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Archives de Tag: #balancetonporc/#metoo/#moiaussi

Messieurs, vous désapprouvez les porcs ? Dites-le haut et fort !

La réaction contre le mouvement #balancetonporc a été rapide et violente. Et ce n’est pas fini car le dernier défenseur en date des hommes outragés est Donald Trump qui supporte mal de voir  accuser de violences conjugales plusieurs de ses proches.

Des hommes ont été nombreux à entrer en indignation et des femmes les ont suivis comme celles du magazine Causeur ou les signataires de la tribune dite Deneuve. Il me semble que si ces personnes avaient été de bonne foi, elles auraient reconnu que, oui, la plupart des femmes avaient été ou sont victimes de harcèlement sexuel, qu’ils ont été témoins de ces violences et de leurs conséquences néfastes et que la plupart du temps, résignés par « la banalité du mal » ils n’étaient pas intervenus et que souvent, dans les vestiaires, les réunions ou même en famille, ils avaient bien rigolé des râteaux de leurs copains ou de leurs actes sordides. Ils riaient tout aussi bien des « pétasses » qu’ils avaient « eues » à l’usure, c’est-à-dire par harcèlement sexuel.

Il me semble, messieurs, que si vous refusiez le harcèlement et toutes les violences sexuelles, vous pourriez, vous devriez le dire. Vous vous comportez actuellement comme si vous étiez coupables et ne pensiez qu’à défendre vôtre peau par le déni, l’inversion, les accusations de tous ordres et le mépris. Ou alors, vous vous retranchez dans une culpabilité stérile, la trouille imbécile de devoir renoncer à vos prérogatives culturellement naturelles ou la peur ridicule de perdre vôtre virilité. Ce faisant, vous perdez une chance formidable de contribuer à l’amélioration des relations femmes/hommes pour vous-mêmes et surtout pour les générations à venir, celles de vos enfants et petits-enfants.

Toutes ces personnes bien pensantes ne se sont pas penchées sur les causes du mouvement mais sur ses possibles conséquences pour les hommes mis en cause globalement ou ceux, rares qui seraient salis à vie par des rumeurs. Que la vie d’une femme soit gâchée par du harcèlement sexuel, un viol ou des menaces de viol, le massacre de sa crédibilité ou des violences psychologiques, ce n’est pas un problème. Mais qu’on ose prétendre qu’un homme respectable sous tous rapports ait commis une grave offense contre une ou plusieurs femmes, cela leur est insupportable. Hé bien moi, ce qui m’est insupportable, c’est le refus de prendre au sérieux un problème de santé publique qui touche presque toutes les femmes indépendamment de leur âge, de leur position sociale, de leur statut marital, de leur apparence physique, de leur situation économique ou de leur statut professionnel.

On a l’impressions qu’il serait gravement plus grave pour une femme de susciter le désir chez un homme que pour un homme « d’avoir des pulsions » et de n’y pouvoir résister.

Depuis quelques années, j’avais constaté que la condition des femmes régressait et la Réaction au mouvement #balancetonporc le confirme en ce qu’elle révèle un machisme décomplexé. Est-ce une bonne chose ? Va-t-on assister à un réveil des consciences ? Je ne peux me prononcer car de nombreux facteurs se liguent contre l’égalité entre femmes et hommes, en particulier la violence de modèles venus d’ailleurs qui renforcent la tentation machiste. Un autre facteur est l’importance du chômage qui incite les femmes à rester à la maison, en particulier celles, nombreuses,  qui ne trouvent que des offres à temps partiel pour un salaire minable qui serait grévé par des frais de nourrice et de transport.

Arguments récurrents utilisés contre le mouvement de libération de la parole

Délation, c’est le qualificatif qui revient le plus souvent

Une victime qui dénonce son agresseur, est-ce de la délation ? Déposer plainte, c’est de la délation ? Dénoncer l’auteur d’un crime ou d’un délit, c’est de la délation ? Prévenir d’un danger, est-ce de la délation ? Prévenir les autres automobilistes qu’un radar les attend au tournant, délation ?

Quelle est la différence entre délation et dénonciation ? Délation a des relents de la dernière guerre quand des collabos de nazis dénonçaient les résistants, les juifs, les paysans qui tuaient un cochon ou se procuraient du beurre au marché noir pour pouvoir nourrir leur famille. Délation, c’est associé à trahison, intelligence avec l’ennemi, collaboration, nazis, Gestapo et vengeance.

Accuser la parole des victimes de délation, c’est entreprendre de les culpabiliser pour mieux les museler.

Tribunal non autorisé

Dénoncer un violeur, ce serait le condamner. Par contre dénoncer les emplois fictifs de la famille Fillon ce serait respectable et on a eu le droit de condamner le candidat et de le couler en politique avant même que le tribunal ne se soit prononcé. Pourquoi deux poids deux mesures ?

Elles n’avaient qu’à porter plainte au moment des faits

Faut-il être ignorant pour prononcer une telle stupidité ! C’est ne oas savoir grand chose de a complexité de la psychologie humaine. C’est ignorer qu’une femme violée a peur de mourir, qu’elle craint pour sa famille et ses amis, que sur le moment elle est anéantie et plongée en état de sidération. C’est ignorer les mécanismes d’auto censure de la mémoire traumatique. C’est ignorer la perte de dignité, la honte, l’humiliation, la culpabilité d’avoir peut-être « fait quelque chose » pour subir l’horreur, l’anéantissement de l’estime de soi, le refus conscient ou inconscient de donner de revivre l’agression en la mettant en mots, la crainte de ne pas être crue et traitée comme une coupable, l’appréhension de ne pas être prise au sérieux et de s’entendre dire par la police « comment étiez-vous habillée ? », « encore une histoire de Q qui a mal tourné ? », que faisiez-vous dehors à 3 h du matin ? »,etc.

Elles sont puritaines, adeptes de l’ordre moral

Le plaisir du sexe n’a rien à voir avec l’agression sexuelle parce que celle ci n’est pas du sexe, encore moins de l’amour, c’est un acte de domination. C’est toute la différence entre l’acte sexuel consenti et la contrainte sexuelle. Vous le savez très bien mesdames et messieurs mais vous faites semblant de l’ignorer pour servir vos arguments contre la parole des victimes de harcèlement sexuel.

Et puis après tout, si nous avons envie d’être puritaines et de fuir cette représentation pornographique de la sexualité qui nous est imposée, c’est notre droit. Ce droit n’est pas plus méprisable que la liberté que prennent certains à partouzer, accumuler les liaisons, vivre leur polygamie sans états d’âme, s’acoquiner à 70 ans avec des gamines de 20 ans, quitter leur épouse pour un époux, vouloir reproduire à tout prix dans leur vie les scenarii du porno, payer pour sexer, etc.

On ne met pas un innocent au pilori, sa vie est fichue

Et la vie fichue de millions de femmes victimes du harcèlement sexuel, ça a moins d’importance que prendre le risque de se tromper ? Il y a toujours eu, malheureusement, des erreurs judiciaires et il appartient à la Justice de faire son travail. Il est toujours possible de reconnaître une erreur et de la réparer. Par contre il est impossible de guérir d’un traumatisme sexuel.

Un homme s’est suicidé (pour combien de femmes violentées ?)

L’accusation d’agression sexuelle peut pousser un homme au suicide. Peut-être mais combien de femmes se sont suicidées après avoir été violées et traitées comme des coupables quand elles étaient victimes ? Combien de femmes agressées ont sombré dans les drogues, l’alcool, la prostitution, la conduite d’échec, l’impossibilité d’avoir des relations équilibrées avec les hommes, les phobies, etc ? Toutes réactions équivalentes à un suicide lent.

On n’a plus le droit de séduire

Séduire, se ducere, amener vers soi, n’est pas forcément passer à l’acte. Pour Kirkegaard, le séducteur est précisément un homme qui ne passe jamais à l’acte. Il conquiert mais ne consomme pas. Ce n’est pas forcément bien car ce peut être un élément pervers de manipulation à fins de domination. Il convient de s’en méfier et de ne pas tomber dans le panneau.

La séduction désintéressée est une forme d’embellissement des relations humaines, une manière de rendre plus agréables les interactions sociales. On séduit avec le regard, le sourire, les modulations de la voix, l’attitude corporelle et, surtout les paroles. On ne séduit pas avec les mains et encore moins avec le pénis.

Les hommes qui prétendent que les « néoféministes » voudraient abolir la séduction sont de mauvaise foi et tentent, eux réellement, de manipuler les femmes indignées par le harcèlement sexuel.

Elles l’ont cherché, elles n’ont qu’à s’habiller correctement…

L’éducation d’un enfant comprend le contrôle de ses pulsions. Laisse-t-on un bambin chiper les bonbons exposés à son niveau à la caisse ? Les femmes attrapent-elles la braguette bien gonflée d’un homme ? Le reproche de l’accoutrement d’une femme contient en lui-même la justification d’une possible agression, elle dénote une mentalité de prédateur, de chasseur de femme qui n’attend qu’une occasion pour attaquer sa proie.

Agressions sexuelles. Le « biais rétrospectif » donne bonne conscience à l’agresseur

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Le biais rétrospectif consiste en une erreur de jugement cognitif désignant la tendance qu’ont les personnes à surestimer rétrospectivement le fait que les événements auraient pu être anticipés moyennant davantage de prévoyance ou de clairvoyance.

Selon Nassim Nicholas Taleb, le biais rétrospectif est un mécanisme de déni du hasard dans lequel tout événement doit pouvoir se justifier afin d’être le plus prévisible possible, sa fonction étant dès lors de conforter les individus dans leur sentiment de contrôler l’incertitude[1].

Le biais rétrospectif engendre un coût social et économique qui peut être à l’origine de nombreuses erreurs de jugement dans des domaines aussi divers que le comportement individuel, le diagnostic médical, la spéculation boursière, les agressions sexuelles et les erreurs judiciaires par exemple. Ce biais est aujourd’hui intégré dans des cursus ou des pratiques de consultance ou d’audit portant sur l’aide à la décision ou la gestion des risques dans des secteurs tels que l’économie, la politique, la finance ou la santé.​ […] 

Agressions sexuelles

Le biais de rétrospection s’applique à des cas particuliers d’événements. Il peut s’agir d’un accident de voiture, d’un décès, d’un échec sportif, d’une agression…Selon Fischhoff, un individu, face à l’issue d’un événement, a tendance à surestimer la probabilité de son apparition alors qu’il est en général peu courant. Les individus jugent plus probable un fait, et l’estiment plus prédictible, lorsqu’ils en ont connaissance[14].

Les agressions sexuelles sont un cas d’application du principe du biais de rétrospection. L’agression s’explique en effet très communément par divers préjugés : « elle n’aurait pas dû se vêtir de la sorte », « son attitude est provocante », « ses fréquentations sont malsaines», etc. Tous ces préjugés sont le résultat de nos impressions par rapport à l’événement qui s’est produit, dans ce cas l’agression. Ces préjugés émanent de notre besoin à vouloir expliquer l’incident afin de pouvoir le prédire plus aisément dans le futur. Ceci nous conforte dans l’idée que nous pouvons prédire des agressions une fois qu’elles se sont déroulées alors qu’elles appartiennent en réalité au hasard des circonstances. Les différentes explications que nous induisons forment une structure causale stéréotypique de l’agression, un mécanisme simplifié de la réalité. Dès lors, tous les comportements stéréotypiques relatifs à l’agression deviennent des prédicteurs de cette agression[15].

Il est intéressant de comprendre le raisonnement des différents sujets. Comment peuvent-ils rendre l’agression prévisible ? Pour répondre à cette interrogation, deux courants de pensée s’opposent. Le premier courant est développé par Fischhoff, qui postule une explication purement cognitive impliquant un mécanisme d’altération de la mémoire : la sélection d’informations se fait automatiquement et inconsciemment ; nous intégrerions directement les nouvelles connaissances dans les anciennes connaissances, et ce, sans même nous en rendre compte. Ce processus se déroule en deux niveaux :

L’agression au niveau de la représentation en mémoire :nous ne distinguons plus les anciennes des nouvelles données car les secondes ont été automatiquement intégrées aux premières. Cette altération est souvent due à l’élaboration d’un scénario causal au sein duquel les événements qui rendent bien compte de la fin de l‘agression vont être mieux conservés en mémoire que ceux qui ne s’insèrent pas aisément dans le schéma dudit événement. Par exemple, si l’observateur essaie de plaquer une structure causale selon laquelle la victime a provoqué son agresseur, il pourrait imaginer que la jupe de la victime apparaisse plus courte qu’elle ne l’était. Nous assistons donc à une altération de la mémoire qui va modifier la représentation mémorielle du sujet, dans l’optique de rendre l’agression plus cohérente avec son schéma de pensée[14].

L’agression au niveau de la récupération en mémoire :les traces laissées en mémoire par l’agression étant plus fortement ancrées, les détails qui sont cohérent avec le déroulement de l’agression sont par conséquent plus accessibles. Par exemple : une femme a été violée, il sera plus facile pour le sujet de se rappeler d’éléments qui prédisent cette fin, il oubliera ainsi les détails qui ne s’accordent pas avec le scénario de l’agression (le fait que la fille se situait dans un quartier sécurisé). Le sujet ne garde en mémoire que les détails qui sont plus conformes à la structure causale qu’il a développée. À titre d’exemple : elle possédait un décolleté ‘plongeant’ et une courte jupe. Ces détails s’accordent plus aisément avec la structure causale du sujet qui postulait que la victime était habillée de manière provocante et avait du ‘exciter’ l’agresseur. Nous assistons là à un processus de mémoire sélective[14].

Le second courant s’inscrit dans le courant de la mémoire reconstructive : le biais se produit au moment de la réponse (outcom) lorsque le sujet va reconstruire une prédiction de manière consciente et intentionnelle, sur base de l’agression qui lui a été rapportée. Dans l’hypothèse où rien ne lui avait été rapporté, il n’aurait été en mesure de prédire l’agression. Cependant, le fait de savoir que cette personne a été violée lui permet de réajuster sa prédiction, de donner du sens à l’événement afin de le rendre beaucoup plus évident et prévisible que ce qu’il était initialement. Le sujet va donc reconstruire son opinion. De ce fait, il va réévaluer sa prédiction et la rendre plus cohérente avec l’agression, en construisant une structure causale qui justifie cette dernière[16]. (Pour plus d’information sur le principe de mémoire reconstructive, voir partie Mécanismes)

Selon Pezzo, le biais de rétrospection est le produit d’efforts visant à construire du sens. Quand les individus sont confrontés à une agression sexuelle, un événement surprenant et négatif, ils cherchent à comprendre les causes de sa survenue. Les sujets vont donc restituer et reconstruire des détails de l’incident afin de créer une explication suffisamment concevable pour justifier l’agression. Ceci rendra l’agression prévisible. Si ces deux processus de construction de sens sont couronnés de succès et mettent en évidence un lien entre les causes de l’agression et les résultats de l’agression, un important biais de rétrospection se fera alors ressentir[17]. Néanmoins, Pezzo est parvenu à démontrer que lorsqu’un événement négatif est trop surprenant, les individus ne vont pas tenter de blâmer la victime : il n’y aura donc pas de place pour un quelconque effet de rétrospection[18]. Le biais rétrospectif dépend des attentes stéréotypiques des individus. Une attitude contre-stéréotypique et surprenante pourrait de ce fait bloquer l’effet de rétrospection. À titre d’exemple, selon Marchal, lorsque l’agression est perpétrée par une femme, il n’y a pas d’effet de rétrospection car cela ne correspond pas aux stéréotypes propres à l’agression de rue[19]. On remarque d’ailleurs une influence du genre. En effet, les hommes ont une tendance à blâmer la victime plus fortement que les femmes. Cela s’expliquerait par leur ambivalence face au stéréotype négatif de l’agressivité masculine. Il s’agirait d’un processus de déni du stéréotype. Les femmes, quant à elles, blâment moins la victime de l’agression, surtout lorsqu’il s’agit d’une femme, ce qui démontre un biais pro-endogroupe (Théorie de l’identité sociale) de leur part[20].

Je n’ai qu’une objection à cette analyse pertinente, c’est l’évocation de « déni du hasard » car, de « hasard », il n’y a point. La culture du viol entretient la « possibilité » de violer ou d’être violée, état de sujétion à ce qui serait une loi de la nature (la montée de testostérone chez le mâle, la soumission/passivité/faiblesse/infériorité chez la femelle) et une fatalité sociétale. C’est en vertu de cette constatation que le mouvement #balancetonporc/#metoo/#moiaussi est une étape révolutionnaire sur le chemin de l’émancipation des femmes : l’agression sexuelle n’est pas une fatalité, elle est anormale et hommes et femmes occidentaux peuvent contribuer à son éradication et le tentent comme l’explique Denis MacEoin , dans sa comparaison entre sociétés occidentales et musulmanes vis-à-vis des femmes.

Merci à la lectrice qui m’a transmis cette analyse édifiante. LC

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