle voulait se venger », « Elle est dépressive », « Elle veut attirer l’attention ». Clairement quand un homme se fait agresser par une femme la masse pense : « C’est impossible il a plus de force » et quand il s’agit d’une femme : « Un coup de pied dans les couilles ce n’est pas compliqué quand même ! »

Je ne comprends pas pourquoi systématiquement quand il s’agit d’un viol, les soupçons se portent sur la victime et non pas sur l’agresseur, comme si ce crime était « à part », « hors-catégorie ». On refuse d’admettre que des personnes proches puissent être des violeurs, c’est tabou, c’est au-delà du supportable. On préfère alors fustiger la victime car c’est plus acceptable de penser qu’une femme ment que d’imaginer son mari, son frère, son fils, son ami en train de violer. C’est plus confortable n’est-ce pas?

Et on voit bien que la justice n’y peut pas grand chose car regardez mon cas : mon premier agresseur a été condamné par la justice, pourtant les ados se sont quand même rangés de son côté. Le second a été acquitté mais la majorité estime tout de même qu’il est coupable et se range de mon côté (on ne parle pas des débiles autour de lui bien sûr !). Ce qui a changé c’est qu’après ma première agression je ne me suis pas défendue, je n’ai pas cherché à raconter les faits ou à me justifier, estimant que c’était personnel. Après le viol j’ai agi de la même façon mais au bout de cinq ans et demi j’ai mis en ligne ma pétition et j’ai raconté mon histoire dans les médias. On me dit régulièrement que ça se voit que je suis sincère quand je parle de mon histoire et du coup on a continué à me soutenir après l’acquittement (merci !)

Il est évident que la libération de la parole des victimes changera énormément la perception de la masse concernant le viol car le sujet devient de moins en moins tabou et on se rend bien compte que les fausses déclarations sont très minoritaires. A mon sens c’est en continuant à mettre en lumière des témoignages, en PARLANT que ça évoluera. Vous n’imaginez pas le nombre de personnes qui ont été surpris que je témoigne à visage découvert, en mettant un visage, une identité sur une victime on devient plus sensible envers le sujet évoqué, c’est ce que j’ai ressenti. On m’a souvent dit : « On entend parler de viol mais ça nous paraît lointain, impersonnel car le viol n’a pas de visage, ne se montre pas. »

Il faudra encore du temps pour accepter qu’un artiste qu’on aime bien, qu’un collègue qu’on trouve sympa, qu’un frère qui est adorable avec ses compagnes, qu’un père aimant puisse montrer un autre visage et commettre un acte abominable. On accepte qu’un proche puisse frapper ou tuer même mais pas qu’il viole, c’est une réalité. Le viol c’est le crime ultime, l’horreur absolue, la mort vivante, c’est un crime impossible dans l’imaginaire. Il n’y a que les fous ou les meurtriers qui violent, mon voisin lui ne peut pas puisque je le vois tous les jours, qu’il est poli et qu’il n’a pas une tête de violeur.

Je me demande bien à quoi ressemble une « tête de violeur »? Sûrement pas à un homme marié, père de famille, qui travaille, gentil, et pourtant… Vous savez ils ne se baladent pas dans la rue avec une inscription sur le front « Je vais te violer dans cinq minutes et après je reprendrai ma vie tranquille, j’embrasserai ma femme, je ferai des blagues à mes collègues, je sourirai à mes enfants. »

Quasiment tous les viols sont commis par des proches et évidemment avant de subir ce crime on ne peut soupçonner le violeur d’en être un jusqu’à ce qu’il agisse. C’est évident, sinon on fuirait bien avant que le viol ne se produise. Vous savez si on m’avait dit il y a dix ans que je serais violée par telle personne trois ans plus tard, j’aurais ri je crois tellement ça m’aurait paru improbable. Le viol est improbable, inattendu ! On ne sait pas ce qui se joue dans la tête des agresseurs, ce qui se passe quand on ne veut pas et qu’ils continuent quand même, quand ils deviennent violents tout à coup. Les violeurs doivent être punis aussi sévèrement que les meurtriers pour les blessures invisibles qu’ils infligent à VIE. Le violeur vit bien ensuite car il se ment à lui-même, il ne se dit pas qu’il a violé, bien sûr que non !

A méditer !

Anna

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