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Archives de Tag: Jane Dieulafoy

8 mars 2015. Quand les femmes devaient se travestir en homme pour vivre libres

Publié le

La discrimination des femmes est universelle et intemporelle. Les femmes ont toujours été soumises à la loi des hommes qui visait à les cantonner à la reproduction, leur service et leur  plaisir. Certaines, à toutes les époques de l’Histoire ont tenté d’échapper à leur condition subalterne en se travestissant en homme car, jusqu’au XXème siècle en Occident, il n’y avait pas d’autre alternative que tenir un rôle de femme ou tenir un rôle d’homme. Les attributions des unes et des autres étaient extrêmement précises et y déroger constituait un acte contre nature qui était sanctionné par les lois et les religions. En conséquence, le costume des hommes codifiait la virilité en s’inspirant des arts de la chasse et de la guerre tandis que celui des femmes était codifié pour limiter leurs mouvements afin qu’elles incarnent l’idéal féminin de grâce, de douceur, de maternité et de soumission.

La philosophe Hélène Soumet a rassemblé 23 portraits de ces femmes qui ont pris le risque de se travestir en homme pour vivre aussi libres qu’un homme de leur condition et, surtout pour pouvoir réaliser leur passion. Guerroyer, chasser, courir, peindre, sculpter, explorer, voyager, soigner ou philosopher sont quelques-unes des activités que nos ancêtres mystiques, guerrières, savantes, aventurières ou artistes ne purent mener que sous un habit d’homme.

Hélène Soumet précise que si le déguisement est un jeu temporaire, comme le Carnaval, le travestissement obéit à une nécessité vitale visant à changer de rôle définitivement ou pour le temps d’une « mission ». La plupart commençaient d’ailleurs par se couper les cheveux, un acte sacrilège pour les religions. Rappelons ici que les femmes commencèrent à se couper les cheveux seulement vers 1920 à l’époque où le vêtement féminin s’allège et les corsets disparaissent, des transformations radicales provoquées par la première guerre mondiale qui avait envoyé les femmes faire le travail des hommes soit parce qu’ils étaient sur le front, soit parce qu’il y avaient disparu et que la main d’oeuvre masculine manquait. Cette transformation de la condition des femmes est agréablement reconstituée dans le feuilleton  » Downton Abbey« .

Aimable et Zappy Max Elle S’était Fait Couper Les Cheveux

En regardant les portraits de ces femmes on pense qu’elles sont bien viriles et c’était bien là leur but : passer pour un homme. Il ne s’agissait pas de se masculiniser mais de se travestir de manière à croire qu’on était vraiment un homme, ce qui n’empêchait pas d’avoir éventuellement des enfants et de reprendre ses oripeaux de femme une fois la mission terminée.

En quelques coups de plume bien acérée sur 3 ou 4 pages, Hélène Soumet dresse des portraits qui nous racontent l’essentiel et nous donne envie d’en connaître davantage sur ces femmes étonnantes que leur condition d’infériorisation et de dépendance n’a pas empêchées d’accomplir des prouesses. L’auteur a choisi 23 portraits choisis parmi les 128 femmes travesties qu’elle a répertoriées à travers les âges. L’ouvrage, de type encyclopédique est facile et agréable à lire, l’auteure étant habituée des œuvres pédagogiques.

La Connectrice

NB Pour voir davantage d’images des « Travesties de l’Histoire » on se reportera à l’article de la revue féministe Sisyphe http://sisyphe.org/spip.php?article5066

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Catalina de Erauso (vers 1581-vers 1645). A 15 ans, elle s’enfuit du couvent où elle avait été placée  par son père à l’âge de 4 ans : »Je sortis dans la rue que je n’avais jamais vue de ma vie ». p. 61 Archives de l’auteure.

 

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 Nadedja Dourova combattit contre Napoléon avec les armées du Tzar qui, lorsque son sexe fut découvert, la couvrit d’honneurs malgré la réprobation de sa cour. p.97. Archives de l’auteure.

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Jane Dieulafoy, archéologue. Archives de l’auteure

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Anne Bonny. Sur cette image caricaturale  la féminité de la pirate est clairement exhibée par sa chevelure et ses seins pour exciter les hommes. Archives de l’auteure.

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Billy Tipton. Archives de l’auteure.

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James Barry, chirurgien. Archives de l’auteure

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Jeanne d’Arc. Archives de l’auteure

 JPEG - 47.6 koMulan en Chine IV-Ve s. archives de l’auteure

Pour en savoir plus

 Hélène Soumet

Source photo http://sisyphe.org/spip.php?article5066

Professeure de philosophie, auteure d’ouvrages d’histoire de la philosophie pour le grand public, de livres scolaires et de cahiers de culture générale. Elle a décidé d’écrire un livre sur les femmes lorsqu’un éditeur a, sans son avis, supprimé tous les textes sur les femmes philosophes.

  • Hélène Soumet. Les travesties de l’Histoire. Editions First, Paris mai 2014 , 255 pages. 19,95 €
  • Les ouvrages d’Hélène Soumet

www.helene-soumet.fr

http://www.amazon.fr/H%C3%A9l%C3%A8ne-Soumet/e/B004Z2TUF0

  • La critique des « travesties de l’Histoire » sur la revue féministe Sisyphe

…Actuellement au Moyen-Orient, une femme travestie en homme pour assister à un match de football a été transférée à la police terroriste, tout comme celle qui s’était travestie pour conduire. En 2012 au Soudan, une journaliste a été fouettée et une jeune fille lapidée pour avoir porté un pantalon. En Afghanistan, des fillettes sont travesties pour étudier ou pour travailler afin de nourrir une famille qui n’a pas de fils.

En Europe, où sexisme et discriminations perdurent, les femmes se travestissent pour protester contre les violences ou les injustices. Des femmes politiques influentes se travestissent pour montrer que les choses seraient différentes si elles étaient des hommes. Ainsi à chaque époque, dans chaque civilisation, le travestissement révèle le niveau d’inégalité et les discriminations dont les femmes sont victimes…

http://sisyphe.org/spip.php?article5066

  •  L’ordonnance qui interdisait aux femmes de porter le pantalon n’a été abolie qu’en 2013

« L’ordonnance du préfet de police Dubois n°22 du 16 brumaire an IX (7 novembre 1800), intitulée ‘ordonnance concernant le travestissement des femmes’ est incompatible avec les principes d’égalité entre les femmes et les hommes qui sont inscrits dans la Constitution et les engagements européens de la France (…) De cette incompatibilité découle l’abrogation implicite de l’ordonnance du 7 novembre qui est donc dépourvue de tout effet juridique et ne constitue qu’une pièce d’archives, conservée comme telle par la Préfecture de police de Paris“, écrit le ministère au Journal Officiel. »

https://laconnectrice.wordpress.com/2013/02/04/les-femmes-ont-le-droit-de-porter-le-pantalon-en-france/

  • La peintre animalière Rosa Bonheur devait demander deux fois par an au préfet l’autorisation de porter le pantalon « pour raison de santé »

rosapantalon

https://laconnectrice.wordpress.com/2011/06/13/une-nouvelle-vie-pour-rosa-bonheur-peintre-des-animaux/

De la douceur dans ce monde de brutes. Concerto n°3 de saint-Saens, opus 61. 2ème mouvement

Version intégrale. Le 2ème mouvement commence à 10:45/28:35

Renaud Capuçon – Saint-Saëns – Violin Concerto No. 3  l’Orchestre Philharmonique de Radio France, cond.: Lionel Bringuier; kindly presented by FranceMusique and Arte Live Web; Live in 2013, Paris. Watch this concert here:
http://liveweb.arte.tv/fr/video/Renau…

2ème mouvement uniquement

(HD)Julia Fischer -Saint saens Concerto N° 3 in B Minor Op 61 -2nd movement

2ème mouvement uniquement

Kyung Wha Chung – Saint Saens Violin Concerto No.3 Mov.2 – Andantino Quasi Allegretto

Soloist: Kyung Wha Chung
Conductor: Lawrence Foster
Orchestra: London Symphony Orchestra

Par ce jour pluvieux et brumeux, cette musique m’a enchantée. Je l’ai écoutée ce matin sur radio classique interprétée par R.Capuçon / Orch Philh Radio France / L.Bringuier

Décidément, en ce moment, je suis vraiment touchée par la musique de l’orientaliste Camille Saint-Saens, ami de l’archéologue Jane Dieulafoy,  qui suscite une délicieuse émotion bien que le compositeur soit décrit comme un rationaliste froid. S’opposant au désordre, à la grandiloquence, à la boursouflure et à la gaucherie des toiles violemment coloriées de Berlioz, les poèmes symphoniques de Saint-Saëns offrent un dosage parfait de la science architecturale, de la précision descriptive, de la puissance évocatrice, de la limpidité du style, de la virtuosité orchestrale et du tact dans le choix des volumes et des couleurs. Au moment où ces lignes sont écrites ces vertus ne sont plus à la mode mais il faudrait n’avoir rien retenu des leçons que nous donne le passé pour ne pas être persuadé que l’art intelligent et rationnel de ce parfait écrivain français retrouvera bientôt parmi ses compatriotes la vaste audience que mérite un classique de sa valeur.

Source image http://www.musicologie.org/Biographies/saint_saens_c.html

Extraits de la biographie de Saint-Saens par ÉMILE VUILLERMOZ, Histoire de la musique. «Les grandes études historiques», Librairie Fayard, Paris 1949 (8e édition), p. 281-285

C’est en pratiquant une politique musicale très différente que Charles-Camille Saint-Saëns a défendu également les intérêts artistiques de son pays. Patriote jusqu’au chauvinisme, Français jusqu’au « gallicanisme », ce Normand à demi Champenois avait fait de la xénophobie le dogme essentiel de son évangile. Les exagérations ridicules et les mesquineries auxquelles l’entraîna ce parti pris auraient fort bien pu discréditer la noble cause dont il se faisait l’agressif champion, mais la qualité de ses oeuvres vint heureusement conjurer ce péril. Saint-Saëns résume en lui quelques-unes des particularités caractéristiques du génie de notre race : le goût de la netteté, de la clarté et de la logique, l’amour de la pureté néo-classique, l’intellectualisme raisonneur et l’intransigeance nationaliste. Cette solide armature l’a évidemment préservé des abandons enivrés et des délires hallucinés du romantisme, mais elle a comprimé si fortement son coeur que nous regrettons d’avoir sou-vent tant de peine à en percevoir les battements.

La vie de cet artiste, né dans l’aisance et encouragé dans sa vocation, fut celle d’un dilettante laborieux. Affranchi des soucis matériels qui écrasent trop souvent les compositeurs, il accepta temporairement quelques obligations professionnelles comme l’enseignement du piano à l’École Niedermeyer, et les fonctions d’organiste à Saint-Merry, puis à la Madeleine, mais conserva toujours assez de liberté pour concilier son amour du travail et son goût des voyages. Merveilleusement doué pour le piano, qu’il aborda à deux ans et demi, il put, à cinq ans, accomplir de surprenantes performances comme exécutant et comme improvisateur et, à dix ans, donner un grand récital composé d’oeuvres maîtresses de Haendel, Bach et Beethoven. Il avait travaillé avec Stamaty; il étudia l’orgue avec Benoist et déserta sou-vent la classe de composition d’Halévy pour recueillir l’enseignement de Gounod.

Chose étrange et déconcertante, ce virtuose de la composition, ce type du « fort en thème » et de l’élève docile et conformiste échoua par deux fois au Concours de Borne dont le règlement semblait pourtant fait pour mettre en valeur toutes ses vertus scolaires. Il n’insista pas et se remit tranquillement à la composition pour nous donner, à dix-huit ans, sa première Symphonie en mi bémol …Dans tous ces domaines Saint-Saëns fit preuve d’une lucidité, d’une maîtrise aisée, d’une sûreté de main et d’un imperturbable sang-froid qui lui ont été reprochés comme des tares…

biographie cité par http://www.musicologie.org/Biographies/saint_saens_c.html

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