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Archives de Catégorie: femmes

Marche contre les violences sexuelles et sexistes le 24 novembre

 

Nous nous appelons Laura, Leïla, Geneviève, Pauline, Myé, Madeline, Fatima, Marion, Lorna, Gisèle.

Le 24 novembre, nous marcherons pour en finir avec les violences sexistes et sexuelles.

Nous sommes des millions de femmes et d’enfants à avoir subi et à subir encore des violences sexistes et sexuelles qui nous pourrissent la vie.

Nous sommes des millions à avoir vu ces violences abîmer nos amies, nos soeurs, nos amoureuses, nos mères, nos enfants ou nos collègues.

Dans l’espace public, au travail, à la maison, nous exigeons de vivre en liberté, sans injures, ni menaces, sans sifflements ni harcèlement, sans persécution ni agressions, sans viols, sans blessures, sans exploitation de nos corps, sans mutilations, sans meurtres.

Aucune d’entre nous ne doit cumuler les violences car elle cumule les discriminations. Nous exigeons que les enfants soient protégés de ces violences.

Nous voulons montrer notre force, notre nombre et notre détermination.

Nous voulons affirmer haut et fort notre solidarité avec les victimes.

Nous voulons en finir avec l’impunité des agresseurs.

Nous exigeons des mesures ambitieuses et des moyens financiers suffisants pour que l’action publique mette la lutte contre les violences en top des priorités : éducation dès le plus jeune âge, formation obligatoire des professionnel.le.s, application de l’ordonnance de protection, augmentation des moyens pour accueillir les femmes victimes…

Nous allons marcher pour montrer notre nombre, notre force et notre détermination. Victimes de violences, nous ne sommes pas seules. Nous ne serons plus jamais seules.

Après #MeToo, devenons #NousToutes.

RDV le 24 novembre.

Pour nous aider à financer cette marche historique (tous les dons sont les bienvenus) : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/le-24-novembre-marchons-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles

* * * *

Je m’appelle Pauline et le 24 novembre, je marcherai. Parce que j’ai été victime d’une agression sexuelle avec tentative de viol, et aujourd’hui avec #NousToutes je deviens une battante.

Je m’appelle Marion et le 24 novembre, je marcherai. Parce que je refuse de voir ma fille grandir dans une société inégalitaire.

Je m’appelle Laura et le 24 novembre, je marcherai. Parce que descendre dans la rue et occuper l’espace public a encore aujourd’hui le pouvoir de provoquer un changement radical dans notre société.

Je m’appelle Malvina et le 24 novembre, je marcherai. Parce que lutter contre les violences m’a toujours tenu à cœur et aujourd’hui je veux que #NousToutes disions STOP.

> Vous voulez ajouter votre témoignages ? Cliquez ici : https://formdivers.typeform.com/to/Hybn8T

Anna Circé. Tu soutiens la victime ou le violeur ?

Le viol est un crime abominable qui condamne les victimes à vie mais qui est toléré, sinon encouragé par la société. C’est par cette menace permanente que la société patriarcale tient les femmes en laisse. Je vous livre le témoignage poignant d’Anna Circé.

L.C.

http://www.xn--annacirc-i1a.com/2018/10/11/tu-soutiens-la-victime-ou-le-violeur/

Un viol c’est double, triple, quadruple peine pour la victime. Je pense qu’il est temps de vous dévoiler l’envers du décor.

En février 2002 lorsque j’avais 13 ans, un élève de ma classe m’a agressée sexuellement. Ma mère a contacté le collège et le directeur a exclu l’élève en question seulement deux jours mais il n’a pas voulu le changer de classe, stipulant que si j’étais gênée par sa présence c’était à moi de migrer dans une autre quatrième. J’ai refusé car je trouvais cela injuste. Je suis donc restée durant six semaines dans la classe de celui qui avait commis des horreurs sur moi, je pleurais quasiment à chaque cours. Finalement le directeur a décidé de m’inscrire dans un autre collège au lieu d’exclure l’agresseur. Cette histoire m’a changée à jamais.

Mais comme cette injustice n’était pas suffisante, presque tous les élèves se sont mis à m’harceler, considérant que je mentais et que j’étais consentante. Ba oui vous comprenez il avait avoué devant le directeur mais difficile de passer pour un agresseur auprès de ses amis, ça craint. Bref, j’ai déposé plainte et il a été condamné deux ans plus tard. Evidemment il n’a pas supporté cet affront et a diffusé ma photo dans toute la ville avec consigne de m’harceler. A cette époque le harcèlement n’était pas du tout reconnu et j’ai subi ça quotidiennement durant six ans. Rien que ça. En fait tout s’est arrêté quand j’ai eu mon bac et par conséquent changé de ville pour poursuivre mes études.

Je remercie aussi ces profs et la directrice du nouveau collège où j’avais atterri qui ont refusé que je parte en voyage scolaire par peur « que je ne couche avec un élève dans le bus », oui, oui, vous avez bien lu !

Tant d’injustices a forgé en moi un caractère très fort, révolté, rebelle. J’ai fait mon petit bonhomme de chemin en poursuivant mes études. Le sort s’acharne parfois puisqu’en novembre 2011 un de mes proches me viole. Je porte plainte et après six ans de combat il est acquitté en janvier 2018. Le harcèlement reprend. Je déménage.

Je ne suis pas un cas isolé, vous n’imaginez pas le nombre d’histoires que j’entends autour de moi et qui me révoltent. Le problème c’est qu’instinctivement les gens se rangent du côté de l’agresseur : « Il n’a pas pu faire ça », « Je le connais bien », « Il n’est pas violent », « Il est gentil », « Il a un travail ». Par contre on soupçonne toujours les victimes : « Elle veut de l’argent », « Elle est jalouse », « Elle est paumée », « Elle est moche », « Elle aurait dû se défendre », « Elle voulait se venger », « Elle est dépressive », « Elle veut attirer l’attention ». Clairement quand un homme se fait agresser par une femme la masse pense : « C’est impossible il a plus de force » et quand il s’agit d’une femme : « Un coup de pied dans les couilles ce n’est pas compliqué quand même ! »

Je ne comprends pas pourquoi systématiquement quand il s’agit d’un viol, les soupçons se portent sur la victime et non pas sur l’agresseur, comme si ce crime était « à part », « hors-catégorie ». On refuse d’admettre que des personnes proches puissent être des violeurs, c’est tabou, c’est au-delà du supportable. On préfère alors fustiger la victime car c’est plus acceptable de penser qu’une femme ment que d’imaginer son mari, son frère, son fils, son ami en train de violer. C’est plus confortable n’est-ce pas?

Et on voit bien que la justice n’y peut pas grand chose car regardez mon cas : mon premier agresseur a été condamné par la justice, pourtant les ados se sont quand même rangés de son côté. Le second a été acquitté mais la majorité estime tout de même qu’il est coupable et se range de mon côté (on ne parle pas des débiles autour de lui bien sûr !). Ce qui a changé c’est qu’après ma première agression je ne me suis pas défendue, je n’ai pas cherché à raconter les faits ou à me justifier, estimant que c’était personnel. Après le viol j’ai agi de la même façon mais au bout de cinq ans et demi j’ai mis en ligne ma pétition et j’ai raconté mon histoire dans les médias. On me dit régulièrement que ça se voit que je suis sincère quand je parle de mon histoire et du coup on a continué à me soutenir après l’acquittement (merci !)

Il est évident que la libération de la parole des victimes changera énormément la perception de la masse concernant le viol car le sujet devient de moins en moins tabou et on se rend bien compte que les fausses déclarations sont très minoritaires. A mon sens c’est en continuant à mettre en lumière des témoignages, en PARLANT que ça évoluera. Vous n’imaginez pas le nombre de personnes qui ont été surpris que je témoigne à visage découvert, en mettant un visage, une identité sur une victime on devient plus sensible envers le sujet évoqué, c’est ce que j’ai ressenti. On m’a souvent dit : « On entend parler de viol mais ça nous paraît lointain, impersonnel car le viol n’a pas de visage, ne se montre pas. »

Il faudra encore du temps pour accepter qu’un artiste qu’on aime bien, qu’un collègue qu’on trouve sympa, qu’un frère qui est adorable avec ses compagnes, qu’un père aimant puisse montrer un autre visage et commettre un acte abominable. On accepte qu’un proche puisse frapper ou tuer même mais pas qu’il viole, c’est une réalité. Le viol c’est le crime ultime, l’horreur absolue, la mort vivante, c’est un crime impossible dans l’imaginaire. Il n’y a que les fous ou les meurtriers qui violent, mon voisin lui ne peut pas puisque je le vois tous les jours, qu’il est poli et qu’il n’a pas une tête de violeur.

Je me demande bien à quoi ressemble une « tête de violeur »? Sûrement pas à un homme marié, père de famille, qui travaille, gentil, et pourtant… Vous savez ils ne se baladent pas dans la rue avec une inscription sur le front « Je vais te violer dans cinq minutes et après je reprendrai ma vie tranquille, j’embrasserai ma femme, je ferai des blagues à mes collègues, je sourirai à mes enfants. »

Quasiment tous les viols sont commis par des proches et évidemment avant de subir ce crime on ne peut soupçonner le violeur d’en être un jusqu’à ce qu’il agisse. C’est évident, sinon on fuirait bien avant que le viol ne se produise. Vous savez si on m’avait dit il y a dix ans que je serais violée par telle personne trois ans plus tard, j’aurais ri je crois tellement ça m’aurait paru improbable. Le viol est improbable, inattendu ! On ne sait pas ce qui se joue dans la tête des agresseurs, ce qui se passe quand on ne veut pas et qu’ils continuent quand même, quand ils deviennent violents tout à coup. Les violeurs doivent être punis aussi sévèrement que les meurtriers pour les blessures invisibles qu’ils infligent à VIE. Le violeur vit bien ensuite car il se ment à lui-même, il ne se dit pas qu’il a violé, bien sûr que non !

A méditer !

Anna

Féminisme. « On ne naît pas soumise, on le devient » par Manon Garcia

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Manon Garcia est une philosophe qui vit entre la France et les USA. Je partage ses propos et son analyse bien qu’elle ne fasse pas explicitement référence  (dans cet entretien) au « Discours sur la servitude volontaire » 1574-1576 d’Etienne de la Boëtie (meilleur ami de Montaigne) , ce que des féministes dont Anne Zélensky font depuis des décades.

J’ai souligné en rouge dans l’entretien les éléments que je trouve particulièrement pertinents.

LC

« Beaucoup d’hommes perçoivent #MeToo comme un danger pour leurs privilèges »

ENTRETIEN. La philosophe Manon Garcia, qui publie un essai sur la soumission des femmes à la domination masculine, revient sur le mouvement #MeToo.

Par Émilie Trevert

Publié le  | Le Point.fr
 
Un an après le début des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, Manon Garcia publie un essai « On ne naît pas soumise, on le devient ».

© Claire Simon

Pour en savoir plus

Humour . La burqa vue par des humoristes genevois

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GPA. Nées de mère porteuse, elles témoignent

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Le journal Le Parisien vient de publier le témoignage de deux jumelles de 18 ans, nées de mère porteuse et informées de leur origine , ayant rencontré leur gestatrice. Elles posent le problème de leur reconnaissance par l’Etat français. En effet, étant donné l’interdiction de procéder à la gestation pour autrui en France, elles n’ont pas d’identité en France car nées sur le territoire américain, elles ont la nationalité américaine.

Il est donc faux de prétendre qu’elles n’existent pas pour la France où vivent de nombreux citoyens américains en toute légalité. En tant que citoyennes américaines, elles pourraient demander la nationalité française. Leurs parents adoptifs pourraient légaliser l’adoption.

Le sort des enfants nés de GPA à l’étranger pourrait donc être réglé administrativement si les parents étaient de bonne foi.

Le lobby qui milite pour la légalisation de la GPA laisse croire que les enfants nés de ce choix parental et médical seraient en déshérence et privés de droits. C’est un mensonge politique honteux.

La Connectrice

http://www.leparisien.fr/societe/nee-d-une-gpa-qui-osera-me-dire-c-est-horrible-que-tu-existes-14-09-2018-7885803.php

Née d’une GPA : « Qui osera me dire : c’est horrible que tu existes ? »

>Société|Benjamin Jérôme|14 septembre 2018, 10h07|MAJ : 14 septembre 2018, 10h30|7
 Fiorella Mennesson et sa soeur jumelle Valentina, en banlieue parisienne, en juillet dernier.Capucine Granier-Deferre pour Le Parisien Week-End
LE PARISIEN WEEK-END. Fiorella et Valentina sont nées aux Etats-Unis d’une mère porteuse. La gestation pour autrui (GPA) étant interdite en France, l’Etat refuse toujours de reconnaître le lien de filiation entre les soeurs et leurs parents, ce couple français qui les a élevées. Au grand dam des deux filles.

Fiorella et Valentina Mennesson ont décroché le bac, mention bien. Cheveux décolorés, Fiorella ira dans une prestigieuse école d’art. Sa soeur, qui collectionne les paires de baskets dans sa chambre, s’envolera pour Londres suivre un master de gestion des organisations. Deux adultes en devenir, sans histoires… Si ce n’est celle de leur origine.

Les jumelles, 18 ans en octobre, sont nées d’une mère porteuse en Californie à l’issue d’une gestation pour autrui (GPA). Légale en Belgique, en Grèce ou encore en Amérique du Nord, cette pratique reste interdite chez nous, avec des conséquences pour les milliers d’enfants issus de GPA à l’étranger. « Pour la France, Fiorella et Valentina ne sont toujours pas nos filles », rappellent le papa Dominique, qui a fourni les gamètes, et la maman Sylvie.

Malgré un long combat judiciaire mené par la famille et la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme en 2014, les autorités françaises ont toujours contesté la filiation entre le couple et les jumelles.

Lancée cette année, la révision de la loi bioéthique a ravivé les débats houleux autour de la GPA. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui rendra fin septembre ses propositions sur cette révision, a déjà dit son hostilité à cette pratique, tout comme plusieurs organisations et représentants religieux.

LIRE AUSSI >Cinq questions autour des Etats généraux de la bioéthique

Confronté à ce dossier brûlant, le gouvernement a indiqué qu’il ne proposerait pas sa légalisation. Mais, comme s’y était engagé le candidat Macron, il pourrait favoriser la reconnaissance des enfants nés de GPA à l’étranger. Ce que demandent les jumelles Mennesson. Entretien.

Comment avez-vous appris que vous étiez issues d’une gestation pour autrui ?

FIORELLA MENNESSON. Cela a toujours fait partie de notre vie : nous étions nées d’une gestatrice. On est retournées aux Etats-Unis à l’âge de 4 ans. On savait déjà très bien qui était cette femme, ce qu’elle avait fait pour aider nos parents. Elle s’appelle Mary.

VALENTINA MENNESSON. On connaît même ses enfants et ses trois maris successifs. Gestatrice, ce n’est pas son métier, juste une expérience unique, une façon de rendre service. C’est une amie de notre mère qui a donné ses ovocytes.

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Mary, la mère porteuse, et Sylvie Mennesson, la maman française, en Californie, en 2000. (DR/collection personnelle)

Que représentent ces deux femmes pour vous ?

V. M. Ce sont des amies de nos parents…

Juste ça ?

F. M. Elles nous ont permis d’exister. Grâce à elles, nos parents sont devenus vraiment parents. C’est une relation très amicale mais on ne voit pas Mary comme notre mère. Pareil pour celle qui a donné ses ovocytes. Jamais elle n’affirmera que, parce qu’on a des gènes en commun, on lui doit quoi que ce soit.

La GPA fait débat en France. Vous n’avez jamais été confrontées à des réactions négatives ?

V. M. Jamais. Ce n’est pas comme si j’avais braqué une banque. Ceux qui ont des mauvaises réactions n’ont jamais rencontré des personnes nées grâce à la GPA. Qui osera me dire : « C’est horrible que tu existes » ? Pour moi, donner la vie est toujours une belle chose. En fait, ce sont nos parents qui ont souffert, déjà de ne pas pouvoir avoir d’enfant, puis d’être attaqués tout le temps.

F. M. Ces horreurs, ces insultes qu’eux subissent vont systématiquement rappeler à ma mère sa plus grande peur : celle de ne pas être considérée comme notre mère. Nous, on sait très bien que c’est notre maman, qu’on l’aime, mais elle en a beaucoup pleuré. Pour elle, c’était très dur d’aller dans ces tribunaux pour se faire juger.

Elle culpabilise de ne pas vous avoir portées ?

F. M. Non, ce n’est pas ça. Avant de nous avoir, elle a vécu longtemps en se disant qu’elle n’aurait jamais d’enfant, alors qu’elle a tout d’une maman. C’était son rêve de devenir mère.

V. M. La plus grande pression dans ma vie, c’est celle de ma mère pour que j’aie des bonnes notes !

F. M. C’est une blessure émotionnelle. Quand elle fait face à des personnes qui lui crient à la gueule que c’est une voleuse d’enfants, c’est chaud ! Le truc le plus horrible, c’est d’avoir vu ma mère subir autant de violences, de l’avoir vue pleurer et craquer. Comment des gens sont-ils capables de faire ça sans nous connaître ? Moi, je n’ai pas subi cela, mais je vois les commentaires sur Internet. Parfois, on en parle un tout petit peu dans la famille, mais c’est un sujet sensible.

Aujourd’hui, pourquoi prendre la parole ?

F. M. L’hystérie actuelle porte sur la légalisation de la GPA. Mais nous, ce qui nous intéresse, c’est la reconnaissance des enfants. Il y a en France des enfants nés de GPA et cela ne devrait pas être un débat d’admettre qu’ils ont des parents. Si des personnes pensent que ma soeur et moi ne devrions pas être reconnues comme les filles de nos parents, c’est juste cruel et méprisant.

Quel est votre avis sur la légalisation de la GPA ?

V. M. Je ne suis pas pour maintenant, cela créerait trop de polémiques. La France n’est pas prête. Aujourd’hui, les Français ne savent même pas ce qu’est la GPA. Ils imaginent que gestatrice, c’est un métier, mais ce n’est pas le cas. Commençons par la reconnaissance des enfants nés à l’étranger. Après, il faut avancer vers la légalisation.

F. M. Moi, je suis pour aborder la légalisation dès à présent. Dans les pays où la GPA est encadrée, les Etats-Unis ou le Canada, les mères porteuses le font d’abord dans l’idée de rendre service.

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Fiorella et Valentina, avec leurs deux parents, Dominique et Sylvie. (Capucine Granier-Deferre pour Le Parisien Week-End)

Vous comprenez que des gens estiment choquant de recourir au corps d’une autre ?

V. M. Je comprends parce que, pour les femmes, la grossesse est hyper importante. Après, si ma mère n’a pas eu la chance de pouvoir porter un enfant, ce n’est pas de sa faute. Elle aurait préféré nous porter mais, quand tu ne peux pas, tu fais comment ? Tu adoptes ? Impossible en France. Il y a 400 pupilles à adopter et 10 000 demandes.

Il y a souvent un dédommagement financier. Les opposants à la GPA critiquent ce qu’ils estiment être une « marchandisation » du corps

V. M. Il doit y avoir un contrat, comme aux Etats-Unis, mais ce n’est pas juste empocher de l’argent. La mère porteuse doit choisir le couple, voir s’il existe un feeling, être autorisée à avorter si la grossesse la met en danger. Oui, la conception d’enfant est un business acceptable tant qu’il est encadré.

F. M. C’est normal que la gestatrice soit rémunérée. Pour donner la vie, elle donne de son corps, de son temps. C’est important de pouvoir disposer de son corps comme on l’entend. Mais il y a un tabou en France dès qu’on parle de corps et d’argent.

V. M. Sur Terre, tout est question d’argent.

F. M. Pour l’instant, pour bénéficier d’une GPA, il faut aller aux Etats-Unis, payer cher. Seules les personnes les plus favorisées peuvent en bénéficier. Si on permettait la GPA en France, il n’y aurait plus de frais dépensés en voyages. Or l’infertilité n’est pas propre aux milieux aisés.

La Manif pour tous, qui milite activement contre la GPA, évoque le cas de Vietnamiennes enfermées en Thaïlande pour faire des bébés…

V. M. Il faut un encadrement strict, pas la GPA à tout prix. Les faits divers dans certains pays, comme aussi en Ukraine, cela fait peur. C’est en partie pour cela que la GPA peut être mal vue. Les gens imaginent des mères porteuses dans des entrepôts qui enchaînent les grossesses.

F. M. La Manif pour tous est très douée dans l’art de se mêler de ce qui ne la regarde pas. Ce sont toujours des gens qui ont déjà leur vie de famille, leurs enfants, qui viennent faire la morale aux autres, alors que ça ne les concerne pas. D’ailleurs, beaucoup de personnes qui s’expriment sur le sujet n’ont pas fait le choix de devenir gestatrice ou d’avoir recours à la GPA. Il est question ici de notre reconnaissance, de nos états civils, et c’est fou de voir autant de personnes parler à notre place.

Vous porteriez l’enfant de quelqu’un d’autre ?

V. M. Quand j’aurai fait ma vie et tous mes gosses, pour rendre service, pourquoi pas ?

Crispr-Cas9, une française à l’honneur…exilée en Allemagne

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original

Finally here: Emmanuelle Charpentier moved to the Berlin-based Max Planck Institute for Infection Biology in October 2015. Her objective was to begin working on her research as soon as possible after the move.

Qui en France connait Emmanuelle Charpentier, microbiologiste éminente, Lauréate d’une liste très impressionnante de prix scientifiques et admirée dans le milieu international de la recherche fondamentale ? Une fois de plus dans l’Histoire des femmes, une femme brillante  contributrice d’une découverte révolutionnaire, est méconnue du grand public.

Elle figure à la 5ème place des 100 personnes les plus « inspirantes » du monde dans le magazine OOOM qui la précise candidate au prix Nobel. Notons que Macron est en 3ème position …

En 2012, Emmanuelle Charpentier mettait au point une micro (nano) méthode simple et économique de découper l’ADN pour en réparer les éléments défaillants et pathologiques. Ce fut une révolution dans le monde scientifique et la méthode ne cesse plus d’être utilisée dans le monde entier par les chercheurs en microbiologie et le monde médical. Elle connait en particulier une application dans le traitement du cancer.

Cette gloire française ne travaille pourtant pas en France bien que ses homologues l’aient élue à l’Académie des Sciences et qu’elle ait fait un passage remarqué à l’Institut Curie et au centre Louis Pasteur. Elle est actuellement directrice de l’institut Max Planck pour les maladies infectieuses à Berlin. Il n’y avait pas de place pour elle dans l’équivalent français ?

Je ne connais pas les motifs de l’exil d’Emmanuelle Charpentier mais, au regard du traitement et des revendications des chercheurs français, je peux me permettre d’énoncer quelques hypothèses. Il y a d’abord la fuite des cerveaux qui serait niée « les cerveaux reviennent » on titré certains journaux en juin dernier. Peu de moyens, manque de visibilité, complications administratives et conditions de travail sont les principaux motifs invoqués. Le corollaire étant le niveau peu satisfaisant des salaires. Inertie du gouvernement actuel dans la lignée des précédents. Ces difficultés ont été évoquées en juin par Cédric Villani. Philosophie du nivellement par le bas.

 

Pour en savoir plus

 

Ajoutée le 4 avr. 2016

S’ABONNER 3,8 K
Conférence de Emmanuelle CHARPENTIER intitulée The CRISPR-Cas9 revolution in genome engineering: lessons learned from bacteria 00:00:00 Introduction 00:01:10 Understand diseases at the fundamental level 00:04:16 Jacques Monod (1910-1976) 00:05:30 Important milestones towards gene therapy 00:10:09 The CRISPR craze 00:10:56 Bacterial pathogens 00:11:26 Understand bacteria/host interactions 00:11:52 Infection of bacteria by invading genomes 00:14:14 The CRISPR-Cas adaptive immune system 00:17:37 – Spacer acquisition 00:19:04 – crRNA expression and maturation 00:20:06 – interference 00:23:01 – mecanisms 00:23:06 CRISPR-Cas has evolved into five major types 00:24:02 Sans titre 00:26:19 CRISPR-Cas9 technology: a two-component system 00:29:04 CRISPR-Cas9 pathway in bacteria 00:29:09 Type II CRISPR-Cas locus 00:29:30 Type II CRISPR-Cas: model of crRNA maturation 00:30:22 Type II CRISPR-Cas: model of DNA targeting 00:30:38 Type II CRISPR-Cas 00:30:40 CRISPR-Cas9: RNA-programmable DNA cleavage 00:31:08 Genome editing with sequence-specific nucleases 00:31:54 The CRISPR-Cas9 technology 00:34:01 Cas9 toolbox 00:34:17 tracrRNA is associated to type II CRISPR-Cas 00:34:46 Applications of CRISPR-Cas9 in biology 00:34:54 Applications of CRISPR-Cas9 in human medicine 00:37:10 CRISPR-Cas9: funding 00:37:24 CRISPR-Cas9: people 00:39:01 The Lab 00:39:08 Thank you 00:39:33 Questions © Académie des sciences – Tous droits réservés

  • Élue membre de l’Académie des technologies en 2016 et saluée pour son travail sur l’ADN, la scientifique Emmanuelle Charpentier révolutionne les recherches en microbiologie. Portrait.
En quelques années seulement, Emmanuelle Charpentier est passée de l’ombre de son laboratoire à une renommée mondiale pour son travail sur l’ADN. Cette microbiologiste française de 48 ans a vu sa méthode CRISPR-Cas9 être élue découverte scientifique de l’année 2015 par le magazine Science.

http://madame.lefigaro.fr/societe/emmanuelle-charpentier-microbiologiste-specialiste-genetique-adn-portrait-180817-133632

  • Directrice à Berlin en octobre 2015 du Max-Plank-Institute pour les maladies infectieuses

Sometimes a single discovery can change a whole life. For Emmanuelle Charpentier, deciphering the functioning of an enzyme previously known only to experts was such a moment. The trio comprised of one enzyme and two RNA molecules and known as CRISPR-Cas made headlines far beyond the world of science. Since then, a lot of things have changed in the French woman’s life. She became a Director at the Berlin-based Max Planck Institute for Infection Biology in early October 2015.

https://www.mpg.de/10729312/emmanuelle-charpentier

  •   CRISPER “Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats”

Cas9 is an endonuclease – an enzyme that cuts DNA

  • Lauréate du prix Kavli en nanosiences 2018 avec Jennifer Doudna et Virginijus Šikšnys« pour l’invention de CRISPR-Cas9, un nano-outil précis d’édition de l’ADN qui a révolutionné la biologie, l’agriculture et la médecine1 ».

original

 

From left to right: Emmanuelle Charpentier, Jennifer A. Doudna and Virginijus Šikšnys

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Kavli

https://www.mpg.de/12058230/emmanuelle-charpentier-wins-kavli-prize

  • Fuite des cerveaux

…Cédric Villani, député en charge de la mission sur l’IA, a avoué que « l’une des parties les plus douloureuses qu’il a fallu regarder en face », lors de la rédaction du rapport sur l’IA, a été le phénomène de la fuite des talents français vers l’étranger. Et d’expliquer qu’il s’agit d’une question à laquelle a été consacré un large volet sur l’amélioration des conditions de travail des cerveaux français au sein des laboratoires. Pour faire face à cette fuite des cerveaux, le rapport préconise ainsi de revaloriser les carrières des chercheurs, notamment en doublant le salaire en début de carrière.

Mais pour le mathématicien, la fuite des experts français en IA ne s’explique pas seulement par les salaires attractifs, mais également par les conditions de travail meilleures que celles proposées par les laboratoires français en matière de démarches administratives, de recrutement, d’achat de matériel, etc. Alors que le président Emmanuel Macron veut faire de la France une championne de l’IA, Villani a révélé que la stratégie du pays en la matière se focalisera sur quatre secteurs économiques prioritaires: la santé, les transports, la défense et l’environnement...https://www.mines-stetienne.fr/panoramines/2018/06/01/fuite-cerveaux-retour-france/

  • Puisqu’il n’y a pas grand chose à attendre d’un prix qui récompense des hommes 92%* du temps, cette année, je vous propose de participer avec moi à un “prix Nob’Elles” symbolique ! Comme avec le site, redonnons aux femmes qui créent l’histoire, le présent et l’avenir, la place qu’elles méritent !Avec votre participation, nous avons établi une liste de nominées. Puisque ce sont les Nob’Elles et non les Nobel, je me suis permis d’ajouter deux catégories qui me semblent importantes :
    – Un Nob’Elles “Développement durable et environnement” : je ne pense pas avoir besoin d’expliquer en quoi les enjeux sont cruciaux, sur ce domaine. Domaine dans lequel de nombreuses femmes s’investissent et s’illustrent par leurs engagements, leurs combats, leurs initiatives.
    – Un Nob’Elle posthume, pour rappeler qu’en 100 ans et 92% de lauréats, de nombreuses femmes ont été laissées sur le carreau et n’ont pas reçu le crédit qu’elles méritaient.(*Certains prix sont attribués à des organisations)

Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna, la révolution de la génétique

 

Elisabeth Lévy et Causeur champions de l’anti-féminisme

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Publié le 19 septembre 2018 – par  – 19 commentaires – 1 179 vues

À travers les âges, les sociétés masculines n’ont jamais admis que les femmes soient indépendantes de leur pouvoir et qu’elles manifestent leur volonté d’émancipation et d’égalité de droits. À partir du XIXe siècle, elles furent nommées « féministes » par Alexandre Dumas fils dans sa lettre « L’homme-femme » où il prêche pour l’union des qualités féminines et masculines. Très critique de la lutte des femmes au début, il eut l’intelligence de les comprendre et de s’associer aux féministes. Nos anti-féministes contemporains feraient bien d’en prendre de la graine. Enfant naturel élevé par sa mère, l’écrivain prit fait et cause pour les femmes séduites et abandonnées et rallia « l’émancipation progressive de la femme », association fondée par Julie-Victoire Daubié, « premier bachelier » de l’Histoire de France. La journaliste suffragiste Hubertine Auclert (1848-1914) entérina le terme et le popularisa. De nos jours, les féministes sont toujours détestées et certains détracteurs ont inventé les néo-féministes, histoire de laisser entendre qu’ils auraient approuvé les féministes des années 60 à 90 mais que leurs filles en philosophie exagèrent au point de les menacer, corps, esprit et pouvoirs confondus.

Élisabeth Lévy et son magazine Causeur se sont spécialisés dans la lutte contre « Les féministes » ou la défense du macho, selon le sens dans lequel on observe cette campagne qui s’affiche en permanence. Chaque numéro de la feuille publie un article ridiculisant les femmes qui se battent pour leur dignité et prônant le droit absolu de l’homme à exercer sa sexualité qui serait irrépressible et noble. Élisabeth nomme faire l’amour l’usage d’une prostituée et défend le droit des femmes à se prostituer. Le journal a d’ailleurs publié le manifeste des « salauds » qui utilisent la prostitution contre la pénalisation du client. On ne peut que s’étonner qu’un aussi brillant intellectuel qu’Alain Finkielkraut confonde « faire l’amour  » et « baiser » car, comme ces locutions ne l’indiquent pas, fabriquer de l’amour en joignant les corps n’a rien à voir avec satisfaire un désir pulsionnel se résumant en cinq étapes : bander, branler, orgasmer, éjaculer et roupiller. Schéma classique du comportement sexuel masculin que tous les experts sexologues, diplômés ou auto-proclamés, imposent à la sexualité des femmes. L’exemple typique de la vulgarisation de cette doxa est l’ancienne star du porno, Brigitte Lahaie, qui fait monter l’audimat de Sud Radio (le porno, université de la sexualité féminine, c’est bien connu). Du fait de cette dictature idéologique, plus de la moitié des femmes qui n’atteignent pas l’orgasme pendant le rapport sexuel sont des malades, des détraquées frigides, des nymphomanes, des hystériques, des lesbiennes qui s’ignorent (ou pas). Et quand une femme comme Dora Moutot ose défendre l’importance du clitoris dans le plaisir féminin, Causeur se fend d’un article moqueur et imbécile dans lequel le mâle est présenté comme une victime terrorisée par l’arme létale que serait le clitoris.

https://www.causeur.fr/dora-moutot-alors-t-as-joui-sexe-154502

Élisabeth Lévy fait malheureusement partie de cette catégorie de femmes qui, étant arrivées à un poste de pouvoir, ont oublié ce qu’elles doivent au féminisme et pensent ne devoir leur indépendance et leur réussite qu’à leur propre mérite. Un péché d’orgueil et d’ingratitude qui ne fait d’ailleurs pas l’unanimité, pour ne citer que le Women’s Forum.

http://www.womens-forum.com/news/Inclusive-Balaka-Niyazee

Heureusement, tous les mâles ne sont pas des machos imperméables à la sensibilité féminine et il existe même des machos féministes, des hommes qui assument leur virilité tout en respectant les spécificités et besoins des femmes sur le chemin de l’égalité, des êtres humains qui savent créer un équilibre harmonieux pour le bien commun de toutes et tous.

Alice Braitberg

Dans la vidéo ci-dessous, Meurice ironise avec humour sur les propos machistes tenus par Élisabeth Lévy au cours de la 1re Université d’été consacrée au féminisme organisée par Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Il a rencontré Élisabeth Lévy.

https://youtu.be/59R4zya1iMA

Ce que « baiser » ne veut plus dire aujourd’hui, voir le magnifique poème de Louise Labé :

Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;
Donne m’en un de tes plus savoureux,
Donne m’en un de tes plus amoureux :
Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise.

Las ! te plains-tu ? Çà, que ce mal j’apaise,
En t’en donnant dix autres doucereux.
Ainsi, mêlant nos baisers tant heureux,
Jouissons-nous l’un de l’autre à notre aise.

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soi et son ami vivra.
Permets m’Amour penser quelque folie :

Toujours suis mal, vivant discrètement,
Et ne me puis donner contentement
Si hors de moi ne fais quelque saillie.

Louise Labé, Sonnets

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