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Archives de Tag: Hillary Clinton

La féministe américaine Phyllis Chesler s’insurge contre les féministes opportunistes

Phyllis Chesler est une féministe américaine, psychologue de formation, qui a écrit de nombreux livres depuis 50 ans, pour dénoncer l’oppression des femmes et sa conséquence sur leur équilibre psychologique. Mariée à un Afghan rencontré aux USA pendant ses études à Bard College, elle a raconté son abominable transformation lors de son retour à Kaboul et sa terrible expérience du monde musulman.  Militant contre le traitement indigne des femmes dans les pays musulmans, elle a écrit sur les crimes d’honneur et les mariages forcés.
Engagée dans le judaïsme, elle soutient Israël et défend le droit des femmes à prier au Kotel, le mur des lamentations à Jérusalem. Elle fait donc tâche dans le milieu féministe politiquement correct antisioniste et islamophile. Cet ostracisme l’a conduite à réfléchir sur le féminisme opportuniste soumis aux idéologies politiques et à conclure que certaines féministes non seulement ne soutiennent pas toutes les femmes victimes d’abus mais ignorent les victimes lorsqu’elles ne rentrent pas dans le champ de leurs options politiques.
Phyllis Chesler dénonce le féminisme à géométrie variable et ce qu’elle a observé aux USA est tout à fait identique à ce que nous vivons en France et dans toute l’Europe. L’exemple le plus marquant étant le refus de défendre les femmes violées à la gare de Cologne et d’excuser les violeurs immigrés, le mâle musulman immigrant étant aujourd’hui pour les bien pensants de gôche le véritable damné de la terre.
Je vous invite donc à lire le dernier article de Phyllis Chesler, un pavé dans la mare de ces féministes aveuglées par leur « servitude volontaire » comme dirait Etienne de la Boëtie.
October 16, 2018 • 12:30 PM

https://www.tabletmag.com/scroll/272605/feminists-against-women?mc_cid=87dd82d613&mc_eid=b2cbd7fbec

NB J’ai utilisé la traduction automatique et je l’ai rapidement corrigée. Le texte original en anglais est au-dessous.

Hier encore, Hillary Clinton a insisté sur le fait que Bill  n’avait pas abusé de son pouvoir en permettant à sa stagiaire, Monica Lewinsky, qui avait la moitié de son âge, de le servir sexuellement. Les paroles d’Hillary sont incroyables et embarrassantes.

 En tant que personne qui étudie la violence sexuelle à l’égard des femmes depuis près de cinquante ans, je suis profondément troublée de la voir utilisée à des fins politiques partisanes. Cela enflamme les anti-féministes, mais plus important encore, cela affaiblit l’élan du mouvement # MeToo et, je le crains, rendra plus difficile à la prochaine victime de viol de porter plainte.

Mon dernier livre,  Une féministe politiquement incorrecte , traite de cette question de manière approfondie . À mon époque, la plupart des femmes américaines étaient régulièrement harcelées et agressées sexuellement. On nous a appris à nous en vouloir. Nous avons également compris que si nous nous plaignions, nous ne serions pas crues ou nous serions encore honteux. Nous avons appris à tolérer les lieux de travail hostiles, les espaces publics hostiles et les environnements domestiques hostiles. Beaucoup d’entre nous sont devenues des survivantes agressives. Certaines, en particulier les victimes d’inceste, sont tombées dans toutes les failles.

Tout cela a été oublié ou, plutôt, ce savoir a systématiquement disparu. Au milieu des années 80, sinon plus tôt, notre travail féministe le plus radical et le plus radical n’était plus enseigné dans les universités. Le mouvement # MeToo devait réinventer la roue féministe.

Etre violée est une chose qu’une femme n’oublie jamais – surtout si elle est une dirigeante féministe, car elle comprend que le viol est un acte de domination violente destiné à humilier et traumatiser une femme. Le fait d’être harcelée sexuellement et violée par votre employeur – lorsque vous devez conserver votre emploi – consigne une femme à l’enfer.

Une victime de viol porte son fardeau, absorbe le coup et tente de passer à autre chose. Certaines femmes ne peuvent pas le faire; Elles s’effondrent et tombent en morceaux Mais même une personne qui a pu apprendre à vivre avec son traumatisme est toujours hantée par la honte ou le chagrin pour toujours.

Une enfant violée par son père peut également passer à autre chose, mais une victime de l’inceste n’oublie jamais et ne pardonne jamais à la mère qui ne l’a pas protégée, l’a vendue pour payer le loyer, a refusé de la croire et l’a expulsée de la famille lorsqu’elle a protesté et rendu le crime public. La plupart des victimes d’inceste n’éprouvent pas autant de rage contre leur père violeur que contre la trahison intime de leur mère.

De tels événements traumatisants sont difficiles à raconter. La victime elle-même hésite à plonger dans le marais des souvenirs. Cela peut littéralement la rendre malade. Le regard des non-thérapeutes et des non-féministes brillent. Les thérapeutes féministes sont formés pour écouter – mais une bonne thérapie prend du temps, et les détails comptent vraiment – chaque détail a son importance.

À une époque où les femmes qui dénoncent les violences sexuelles sont censées être crues – moi aussi, j’écris au sujet du harcèlement sexuel et du viol commis par mon patron aux Nations Unies. Ce qui me hante, c’est que deux icônes du féminisme américain, Robin Morgan et Gloria Steinem (qui étaient aussi mes amies et alliées), ont ignoré mon viol, ont fait cause commune avec mon violeur et m’ont accusée de délation.

Oui, cela ne me fait aucun plaisir de les exposer – et je ne pense pas que ce qu’elles ont fait signifie que le féminisme fait fausse route. Morgan était le vrai délinquant, l’opportuniste par excellence. Steinem s’est simplement couvert pour elle. Ce faisant, MS Magazine s’est imposé sur le «territoire» du féminisme international.

Une décennie plus tard, Steinem semblait avoir appris sa leçon, du moins lorsqu’un   juge conservateur , Clarence Thomas, était sur le point d’être nommé à la Cour suprême. Elle se tenait avec Anita Hill. Mais elle ne m’a pas soutenue – ni avec Paula Jones, Juanita Broderick ou Monica Lewinsky (qui n’a affirmé aucun crime) en ce qui concerne la prédation sexuelle et les peccadillos de Bill Clinton. En fait, certaines grandes féministes se moquaient de Lewinsky: «style fille moyenne». Elle a écrit à ce sujet dans  Vanity Fair .

C’était aussi horrible pour elle que l’était son amie, une femme beaucoup plus âgée, la trahison originale de Linda Tripp. Psychologiquement, les femmes sont très blessées par les femmes que nous croyons être nos amies quand elles s’en prennent à nous. Les victimes, les prétendues «bonnes» personnes, se souviennent clairement des victimes de crimes beaucoup plus terribles.

Vers la fin de 2017, dans les pages du New York Times, Maureen Dowd a appelé Gloria pour sa défense de l’abus de pouvoir et du priapisme de Bill Clinton. Dowd a écrit: « Le féminisme institutionnel est mort lorsque Gloria Steinem, Madeleine Albright et d’autres féministes de premier plan ont plaidé en faveur du président Clinton alors qu’il avait menti effrontément pour n’avoir jamais eu de relation sexuelle avec » cette femme « – Monica Lewinsky. »

Les autres victimes connues de Clinton ont-elles été crues? Ont-elles obtenu justice? Qu’en est-il des victimes inconnues?

En outre, vers la fin de 2017, un  article  de Peggy Noonan dans  le Wall Street Journal  décrivait le rôle de Gloria dans la protection de Bill Clinton. Elle a cité un  article  de Caitlyn Flanagan dans l’Atlantique indiquant que, dans les années 1990, «le mouvement [féministe] était devenu un mouvement partisan». Flanagan nous rappelait le fameux éditorial de mars 1998 que Gloria avait écrit pour le  New  York Times,  elle a «humilié la victime, blâmé la victime et vieilli» et «exhorté la compassion et la gratitude envers l’homme accusé». Elle a souligné que Steinem avait qualifié les agressions de «passables».

Le 30 novembre 2017, Gloria a  imprudemment répondu  à ces critiques dans une interview dans les pages du Guardian. Elle aurait déclaré que «ce que vous écrivez au cours d’une décennie, vous ne l’écrivez pas nécessairement au cours de la prochaine». J’interprète cela comme si elle disait que les temps étaient différents, que nous ne savions pas ce que nous savons maintenant. Ce n’est pas vrai. Les féministes savaient tout sur le viol et le harcèlement sexuel à l’époque.

C’était le Gloria que j’avais rencontré au début des années 1980. À l’époque, elle a dissimulé la collaboration opportuniste de Robin avec un violeur et la trahison de sa victime. elle savait que je la voyais, ainsi que celle de Gloria, avoir échoué à confronter mon violeur (c’est ce que je lui avais demandé de le faire) comme un échec du courage féministe, du principe féministe et de la loyauté personnelle. Elle savait que je pensais qu’un homme comme mon violeur continuerait à s’attaquer aux femmes. Tout cela ne faisait aucune différence.

La semaine dernière, j’ai écrit directement à une féministe de premier plan, très proche de Gloria, pour l’inviter à utiliser son influence considérable auprès des principaux médias féministes et grand public au nom de mon travail. Je n’ai rien entendu en retour. Je l’ai fait parce qu’il semble y avoir une sorte de blocus général des médias contre mon livre. Au moins quarante grands points de vente de gauche, féministes et grand public n’ont même pas attaqué ce travail. Pour eux, cela n’existe pas. Je reste un dissident dans le goulag américain. C’est le sujet d’une autre pièce entièrement.

Et maintenant, ce que je craignais peut arriver. Les médias conservateurs qui, jusqu’à présent, ont commenté ce livre de manière très très positive relèveront bientôt cette histoire et la poursuivront. Les féministes ont eu de nombreux mois pour reconnaître la manière dont les dirigeantes féministes se sont parfois comportées comme des mères dans des familles incestes. Ils auraient pu le « posséder », le filer, le contester, en tirer des leçons. Eux et les médias qu’ils ont influencés ont jusqu’à présent échoué.

Je ne suis pas responsable de ce qui peut arriver ensuite.

The sordid history of famous feminists shaming victims of sexual abuse

October 16, 2018 • 12:30 PM

https://www.tabletmag.com/scroll/272605/feminists-against-women?mc_cid=87dd82d613&mc_eid=b2cbd7fbec

Just yesterday, Hillary Clinton insisted that Bill did not abuse any power when he allowed his intern, Monica Lewinsky, who was half his age, to sexually service him. Hillary’s words are beyond belief and beyond embarrassing.

 As someone who has studied sexual violence against women for nearly fifty years, I am deeply troubled to see it used for partisan political gain. Doing so inflames anti-feminists but more important, it cheapens the momentum of the #MeToo movement and, I fear, will make it harder, not easier, for the next rape victim to successfully press charges.

My latest book, A Politically Incorrect Feminist, deals with this issue in depth and at length. In my day, most women in America were routinely sexually harassed as well as sexually assaulted. We were taught to blame ourselves. We also understood that if we complained we would not be believed or we’d be further shamed. We learned how to tolerate hostile workplaces, hostile public spaces, and hostile home environments. Many of us became tough survivors. Some, especially incest victims, fell through all the cracks.

All this was forgotten or, rather, this was knowledge that was systematically disappeared. By the mid-1980s, if not sooner, our best and most radical feminist work was no longer being taught in universities. The #MeToo movement had to reinvent the feminist wheel.

Being raped is something that a woman never forgets—especially if she’s a feminist leader because she understands that rape is an act of violent domination meant to humiliate and traumatize a woman. Being sexually harassed and raped by your employer—when you need to keep the job—consigns a woman to a special circle of hell.

A rape victim bears up under the weight of it, absorbs the blow, and tries to move on. Some women cannot do it; they break down and break apart. But even someone who can numbly, dumbly move on may still be dimly and occasionally haunted by shame or sorrow forever after.

A child who is raped by her father can also move on, but an incest victim never forgets and never forgives the mother who did not protect her, sold her for rent money, refused to believe her, and ejected her from the family when her protests became too public. Most incest victims do not rage against their rapist fathers as much as against their mother’s intimate betrayal.

Such traumatic events are difficult to discuss. The victim herself is reluctant to re-enter the memory swamp. It can literally make her sick. The eyes of non-therapists and non-feminists glaze over. Feminist therapists are trained to listen—but good therapy takes a long time, and the details really matter—they’re all that matter.

In an era in which women who allege sexual violence are supposed to be believed—I, too write about being sexually harassed and raped by my boss at the United Nations. What haunts me, is that two icons of American feminism, Robin Morgan and Gloria Steinem, (who were also my friends and allies), covered up my rape, made common cause with my rapist, and ostracized me for whistleblowing.

Yes, they did. it gives me no pleasure to expose them—and I do not think that what they did means that feminism is all wrong. Morgan was the real offender, the quintessential opportunist. Steinem merely covered for her. By so doing, Ms. Magazine gained a lock-hold on the “territory” of international feminism.

A decade later, Steinem seemed to have learned her lesson, at least when a conservative judge, Clarence Thomas, was about to be appointed to the Supreme Court. She stood with Anita Hill. But she did not stand with me—nor did she stand with Paula Jones, Juanita Broderick, or Monica Lewinsky (who alleged no crimes) when it came to Bill Clinton’s sexual predation and peccadillos. In fact, Lewinsky was mocked by some leading feminists, “mean girl style.” She has written about this in Vanity Fair.

This was as awful for her as was her friend,  a much older woman, Linda Tripp’s original betrayal. Psychologically, women are very hurt by the women whom we believe to be our friends when they turn on us. Bystanders, the supposedly “good” people, are clearly remembered by the victims of far more terrible crimes.

Towards the end of 2017, in the pages of the New York Times, Maureen Dowd called out Gloria for defending Bill Clinton’s abuse of power and priapism. Dowd wrote: “Institutional feminism died when Gloria Steinem, Madeleine Albright and other top feminists vouched for President Clinton as he brazenly lied about never having had a sexual relationship with ‘that woman’—Monica Lewinsky.”

Were Clinton’s other known victims believed? Did they receive justice? What about the unknown victims?

Also, toward the end of 2017, an article by Peggy Noonan in The Wall Street Journal described Gloria’s role in protecting Bill Clinton. She cited an article by Caitlyn Flanagan in the Atlantic that said that by the 1990s, “The [feminist] movement had by then ossified into a partisan operation.” Flanagan reminded us of the famous March, 1998 op-ed Gloria wrote for the New York Times in which she “slut-shamed, victim-blamed, and age-shamed” the victims and “urged compassion for and gratitude to the man the women accused.” She pointed out that Steinem characterized the assaults as “passes.”

On November 30, 2017, Gloria unwisely responded to these critiques in an interview in the pages of the Guardian. She is quoted as saying that “what you write in one decade you don’t necessarily write in the next.” I interpret that as her saying that the times were different then, that we didn’t know then what we know now. This is not true. Feminists knew all about rape and sexual harassment back then.

This was the Gloria whom I had encountered in the early 1980s. Back then, she covered up Robin’s opportunistic collaboration with a rapist and her betrayal of his victim; she knew that I viewed her, Gloria’s, failure to confront my rapist together with me (this is what I’d asked her to do) as a failure of feminist courage, feminist principle, and personal loyalty. She knew that I thought that a man like my rapist would keep preying on women. This all made no difference.

Last week, I wrote directly to a leading feminist who is very close to Gloria and asked her to consider using her considerable influence with the major mainstream and feminist media on behalf of my work. I’ve heard nothing back. I did so because there seems to be some kind of mainstream media blockade against my book. At least forty major left-wing, feminist and mainstream outlets have not even attacked this work. To them, It does not exist. I remain a dissident in the American Gulag. That is the subject of another piece entirely.

And now, what I feared may come to pass. The conservative media which, so far, has reviewed this book very, very positively, will soon pick up this particular story and run with it. Feminists had many months to acknowledge the way in which feminist leaders have sometimes behaved just like mothers in incest families. They could have “owned” it, spun it, challenged it, learned from it. They, and the media that they’ve influenced have so far failed to do so.

I am not responsible for what may happen next.

Pour en savoir plus

Phyllis et Kate Millet, New York 1976

Le regard de Marieme Helie Lucas, sociologue algérienne spécialiste des droits des femmes lutte depuis des décennies contre l’intégrisme islamique . Elle a fondé « Femmes sous loi musulmane »

Que la gauche et bien trop de féministes s’en tiennent à la théorie des priorités (exclusive défense des émigrés – rebaptisés ‘musulmans’- contre la droite occidentale capitaliste) est une erreur fatale dont elles répondront devant l’histoire, et un abandon des forces progressistes de nos pays dont l’absurde inhumanité fera tâche indélébile sur le drapeau de l’internationalisme. 


A ce boulet conceptuel de la gauche (l’ennemi principal vs l’ennemi secondaire) s’ajoute une autre théorie des priorités, celle ci issue des organisations de droits humains : une implicite hiérarchie des droits fondamentaux selon laquelle les droits des femmes viennent loin après les droits des minorités, les droits religieux, les droits culturels, pour ne nommer que quelques uns de ceux qui sont régulièrement opposés aux droits des femmes, – et ce jusqu’à l’ONU.

  • D’autres réactions à chaud après les viols de Cologne

https://laconnectrice.wordpress.com/2016/01/13/viols-de-cologne-reponse-dune-feministe-historique-a-des-feministes-islamophiles/

Quand donc sortirez-vous de votre aveuglement antiraciste qui voile la
réalité du sexisme de ces cultures que vous défendez becs et ongles ? Vous
vous trompez constamment de cible : vous préférez attaquer vos sœurs
féministes qui, comme moi, depuis des décennies, dénoncent la progression
fatale en Europe, d’une idéologie incompatible avec les droits des femmes.
Partout, jaillit l’interrogation « Où sont passé les féministes ? ». Pourquoi
leur silence sur ce machisme venu d’ailleurs ? Mais à l’évidence, nous ne
nous réclamons pas du même féminisme. Le vôtre est gangrené par un gauchisme
qui a toujours préféré l’Autre, fut-il barbare, aux siens. Le féminisme est
une pensée et un combat qui vise l’autonomie et qui rompt avec les
dépendances idéologiques. Etes-vous sûres de faire partie de cette noble
entreprise ? Je ne me suis jamais reconnue dans vos positions, calquées sur
celles de l’extrême-gauche, qui ne donnent pas la priorité à la cause des
femmes. Réveillez-vous mes sœurs ! Sortez donc de la colonisation
idéologique qui vous barre la route à une pensée libre.

https://laconnectrice.wordpress.com/2016/02/01/viols-de-cologne-analyse-de-kamel-daoud-ecrivain-algerien/

https://laconnectrice.wordpress.com/2016/02/01/viols-de-cologne-reaction-du-parti-des-femmes-du-quebec/

 

Courageuse Hillary. Cochon de Trump !

laconnectrice.wordpress.com

Le suspense est terminé. Trump a gagné les élections présidentielles et sera officiellement mandaté le 20 janvier prochain.

Hillary a reconnu sa défaite dans un discours patriote et féministe. Elle a insisté deux fois sur la condition des femmes, la première pour déplorer que le plafond de verre n’eut pas été brisé, la seconde pour exhorter les petites filles à avoir confiance en elles-mêmes et en leur force. Obama lui-même, époux d’une femme forte et de deux filles, y a été de son couplet encourageant les femmes à se battre.

La défaite d’Hillary m’a attristée parce que je l’ai trouvée extrêmement courageuse dans cette compétition pour le mât de Cocagne et parce que j’eusse été enchantée qu’une femme, pour la première fois dans l’Histoire, eut  accédé aux commandes de la plus puissante nation du monde. Bien sur, comme tous les politiques, Hillary a du faire des concessions aux autres puissants de ce monde et n’est pas exempte de failles. Entre Charybde Trump et Scylla Hillary, j’aurais choisi Hillary pour les motifs ci-dessus. Et je l’aurais fait sans hésitation après avoir entendu les propos misogynes d’un invité de France Info qui lui reprochait de ne pas avoir versé une larme lors de son discours post élections. A-t-on jamais reproché à un candidat malheureux, un Sarkozy, un Giscard ou à Mitt Romney concurrent d’Obama en 2012, de ne pas avoir pleuré au soir de sa défaite ?

Les Français qui se mêlent de tout, comme aux glorieux temps de leur influence morale et philosophique, ont émotionnellement participé à cette campagne électorale comme s’ils allaient réellement voter. C’est pourquoi la France s’est retrouvée coupée en deux une nouvelle fois, les pro Trump d’un côté et les pro démocrates, pas vraiment pro Hillary . Une femme aux commandes de la nation la plus puissante du monde, non mais vous rigolez ?

Je dois admettre qu’il était difficile de faire son marché entre Donald et Hillary, l’un et l’une traînant des casseroles et pour le premier, des odeurs très nauséabondes : misogynie, héritier ayant consolidé sa fortune dans les casinos/concours de beauté/prostitution, l’immobilier dont on sait qu’il est une chance pour les dessous de table, la corruption et les manipulations de toutes sortes, le racisme -le véritable-, l’homophobie, l’embauche de travailleurs mexicains et polonais à bas coût aux franges de la légalité, l’anti avortement, pro armes (ses déclaration sur le Bataclan : si les Français avaient été armés, le massacre n’aurait pas eu lieu), ses violentes attaques contre la Chine « qui viole l’Amérique »   et j’en passe. A noter qu’Hillary était accusée de vouloir la guerre …Ah, j’oubliais, Hillary était accusée de frayer avec les musulmans du Golfe mais Trump a des projets immobiliers dans cette région. Visite virtuelle de son golf de Dubaï http://www.trumpgolfdubai.com/

Comme d’habitude, les médias, par la voix de leurs spécialistes, se sont axés sur la comparaison entre la petite grenouille France et le gros Bœuf étazunien. Leur conclusion unanime et de tous bords politiques est que si les populismes montent des deux côtés de l’Atlantique, c’est parce que nos dirigeants négligent les classes moyennes après avoir abandonné les ouvriers. Les peuples ne veulent plus de ces oligarques qui, favorisant les gros -comme eux-dans le but de devenir plus riches que les riches, ont élargi le fossé qui sépare les riches des pauvres. Les riches sont devenus de plus en plus riches alors que les pauvres devenaient de plus en plus pauvres. Les causes techniques les plus évidentes, selon nos « experts » en sont la mondialisation assortie de délocalisations et dumping et la financiarisation de l’économie. Une fois que le constat a été établi et confirmé, quelles sont les solutions ?

Les promesses de Trump contre le travail des étrangers sont contredites par ses pratiques et les nécessités économiques.

Qui va construire les autoroutes ?

Trump va donner du travail à coup de grands projets autoroutiers et de transports pour rapprocher les campagnes des villes, des lieux de production des lieux de consommation. Pour mémoire, tous les candidats présidents ont promis de grands chantiers salvateurs : les Républicains sur les infrastructures et les Démocrates en matières sociale.

Le projet de Trump rappelle celui de la construction des chemins de fer au 19ème siècle, le travail étant si colossal qu’on avait du faire appel à des travailleurs étrangers dont de nombreux chinois. Avec Trump, il faudra aménager une voie de passage dans son fameux mur anti migrants entre le Mexique et l’Amérique …

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…ouvriers chinois qui participèrent grandement à l’inauguration du premier chemin de fer transcontinental en 1869 . Ces gens travaillèrent dans des conditions inhumaines et beaucoup y laissèrent leur vie. La compagnie Union Pacific Railroad estimait que les Chinois avaient toutes les qualités et l’expérience requises pour les travaux. Ces coolies furent une excellente main-d’œuvre plus efficace et meilleure marché que les Européens ou les Américains. En 1868, ils représentent 2/3 de la main-d’œuvre. Ils recevaient un salaires inférieur à 35 dollars par mois et devaient construire leur propre abri.  Source http://wang888.skynetblogs.be/tag/chemin+de+fer

Qui va tuer et plumer les poulets ?

Dans les usines de poulets, les ouvriers mexicains porteraient des couches pour ne pas avoir à prendre de pause pipi . 12/05/2016 

Qui va ramasser fraises et framboises ?

A worker harvesting strawberries in Oxnard, Calif., in February. A years-long decline in farmhands is reducing annual fruit and vegetable production by 9.5%, or $3.1 billion, in the U.S., according to a recent study.

http://www.wsj.com/articles/on-u-s-farms-fewer-hands-for-the-harvest-1439371802

Dans l’image ci-dessus, un travailleur mexicain récolte des fraises dans une ferme américaine. En 2015, les producteurs avaient augmenté le salaire des cueilleurs mais ils manquaient de main-d’oeuvre du fait du contrôle de la frontière mexicaine. Des tonnes de fraises et de framboises ont pourri faute d’être ramassées.3 La plupart des produits agricoles consommés par les Américains proviennent de fermes mexicaines où les travailleurs sont traités comme des bêtes ou de fermes américaines qui recourent à la main d’oeuvre mexicaine pour son coût avantageux.

Qui va servir les clients à $100 000 du Trump’s Mar-a-Lago Club ?

Différentes enquêtes journalistiques ont révélé que Trump employait des travailleurs étrangers, en majorité mexicains et polonais, pour travailler dans ses luxueuses résidences ou sur ses chantiers. Il est même possible qu’il ait enfreint les lois relatives à l’embauche de travailleurs étrangers temporaires qui peuvent obtenir des visas  H-2B à condition de ne pas prendre la place d’un Américain. Interpellé, Trump a fait répondre que les Américains ne voulaient pas des jobs à pourvoir ou qu’ils n’étaient pas qualifiés …Ces affirmations auraient été contredites par la consultation des fichiers locaux de demandeurs d’emploi. Pour plus de détails, voir la synthèse des différentes affaires sur Ballotpedia -en Anglais-https://ballotpedia.org/Foreign_workers_at_Trump_entities

Les Américains ont voté pour le changement

On peut comprendre toutefois qu’informés sur les turpitudes et les trumperies de l’éléphant Donald, les Américains aient voté pour le changement et, qui sait ? pour le glamour de sa prestigieuse salle de bal en se disant, rigolons et jouissons avant que le ciel ne nous tombe sur la tête…Ils étaient ravis de pénétrer dans l’une des salles de bal de l’empire Trump et se réjouissent à l’idée de profiter de celle que le milliardaire a promis de construire, à ses frais, dans la Maison Blanche.
Ce qui est rassurant pour les spectateurs engagés et concernés que nous sommes c’est qu’un président ne gouverne jamais seul et si Trump a théoriquement le soutien du GOP (Great Old Party- les Républicains) il n’y est pas très bien considéré puisque les deux chambres n’en voulaient pas. Quoiqu’en dise le matamore, il sera encadré, surveillé, contrôlé et calmé par une cohorte de fonctionnaires d’Etat. Il devra donc mettre de l’eau dans ses promesses ou rencontrer des obstacles infranchissables pour un seul homme. Et si Kennedy a vraiment été assassiné par la CIA, il devra se tenir à carreau lui qui fait ami-ami avec Poutine, la guerre froide étant toujours chaude pour de nombreux américains.

Qui vivra verra …

Modèles de présidente : Hillary ou Barbie ?

Publié le

En 2012, Mattel lançait une collection « Barbie President ». Une initiative louable si elle avait été sincère et non consacrée à la mode, comme si être présidente consistait essentiellement à se faire femme sandwich pour l’industrie de la mode. Or courir pour la présidence n’est pas un concours de beauté comme Mélanchon l’avait dit en 2005 à propos de Ségolène Royal. C’est un travail gigantesque, encore plus énorme lorsqu’on est une femme et que l’on doit se battre non seulement pour défendre ses idées mais aussi contre les ragots, coups bas et insultes machistes.http://www.sudouest.fr/2013/10/09/les-pires-derapages-sexistes-des-politiques-francais-1194091-659.php

Il est fort peu probable que les petites filles qui jouent avec Barbie (d’ailleurs en perte de vitesse) développeront l’ambition de devenir présidente. Par contre, les candidatures de Top Model avec les tortures qui vont avec (ligne, régimes, chirurgie esthétique, empoisonnement par cosmétiques, chaussures trop petites et trop hautes, etc.) ne cesseront de faire leur malheur.

La Connectrice

 

http://www.queenofthevoid.com/sondage-le-monde-est-il-cingle/

 

barbie presidente 250Hillary Clinton For President?The one reason President Hillary might be more effective than President Obama

 

 

barbie

 

 

Democratic presidential candidate former Secretary of State <a gi-track='captionPersonalityLinkClicked' href=/galleries/search?phrase=Hillary+Clinton&family=editorial&specificpeople=76480 ng-click='$event.stopPropagation()'>Hillary Clinton</a> speaks during her Super Tuesday evening gathering Stage One Ice Studios on March 1, 2016 in Miami, Florida. Latest results have <a gi-track='captionPersonalityLinkClicked' href=/galleries/search?phrase=Hillary+Clinton&family=editorial&specificpeople=76480 ng-click='$event.stopPropagation()'>Hillary Clinton</a> as the projected winner of six states: Alabama, Arkansas, Georgia, Tennessee, Texas and Virginia.

 

 

http://www.fascettiassociati.it/barbie-for-president-oppure-no/

 

 

http://www.dailyelle.fr/date/2012/05/09

 

Barbie pose, Hillary bosse

 

Hillary Clinton, former U.S. secretary of state and democratic candidate for U.S. president, speaks during an Iowa launch event in Des Moines, Iowa, U.S., on Sunday, June 14, 2015. Hillary Clinton voiced discontent Sunday with the current status of the Trans-Pacific Partnership trade deal and suggested that she would fight to change it to 'take the lemons and turn it into lemonade.' Photographer: Daniel Acker/Bloomberg via Getty Imageshillary clinton roosevelt island campaign speechDemocratic president candidate Hillary Clinton takes the stage at the democratic debate at Saint Anselm College December 19, 2015 in Manchester, New Hampshire. This is the third Democratic debate featuring Democratic candidates Hillary Clinton, Bernie Sanders and Martin O'Malley.

 

Bernie Sanders offers an apology to Hillary Clinton during Saturday's Democratic debate.

 

Et les adversaires politiques ne sont pas des Ken. Ici avec Bernie Sanders.http://www.politico.com/story/2015/12/hillary-clinton-bernie-sanders-data-breach-217019

 

Sources des images

http://money.cnn.com/2015/06/13/news/economy/clinton-campaign-speech-wall-street-hedge-funds/

http://www.theblaze.com/stories/2015/06/15/hillary-clinton-campaign-shuts-out-reporter/

http://www.salon.com/2011/08/18/dickinson_hillary_obama/

 

Hillary Clinton For President?

 

http://www.gettyimages.fr/detail/photo-d’actualit%C3%A9/democratic-president-candidate-hillary-clinton-takes-photo-dactualit%C3%A9/502021442

 

http://www.gettyimages.fr/detail/photo-d’actualit%C3%A9/democratic-president-candidate-hillary-clinton-takes-photo-dactualit%C3%A9/502021442

 

8 mars : Lilith et les pécheresses

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Il est de bon ton de maudire le féminisme et les féministes en les caricaturant et les ridiculisant pour s’en démarquer ou nier la parole des femmes qui s’estiment discriminées et mal traitées du fait de leur genre. Pourtant, la discrimination sexiste est la plus ancienne et la plus universelle qui soit et beaucoup d’hommes et de femmes la trouvent légitime en se fondant sur des arguments essentialistes qui réduisent la femme à sa fonction reproductrice et l’homme à sa force physique, comme si les progrès des sciences, de la civilisation, de la médecine, de la philosophie, de l’économie et des techniques n’avaient pas conduits les individus à un potentiel d’égalité indépendamment de leur sexe, de leur race et de leur constitution physique.

Il faut reconnaître que le mouvement féministe est aussi divisé que la gauche en ce qui concerne les prises de position publique car, sur le fond, le travail continue, en particulier avec le Lobby européen des femmes http://www.womenlobby.org/?lang=fr qui rassemble 2 500 organisations féminines et féministes des pays membres de l’Union ou candidats à l’Union.

La haine et la discrimination des femmes commence avec les mythes fondateurs de toutes les sociétés. La femme a toujours été considéré comme une menace pour la vie de l’homme et comme étant responsable de toutes ses fautes.

Si le terme « féminisme » est relativement récent, l’action des femmes contre leur infériorisation dans une société dominée par les hommes est très ancienne, aussi ancienne que leur oppression.

Lilith

Dans la tradition kabbalistique, le féminisme commence avec Lilith, la première femme créée par Dieu à l’égal d’Adam, tous deux façonnés à partir d’une boule de glaise. Mais Lilith se rebiffa contre Adam qui entreprit de la soumettre en lui imposant la position du missionnaire. Lilith en appela à l’arbitrage divin auquel Adam ne répondit pas. Lilith s’enfuit alors vers les rivages de la Mer rouge où elle fraya avec des démons et enfanta de nombreux diablotins. Pendant ce temps, Adam avait supplié Dieu de lui donner une compagne mais comme le Tout puissant n’avait plus de glaise originelle il créa une autre femme, Eve, à partir d’une côte de l’homme. Lilith, furieuse de ce remplacement qui confortait Adam dans une position dominante, vint hanter le sommeil du couple, troublant Adam dans son sommeil. Dieu envoya trois anges, Sénoy, Sensénoy et Sémangelof, pour demander à Lilith de faire la paix avec Adam et d’épargner les nouveaux nés, en échange de quoi, elle serait libre de mener la vie de son choix avec les démons. Lilith accepta à condition que les bébés portent une amulette au nom des anges. Elle ne renonça pas toutefois à provoquer les hommes dans leur sommeil et, dans les récits talmudiques de Martin Buber, on trouve mention de la nécessité pour les hommes solitaires de se prémunir des visites nocturnes de Lilith en déposant des herbes tressées devant leur porte. Dans la tradition juive, il fut courant de suspendre au cou des nouveaux nés une amulette portant le nom des anges pour conjurer les mauvais sorts que Lilith aurait pu leur lancer.

Amulette bracelet en argent destinée à une femme en couches, Perse, 19ème siècle http://kabbalah.fayelevine.com/amulets/pk017.php

Type d’amulette protectrice représentant la main de Dieu

Amulette prophylactique anti Lilith d’ Arslan Tash. Avers.
Musée national d’Alep, Syrie.

Sur cette amulette, Lilith est représentée comme un démon ailé.

Dans les années 70, la figure et le mythe de Lilith ont été repris par des féministes comme modèle de la femme libre refusant de se soumettre au pouvoir de l’homme, à l’opposé d’Eve. Une revue féministe américaine s’intitulait Lilith et dans certains ouvrages, des historiennes ont tenté de démontrer que Dieu était femme, comme Merlin Stone dans « Quand Dieu était femme ».

On retrouve le mythe du démon femelle ailé dans de nombreuses civilisations et, plus généralement des représentations féminines menaçantes pour l’homme, le monde et la vie.

Les femmes dangereuses pour l’homme

Dans la Bible, la désobéissance d’Ève qui fait croquer à Adam le fruit défendu, est responsable des péchés de l’humanité.

Dalila est la traîtresse qui, grâce à ses charmes, fera succomber l’invincible Samson.

Dans la mythologie grecque, on rencontre Médée qui fait dévorer ses propres enfants par leur père, Jocaste qui couche avec son fils Oedipe, Pandore qui libère tous les maux de l’humanité. La Belle Hélène responsable de la guerre de Troie.

Ulysse oublie ses devoirs en se laissant d’abord séduire par Circé qu’il fuira ensuite en se bouchant les oreilles avec de la cire et en se faisant ligoter au mât de son navire.

Plus tard, au Moyen âge, des millions de femmes seront accusées de sorcellerie, torturées et brûlées vives sur des bûchers.

Au fil des siècles, les reines, les concubines seront accusées de sorcellerie, de messes noires, d’empoisonnements et d’intrigues. Marie-Antoinette sera rendue responsable de la trahison de Louis XIV et Olympe de Gouges sera guillotinée pour avoir écrit « la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne »

http://www.histoire-en-ligne.com/spip.php?article154

Dans son poème « la métamorphose d’un vampire », Baudelaire reprendra le mythe de la femme voleuse de vie et tueuse d’homme: « La femme cependant de sa couche de braise…se tordant ainsi qu’un serpent sur la braise….je sais la science de perdre au fond d’un lit l’antique conscience. »

Dans les mouvements ouvriers du XIXème siècle, les femmes étaient accusées de voler le travail des ouvriers. Le travail de nuit leur était interdit, au prétexte de les protéger contre la prostitution.Paul Gauguin traitait de « bas bleu » sa grand-mère Flora Tristan qui avait consacré son existence à l’émancipation des femmes et créé les premières mutuelles ouvrières.

Attaques misogynes contre Hillary Clinton et Ségolène Royal

Plus récemment les candidates aux présidentielles Hilary Clinton et Ségolène Royal ont fait l’objet d’attaques misogynes violentes et injuste. Robin Morgan pour la première et Isabelle Alonso pour la seconde ont récapitulé les critiques infondées et sexistes dont elles ont été submergées.

Isabelle Alonso février 2007

Au début, quand Ségolène s’est alignée sur la ligne de départ pour l’investiture du PS et que les éléphants du PS l’ont accueillie par un tir de barrage misogyne, je n’y ai vu qu’un épisode de plus dans la très longue histoire du machisme politique. Je ne me fais pas trop d’illusions sur la capacité des institutions à se réformer en profondeur. Et je ne vois pas poindre à l’horizon la solide mobilisation des femmes sans laquelle rien n’est possible. Je vote donc par principe et sans illusions.

Petit à petit, à mesure que Ségolène Royal déjouait pièges et chausse-trappes avec un sens politique tout mitterrandien (compliment ? pas compliment ? ) jusqu’à l’investiture par les militants de base, il est devenu évident qu’il se passait quelque chose. Mais quoi au juste ?

Il se passe que quel que soit l’avenir de sa candidature, elle met en lumière des zones obscures. Qu’elle atteigne ou pas son but, la flèche Ségolène aura atteint en plein cœur la bonne conscience ambiante. Aujourd’hui, il est rare qu’on s’oppose publiquement au principe d’égalité des sexes. Il passe pour un acquis tellement consensuel qu’il n’y a plus rien à ajouter. Pensée magique. Prétendre allez plus loin et mettre le principe en pratique provoque un regard vide. Qu’est-ce qu’elles veulent encore ? Puisqu’on est tous d’accord ! Même que les femmes, on les adore ! Affaire classée. Mettre le sujet sur le tapis, c’est comme affirmer que la Terre est ronde. Il fut un temps où c’était subversif. Aujourd’hui ça passe pour tellement évident que c’est dépassé.

Sauf que non. Pas évident, pas dépassé. Le principe d’égalité continue à fabriquer de l’inégalité à tour de bras. La preuve, on l’a tous les jours depuis qu’une femme, est en position éligible. Nous sommes en 2007 et c’est la première fois ! Depuis un siècle et demi de république ! Comme dit la pub, toutes les premières fois sont difficiles. Là, manifestement, le corps social fait une poussée allergique. La confrontation entre principe et réalité, ça fait mal !

On peut, on doit même, critiquer, contester, débattre. C’est à ça que ça se reconnaît, une démocratie… Encore faut-il, dans un contexte électoral, que ce soit des idées qu’on agite. Des idées politiques et sociales, autant que possible. La simple apparition de Ségolène Royal a entraîné un tsunami de réactions. Les unes s’attaquent à ses prises de position. Une minorité, digne de débat. Les autres s’attaquent à sa légitimité. Une majorité, symptomatique du malaise dès qu’on passe du principe qui donne bonne conscience (pas de différences entre hommes et femmes) à la réalité qui inquiète (qu’est ce qu’elle fout là celle-là ?). On décline ainsi toute une variation sur le même thème… Marianne, oui, Ségolène, non. En principe, oui. En vrai, non. En voici quelques exemples, non exhaustifs…

« On va quand même pas voter pour elle juste parce que c’est une femme ! » Outre que personne n’a demandé à personne de voter pour elle ‘juste parce que c’est une femme’ , personne n’a non plus noté que ça fait cent cinquante ans qu’on vote pour des hommes parce que c’est tout ce qu’il y avait en rayon. Vous dîtes ? Y’avait des différences entre eux ? Y’avait le choix ? Ben y’a qu’à donner le choix ! Facile ! Suggestion pour l’UMP : choisir une femme ! Non ? C’est vrai qu’ils préfèrent payer des amendes plutôt que de faire voter pour des femmes ! Juste parce que c’est des femmes ? Ça marche que dans un sens alors… Y’a des moments, j’ai du mal à suivre…

« Elle est pas compétente ». Je me souviens que Balladur ne connaissait pas le prix d’un ticket de métro et que Giscard ignorait celui d’une baguette de pain. On en déduisait que ces grands bourgeois étaient loin du quotidien, mais pas qu’ils étaient incompétents. Mitterrand n’y connaissait rien en économie. On en déduisait qu’il était plus près des grands principes que des réalités. Pas qu’il était incompétent. Ségolène, elle, n’est pas à la hauteur paraît-il. Elle sait même pas combien on a de « sous-marins-nucléaires-lance-engins » ! Oh la nulle, elle est nuuuulle ! ! Si elle le savait, on dirait qu’elle est laborieuse, qu’elle a tout appris par cœur mais qu’elle est pas brillante… On pense à la fameuse phrase de Françoise Giroud : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » ? (journal Le Monde – 11 Mars 1983). Car la question ne se pose pas pour ses concurrents. On les critique, certes, mais pas sur le mode condescendant que se permet le moindre plumitif inconscient de ses archaïsmes mentaux. Le message est toujours le même. Il n’y a pas si longtemps, des malades refusaient d’être opérés par une chirurgienne, des passagers descendaient de l’avion s’ils apprenaient que le pilote était une pilote. Les limites imposées aux femmes reculent, les préjugés changent de place mais restent en l’état. La même phrase, prononcée par un homme ou une femme n’est pas perçue de la même manière. Il n’y a pas de masculin à Bécassine. Des bourdes, ils en font tous, à longueur de temps. Si c’est un homme qui fait une bourde, celle-ci est isolée de celle qui la précède et de celle qui la suit. Il reste lui même. C’est tout. Si c’est une femme, la bourde qu’elle fait la transforme en gourde qu’elle est. Nuance. Vous trouvez que j’en rajoute ? Vous en voulez une, de bourde, que personne n’a relevé à ma connaissance ? Ça se passe sur TF1 le 5 février. Nicolas Sarkozy, à une question sur l’ouverture des magasins le dimanche, répond (à peu près, je cite de mémoire mais le sens y est) : « il faudrait que les magasins ouvrent le dimanche parce que les femmes n’ont pas le temps de faire LEURS courses en semaine puisqu’elles ont déjà leur boulot, les tâches ménagères, les devoirs des enfants, etc… » C’est pas de la belle bourde, ça ? Elle est pas rutilante, à l’heure de l’égalité affirmée ? Elle aurait pas mérité de soulever des questions ? Apparemment non. On va pas souiller l’image d’un véritable homme d’État avec des considérations sur la double journée de la domesticité. On pourrait peser l’importance respective du travail des femmes et du nombre de sous-marins-nucléaires-lance-engins-qui-ne-lancent-jamais-rien. Parions qu’on ne le fera pas. Sarko, on lui pose pas ce genre de question. Il est dispensé de CAP de président parce qu’il lui manque une patte au chromosome.

Variations sur le même thème : « Elle a pas la dimension. Elle a pas la carrure. Elle a pas la force. Elle a pas l’étoffe. Elle a pas les épaules. Elle a pas la voix… » Disons le tout net, elle a pas les couilles ! Et ça déroute… A force de ne voir, depuis des millénaires, que des hommes l’exercer, le pouvoir est aussi sûrement associé à la virilité que la sardine à l’huile et le chou à la crème. Les hommes y sont chez eux, ils baignent dedans. C’est leur milieu naturel. Et la République leur domaine réservé. Ceux qui ont un peu de mémoire se souviennent pourtant que la stature apparaît avec la fonction. Avant de devenir président, Mitterrand avait une image vieillotte, limite ringarde, de politicien de la IVème république. Chirac, lui, passait pour une sorte de gangster opportuniste limite dangereux, fan de tête de veau et de louches officines. Gageons qu’ils auraient gardé ces images s’ils n’avaient pas été élus à la « fonction suprême » qui permet, tatsoin, de réécrire l’histoire à posteriori.

« Elle a pas un bon taux de présidentiabilité (sic…) » Variante technocratico-cornecul de la précédente. Traduction : elle a pas un bon taux de testostérone. Cherchez pas plus loin, y’a pas plus loin. On est au top.

« Elle est pas outillée » Ben voilà ! Fallait oser ! Roger Hanin, beauf suprême, déjà ébouriffant dans sa nostalgie du bordel d’Afrique du Nord, qui est aux femmes ce que la plantation coloniale est aux Noirs, a au moins le mérite d’exprimer clairement ce que d’autres emballent dans le fumeux. C’est quoi, au juste, l’outil dont Ségolène n’est pas pourvue ? Demandez à Glucksman, Bruckner, Finkielkraut, Gallo, Benhamou et autres transfuges… Eux, ils savent.

« Elle fait la fille ». De très loin la palme de la tartuferie. Ségolène dénoncerait les effets du machisme ambiant sur sa personne et sur sa candidature, mais elle jouerait de sa féminité, sans scrupule ! Décryptons : être une femme est un désavantage, faudrait pas que ça se transforme en avantage ! Voilà qui serait scandaleux ! Nos vertueux défenseurs des valeurs républicaines veillent au grain. Elle a pas le droit ! Elle a des arguments que les autres n’ont pas ! Elle est belle ! Elle sourit ! Elle met des jolis petits habits ! Gageons que si elle la jouait austère, tailleur strict et col roulé on la trouverait puritaine, prude et coincée… Qu’une femme de pouvoir dissimule sa féminité et on la traite de mec. Qu’elle la laisse voir et on la traite comme une gonzesse. Pile tu perds, face tu gagnes pas, un petit jeu dont on ne se lasse pas. Elle fait la fille, faut pas qu’elle s’étonne d’être attaquée. Ça me rappelle quelque chose. Elle est en mini jupe, faut pas qu’elle s’étonne d’être agressée. Quel que soit son statut, une femme reste coupable de l’animosité qu’on lui oppose.

« Elle joue les victimes » : Le grand mot est lâché ! Victime ! Si c’est d’un cambriolage ou d’un ‘accident’ de la circulation, on peut le revendiquer. Mais si de près ou de loin on a l’air de suggérer que c’est de discrimination sexiste qu’il s’agit, censure immédiate ! La presse reprend le terme à tort et à travers, dénonce cet abus qui consisterait à « jouer les victimes » à « se poser en victime ». Victime de quoi, s’indignent-ils ? Comment pourrait-on être victime de quelque chose (le sexisme) qui n’existe pas ? On a inventé le mot « victimisme » pour discréditer la parole de celles qui osent élever la voix contre des violences qu’on ne reconnaît qu’une fois par an, le huit mars, pour mieux les passer sous silence le reste du temps.

« Elle est autoritaire ». A priori, l’autorité, qu’on qualifie volontiers de naturelle, a toujours fait partie de l’équipement minimum du leader politique. On imagine mal un dirigeant donnant dans la timidité, voire l’humilité… Mais si le dirigeant est une dirigeante, l’autorité devient un défaut. Pour illustrer cette idée, on passe une séquence où Ségolène demande à un journaliste d’attendre qu’elle ait fini de parler pour poser sa question. Il l’a interrompue au milieu d’une phrase, alors qu’elle s’adressait à quelqu’un d’autre. Ségolène lui parle de respect. Commentaire des journalistes : elle est sèche, cassante, elle fait sa maîtresse d’école. Sourions au passage de constater que l’image d’ « autorité » d’une femme ne renvoie pas à un général ou à un chef de bande, mais à une maîtresse d’école ! On en est là… Il a été prouvé maintes fois, par des études en tout genre, qu’une femme qui prend la parole a beaucoup plus de risques d’être interrompue avant la fin de son propos qu’un homme. Nous l’avons toutes expérimenté, et Ségolène ne fait pas exception. Elle demande à son interlocuteur, simplement, en douceur, de respecter sa parole. Le journaliste, scandalisé, se sent infantilisé, ramené à la seule époque de sa vie où une femme a exercé un pouvoir sur lui. Il n’a pas conscience qu’il n’aurait pas interrompu un homme. C’est comme ça. Il faut le vivre pour savoir que ça existe. On écoute davantage un orateur en fonction de son statut, qu’en fonction de l’intérêt de ce qu’il dit.

« Moi, une femme, j’ai rien contre, mais pas celle-là ». M’est avis que la bonne, celle qui ferait l’unanimité, serait un peu comme la femme parfaite, celle des magazines, belle, cultivée, pas chiante, bonne mère, bonne épouse, bonne femme d’affaires, bonne cuisinière, bonne maîtresse, bonne à tout faire, quoi… Même qu’elle aurait pas le temps de faire de la politique… A noter que cet argument a beaucoup été repris par des femmes du PS, dont on peut penser que quand elles disent : pas celle là, elles pensent : plutôt moi. A méditer pour ceux qui affublent les femmes de qualités spécifiques de gentillesse.

« Comme chuis une femme, je peux dire du mal… ». C’est Michèle Alliot-Marie qui a dit quelque chose comme ça. Sous entendu : sans me faire taxer de misogynie. MAM se trompe. Une femme peut tenir des propos misogynes et un homme des propos féministes. Le répètera t-on assez. Il s’agit de politique, il s’agit de vérité, il s’agit de rapports de domination, il s’agit de culture patriarcale. Les femmes le vivent. Les femmes féministes le vivent et l’analysent. Les hommes féministes l’analysent et ne le vivent pas. Les hommes pas féministes n’en ont rien à battre.

« C’est pas parce que c’est une femme qu’on peut pas la critiquer ». Certes. Et c’est pas parce que c’est une femme qu’on peut se permettre de la traiter comme une demeurée, une intruse, une clandestine, une accusée… Elle est une candidate unique en son genre. Malheureusement. Il vaudrait mieux pour la démocratie qu’une femme candidate et éligible n’attire plus l’attention en tant que telle.

Dites vous bien les filles qu’à travers Ségolène Royal, c’est vous, c’est nous qu’on juge. Nous toutes. C’est sur nous qu’on ironise, c’est nous qu’on déconsidère. Mépris, condescendance, cynisme, ignorance. Gageons qu’on aurait utilisé contre toute autre femme en position éligible les même arguments. De droite à gauche, de télé en magazines, on aurait infligé le même traitement à Alliot-Marie, Aubry, Guigou, comme jadis aux jupettes ou à Cresson. Il s’agit de nous intimider, il s’agit de nous maintenir sous contrôle. Il s’agit de garder les choses en l’état et les femmes à leur place. Et de continuer à prétendre contre toute évidence que l’égalité homme-femme est une réalité dans les esprits.

Au moment où j’écris ces lignes, j’écoute d’une oreille distraite un débat sur LCI, « Politiquement show », de l’excellent Michel Field. On parle de Ségolène et de la campagne. Ils sont cinq. Cinq hommes, déblatérant à l’infini, comme d’habe. L’autre soir, chez Guillaume Durand, (excellent aussi, bien sûr..) on parlait de… Ségolène. Outre l’animateur, dix invités. Huit hommes, deux femmes. Je vous laisse deviner le temps de paroles des unes et des autres. Et ainsi de suite. Qui a la parole ? Pour dire quoi ? D’où nous parle t’on ? Qui parle en notre nom ? Si vous n’avez pas bien compris le sens du mot androcentrisme, allumez la télé… A partir du moment où le credo officiel affirme que l’égalité est acquise, il n’y a plus de différence de point de vue entre les hommes et les femmes. Donc, il n’y a pas lieu de tenir compte du sexe des invités à s’exprimer sur les plateaux de télé. Seul le hasard (la compétence ?) mène à ce déséquilibre qui, de toutes façons, passe inaperçu.

Paraphrasons Voltaire. Je ne sais pas si je voterai Ségolène. Mais je me battrai jusqu’au bout pour que sa candidature soit respectée. C’est de la légitimité des femmes qu’il s’agit.

Source: site officiel d’Isabelle Alonso

http://www.isabelle-alonso.com/

Attaques misogynes contre Hillary Clinton et Ségolène Royal, par Sporenda (site Isabelle Alonso.)

En France et aux Etats-Unis, les femmes sont entrées dans la course à la présidence, mais elles ne l’ont pas gagnée. Ce n’est pas vraiment surprenant, les pionniers se battent pour défricher de nouvelles terres mais ce ne sont généralement pas eux qui engrangent les récoltes.

A cet échec, il y a eu certainement des causes politiques : chez Clinton, le fait qu’elle ait assez mal mené sa campagne, négligé certains états-clés, sous-estimé l’importance de l’internet dans une campagne moderne, son attitude paternaliste envers les noirs, les interventions maladroites de son mari, son vote pour la guerre en Irak, le fait qu’elle ait insisté sur son expérience, ce qui l’a fait apparaître comme la candidate du passé face au changement revendiqué par Barack Obama. Et finalement, son propre « sense of entitlement »—le fait que, donnée gagnante de la nomination démocrate au début de la campagne et considérant que cette nomination lui revenait de droit, elle ait sous-estimé l’outsider de l’Illinois, plus jeune, moins expérimenté mais moins politiquement usé qu’elle, qui l’a battue au finish.

Mais surtout ces échecs posent la question du poids que la rémanence d’un sexisme viscéral et irréductible a pu avoir sur le résultat de ces élections. Ce qui amène à poser la question : étant donné la persistance de préjugés sexistes apparemment indéracinables, est-ce que ces deux femmes avaient de vraies chances de gagner, est-ce que la France et les Etats-Unis étaient vraiment prêts à accepter une femme comme président ?

Peut-être la France, pourtant imprégnée de machisme latin, l’était-elle davantage ; en tout cas, le déversement de sexisme, inévitable lorsqu’une femme prétend accéder à une position de pouvoir jusque-là réservée aux hommes, a été plus discret, moins virulent, moins « premier degré » en France qu’aux Etats-Unis. A part le « qui va garder les enfants ? » de Fabius, et les références à Bécassine, finalement assez light, il n’y a pas eu vraiment d’attaques frontales contre la candidate socialiste, on est resté dans le subtil, l’allusif et le crypté, alors qu’Hillary Clinton a du essuyer un tir de barrage de haine misogyne pendant toute la durée de sa campagne.

La violence inouïe de ces attaques a d’ailleurs été un réveil pour les américaines trop optimistes qui croyaient être entrées dans l’ère post-féministe et pensaient en avoir fini avec le machisme néanderthalien. Juste un petit échantillon pour donner une idée de l’odeur de champ d’épandage qu’ont dégagé les medias US pendant la campagne des primaires : en plus de l’inévitable bitch (garce) et de ses variantes « big fucking whore » (grosse pute), « madam » (mère maquerelle), Clinton a été qualifiée de « cunt » (difficilement traduisible en Français, cunt est un mot très péjoratif référant au sexe féminin). Dans un champ sémantique différent mais tout aussi prévisible, elle a été stigmatisée de « castratrice », « frigide », « diabolique » (a she-devil), « lesbo » (dyke), « mégère » (nag), « Soeur Frigidaire » incapable de faire une bonne fellation, froide, une mère dominatrice cauchemardesque. « Quand je vois Clinton à la télé, déclare Tucker Carlson, journaliste à la chaîne MSNBC, je croise instinctivement les jambes » (when Clinton comes on tv, I unvoluntarily cross my legs).

Contradictoirement, elle a aussi été caractérisée comme une petite fille pleurnicheuse (crybaby-in-chief) qui aime jouer les victimes, crie « sexisme » dès qu’on devient méchant avec elle et qui cherche à accéder à la Maison Blanche en apitoyant les gens (can Hillary cry her way to the White House ?, interroge Maureen Dowd, éditorialiste du New York Times), ce qui prouve qu’elle n’est pas assez coriace pour le job.

Les mêmes medias lui ont reproché d’être insuffisamment féminine, « grinçante » (screechy), « stridente » (shrill), sa voix serait irritante comme le son des ongles raclant un tableau noir, c’est une mauvaise mère, « un monstre qui ne veut pas mourir » (a monster that just won’t die). En fait, ce qu’elle pourrait faire de mieux, c’est de mourir ! Car elle est trop âgée, c’est « une femelle vieillissante et aigrie » (an aging and resentful female). Rush Limbaugh, animateur du « Rush Limbaugh Show » et commentateur de droite ultra-virulent, a posé la question : « est-ce que les électeurs ont vraiment envie de voir une femme vieillir sous leurs yeux à la Maison Blanche ? » Quarante-trois présidents masculins ayant vieilli sous leurs yeux à la Maison Blanche ne leur ont apparemment pas posé problème. Hillary Clinton, c’est « votre première femme qui vous attend devant le tribunal des divorces » (everybody’s first wife standing outside probate court), « une vieille rosse finie » (a washed up old hag), « une vieille sorcière gloussante » (a cackling old witch). Elle est dominée par ses émotions et ses sautes d’humeur, c’est une hystérique, elle est folle à lier—des medias hostiles à la candidate démocrate ont systématiquement choisi, pour illustrer des articles la concernant, des instantanés d’elle où elle grimaçait, roulait les yeux, avait un air hagard ou halluciné.

Et, horreur, elle a des SEINS ; imaginez le chef suprême des armées de la puissante Amérique commandant des durs, des tatoués, des Marines, avec des SEINS ! Pire, Clinton a un VAGIN ; d’ailleurs, les femmes qui votent pour elles votent avec leur vagin, pas avec leur cerveau, et parce que c’est une « fellow vagina-American » (une collègue vaginale-américaine). Evoquant l’autre femme politique du camp démocrate, Nancy Pelosi, première femme à occuper le très important poste de Speaker of the House, Chris Matthews, journaliste animateur de l’émission « Hardball » sur MSNBC, pose la question : « est-ce que Washington est assez grand pour deux vagins ? » (is Washington big enough for two vaginas ?)

Les hommes qui votent pour elle sont des « castrés dans le choeur des eunuques » (castratos in the eunuchs’ chorus, de nouveau Chris Matthews), sa campagne électorale est « un crépage de chignon » (a catfight), elle hait les hommes et compte sur le soutien de « vieilles féministes affreuse » (ugly old feminists) pour être élue mais elle n’a jamais rien fait par elle même et s’est toujours cachée derrière son mari, qui la tient en laisse comme un caniche. Haro sur Hillary, à la niche Hillary ou, comme une paire d’épais crétins l’avaient inscrit sur le panneau qu’ils agitaient fièrement devant les caméras de télévision à l’un de ses meetings : « iron my shirt ! » (repasse ma chemise !).

A côté de cette misogynie primaire, obtuse et sans complexe, il y a aussi un sexisme plus subtil, moins facilement identifiable, plus vicieux parce qu’apparemment non haineux, sympathique, voire complice. Quand Laurent Fabius interpelle Ségolène Royal avec son fameux : « qui va garder les enfants ? », tout le monde comprend bien de quoi il s’agit : cette question est perçue à juste titre comme l’injonction d’un mâle dominant à une femme ayant l’audace de s’aventurer sur ses plate-bandes : vous êtes une femme et une mère avant tout, rentrez à la maison et laissez la politique aux hommes.

Quand, par contre, une jeune étudiante américaine demande à Hillary Clinton si elle préfère les diamants ou les perles, cela se reçoit comme une question frivole préparée par une jeune fille sans cervelle mais gentille et exprimant un degré de sympathie et d’intérêt pour Hillary. L’étudiante en question, Maria-Luisa, a rapporté ensuite que la chaîne d’information CNN lui avait demandé de préparer des questions sérieuses et des questions fun et légères, et que la question sérieuse qu’elle avait posée sur un site de déchets nucléaires avait été écartée par la chaîne, qui n’a gardé que celle sur les diamants et les perles. Néanmoins, cette question et celle de Fabius trivialisent pareillement Ségolène et Hillary et, ramenant les deux candidates aux préoccupations obligatoires des femmes—enfants, beauté, parure—elles les décrédibilisent politiquement en les réduisant à leur seule féminité.

Le sévère rappel à l’ordre de Fabius comme la niaiseuse complicité féminine de Maria-Luisa remplissent en fait des fonctions identiques : d’un coup de poing ou d’une pichenette, il s’agit de pousser la candidate dans LE piège sexiste par excellence, la double injonction contradictoire. « N’oublie pas d’être une femme ! » dit à la femme politique le bon vieux patriarcat par une de ses mille bouches, celle de Fabius ou de Maria-Luisa. D’accord, dit la candidate, effrayée d’encourir une réprobation unanime, de déplaire, de ne pas être aimée, que sais-je ; je vais faire des concessions et me donner du mal pour respecter le cahier de charges imposé au deuxième sexe. Toute contente, elle se dit que cela a des bons côtés : elle va pouvoir porter des jupes, des blouses en soie, poser en photo avec son bébé, qui sait même rejeter gracieusement la mèche qui lui tombe sur l’oeil ou s’esclaffer comme une gamine, en tout cas elle ne sera pas forcée d’endosser l’uniforme rébarbatif de la femme politique, l’éternel tailleur-pantalon, et elle pourra se dispenser d’adopter l’allure martiale de la ministre-virago style MAM.

Et donc elle ose « exprimer sa féminité » aux yeux de tous et non juste dans l’intimité pour le seul bénéfice de son compagnon. Elle ose des tuniques flottantes, des créoles, des cheveux longs et ondulés.

Halte-là, disent alors les machos de garde, vous êtes incontestablement féminine, mais comme une femme, une vraie, est par définition inapte à exercer le pouvoir, vous ne pouvez accéder à la magistrature suprême. Une femme féminine comme président, pensez donc : trop coquette, elle décalerait le sommet du G20 pour un brushing en vitesse chez son coiffeur, trop émotive, elle piquerait des crises de larme au moment d’envoyer des renforts en Afghanistan, trop influençable, elle se laisserait enjôler par le look 007 de Poutine ou le vibrato troublant de la voix de baryton d’Obama. Et c’est comme ça qu’on se retrouverait avec des dizaines de bases militaires américaines ou russes installées en territoire français.

La candidate refuse t’elle de se laisser entraîner sur ce terrain, arguant du fait que l’on ne demande pas à un candidat de sexe masculin si sa progéniture est convenablement babysittée ou s’il préfère les slips ou les caleçons ? Ose t’elle protester haut et fort contre le sexisme des medias ? On l’accuse alors d’être en colère (angry), hargneuse, stridente, on lui reproche sa voix qui monte dans les aigus. La stridence est, avec l’hystérie, un reproche tellement typique fait aux femmes politiques que certaines d’entre elles—Margaret Thatcher entre autres—auraient eu recours à un coach vocal pour poser leur voix dans les graves.

Rien n’a changé : la notion qu’une femme politique puisse accéder au leadership de haut niveau sans se masculiniser est illusoire. Jusqu’à présent, pratiquement toutes celles qui y ont réussi l’on fait—Golda Meir, Thatcher, Merkel—cette masculinisation s’accompagnant souvent d’une tentative de féminiser leurs adversaires masculins (ce qu’a fait Clinton avec Obama). Et le brio jubilatoire avec lequel Thatcher humiliait les députés du Labour lorsqu’elle répondait à leurs questions à la Chambre des Communes s’apparentait tellement au comportement d’une dominatrice chevronnée qu’on s’attendait à entendre claquer un fouet.

Le jour où des journalistes masculins vous décernent une paire de couilles symboliques et vous donnent une carte de membre honoraire dans le club très fermé des sévèrement burnés, vous savez que vous êtes prête pour la présidence : James Carville a ainsi accordé un tel brevet de « vir emeritus » à Hillary quand il a déclaré que « si elle donnait une de ses couilles à Obama, ils en auraient deux chacun »—dommage pour Hillary que la majorité des Américains ne pensent pas comme lui. Résultat immanquable de cette promotion (voir plus haut), vous vous faites traiter de « Attila the hen » (jeu de mot intraduisible sur Attila the Hun, surnom donné par les travaillistes à Margaret Thatcher), ou l’on vend sur internet des casse-noix en forme d’Hillary (noix, nuts en anglais a aussi le sens de testicules) ou des urinals avec son effigie au fond de la cuvette.

Si vous êtes forte, vous êtes trop forte ; si vous êtes femme, vous êtes trop femme. Pile tu perds, face je gagne. Les femmes politiques peuvent être ramenées à leur féminité essentielle par les chemins les plus inattendus : lorsqu’il est devenu clair qu’Obama avait rattrapé Clinton, de nombreuses voix se sont élevées dans le parti démocrate pour demander à cette dernière de s’effacer devant le sénateur de l’Illinois ; beaucoup de ceux qui essayaient ainsi de « ramener Hillary à la raison » le faisaient en invoquant, explicitement ou implicitement, le fait que c’est normal que ce soit la femme qui se sacrifie. Plus pervers encore que le double impératif contradictoire, le fait que pratiquement aucune femme politique n’ait pu accéder au pouvoir sans accrocher son wagon à une locomotive masculine.

Derrière toute femme ministre ou présidente se cache un homme : père (Roselyne Bachelot, Martine Aubry, Benazir Bhutto), mari (Ségolène Royal, Hillary Clinton, Violetta Chamoro, Kirchner), amant et/ou mentor (Edith Cresson, Rachida Dati, Sarah Palin). Sans tremplin masculin, pas de saut de l’ange. Le problème est que ce soutien est toujours hautement conditionnel, que le mâle dominant peut retirer sa faveur à sa favorite à tout moment et sans explication et que la brise masculine qui avait gonflé les voiles de l’ambitieuse sur son chemin vers le pouvoir peut se transformer sans prévenir en tempête hurlante qui naufrage son navire.

Ségolène Royal ne serait pas arrivée là où elle est sans François Hollande ; réciproquement, si Hollande n’était pas son ex-mari et ne tentait pas de la torpiller à chaque fois qu’elle prend une initiative, s’il n’avait pas fait du TSS (Tout Sauf Ségolène) un objectif prioritaire de son action de Secrétaire, elle serait sans doute plus avancée dans sa carrière politique.

Hillary Clinton est l’épouse du quarante-deuxième Président des Etats-Unis. Incontestablement, la machine de guerre démocrate construite par Bill Clinton pour le soutenir durant ses années présidentielles l’a bien servie pendant la campagne 2008 mais, comme je l’ai mentionné plus haut, les interventions maladroites et envahissantes de l’ex-président l’ont aussi beaucoup desservie. Ces ingérences maritales ont beaucoup déplu et ont fait craindre l’avènement d’une troisième présidence Bill Clinton si la candidate démocrate était élue, en vertu du stéréotype patriarcal qui veut qu’une femme ne peut qu’être l’obéissante créature de son mari, totalement sous son emprise et incapable de penser et d’agir de façon autonome. S’est on jamais soucié, en élisant un président mâle, de l’influence dangereuse que pourrait avoir sur lui une épouse au caractère affirmé ? Bill Clinton a soutenu sa moitié comme la corde soutient le pendu et, vu le lourd passif relationnel existant entre eux, on peut se demander si ses interventions pour l’aider ne relèvent pas en fait d’un désir inconscient de la torpiller.

Plus handicapant est le bagage d’images négatives que doit trimballer Hillary suite aux infidélités publiques et répétées de son mari. Souvent, sur des blogs et dans les medias, j’ai vu apparaître des arguments non dénués de validité tels que : Bill lui a menti pendant des années, à chaque fois qu’il l’a trompée, elle a toujours été « the last to know » (la dernière à savoir). Les politiciens et les chefs d’Etat ne sont pas des enfants de chœur, en politique la tromperie et le mensonge sont monnaie courante. Comment voulez-vous qu’une femme qui a été si facilement et si longtemps dupée par son mari puisse voir clair dans les bobards dont on ne manquera pas de l’abreuver, dans les traquenards dans lesquels on essaiera de la faire tomber lorsqu’elle sera chef d’Etat ?

Encore plus grave : comment voulez-vous, disent certain/es, qu’une femme qui a avalé des kilomètres de couleuvres, accepté l’inacceptable avec une incompréhensible obstination et joué les « long suffering wife » (les femmes martyres) pendant des années puisse tenir tête à ces politiciens-qui-ne-sont-pas-des-enfants-de chœur, à ces leaders d’états voyous qui chercheront immanquablement à l’intimider, à la faire plier, à lui tordre le bras figurativement parlant ? Peut-on attendre d’une femme qui, toute sa vie, a pris des coups sans les rendre, qu’elle knocke-oute Ahmadinejad et qu’elle fasse mordre la poussière à Poutine ? Politique, ton univers impitoyable n’est pas fait pour les chiffes molles : en faisant passer la sauvegarde de son mariage et de la carrière de son mari avant sa dignité, la candidate démocrate s’est taillé une image de paillasson qui lui collera à la peau pour le reste de ses jours. Qui plus est, elle est devenue LA victime archétypale de la perfidie masculine—quand on pense « femme abominablement trompée à laquelle son mari en a fait voir de toutes couleurs » aux USA, on pense Hillary.

Un leader étant par définition le contraire d’une victime, une personne identifiée comme victime par excellence ne peut pas devenir leader, CQFD. Et donc, autre situation lose/lose, les femmes ne peuvent gravir les premiers barreaux de l’échelle sans appui masculin mais vient quasi-inévitablement le moment où, la relation tournant à l’aigre, le compagnon-appui devient un compagnon-boulet qui entrave l’ascension de la candidate, quand il ne menace pas de la couler.

Clinton a bien essayé d’effacer cette étiquette de carpette en se surmachisant, en votant pour la guerre en Irak, en menaçant l’Iran de représailles, en entrant au Armed Services Committee du Congrès, en se vantant d’avoir essuyé le feu de tireurs embusqués à son arrivée à Beirouth et en descendant cul-sec bières et whiskies au zinc de restaurants routiers, peine perdue. La vision d’Hillary apparaissant stoïquement à la télévision aux côtés de son mari infidèle pour le soutenir est restée fixée dans toutes les mémoires. Cette femme bafouée, publiquement cocufiée aux yeux de la planète entière, et choisissant néanmoins la stratégie du « stand by your man » (défend ton homme) a certes suscité des éloges hypocrites pour son admirable dévouement conjugal mais elle s’est plus sûrement attiré le mépris de la part d’une partie des électeurs qui comprennent mal qu’elle puisse assez manquer de fierté pour défendre ainsi un homme qui l’a constamment maltraitée, ridiculisée, humiliée pendant la quasi-totalité de leur vie conjugale.

J’ai entendu des femmes traiter Hillary Clinton de « sacrée imbécile » (damned fool) qui fait honte à son sexe pour n’avoir pas eu le courage de quitter son mari après l’affaire Lewinsky. Suite à ce comportement, beaucoup en ont déduit qu’elle était pareille à ces femmes battues qui reviennent toujours à leur batteur, complice de son bourreau, le jouet consentant de la perfidie masculine, le punching ball volontaire de Bill, autrement dit, qu’« elle aimait ça ». Personne ne nie qu’elle soit courageuse, mais on ne lui reconnaît du courage que pour endurer, supporter, encaisser, pas pour attaquer, vaincre, dominer.

Mike Reagan, le fils aîné du Président, brode sur ce thème lorsqu’il écrit : « Hilllary est une dupe consentante, elle est la femme idéale du mari adultère. Tout époux adultère voudrait avoir Hillary Clinton pour épouse, il pourrait ainsi sortir et se donner du bon temps, sachant que sa petite femme fermera les yeux du moment qu’il est un bon travailleur, qu’il rapporte un bon salaire à la maison et lui achète ce qu’elle veut. Hillary Clinton a donné à son mari un permis de commettre l’adultère aussi longtemps qu’il payait ses factures, elle a acheté du pouvoir avec de la pitié ; la raison pour laquelle elle est au Sénat, la raison pour laquelle elle est candidate à la présidence (…), c’est parce que son mari l’a trompée ».

Et le multirécidiviste Chris Matthews porte l’estocade : « elle n’a pas gagné (la nomination démocrate) à cause de son mérite, elle a gagné parce que tout le monde a pensé : « mon Dieu, cette femme a été abreuvée d’humiliations ». Condamnée à vie à porter le stigmate de victime, Clinton est de plus accusée de l’avoir monnayé pour accéder à la présidence.

Ou si l’on considère que Hillary Clinton n’a accepté de pardonner Bill que pour ménager ses ambitions politiques, elle est alors représentée comme un Machiavel en jupon, une « dragon lady », une perfide manipulatrice déclinant au féminin les tactiques jésuitiques de la dissimulation, de la ruse et du froid calcul. Bécassine ou Cruella, dans la vision patriarcale, une femme qui ose afficher de hautes aspirations politiques tombe obligatoirement dans une de ces deux cases.

Pour Royal comme pour Clinton, leur carrière politique a été le résultat de la rencontre avec un homme, la conséquence d’une histoire d’amour et de désamour. Sans leur relation avec François et Bill, il assez probable qu’elles ne seraient pas entrées dans l’arène. Ce sont ces hommes qui leur ont mis le pied à l’étrier, c’est grâce à leur influence qu’elles ont obtenu leurs premiers postes. Pendant des années, elles ont été des épouses admirantes acceptant de mettre de côté leurs ambitions personnelles pour laisser la vedette à leur mari. Auraient-elles accepté de continuer à vivre dans l’ombre de leur grand homme si leur couple avait duré ? On peut se le demander. C’est identiquement l’éloignement affectif et l’infidélité de leur compagnon qui les ont poussées à rejeter ce rôle de faire-valoir et à prendre la décision de rouler pour elles.

L’entrée de ces femmes en politique n’est pas l’expression d’une vocation volontariste, comme dans le cas de ces ambitieux qui se sentent appelés à un destin national très jeune et pensent à la présidence pendant des années en se rasant. Elle apparaît hautement contingente, déterminée par les rencontres masculines, les intermittences du cœur, les avatars du couple. C’est une trajectoire aléatoire qui commence dans la dépendance et finit par l’autonomie, laborieusement conquise après un dur combat mené tant contre leurs propres conditionnements d’auto-limitation et leur dépendance affective que contre leur partenaire masculin, lorsque de tuteur/mentor celui-ci est devenu handicap. De plus, contrairement aux hommes dont toute l’énergie s’investit sur leurs objectifs de carrière, elles ont du mener ce long et pénible processus d’émancipation personnelle de pair avec le combat politique (et avec leurs responsabilités familiales).

Sporenda, Nov 2008


GOODBYE TO ALL THAT  (#2)                                           by  Robin Morgan

“Goodbye To All That” was my (in)famous 1970 essay breaking free from a politics of accommodation especially affecting women (for an online version, see http://blog.fair-use.org/category/chicago/).

During my decades in civil-rights, anti-war, and contemporary women’s movements, I’ve avoided writing another specific “Goodbye . . .”. But not since the suffrage struggle have two communities–the joint conscience-keepers of this country–been so set in competition, as the contest between Hillary Rodham Clinton (HRC) and Barack Obama (BO) unfurls. So.

Goodbye to the double standard . . .

–Hillary is too ballsy but too womanly, a Snow Maiden who’s emotional, and so much a politician as to be unfit for politics.

–She’s “ambitious” but he shows “fire in the belly.” (Ever had labor pains? )

–When a sexist idiot screamed “Iron my shirt!” at HRC, it was considered amusing; if a racist idiot shouted “Shine my shoes!” at BO, it would’ve inspired hours of airtime and pages of newsprint  analyzing our national dishonor.

Young political Kennedys–Kathleen, Kerry, and Bobby Jr.–all endorsed Hillary. Sen. Ted, age 76, endorsed Obama. If the situation were reversed, pundits would snort “See? Ted and establishment types back her, but the forward-looking generation backs him.” (Personally, I’m unimpressed with Caroline’s longing for the Return of the Fathers. Unlike the rest of the world, Americans have short memories. Me, I still recall Marilyn Monroe’s suicide, and a dead girl named Mary Jo Kopechne in Chappaquiddick.)

Goodbye to the toxic viciousness  . . .

Carl Bernstein’s disgust at Hillary’s “thick ankles.” Nixon-trickster Roger Stone’s new Hillary-hating 527 group, “Citizens United Not Timid” (check the capital letters). John McCain answering “How do we beat the bitch? » with “Excellent question!” Would he have dared reply similarly to “How do we beat the black bastard?” For shame.

Goodbye to the HRC nutcracker with metal spikes between splayed thighs. If it was a tap-dancing blackface doll, we would be righteously outraged—and they would not be selling it in airports. Shame.

Goodbye to the most intimately violent T-shirts in election history, including one with the murderous slogan “If Only Hillary had married O.J. Instead!” Shame.

Goodbye to Comedy Central’s “Southpark” featuring a storyline in which terrorists secrete a bomb in HRC’s vagina. I refuse to wrench my brain down into the gutter far enough to find a race-based comparison. For shame.

Goodbye to the sick, malicious idea that this is funny. This is not “Clinton hating,” not “Hillary hating.” This is sociopathic woman-hating. If it were about Jews, we would recognize it instantly as anti-Semitic propaganda; if about race, as KKK poison.  Hell, PETA would go ballistic if such vomitous spew were directed at animals. Where is our sense of outrage—as citizens, voters, Americans?

Goodbye to the news-coverage target-practice . . .

The women’s movement and Media Matters wrung an apology from MSNBC’s Chris Matthews for relentless misogynistic comments (www.womensmediacenter.com). But what about NBC’s Tim Russert’s continual sexist asides and his all-white-male panels pontificating on race and gender? Or CNN’s Tony Harris  chuckling at “the chromosome thing” while  interviewing a woman from The White House Project? And that’s not even mentioning Fox News.

Goodbye to pretending the black community is entirely male and all women are white . . .

Surprise! Women exist in all opinions, pigmentations, ethnicities, abilities, sexual preferences, and ages–not only African American and European American but Latina and Native American, Asian American and Pacific Islanders, Arab American and—hey, every group, because a group wouldn’t be alive if we hadn’t given birth to it. A few non-racist countries may exist–but sexism is everywhere. No matter how many ways a woman breaks free from other oppressions, she remains a female human being in a world still so patriarchal that it’s the “norm.”

So why should all women not be as justly proud of our womanhood and the centuries, even millennia, of struggle that got us this far, as black Americans, women and men, are justly proud of their struggles?

Goodbye to a campaign where he has to pass as white (which whites—especially wealthy ones–adore), while she has to pass as male (which both men and women demanded of her, and then found unforgivable). If she were black or he were female we wouldn’t be having such problems, and I for one would be in heaven. But at present such a candidate wouldn’t stand a chance—even if she shared Condi Rice’s Bush-defending politics.

I was celebrating the pivotal power at last focused on African American women deciding on which of two candidates to bestow their vote–until a number of Hillary-supporting black feminists told me they’re being called “race traitors.”

So goodbye to conversations about this nation’s deepest scar—slavery—which fail to acknowledge that labor- and sexual-slavery exist today in the US and elsewhere on this planet, and the majority of those enslaved are women.

Women have endured sex/race/ethnic/religious hatred, rape and battery, invasion of spirit and flesh,  forced pregnancy;  being the majority of the poor, the illiterate, the disabled, of refugees, caregivers, the HIV/AIDS afflicted, the powerless. We have survived invisibility, ridicule, religious fundamentalisms, polygamy, teargas, forced feedings, jails, asylums, sati, purdah, female genital mutilation, witch burnings, stonings, and attempted gynocides. We have tried reason, persuasion, reassurances, and being extra-qualified, only to learn it never was about qualifications after all. We know that at this historical moment women experience the world differently from men–though not all the same as one another–and can govern differently, from Elizabeth Tudor to Michele Bachelet and Ellen Johnson Sirleaf.

We remember when Shirley Chisholm and Patricia Schroeder ran for this high office and barely got past the gate—they showed too much passion, raised too little cash, were joke fodder. Goodbye to all that. (And goodbye to some feminists so famished for a female president they were even willing to abandon women’s rights  in backing Elizabeth Dole.)

Goodbye, goodbye to . . .

–blaming anything Bill Clinton does on Hillary (even including his womanizing like the Kennedy guys–though unlike them, he got reported on). Let’s get real. If he hadn’t campaigned strongly for her everyone would cluck over what that meant. Enough of Bill and Teddy Kennedy locking their alpha male horns while Hillary pays for it.

–an era when parts of the populace feel so disaffected by politics that a comparative lack of knowledge, experience, and skill is actually seen as attractive, when celebrity-culture mania now infects our elections so that it’s “cooler” to glow with marquee charisma than to understand the vast global complexities of power on a nuclear, wounded planet.

–the notion that it’s fun to elect a handsome, cocky president who feels he can learn on the job, goodbye to George W. Bush and the destruction brought by his inexperience, ignorance, and arrogance.

Goodbye to the accusation that HRC acts “entitled” when she’s worked intensely at everything she’s done—including being a nose-to-the-grindstone, first-rate senator from my state.

Goodbye to her being exploited as a Rorschach test by women who reduce her to a blank screen on which they project their own fears, failures, fantasies.

Goodbye to the phrase “polarizing figure”  to describe someone who embodies the transitions women have made in the last century and are poised to make in this one. It was the women’s movement that quipped, “We are becoming  the men we wanted to marry.” She heard us, and she has.

Goodbye to some women letting history pass by while wringing their hands, because Hillary isn’t as “likeable” as they’ve been warned they must be, or because she didn’t leave him, couldn’t “control” him, kept her family together and raised a smart, sane daughter. (Think of the blame if Chelsea had ever acted in the alcoholic, neurotic manner of the Bush twins!) Goodbye to some women pouting because she didn’t bake cookies or she did, sniping because she learned the rules and then bent or broke them. Grow the hell  up. She is not running for Ms.-perfect-pure-queen-icon of the feminist movement.  She is running to be President of the United States.

Goodbye to the shocking American ignorance of our own and other countries’ history. Margaret Thatcher and Golda Meir rose through party ranks and war, positioning themselves as proto-male leaders. Almost all other female heads of government so far have been related to men of power—granddaughters, daughters, sisters, wives, widows: Gandhi, Bandaranike, Bhutto, Aquino, Chamorro, Wazed, Macapagal-Arroyo, Johnson Sirleaf, Bachelet, Kirchner, and more. Even in our “land of opportunity,” it’s mostly the first pathway “in” permitted to women: Reps. Doris Matsui and Mary Bono and Sala Burton; Sen. Jean Carnahan . . . far too many to list here.

Goodbye to a misrepresented generational divide . . .

Goodbye to the so-called spontaneous “Obama Girl” flaunting her bikini-clad ass online—then confessing Oh yeah it wasn’t her idea after all, some guys got her to do it and dictated the clothes, which she said “made me feel like a dork.”

Goodbye to some young women eager to win male approval by showing they’re not feminists (at least not the kind who actually threaten the status quo), who can’t identify with a woman candidate because she is unafraid of eeueweeeu yucky power, who fear their boyfriends might look at them funny if they say something good about her. Goodbye to women of any age again feeling unworthy, sulking “what if she’s not electable?” or “maybe it’s post-feminism and whoooosh we’re already free.” Let a statement by the magnificent Harriet Tubman stand as reply. When asked how she managed to save hundreds of enslaved African Americans via the Underground Railroad during the Civil War, she replied bitterly, “I could have saved thousands—if only I’d been able to convince them they were slaves.”

I’d rather say a joyful Hello to all the glorious young women who do identify with Hillary, and all the brave, smart men—of all ethnicities and any age–who get that it’s in their self-interest, too. She’s better qualified. (D’uh.) She’s a high-profile candidate with an enormous grasp of foreign- and domestic-policy nuance, dedication to detail, ability to absorb staggering insult and personal pain while retaining dignity, resolve, even humor, and keep on keeping on. (Also, yes, dammit, let’s hear it for her connections and funding and party-building background, too. Obama was awfully glad about those when she raised dough and campaigned for him to get to the Senate in the first place.)

I’d rather look forward to what a good president he might make in eight years, when his vision and spirit are seasoned by practical know-how–and he’ll be all of 54. Meanwhile, goodbye to turning him into a shining knight when actually he’s an astute, smooth pol with speechwriters who’ve worked with the Kennedys’ own speechwriter-courtier Ted Sorenson. If it’s only about ringing rhetoric, let speechwriters run. But isn’t it about getting the policies we want enacted?

And goodbye to the ageism . . .

How dare anyone unilaterally decide when to turn the page on history, papering over real inequities and suffering constituencies in the promise of a feel-good campaign? How dare anyone claim to unify while dividing, or think that to rouse US youth from torpor it’s useful to triage the single largest demographic in this country’s history: the boomer generation–the majority of which is female?

Older woman are the one group that doesn’t grow more conservative with age—and we are the generation of radicals who said “Well-behaved women seldom make history.” Goodbye to going gently into any goodnight any man prescribes for us. We are the women who changed the reality of the United States. And though we never went away, brace yourselves: we’re back!

We are the women who brought this country equal credit, better pay, affirmative action, the concept of a family-focused workplace; the women who established rape-crisis centers and battery shelters, marital-rape and date-rape laws; the women who defended lesbian custody rights, who fought for prison reform, founded the peace and environmental movements; who insisted that medical research include female anatomy, who inspired men to become more nurturing parents, who created women’s studies and Title IX so we all could cheer the WNBA stars and Mia Hamm. We are the women who reclaimed sexuality from violent pornography, who put child care on the national agenda, who transformed demographics, artistic expression, language itself. We are the women who forged a worldwide movement. We are the proud successors of women who, though it took more than 50 years, won us the vote.

We are the women who now comprise the majority of US voters.

Hillary said she found her own voice in New Hampshire. There’s not a woman alive who, if she’s honest, doesn’t recognize what she means. Then HRC got drowned out by campaign experts, Bill, and media’s obsession with All Things Bill.

So listen to her voice:

“For too long, the history of women has been a history of silence. Even today, there are those who are trying to silence our words.

“It is a violation of human rights when babies are denied food, or drowned, or suffocated, or their spines broken, simply because they are born girls. It is a violation of human rights when woman and girls are sold into the slavery of prostitution. It is a violation of human rights when women are doused with gasoline, set on fire and burned to death because their marriage dowries are deemed too small. It is a violation of human rights when individual women are raped in their own communities and when thousands of women are subjected to rape as a tactic or prize of war. It is a violation of human rights when a leading cause of death worldwide along women ages 14 to 44 is the violence they are subjected to in their own homes. It is a violation of human rights when women are denied the right to plan their own families, and that includes being forced to have abortions or being sterilized against their will.

“Women’s rights are human rights. Among those rights are the right to speak freely–and the right to be heard.”

That was Hillary Rodham Clinton defying the US State Department and the Chinese Government at the 1995 UN World Conference on Women in Beijing (the full, stunning speech: http://www.americanrhetoric.com/speeches/hillaryclintonbeijingspeech.htm).

And this voice, age 22, in “Commencement Remarks of Hillary D. Rodham, President of Wellesley College Government Association, Class of 1969” (full speech: http://www.wellesley.edu/PublicAffairs/Commencement/1969/053169hillary.html)

“We are, all of us, exploring a world none of us understands. . . . searching for a more immediate, ecstatic, and penetrating mode of living. . . . [for the] integrity, the courage to be whole, living in relation to one another in the full poetry of existence. The struggle for an integrated life existing in an atmosphere of communal trust and respect is one with desperately important political and social consequences. . . . Fear is always with us, but we just don’t have time for it.”

She ended with the commitment “to practice, with all the skill of our being: the art of making possible.”

And for decades, she’s been learning how.

So goodbye to Hillary’s second-guessing herself. The real question is deeper than her re-finding her voice. Can we women find ours? Can we do this for ourselves?  Our President, Ourselves!

Time is short and the contest tightening. We need to rise in furious energy–as we did when courageous Anita Hill was so vilely treated in the US Senate, as we did when desperate Rosie Jiminez was butchered by an illegal abortion, as we did and do for women globally who are condemned for trying to break through. We need to win, this time. Goodbye to supporting HRC tepidly, with ambivalent caveats and apologetic smiles. Time to  volunteer, make phone calls, send emails, donate money, argue, rally, march, shout, vote.

Me? I support Hillary Rodham because she’s the best qualified of all candidates running in both parties. I support her because her progressive politics are as strong as her proven ability to withstand what will be a massive right-wing assault in the general election. I support her because she’s refreshingly thoughtful, and I’m bloodied from eight years of a jolly “uniter” with ejaculatory politics. I needn’t agree with her on every point. I agree with the 97 percent of her positions that are identical with Obama’s—and the few where hers are both more practical and to the left of his (like health care). I support her because she’s already smashed the first-lady stereotype and made history as a fine senator, and because I believe she will continue to make history not only as the first US woman president, but as a great US president.

As for the “woman thing”?

Me, I’m voting for Hillary not because she’s a woman–but because I am.

RM

February 2, 2008

New York City

 

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