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Archives de Catégorie: philosophie

Alain Finkielkraut et Michel Onfray sont presque d’accord sur l’effet Macron

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Débat D’Anthologie entre Michel Onfray et Alain Finkielkraut 22/05/17

Analyse intéressante du phénomène Macron et de son gouvernement par nos deux philosophes contemporains émérites qui s’entendent sur presque tout malgré leurs profondes divergences, l’ultra classicisme de Finkielkraut et l’anarchisme de Onfray.

Macronisme. Amalgame entre colonisation et extermination

Alain Finkielkraut et la colonisation : « La fusée Macron s’est ensablée en Algérie »

Cause animale. Disparition de Tom Regan

Professeur émérite de philosophie à l’université de Caroline du Nord, Tom Regan a écrit Les droits des animaux, ouvrage publié en 1983 aux Etats-Unis (The case for animal rights) et traduit en plusieurs langues, dont le français en 2013.

En France, la Fondation Brigitte Bardot a rendu hommage au « principal théoricien des droits des animaux« . « Son analyse est la plus impressionnante et approfondie jamais produite« , peut-on lire sur le compte Twitter de l’organisation.

Le site officiel de Tom Regan met en avant son plus célèbre discours, prononcé en 1988, contre la vivisection, et dans lequel il interpellait les chercheurs travaillant avec les animaux: « Déposez ces armes du mal et rejoignez-nous, vous les scientifiques assez courageux et assez bons pour défendre ce qui est juste et vrai« .

Ci-dessous, vidéo montrant des animaux de laboratoire soumis à des expériences horribles. Réalisée en 1986 par Tom Regan pour illustrer sa conférence  contre la vivisection et en faveur du droit des animaux.

 

28 novembre 1938 – 17 février 2017

Zemmour et moi. Eric , Morandini et I-télé

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Le magazine papier

Eric Zemmour et moi ? Non, je n’ai pas connu de torride aventure avec ce petit Sépharade imbu de sa mâlitude et si je respecte son courage à dénoncer l’islamisation de notre société, je n’apprécie guère -c’est un euphémisme- son rapport aux femmes illustré dans l’un de ses ouvrages. qui a déclenché son succès médiatique.

Actuellement, Zemmour est mis sur la sellette pour avoir dit éprouver du respect pour les djihadistes qui se battent pour leur conviction. Un hommage à la virilité qui rejoint les convictions du polémiste exprimées dans son essai « Le premier sexe »;

«Je respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient-ce dont nous ne sommes plus capables…». On pourrait traduire cette affirmation par « je respecte les mecs qui ont des couilles ».

Dans une interview accordée au magazine Causeur, Zemmour revient sur son « respect » pour les djihadistes. Il confirme et assume, ce qui, à mes yeux est une preuve de sa vanité et de sa virilité inébranlables. Vanité parce qu’il ne se déjuge pas et reste droit dans ses bottes de respect, virilité parce que pour lui il y a des guerriers respectables à partir du moment où ils se battent pour un idéal.

Zemmour s’est suffisamment exprimé sur les dangers de l’islam pour qu’on n’imagine pas qu’il ait retourné sa veste et qu’il soit prêt à rejoindre l’Etat islamique, ce que voudraient prétendre les gens de mauvaise fois. On ne peut pas non plus l’accuser de maladresse. Il savait parfaitement ce qu’il disait et pourquoi il le disait. Il admire sincèrement les mecs qui se battent et sont prêts à mourir pour leurs idées, c’est une histoire de mecs, de celui qui a la plus grosse.

Dommage, j’avais oublié la misogyne bêtise du mâle pour ne voir que son courage de polémiste contre l’islamisation.

Toutefois, il dit vrai sur un point : nous méprisons les musulmans au point de ne pas croire en leurs menaces et leur pouvoir de nuisance. Les bobos continuent à les traiter comme de pauvres petites victimes innocentes du colonialisme et du racisme qui seraient la cause de leur misère sociale et intellectuelle et vis-à-vis desquelles nous devrions nous racheter en leur accordant aide matérielle et indulgence.

La morale de ceux qui jugent Zemmour : Itélé, Zemmour et Morandini

Il est intéressant de se souvenir que Zemmour avait été viré de Itélé en 2014 alors qu’il animait le show « Ça se dispute » depuis une dizaine d’années. Il lui avait été reproché, à tort, d’avoir souhaité la déportation de 5 millions de musulmans au cours d’un entretien au Corriere de la Sera. La directrice de la rédaction avait alors justifié l’exclusion  i-Télé doit être la « chaîne du monde ouvert ». « On prend nos responsabilités. » Zemmour avait rectifé ses propos mais cela n’avait rien changé à la décision de la chaîne; Le philosophe Michel Onfray avait déclaré  Eric Zemmour est u bouc émissaire idéal pour la gauche http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2014/12/21/31003-20141221ARTFIG00129-michel-onfray-eric-zemmour-est-un-bouc-emissaire-ideal-pour-la-gauche.php et même Cohn-Bendit qui est loin de partager les idées de Zemmour avait plaidé en sa faveur pour la liberté d’expression.

Curieusement, la déontologie de la chaîne est plus sévère avec le non-politiquement correct de Zemmour qu’avec la mise en examen de Morandini pour corruption de mineur aggravée, harcèlement sexuel et travail dissimulé dans deux affaires très nauséabondes.

L’animateur a été mis en examen pour «corruption de mineur aggravée» et placé sous contrôle judiciaire. La seconde concerne les castings de la fameuse web-série où Jean-Marc Morandini a été entendu par la police et où des plaintes pour «harcèlement sexuel» et «travail dissimulé» ont été déposées.http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/arrivee-de-jean-marc-morandini-sur-itele-la-redaction-sous-le-choc-_1d0d309c-8c99-11e6-bdfd-da60d80cb221/

Je ne sais pas ce que vous en dites mais à mes yeux le harcèlement sexuel, l’abus de pouvoir et la manipulation de mineurs sont des faits bien plus graves que l’expression de réalités désagréables. Le chantage à la réputation est aussi un fait gravissime dont je soupçonne Morandini d’avoir usé pour sauver sa triste face. Dans les milieux où le sexe tient lieu de défouloir confirmé, tout le monde se tient par la barbichette et je ne serais pas étonnée d’apprendre que « tout le monde savait » (comme pour DSK) et personne ne disait rien. Le scandale n’a pas été révélé par un collègue mais par une victime. Le courage n’est pas l’apanage des nantis, on le sait. Mes hommages aux courageuses victimes de Morandini.

La Connectrice

Pour en savoir plus

Votre dernier numéro est consacré à Eric Zemmour. Dans un grand entretien avec vous, il a déclaré: «Je respecte des gens prêts à mourir pour ce en quoi ils croient-ce dont nous ne sommes plus capables…». Il précise cependant qu’il faut combattre les djihadistes. Avez-vous été choquée par ces propos?

Je ne lâche pas mes amis dans la tempête. Face à la meute, ce qui me rapproche d’Eric Zemmour me semble toujours plus important que ce qui me sépare de lui. Pourtant, à Causeur, nous avons avec Eric de multiples désaccords qui sont l’objet d’un dialogue aussi amical que ferme, et souvent explosif. Il y a toujours un moment où ça part en vrille parce que nous allons au bout de nos divergences et que nous ne cherchons pas à le coincer mais à le discuter. Et puis, il réveille ma fibre de gauche. Alors, il nous traite de bobos bienpensants et je lui fais observer qu’il n’est pas à France Inter…

Ce préalable étant fait, oui, j’ai été choquée, par la proximité dans la même phrase des termes «respect» et «terroristes», c’est même écrit dans le journal. Mais je veux continuer à vivre dans un pays où je peux être choquée, blessée, indignée, outrée par les propos des autres – et je vous assure qu’il y a l’embarras du choix…

FIGAROVOX-Après l’éviction d’Eric Zemmour d’I-télé vous avez tweeté. «Désormais on licencie, on pétitionne, on vitupère au plus haut niveau de l’Etat pour raisons idéologiques. Permanence du bûcher!». Pensez-vous vraiment que la «tête» d’Eric Zemmour ait été exigée au plus haut niveau de l’Etat?

Michel ONFRAY: Je ne sais pas, car si c’est le cas, seules quelques personnes le savent vraiment… Mais je me souviens que le porte-parole de l’Elysée a affirmé de quoi nourrir cette idée. Je ne sais ce qui a motivé cette chaîne à agir ainsi, mais elle est en phase avec ce que le gouvernement a souhaité.

En diabolisant Eric Zemmour, le gouvernement cherche-t-il à faire oublier son bilan?

La gauche qui est au pouvoir depuis 1983 n’est plus de gauche parce qu’elle s’est convertie au libéralisme et que, dans le libéralisme, ce sont les marchés qui font la loi, pas les politiques – qui se contentent de l’accompagner et de le favoriser plus ou moins… Le bilan, c’est celui du libéralisme, donc celui de Mitterrand après 83, de Chirac pendant deux mandats, de Sarkozy pendant un quinquennat, de Hollande depuis son accès au pouvoir. Si ces gens-là veulent se distinguer, il faut qu’ils le fassent sur d’autres sujets que l’économie libérale, les fameux sujets de société bien clivants: mariage homosexuel, procréation médicalement assistée, vote des immigrés, théorie du genre sous prétexte de féminisme, euthanasie ou soins palliatifs, dépénalisation du cannabis, vote des étrangers, etc.

Zemmour est une excellente aubaine pour la gauche: il suffit d’en faire l’homme de droite par excellence, le représentant du «bloc réactionnaire» comme le martèle Cambadélis, (ancien trotskyste, condamné par la justice, mais néanmoins patron du PS…) le spécimen du penseur d’extrême-droite, pour se trouver un bouc émissaire qu’on égorge en famille, en chantant ses propres louanges pour une si belle occasion. «Nous sommes donc bien de gauche, nous, puisqu’il est de droite, lui!» vocifèrent-ils en aiguisant le couteau.

Ce que la gauche veut faire oublier c’est moins son bilan que son appartenance, avec la droite libérale, au club de ceux qui font le monde comme il est. Autrement dit: au club de ceux qui nourrissent le Front National qui ne vit que des souffrances générées par le marché. Il y a donc intérêt pour eux tous, droite libérale et gauche libérale, à se retrouver comme un seul homme pour égorger la victime émissaire qui dit que le FN progresse avec un quart de siècle de la politique de ces gens-là…

…Cette nouvelle défaite de la liberté d’expression produit de façon prévisible ses effets indirects. Elle est aujourd’hui brandie avec gourmandise par tous ceux adeptes de la poussière sous le tapis, furieux des succès d’Éric Zemmour qui ne veulent surtout pas travailler à réfuter ses idées. D’abord l’insulter, ensuite le criminaliser, la pire des méthodes, d’abord au plan des principes et des libertés publiques, ensuite au plan de l’efficacité. Chacun sait bien qu’en faire une victime, surtout à l’aide d’une accusation imbécile va bien sûr lui donner l’auréole du martyr. Et alors même que le débat est important, qu’il ne faut pas sous-estimer l’ennemi, et qu’il est sommaire et surtout faux de prendre les djihadistes pour des abrutis assoiffés de sang. Hier a tourné dans la presse le résultat d’une étude sur les djihadistes ayant fait allégeance à Daesh. Conclusion : « Le niveau d’éducation moyen des recrues de l’État islamique est plus élevé qu’attendu. ». Sans blague ! Le plus drôle dans cette phrase est le mot « attendu ». Attendu par qui ? Pas par Éric Zemmour en tout cas…

  • Dans l’émission « l’esprit d’escalier », Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut discutent d’Eric Zemmour, de son fameux « respect » pour les djihadistes, des conséquences -« le pavlovisme judiciaire »-« justice conduite en état d’ivresse »-Superbe analyse de Finkielkraut. Faire la différence entre prendre l’ennemi au sérieux et le respecter

http://www.radiorjl.com/index.php/emissions/culture/item/186-l-esprit-d-escalier

 

Groult, Rocard, Wiesel. Ces disparus qui voulaient changer le monde.

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L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.
Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il faut nous relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.
(Blaise Pascal, Pensées, fragment 347)

Ces derniers temps, s’en sont allés vers le paradis ou l’enfer, de grandes figures françaises pour Benoite Groult et Michel Rocard, francophone pour Elie Wiesel.

Ces personnages ont en commun d’avoir voulu changer le monde pour plus d’égalité, de justice, de partage et de paix.

Benoîte Groult avait rallié la philosophie féministe parce qu’elle se sentait outragée par la part congrue réservée aux femmes dans tous les domaines mais surtout dans son métier d’écrivaine. Elle a profité de sa notoriété pour faire avancer la cause des femmes d’une part en raillant le comportement des mâles, d’autre part en défendant la dignité des femmes et en leur apportant des arguments pour relever le niveau de leur self-esteem.

Michel Rocard était dans les années 60 ce qu’il y avait de mieux dans la gauche institutionnelle. Il aspirait à une France plus forte, plus solidaire et plus égalitaire selon les principes du socialisme. Très intelligent et éclairé, il aurait pu apporter du coeur et de la chair au socialisme mais il fut coincé entre Mitterrand qui fit tout son possible pour détruire son rival et le principe de réalité, lorsqu’il était aux commandes, qui le conduisit à inventer la CSG, un impôt sur l’impôt qui n’a jamais été remis en question depuis. Michel Rocard n’était pas le « pourri » que certains prétendent car dans les années 80 presque tout le monde voulait aider les pauvres de ce monde. Nous n’étions pas submergés par les migrants et notre économie se portait plutôt bien, grâce aux subventions européennes entre autres. Michel Rocard n’était plus aux affaires depuis une vingtaine d’années, on ne peut donc pas le tenir pour responsable du marécage dans lequel nous un plongés l’UMPS et la mondialisation.

Elie Wiesel avait 15 ans lorsqu’il fut déporté depuis sa Roumanie natale à Buchewald où il vit périr son père et son frère. Rescapé il fut adopté par une famille française qui lui permet de faire des études et de cultiver son goût pour l’écriture et la musique. Il a écrit de nombreux ouvrages dont des pièces de théâtres et a composé des chansons.Il s’est fortement impliqué dans la mémoire de la Shoah dans le but de faire régner la paix : plus jamais ça. Il vivait entre la France, les Etats-Unis et Israël en espérant contribuer à la Paix entre Israël, les Palestiniens et les pays arabes et musulmans. C’est à ce titre qu’il avait reçu le prix Nobel de la Paix.

Nobody’s perfect !

Ces trois personnes avaient leur part d’ombre et de lumière car ils étaient des êtres humains, trop humains parfois et parfois pas assez humains. Certains polémistes s’évertuent à les porter aux nues en faisant leurs hagiographies, d’autres au contraire les descendent en flèche. Pour eux, il n’y a pas de juste mesure, ils ne peuvent être que parfaits ou « pourris ». Je suis toujours sidérée de constater à quel point mes semblables ne connaissent pas de juste mesure comme si eux mêmes n’avaient jamais commis d’erreur, n’avaient jamais changé d’opinion, de certitudes ou de spectre d’action. La condition humaine est pourtant trop complexe tant par la difficulté de choisir une voie que par la prise en compte de l’évolution du monde et de la société.

Groult, Rocard et Wiesel étaient de véritables roseaux pensants, à la fois fragiles et résistants dans leur démarche. Ils méritent tout notre respect, ne serait-ce que parce qu’ils réfléchissaient sur notre condition et proposaient des pistes pour son amélioration.

La Connectrice

Le féminisme et l’exercice de la liberté

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Françoise Collin, disparue en 2012, était une philosophe féministe d’origine belge qui n’est pas aussi connue que d’autres féministes mais dont les écrits méritent d’être lus et relus pour les motifs résumés dans les fiches de lecture de  Michèle Baron-Bradshaw – Membre du groupe « Pour un autre féminisme » qui m’a aimablement autorisée à les publier sur ce blog.

LC

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http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/la-mort-dune-figure-du-feminisme-lecrivain-francoise-collin-114596

sous la direction de : Fouygeyrollas Schwebel Dominique, Rochefort Florence
Penser avec Françoise Collin  Le féminisme et l’exercice de la liberté
Janvier 2016   18.00 €   192 p.   ISBN : 979-10-90062-06-1
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Penser avec Françoise Collin – Le féminisme et l’exercice de la liberté

Sous la direction de Florence Rochefort et Dominique Fougeyrollas Schwebel – Editions IXe 2016. Contributions de Carmen Boustani, rosi Braidotti, Geneviève Fraisse, Diane Lamoureux, martine Leibovici…

  Cet ouvrage invite à découvrir l’œuvre de Françoise Collin (1928-2012 Belgique), romancière, philosophe (Levinas, Blanchot, H. Arendt), en offrant des analyses mais aussi une large palette de citations de son travail polymorphe et complexe. Françoise est un des figures du féminisme des années 70/90, souvent ignorée, parce que réfractaire à tout enfermement.

Fiche de lecture et réflexions (1ère partie)

Dès 1973, de retour des Etats Unis, elle se lance dans le féminisme à Bruxelles et fonde, avec sa complice, Jacqueline Aubenas, les cahiers du GRIF (groupe de recherche et d’information féministe) qui durera près de 20 ans, jusqu’en 1997 – 24 numéros Tirés jusqu’à 24 000 exemplaires. En 1981, le GRIF assume la responsabilité d’une collection Femmes aux Editions de Minuit[1]. En 1979 le groupe fonde, à Bruxelles, l’Université des femmes. Une scission intervient en 1982, Françoise s’installe à Paris.

 Les cahiers reparaissent jusqu’en 1993, fermeture des éditions Tierce. En 1996, Une dernière série reparait pendant un an.

« Le Grif était à la fois une revue, un objet et un groupe (1978) ».

Ces Cahiers marquent l’histoire des féministes du XXème siècle et se caractérisent par une volonté d’articuler un féminisme à la fois collectif et individuel, une pensée du symbolique en tenant compte des différences, mais sans donner dans le différentialisme. Ils portent un féminisme qui développe une dimension intellectuelle et culturelle. Chaque numéro était thématique. L’objectif n’est pas pour les autrices de s’ériger en expertes ou en spécialistes académiques.

« Nous ne partions pas d’un espace prédéterminé ; nous constitutions notre espace en parlant, en marchant, y compris dans les manifestations de rue ».

 Il est à noter que Françoise Collin s’est fait, un temps, exclure de l’Université belge pour des raisons obscures ; c’est ce qui peut en partie expliquer son parcours. Mais est-ce l’effet ou la cause de son itinéraire particulier qui s’ancre aussi dans l’action ?

Rétive à tout enfermement, à tout dogmatisme, F. Collin est habitée par le désir de déconstruction, cela pour reconstruire. Elle refuse les totalités, et affiche une défiance envers l’institution. Elle suit des voies traversières avec une force créatrice originale. Elle refuse toute assignation à quelque identité ou quelque école de pensée. Elle refuse de différentialisme biologisant aussi bien que l’universalisme sans adhérer pour autant à « l’indifférentialisme » (J. Butler). Chemin difficile, épuisant et inconfortable qui apporte des désillusions et en particulier sur la supposée sororité. Elle est une des rares à être restée en marge de l’institutionnalisation des études de genre. De ce fait, elle n’a jamais eu sa place dans les courants dominants. Le féminisme qu’elle défend est « celui de l’émancipation et de la liberté plus que de l’égalité. C’est un féminisme d’insurrection qui vise la domination masculine. Ce n’est ni un rattrapage égalitaire, ni le triomphe d’un féminin rêvé.  Les cahiers du GRIF se démarquent à la fois du féminisme matérialiste – pas de primauté aux analyses sociaux économiques marxisantes (Christine Delphy) – et de l’approche politique (la revue Questions féministes- 1977). Les Cahiers du GRIF accordent une importance à l’analyse littéraire, à l’anthropologie et à la psychanalyse pour penser l’oppression des femmes, tout en se démarquant fortement du groupe Psychanalyse et Politique et des féministes de l’extrême gauche.

« Je crois que j’ai une vue résolument pessimiste de l’être humain, femmes comprises. J’ai conscience d’une injustice et d’une incompréhension qui, pour être admises et surmontées, exigent un travail de tous les instants. Certains espaces permettent miraculeusement d’échapper à cette règle générale mais l’espace féminin n’en fait pas partie. »[2]

La méfiance de Françoise Collin à l’égard de la rationalité s’étend à la science et notamment aux technologies de la reproduction. Elle y voit une menace pour la condition humaine et redoute que cela ne se retourne contre les femmes (1999). Cette méfiance s’étend à l’universalisme et également une égalisation réductrice.

« Le féminisme échouera s’il se limite à la transformation des structures socio-économiques et néglige le travail sur ce qu’on nomme le symbolisme. Il faut procéder à un renforcement et une défense de l’imaginaire féminin » (1981).

Il est essentiel pour elle de faire émerger les paroles de femmes, ancrées dans le vécu. Elle assume un pluralisme. Elle ressent la nécessité de brider la culture universitaire pour parler le langage de toutes. Dans cet aventure collective, elle cultive une distance avec le spontanéisme, les normes implicites et l’absence apparente de pouvoir ; Attachée au collectif elle reconnait qu’il est aussi un poids, un frein, une censure, qui « oblige à penser moins aigu et à parler moins fort ».

La thèse de F. Collin est de proclamer « l’unité du groupe femmes qui est « marqué par la discrimination basée sur la seule apparence sexuelle » (féminitude dans laquelle la sororité se substitue à la notion de classe).

Elle appelle à dépasser la démarche du féminisme :

« En affirmant à juste titre que le privé est politique nous avons fait basculer l’existence dans le seul cadre politique, y cherchant le dépassement et la résolution de nos conflits même subjectifs, jusque-là confinés dans la sphère psychologique, sinon de la névrose. Et dire que les rapports oppressifs hommes/femmes dépendait des structures plutôt que des personnes, analyser et faire apparaitre ces structures a été le travail principal du féminisme, dans la théorie et dans l’action (1984) ».

Remarques MB : cela n’a pas été exclusif dans le mouvement des femmes des années 1970 ; mais il est vrai que depuis ces années, les analyses et les postures se sont essentiellement situées au plan politique et dans le champ économico-social, confortées par la relève des forces institutionnelles – autant dire dans le débat dominant qui remet peu de choses en cause.

Pour ce qui est l’évolution du féminisme, Françoise Collin parle alors de « l’éparpillement individualisé » face à « l’illusion collective ».

Elle prend également des distances, à partir de 1986, avec le « pernicieux concept de sororité ». Elle pense qu’il est possible de penser les différences sans ce qu’on appelle le différentialisme en apportant un regard particulier sur le symbolisme (Irigaray, Kristéva, Cixous). Elle est en quête d’un pensée féministe subversive et d’un « féminisme critique et autocritique », hors des sentiers battus : « il est temps de penser l’autre, d’accepter la diversité du sujet femmes qui ne se réduit pas à sa féminité »…

Remarques MB : et j’ajoute à la sexualité

« Un fonctionnement psychique, culturel, social ne se change ni par oukase, ni par un coup de baguette magique …. Travailler avec ce qui est et non avec nos rêves. Confronter le projet politique à la résistance du libidinal »

Le féminisme pour quoi faire ? Question essentielle à repenser constamment.

[1] Créée par Luce Irigaray

[2] F Collin  P. 22

Fiche de lecture et réflexions (2ème partie)

Le souffle de la liberté,

Texte d’analyse de Diane Lamoureux (Université Laval –Québec) »

« La vigilance politique exige de ne jamais considérer comme révolue ou résolue une question quelconque mais d’être toujours capable de l’aborder ou de la ré-aborder dans les nouveaux termes où elle se pose en raison de l’évolution de la société ou même des effets pervers que sa première résolution a permis » (FC 2005).

Si le féminisme fut d’abord « la liberté pour les femmes », un glissement s’est opéré depuis pour devenir aujourd’hui « égalité entre hommes et femmes ». Et comme le terme liberté a également été l’objet d’une transformation néolibérale, il semble se diluer dans une forme de consumérisme : liberté de tout et de tout faire.

Diane Lamoureux revient à l’étude de ce que Françoise Collin a retenu du mouvement féministe des Etats Unis en 1970. Pour elle, il demandait une refonte radicale de nos façons de vivre. Il représentait une entrée en action et la constitution d’un groupe social. Ainsi, pour Françoise Collin, le féminisme est amené, au fil de son histoire à se réinventer, à se déplacer sous peine de se faire récupérer. Elle note une absence de théorie générale et globale qui rend le féminisme porteur d’une liberté créatrice et inventive. Le mouvement n’a pas d’horizon. Il fuit un passé odieux sans avoir d’idée préconçue pour l’avenir. Les américaines « n’ont plus besoin de changer de lave-vaisselle : elles ont besoins de changer la vie ». Le féminisme chamboule l’ordonnancement entre le politique, l’économique et le social, ou entre le privé et le public et regarde hors des sentiers traditionnels de l’action politique.

« Le féminisme n’est pas l’apparition d’un nouveau figurant qui viendrait s’insérer dans une pièce déjà écrite. C’est l’émergence d’un principe subversif, constitutif d’un monde à venir » (1993).

L’oppression combattue ne trouve son fondement ni dans la biologie, ni dans une nature féminine mais dans l’organisation sociale telle quelle est conçue. Il faut repenser l’ensemble de la vie sociale et ne pas se contenter d’une liste de réformes, façon liste d’épicerie, dans le but que la société devienne plus supportable. « Favoriser les réformes qui ouvrent les situations, non celles qui les referment, les réformes qui sont des jalons et non des emplâtres » (FC 1975).

Ce que dit le féminisme à partir des années 1960 c’est que Les rapports de dominations se nouent autour du corps, du plus intime de leur existence et de leur sexualité, là où les femmes sont isolées. Le corps agit métaphoriquement comme le territoire à libérer : La rue, le soir sans peur.

Françoise Collin note bien cependant que le Féminisme US émane davantage de la Middle class et des milieux intellectuels.

Plus généralement, L’oppression est systémique.

Pour F. Collin, la théorie et la pratique sont constamment à inventer dans le mouvement de la praxis [1]. Il faut faire mouvement et non système, ce qui implique des risques (enlisement, dévoiement, isolement…).

L’égalité déporte plutôt qu’elle nourrit la réflexion féministe, puisqu’elle constitue un principe d’assimilation non un principe de transformation sociale (F. Collin, 1986).

Le premier effet du féminisme c’est de mettre fin à l’isolement des femmes, de remédier une dispersion que déplorait déjà Simone de Beauvoir : « isolement et passivité » – Briser l’isolement constitue le préalable à toute action.

La lutte est ambiguë puisqu’elle ne peut se fonder ni sur une identité féminine à libérer, ni sur un adversaire facile à identifier puisque « l’ennemi est toujours perversion de l’ami ou de l’allié » (F. Collin 1986).

La sororité, forme de solidarité d’un groupe subalterne, doit être pensée à la lumière de l’expérience féministe pour en faire ressortir le rôle structurant, mais aussi les limites apparues à l’usage. La solidarité n’est possible que si l’enjeu est le monde c’est-à-dire le domaine politique …. Pour identifier et combattre les diverses figures de l’injustice. Elle devrait être source d’autorité, de confiance et de respect. Un espace de confrontations ouvert, un tremplin pour questionner le monde en place et agir sur lui.

« Aussi longtemps qu’elles resteront isolées, les femmes ne trouveront ni la force ni la persévérance nécessaire pour faire changer les choses » (1973).

  1. Collin a fait une autre remarque importante, relevée par Diane Lamoureux : plus le féminisme se développe, plus il se diffuse dans l’ensemble du tissu social, plus il échappe à ses initiatrices. Plus il faut se remettre en question, approfondir l’analyse du contexte et plus il faut faire preuve de créativité.

[1] Action en vue d’un résultat pratique.

Video

Conférence de Françoise Collin (19 mars 2011) par IEC-MNHN

http://www.dailymotion.com/video/xjh7ph_conference-de-francoise-collin-19-mars-2011_school

Alain Finkielkraut et la paix des vaches

Publié le
Remerciements à Althaea qui m’a signalé l’article de Marianne « Alain Finkielkraut danse avec les vaches » qui me fait encore davantage apprécier Alain Finkielkraut.

« Si nous voulons savoir ce qu’est l’homme, nous devrons savoir d’abord ce qu’est l’animal. »

Sextus Empiricus (M, VIII, 87)

cité in http://terrain.revues.org/996

Insolite : une vache normande sur l'épée d'académicien de Finkielkraut

Fervent supporter de la danse des vaches, Alain Finkielkraut a fait apposer une vache normande sur son épée d’académicien.

Selon l’usage, le philosophe médiatique Alain Finkielkraut a reçu lundi 18 janvier son épée d’académicien, quelques jours avant son entrée officielle sous la célèbre coupole.Sur son arme, une vache normande … pour défendre les fermes.

L’auteur de La Défaite de la pensée a demandé à faire figurer trois éléments essentiels sur son épée d’académicien : ALEF, première lettre de l’alphabet hébraïque, une citation de Charles Peguy « La République une et indivisible, c’est notre Royaume de France » et … une vache normande (photo).

La danse des vaches

Le philosophe classé à gauche ne manque pas d’humour, lundi, au Centre National du Livre, il a commencé par expliquer son choix en déclarant que «Ces bêtes qui ne font de mal à personne» le font «fondre de tendresse» et que seule la peur le «retient de les saluer et de leur dire bonjour Mademoiselle, comme le raconte Nietzsche».

Remonté contre l’élevage intensif, je ne me résigne pas à la fermeture des fermes

Alain Finkielkraut – lundi 18 janvier

Puis Alain Fikielkraut avance une raison plus politique. il revient sur la « danse des vaches », sujet d’un documentaire passé sur Arte, qu’il avait déjà évoqué sur le plateau de plusieurs émissions de télévision. «Remonté contre l’élevage intensif, je ne me résigne pas à la fermeture des fermes,» a déclaré l’intellectuel, «Je lutterai pour des lendemains qui dansent.»

 Source

Vidéo : La danse des vaches qui retournent au pâturage après un hiver dans l’étable

Ajoutée le 31 oct. 2012

Les vaches sont faites pour les pâturages. Nous le savons depuis longtemps. Et les vaches sont d’accord !
En Mars 2012, nous avons visité une ferme en France pour filmer les vaches qui, après l’hiver passé en intérieur, sortent pour la première fois au pâturage pour le printemps et l’été. Du bonheur !
Pour en savoir plus sur nos campagnes en faveur du bien-être des vaches laitières : http://www.ciwf.fr

 

Vidéo: la danse de la vache (parodie de psy gangnam style)

Cet article publié dans le journal « Marianne » suscite des commentaires insultants, méprisants, lâches, imbéciles et antisémites vis-à-vis s’Alain Finkielkraut. Je suis sidérée par la haine que suscite  toute action, toute parole du philosophe. Les préjugés sont tellement lourds qu’il semble évidents que ces commentateurs n’ont jamais lu AF ni d’autres philosophes d’ailleurs. Ces gens qui comptent parmi eux des écolos-éthico-durables-végétariens sont tellement bornés qu’ils ne comprennent pas pourqoi des Philosphes comme AF, Elisabeth de Fontenay, André Comte-Sponville, Luc Ferry, Michel Onfray, Frédéric Lenoir, Edgar Morin et bien d’autres défendent la cause animale.

Et pourtant, quelle que soit leurs conclusions, les philosophes se sont de tous temps intéressés à l’intelligence animale pour comprendre la raison humaine, l’interaction entre humain et animal et l’apport de ce dernier à la civilisation dont la science. Aristote s’y est particulièrement intéressé dans plusieurs de ses ouvrages.

« Si nous voulons savoir ce qu’est l’homme, nous devrons savoir d’abord ce qu’est l’animal. »

Sextus Empiricus (M, VIII, 87) cité in http://terrain.revues.org/996

La Connectrice

Alain Finkielkraut danse avec les vaches

Anne Rosencher 

http://www.marianne.net/alain-finkielkraut-danse-les-vaches-100242317.html?google_editors_picks=true

On le sait peu, mais le philosophe le plus connu de France a « un truc » pour les ruminants. Une sympathie de toujours, doublée d’une mission : dénoncer les maltraitances auxquelles l’industrie intensive les soumet. Finky et les vaches : histoire d’une tendresse, et mécanique d’un métier – celui d’intellectuel, avec projet d’influence…

Alain Finkielkraut a pu aller à la rencontre des vaches, pour lesquelles il livre un nouveau combat. -Laurent Monlaü

Et soudain les voilà qui dansent. Ignorant les injonctions gravitationnelles, les voilà qui soulèvent leurs quintaux avec la grâce émouvante des maladresses sublimées. Les deux pattes en avant, elles sautent puis repartent en formation joyeuse, fendant l’air, et tortillant du flanc… C’est bien simple, on dirait qu’elles se prennent pour des biches, ces vaches. Jeudi 17 mars au matin, après un hiver passé à l’étable, les quelque 80 bêtes de Vincent Delargillière font la fête au pâturage retrouvé. De temps à autre, elles jettent un coup d’œil perplexe au petit aréopage d’humains venus assister à leur danse de la joie… « Oh là là, qu’elles sont belles, vos vaches ! Qu’elles sont gentilles, vos vaches ! » La voix si familière qui s’enflamme devant les entrechats bovins n’est autre que celle d’Alain Finkielkraut, ci-devant philosophe, morigénateur de l’air du temps et académicien tout neuf.

Depuis qu’il est arrivé à la ferme Delargillière, l’immortel affiche un sourire de ravissement. « J’ai envie de me mêler au troupeau, et de bavarder ! » Il y a une heure, quand les bêtes étaient encore à l’étable, il s’est approché – pas tout à fait à l’aise, mais sacrément enthousiaste -, enjambant les rigoles de boue pour caresser une holstein noir et blanc à travers la clôture. « Celle-là, c’est AA, elle est très sociable, commente l’agriculteur. Ça lui vient de son père : un taureau qui se laisse bien approcher. » Finky exulte, la main sur le museau du ruminant, la voix saturée d’extase enfantine : « Un taureau câlin ! Ils ont trouvé un taureau câlin ! » Pause. « De toute façon, une vache agressive, ça n’existe pas. Au pis, elles sont trouillardes, mais hostiles, non, c’est un oxymore. » L’éleveur dodeline, le philosophe reprend : »D’ailleurs, c’est pour ça que j’aime les vaches. Et que je veux les défendre. »

UN COMBAT TARDIFCe n’est pas le combat le plus connu d’Alain Finkielkraut. C’est un combat tardif, beaucoup moins inflammable que l’identité malheureuse, mais depuis quelques années, l’intellectuel s’est lancé dans la défense de la cause bovine. Les conversations avec son amie, la philosophe Elisabeth de Fontenay – dont l’œuvre magistrale sur les rapports entre l’homme et l’animal ne cesse d’influencer le débat -, l’y ont bien sûr sensibilisé. Mais, précise-t-il, depuis tout petit il a « ce truc avec les vaches ». Une tendresse qui mijote, et à laquelle son entrée à l’Académie française a offert une cristallisation.

Lundi 18 janvier, lors de la cérémonie de remise de l’épée, le joli monde qui se serre dans les locaux du Centre national du livre – dans le quartier très peu rural de Saint-Germain-des-Prés – découvre en effet avec surprise que Finky a fait graver sur le fourreau de son épée la tête d’une placide vache normande. Dans son discours, le citadin de toujours revient longuement sur cette épiphanie champêtre : une histoire de tendresse, une affaire de littérature, un hommage à la rumination comme seule façon de philosopher, mais aussi, donc, ce qu’il convient d’appeler un combat : « J’ai vu, il y a peu, à la télévision, un documentaire sur l’élevage intensif qui montrait en contrepoint d’images très éprouvantes cette scène adorable : des vaches si contentes de quitter l’étable quand reviennent les beaux jours qu’elles gambadent comme des petites filles une fois arrivées dans le pré. Le paysan qui les accompagne appelle cela « la danse des vaches » et confie qu’il gagne peut-être moins d’argent en ne se pliant pas aux critères de la rentabilité contemporains, mais qu’un tel spectacle, pour lui, n’a pas de prix. Que la danse des vaches puisse encore avoir lieu sur la Terre, telle est l’ultime finalité qui survit en moi à tous les accommodements. »

Le jeu vicié des subventions

L’éleveur ainsi évoqué, celui du documentaire (1), se nomme Vincent Delargillière, et il a ouvert des yeux ronds – enfin c’est ce que suggérait sa voix au téléphone : une voix à yeux ronds, ou à sourcils relevés en accents circonspects – quand on lui a annoncé que la danse de ses vaches s’était frayé un chemin depuis Peyrefitte-en-Beauvaisis jusque sous la Coupole. Surpris mais content. Et tout à fait partant en tout cas pour accueillir le philosophe dans sa ferme. Et pourquoi pas, d’ailleurs – puisque le printemps approchait -, le recevoir le jour de la sortie des bêtes au pâturage ?

Et voilà comment Alain Finkielkraut se retrouve, par un matin ensoleillé de mars, accoudé à la table en Formica vert olive d’une petite cuisine rustique jouxtant la salle de traite, où Vincent Delargillière a servi le café chaud. Au fur et à mesure que le paysan curieux de tout – il a voyagé jusqu’en Nouvelle-Zélande afin d’observer les us et les techniques locales – raconte son expérience, le philosophe, lui, noircit son carnet beige de ses pattes de mouche. Pour l’éleveur, le choix d’un élevage « traditionnel » s’est imposé naturellement. « Quand j’étais en BTS agricole, déjà, j’avais été surpris par le discours du représentant d’une grande entreprise agroalimentaire – une société de poulets en batterie – venu nous donner un cours. Il nous avait dit, je me souviens des mots précis : ‘Pour ton assiette, fais du label ; pour ton portefeuille, fais de l’industriel.’ » Entre deux murmures d’assentiment de Delargillière père – qui nous a rejoints dans la cuisine -, le fils poursuit : « En plus, le calcul du gars des poulets est inexact : ma rentabilité n’est pas forcément inférieure à celle d’une exploitation intensive ! D’ailleurs, les cortèges actuels d’agriculteurs en colère sont remplis d’éleveurs qui se sont endettés pour investir dans cette industrie-là, et qui aujourd’hui sont pris à la gorge. »

« UNE VACHE, C’EST FAIT POUR ÊTRE DEHORS »Pour lui, ce sont les subventions européennes qui ont vicié le jeu : en favorisant la culture céréalière à outrance – le top du top, en matière de subsides made in EU ! -, Bruxelles a réduit, de fait, les terres autrefois dévolues aux pâturages. Et les vaches se sont retrouvées reléguées dans des lieux riquiqui, parquées dans des box individuels – des « logettes » – où elles naissent, vivent, et d’où elles ne partent que pour être conduites à l’abattoir. « Or, une vache, c’est fait pour être dehors, tranche Delargillière. Mais, vous savez, il n’y a pas que les grandes exploitations où l’on confine les vaches. Il y a aussi beaucoup de troupeaux de 40 ou 50 bêtes qui se retrouvent en logettes. Et puis, il n’y a pas que les vaches : en Bretagne, certains cochons sont tellement entassés qu’ils en deviennent cannibales. Alors les éleveurs leur enlèvent des dents et leur coupent la queue pour qu’ils ne se mangent pas entre eux. » Un ange amputé passe. « Alors quand on me demande pour la ‘ferme des 1.000 vaches’, je réponds que c’est l’arbre qui cache la forêt. »

Alain Finkielkraut hoche la tête et prend des notes. La « ferme des 1.000 vaches », il connaît. Pas plus tard que la veille, il était , laquelle demandait, pour le compte de deux associations écologistes, que cette ferme-usine gigantesque de la Somme soit soumise à « l’inspection d’un expert indépendant ». « Si l’enquête d’un tel expert prouve que l’on s’est trompé ; que, finalement, le béton que foulent ces vaches toute leur vie – sans jamais avoir accès au moindre bout de pâturage – est un plancher acceptable ; s’il s’avère que le fait qu’elles sont soumises à un nombre de traites supérieur à la normale leur offre des conditions de vie acceptables au regard de ce que prévoit la loi, alors nous rembourserons l’expertise ! », s’enflamme l’avocate. Dans le tribunal, le public jette des coups d’œil frénétiques à l’intellectuel-le-plus-connu-de-France. En début de séance, sa présence avait alimenté tous les chuchotis – Finky contre la « ferme des 1.000 vaches »… Effet bœuf garanti !

Dr Finkielkraut et mister Finky

Les plaidoiries finies, France 3 Picardie et le Courrier picard veulent interviewer le philosophe, qui accepte volontiers de jouer les hommes-sandwich de la cause bovine, sous l’œil amusé de sa femme. Un quart d’heure plus tard, le couple débriefe dans les rues frigorifiques d’Amiens, tirant leurs valises à roulettes au milieu d’une petite assemblée de militants écologistes ravis de l’audience. Le regard noisette – rutilant d’intelligence – de Sylvie Topaloff n’a capté aucune expression sur le visage du président du tribunal, rien qui aurait trahi les faveurs ou les défaveurs du magistrat.

« Impossible de savoir de quel côté il penchait, répète-t-elle de sa voix grave. Bon, et toi, Alain ?, tu as dit quoi, à la presse ?

– Je leur ai dit que j’étais là pour soutenir la cause des vaches. Et aussi en tant que plus grand supporter de ma femme.

– Ah ! Tu leur as dit pour nous ?

– Bien sûr, pas toi ?

– Non. J’ai dit que t’étais là pour les vaches. [Pause.] Je leur ai pas dit qu’on couche ensemble ! »

Les deux partent d’un grand éclat de rire. La prochaine fois – pour l’appel, peut-être -, le tandem synchronisera mieux sa stratégie de communication.

Si, comme a coutume de le dire Régis Debray, un intellectuel se caractérise surtout par un « projet d’influence », alors c’est sans conteste un travail d’intellectuel que l’auteur de la Défaite de la penséedéveloppe sur la cause des vaches. Depuis quelques semaines, Dr Finkielkraut met à profit Mister Finky, le médiatique, afin de placer un mot sur « les demoiselles » – c’est ainsi que les saluait Nietzsche – à chacune de ses interventions télé ou radio.

« CINQ MINUTES POUR LES VACHES »Seuls France 3 Picardie et le Courrier se sont déplacés au TGI d’Amiens pour le référé sur la ferme-usine ? Qu’à cela ne tienne : lors de son passage sur BFMTV prévu le soir même, le philosophe demande « cinq minutes pour les vaches ». D’abord surprise, Nathalie Levy – la journaliste aux manettes – accepte de bon cœur. On est un peu loin du démantèlement d’une cellule djihadiste à Forest, en Belgique – l’actualité du soir, qui défile en bandeau blanc et bleu -, mais, pourquoi pas… Au bout de trente minutes sur la déchéance de nationalité et les réfugiés, voilà donc la brune piquante contrainte au triple lutz piqué : « Alain Finkielkraut, on va parler terrorisme dans un instant, mais il y a un sujet qui vous tient particulièrement à cœur… – Ah ! interjecte Finky, satisfait. – Et qui concerne le bien-être animal… »

De son débit chantourné qui rend chaque mot élastique, l’intellectuel déroule : « Les animaux sont désormais considérés dans le code civil comme des êtres sensibles. Or, dans la ‘ferme des 1.000 vaches’, ces dernières sont privées à vie et du ciel et de la terre. On perturbe leur rythme naturel pour en faire des machines à lait, sans cesse plus productives. » Ses mains s’agitent, comme des pistons pour faire monter les mots : « L’homme aujourd’hui est en train d’outrepasser ses droits et d’oublier la différence entre deux idées du pouvoir : ce qu’il ‘peut faire’ au sens où il en a la permission, et ce qu’il ‘peut faire’ au sens où il en a la capacité. Aujourd’hui, possibilité vaut permission. C’est la définition même de la démesure, etcette démesure est en train de transformer le monde en gigantesque technocosme, où il n’y aura plus ni terre, ni mer, et où l’on perdra tout contact, même visuel, avec les vaches, les poules ou les cochons. »

« DONNER LA PAROLE À CES PAYSANS »Deux jours plus tard, le philosophe remet ça dans L’esprit d’escalier – l’émission de RCJ qu’il enregistre chaque semaine avec Elisabeth Lévy, la fondatrice de Causeur, sa complice et amie. Pendant la moitié des trente minutes que dure l’émission, l’intellectuel – qui entre-temps est allé visiter la ferme Delargillière – revient sur son incursion en terre picarde. « Mon hôte m’a fait visiter ses installations : ce sont des étables ouvertes sur l’extérieur, les vaches peuvent voir le ciel, même l’hiver. Et puis, dans sa ferme, il n’y a pas de logettes : les bêtes vivent ensemble et, selon l’atavisme qui les pousse à se protéger d’un agresseur éventuel, elles dorment en rond, rapporte-t-il, emballé. Il faut donner le plus possible la parole à ces paysans qui veulent laisser aux vaches la possibilité d’exister en tant que telles, et refusent de sacrifier ce qui est pour eux l’intense bonheur annuel de la danse des vaches au pur et simple principe de la rentabilité. »

« Bien sûr, c’est une très bonne chose qu’Alain mette sa notoriété au service des vaches, note la philosophe Elisabeth de Fontenay. Mais comprenez que c’est tout de même différent de ce pour quoi je me bats : son combat à lui est un peu ludique et esthétisant. » Et l’auteur du Silence des bêtes (2) d’expliquer : « D’abord, Alain ne s’occupe que des vaches, alors que, vous savez, ce qui se passe avec les cochons est pire encore. [Depuis la visite à Peyrefitte, nous étions affranchis !] Et quand bien même l’on s’en tient aux vaches : non seulement il n’est pas contre l’élevage laitier, mais il a même soutenu la corrida. Vous vous rendez compte, la corrida ! » Depuis que ces deux-là se connaissent, qu’ils s’aiment, et se chamaillent… « Notre amitié a tenu bon, après tant d’années et malgré nos différences de points de vue », a souligné Elisabeth de Fontenay lors du discours solennel qu’elle a prononcé pour la remise de l’épée.

Dans la voiture du retour de Peyrefitte à Paris, Finky nous confie que, pour la gravure sur son épée d’académicien, il a un temps hésité avec l’éléphant. « Mais l’éléphant, c’était trop exotique, explique l’intellectuel, en regardant défiler les paysages en bordure d’autoroute. Non, la vache c’est bien mieux. C’est Delphine et Marinette. C’est Marcel Aymé. C’est la France ! » Chassez l' »identité malheureuse », elle revient sous les sabots galopants de picardes noir et blanc qui batifolent dans les pâturages de la nostalgie. « Et la nostalgie, disait Albert Camus, c’est l’essentiel de la pensée d’un homme. » Pas mieuuh. 

(1) Elevage intensif : attention danger !, de Frédérique Mergey, diffusé sur France 5 le 9 septembre 2014.

(2) Fayard, 1998.

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