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Archives de Tag: chienne et réciprocité

Euthanasie. Je veux mourir aussi sereine que ma chienne

Publié le

Ma chienne s’est endormie pour l’éternité à 14 ans et 3 mois, un bel âge pour une labrador. Elle a été euthanasiée en toute sérénité le 7 mai 2019 vers 13:30. Le sinistre déballage autour de Vincent Lambert entre dans mon processus de deuil d’une manière inattendue.

Ma Zaza était sourde, aveugle, mi-paralysée du train arrière, parfois Alzheimer (les synapses des chiens vieillissent comme le reste), incontinente urinaire et fécale, collante, m’obligeant à l’enjamber pour circuler dans l’appartement, puante et trop lourde pour être douchée.

Elle était gloutonne, toujours fouineuse et chapardeuse

Elle avait le poil doux et  tiède

Elle manifestait son plaisir d’être massée en grognant doucement ou en me léchant les mains

Elle tournait sa gueule vers moi lorsque je lui parlais

Elle gémissait pour me prévenir qu’elle s’était lâchée sous elle

Elle participait aux conversations par sa présence bienveillante et s’installait sur les pieds des gens qu’elle aimait

Malgré ses handicaps, elle communiquait, exprimant volontés et plaisirs sans doute possible. Je ne lui attribuais pas mes fantasmes car nous échangions depuis 13 années et je connaissais la réalité de ses signaux comme elle connaissait la réalité des miens.

Je passais des heures à nettoyer pipi et KK sur elle, sur le plancher, sur mes couvertures et couvre-lit, parfois à la terrasse d’un bistrot où je sirotais un café ou même une fois dans un restau, moment à partir duquel je ne devais plus la faire entrer dans des commerces.

Parfois, elle ne pouvait plus du tout marcher et je la sortais en poussette à condition de pouvoir draguer un voisin ou un passant pour amener ses 30 kg dans la nacelle…

Quand mon ascenseur fut immobilisé pendant 10 jours, je dus payer une personne pour la monter et la descendre du 5e étage car elle ne pratiquait plus les marches.

Qui d’autre que moi aurait eu la patience, l’attention et la tendresse nécessaires à son maintien en vie ? Je suis allée jusqu’au bout du possible autant pour elle que pour moi et durant cette période difficile nous avons toujours communiqué et tant que nous communiquions normalement, j’endurais tout ce qu’il y avait à endurer. Je ne me forçais pas, je ne déléguais pas, je faisais ce qu’il y avait à faire, nécessité faisant loi.

Début mai, la condition de Zaza s’aggrava, elle peinait à marcher et je peinais à la tirer du fait de mon arthrose lombaire. Elle semblait essoufflée. Elle toussait depuis un certain temps et j’avais appris que la cause pouvait être cardiaque. Le lundi 6 mai au soir, sa toux devint plus forte pour finir en râles.  Elle ne pu même pas monter sur mon lit, sa couche préférée et ce malgré mon aide et s’aplatit sur le sol contre le sommier. Je compris qu’elle ne tiendrait pas la nuit et envoyai un message à son véto pour demander un RV le lendemain. Le matin suivant, elle respirait encore mais bougeait à peine. Elle prit quand même son petit déjeuner et nous descendîmes vers Belleville après l’avoir installée dans la poussette avec l’aide d’un garçonnet qui passait par là.

Pendant le voyage, elle se réjouissait de ce que je lui distribue des friandises. Elle semblait aussi éveillée et sociable que d’habitude. Mais, arrivées chez notre bon véto, comme dirait la comtesse de Ségur, la pauvre bête ne put même pas sortir de la poussette que je dus incliner pour la faire glisser sur le sol de la salle d’attente où elle s’aplatit presque inerte, les pattes écartées comme celles d’une grenouille. Toujours aimante, elle se tournait vers moi, sensible aux vibrations de mes paroles affectueuses, sa gueule toujours expressive, belle et touchante.

Notre bon véto la prit dans ses bras pour la déposer sur la table d’examen. Je continuais à lui parler doucement tout en lui donnant chocolat et biscuits, choses interdites en temps normal mais si délicieuses pour ma goulue de chienne. Le climat était serein. Le véto désinfecta sa patte pour lui administrer un calmant mais s’exclama « il n’y a pas de pression ! ». Je ne compris pas sur le moment mais plus tard je saisis que le cœur battait si faiblement que le sang  peinait à circuler. Je continuais à caresser et entretenir de discours ma chérie, compagne drôle, attentive, aimable, et fidèle de 14 années. Elle était ma première chienne et, à mon grand étonnement, elle m’inspira de l’amour parce qu’elle acceptait mon amour et réciproquement. Nous étions dans un échange parfaitement équilibré, harmonieux.

Après quelques minutes, Zaza reçut une injection de morphine qui l’endormit au point qu’elle négligea les fragments de chocolat qui traînaient encore sous son museau. Je continuais à lui parler tout en collant ma joue contre la sienne toute tiède et douce. J’échangeais quelques anecdotes sur les chiens avec le véto qui bientôt procéda à la piqûre létale qui provoqua un léger soubresaut mécanique. L’usage du stéthoscope confirma que le cœur avait cessé de battre  Je n’avais pas cessé de la caresser et de la masser pendant tout le processus. Je l’embrassais et caressais son corps souple et tiède une dernière fois. Sortie du labo je dis au véto que j’aimerais avoir une mort aussi sereine et douce et que je ne comprenais pas que cela ne soit pas autorisé pour les humains qui le demandent. Le véto me répondit qu’en effet, Zaza n’avait pas souffert alors que pour les chiens, le décès par crise cardiaque était terriblement douloureux. J’étais heureuse de lui avoir épargné cette peine et je me demandais si les humains partant d’une crise cardiaque  étaient aussi dans une grande douleur.

J’aimerais que mon départ pour l’éternité soit aussi doux et serein que pour ma chienne. J’ai rédigé mes directives anticipées et j’espère que l’euthanasie ou le suicide assisté me seront possibles si je le souhaite.

Le départ provoqué à temps de ma chienne avait été tellement serein que je n’avais pas versé une larme, que j’étais à peine triste tant je me louais d’avoir réagi à temps en comprenant qu’elle était à bout de souffle.

Toutefois, je me doutais qu’une réaction psychosomatique me guettait au tournant et elle arriva plus tôt que prévu. En sortant de chez le véto, je m’étendis de tout mon  long sur le trottoir et, depuis, je peine à marcher, souffrant sérieusement de la jambe gauche.  En psychanalyse, on parle de déplacement du traumatisme…

Alice Braitberg

article publié en premier ici https://ripostelaique.com/euthanasie-je-veux-mourir-sereine-comme-ma-chienne.html

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