Flux RSS

Archives de Tag: monuments historiques

Ces lieux de culte catholiques qui ne peuvent plus rester portes ouvertes : Notre-Dame de Grace à Honfleur

Autrefois, les églises et les chapelles restaient porte ouvert afin que chacune et chacun puisse s’y réfugier, s’y recueillir, y rencontrer un curé ou des fidèles ou y admirer leurs éléments d’architecture, leurs fresques murales, leurs vitraux, leurs tableaux, leurs statues et leurs ex votos.

Malheureusement, avec les profanations, les vols et les saccages, les merveilles de notre patrimoine ont du fermer leurs portes faute de pouvoir les protéger en permanence.

Il y a une vingtaine d’années je me rendais assez souvent à la chapelle Notre-Dame de Grace pour y admirer sa paisible beauté au dessus de l’estuaire de  la Seine, en face du Havre, sur la commune d’Equemauville. Depuis Honfleur, je grimpais le long d’une petite rue pavée qui prenait racine entre les vieilles maisons à colombage, cette rue que prennent les pèlerins le soir du 15 août qui est aussi la fête des marins dont Notre-Dame de Grace est la patronne. La procession qui gravit lentement la falaise à la nuit tombée, piquetée de lumignons, incarne ces événements émouvants que l’Eglise a légués aux traditions françaises et que certains nouveaux venus voudraient nous voir abolir pour des objectifs politiques en s’appuyant sur  une interprétation fallacieuse de la loi sur la laïcité. C’est une anticléricale athée qui l’écrit 😉

DSC_7204

15 août, Assomption, fête de la Vierge à Fourvière

A cette époque, la chapelle restait toujours ouverte pour permettre aux marins et à leur famille d’y venir prier à toute heure et selon leur nécessité..

La première fois que j’ai visité Notre-Dame de Grâce, de nombreuses maquettes de bateau  se balançaient les unes contre les autres, accrochées au plafond . Elles étaient toutes plus belles les unes que les autres malgré la poussière qui les habillait.

 Malheureusement, des sauvages ont dérobé les magnifiques ex votos accrochés au plafond de la chapelle. Les ex votos marins sont de véritables œuvres d’art qui représentent des bateaux de toutes sortes. Ils avaient été créés avec patience, amour et reconnaissance de vœux exaucés.

Les ex votos sous forme de tableau, de dessin ou de texte gravé dans le marbre recouvrent toujours les murs de la chapelle.

Celles et ceux qui faisaient confiance à Notre-Dame-de-Grâce inscrivaient vœux et remerciements dans un cahier mis à la disposition des fidèles. J’y avais jeté un coup d’œil et mesuré à quel point le pèlerinage des croyants en ces lieux revêtait pour eux le dernier espoir.

Je ne suis ni croyante, ni catholique, ni mystique, ni superstitieuse mais ces ex votos et les prières inscrites dans ce cahier m’avaient inspiré le plus grand respect et il ne me serait jamais venu à l’idée de les profaner et de les dérober parce qu’ils font partie du patrimoine, de l’histoire et de la culture de la France, mon pays.

 Aujourd’hui, il n’en reste plus que quelques unes comme sur la photo ci-dessous. Pas assez pour laisser imaginer le nombre de marins dont la mémoire et l’existence ont laissé une trace.

http://www.ex-voto-marins.net/images/photos14/14Equemauville-Bateau12.jpg

 

Honfleur, Chapelle Notre-Dame de Grâce-PM 30514.jpg

La chapelle est située sur la commune d’Équemauville, sur le plateau de Grâce qui surplombe Honfleur face à l’estuaire de la Seine.

La chapelle Notre-Dame de Grâce est construite en 1600-1615 par les bourgeois et les marins de Honfleur à l’emplacement d’une ancienne chapelle disparue dans un éboulement de la falaise. Cette chapelle primitive fut fondée avant l’an 1023 par Richard II, alors duc de Normandie, pour accomplir un vœu fait au cours d’une tempête où il avait failli périr. Depuis, le culte de Notre-Dame de Grâce s’est perpétué.

L’édifice est classé au titre des monuments historiques en 19381.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Notre-Dame-de-Gr%C3%A2ce_d%27%C3%89quemauville

http://www.ex-voto-marins.net/pages/lieupage14Equemauville-les-maquettes.html

 

 

 

 

Valeurs de France: notre patrimoine fout le camp

Les valeurs de la France foutent le camp au nom de pseudo raison d’Etat, de real politik, de  soit-disant drames économiques comme l’endettement ou la mondialisation, au nom d’intérêts privés, au nom d’une soit-disante démocratie, au nom de la liberté d’expression ou de soit-disant droits de l’homme.

Non seulement nos valeurs philosophiques et historiques sont détournées à des fins politiques perverses mais notre patrimoine mobilier, foncier et immobilier est bradé. Depuis 210, 1 700 biens appartenant à l’Etat ont été mis en vente pour, à ce jour un très maigre rapport, sans commune mesure avec la perte qu’ils représentent au regard de cette fameuse « identité nationale » cuisinée à toutes les sauces opportunistes.

La mise en vente de l’Hotel de la Marine, place de la Concorde, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, en témoigne l’article qui suit:

Comité de soutien

Les amis de l’Hotel de la Marine

http://www.hotel-marine-paris.org/

 

Envoyer
Lundi, 07 Février 2011 05:59

Karim Ouchick(RIF) La grande braderie du patrimoine monumental de l’Etat(Karim Ouchick,RIF)Par la force des choses, il en va de la dignité des Etats comme de celle des familles : au miroir de cette noble vertu, le mérite de chacun se mesure bien souvent à la capacité des uns comme des autres à conserver intacts les souvenirs insignes qui tissent le fil de leurs mémoires indélébiles. A l’aune de cette règle d’or, c’est peu dire que la France contemporaine se doit sincèrement de rendre des comptes à l’égard de ses générations passées, celles-là même qui ont su nous léguer tant de merveilles historiques aux quatre coins de l’hexagone.

Les finances de l’Etat français sont à ce point aux abois que les gouvernements qui se succèdent à sa tête en sont réduits, ces dernières années, à se séparer méthodiquement des joyaux historiques qui composent le patrimoine monumental de notre pays, pour assurer avec peine leurs difficiles fins de mois.
Une vingtaine d’édifices parisiens, dont dix hôtels particuliers du 7ème arrondissement, ont quitté de la sorte depuis 2005 le giron de l’Etat, toujours en catimini, pour le plus grand bonheur de magnats russes, de familles princières des Emirats du Golfe ou de riches fortunes d’Asie, à l’instar du majestueux l’hôtel de Montesquiou, récemment cédé à un promoteur russe ou du célèbre Centre de conférences internationales – l’ancien hôtel Majectic – offert par le ministère des Affaires étrangères aux appétits hôteliers d’un fonds souverain Qatari.
Les bâtiments historiques occupés par les services publics de la justice, de la santé, de l’armée, ne sont pas épargnés par cette frénésie mercantile, institutionnalisée au plus haut sommet de l’Etat. Parmi maints exemples, le ministère de la Défense n’envisage-t-il pas, à Paris, de vendre sous peu trois casernes, deux hôtels particuliers, l’abbaye de Penthemont et l’ilot Saint-Germain, après avoir mis sur le marché, ces dernières années, nombre de ses casernes en province, de la fabuleuse citadelle Montlaur à Bonifacio au site militaire de Nantes qui abrite l’ancien couvent des visitandines, classé monument historique ? Le patrimoine hospitalier, aussi considérable, est mis autant à contribution : pour financer la réalisation de l’hôpital George Pompidou, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a dû mettre ainsi en vente les admirables bâtiments des hôpitaux parisiens Laennec, Boucicaut et Broussais ; l’hôpital royal de Versailles, conçu sous le règne de Louis XVI, est désormais tombé dans l’escarcelle d’un promoteur immobilier tandis que l’Hôtel-Dieu de Lyon, édifié aux XVII e et XVIII e siècles, va être reconverti en un hôtel Intercontinental 5 étoiles. Que craindre du sort qui sera réservé dès lors à l’Hôtel-Dieu de Paris, dont les nobles bâtiments historiques, situés à deux pas de la cathédrale Notre Dame, sont en passe d’être désaffectés ?

Avec la mise en vente de l’hôtel de la Marine, fin 2010, les pouvoirs publics récidivent, en franchissant toutefois un cap éminemment symbolique.

Depuis cette annonce, les passions se sont déchaînées, les pétitions et les lettres ouvertes, de toutes sortes, se sont multipliées tant et plus, tandis qu’une association écoutée, les Amis de l’hôtel de la Marine, fait flèche de tout bois avec, à sa tête, une figure éminente de la défense du patrimoine français, Olivier de Rohan, pour qui la cession projetée de ce trésor inestimable serait « la porte ouverte à la vente de tous (les châteaux), Fontainebleau, Compiègne, Chambord, le Mont Saint-Michel et pourquoi pas Versailles » (Le Monde, 19 janvier 2011). Le ban et l’arrière ban du monde politique et intellectuel n’ont pas hésité à monter au créneau pour s’opposer résolument au projet scélérat : Valéry Giscard d’Estaing, Edouard Balladur, Alain Juppé, Régis Debray, Pierre Nora, Alain Decaux, Jean-Noël Jeanneney, Jacques Le Goff, Mona Ozouf, Michel Winock… Le gouvernement encaisse les coups en silence, comme sonné par la résistance inattendue qui est partout opposée à sa funeste entreprise.
Car le site est tout sauf banal : édifié par l’architecte Ange Gabriel sous le règne de Louis XV pour y abriter le garde-meuble royal, classé monument historique depuis 1862, ce bâtiment exceptionnel conserve plus que jamais, aux abords de la place de la Concorde, le souvenir d’événements considérables qui ont jalonné la mémoire de notre pays ; l’état-major de la marine en occupe aujourd’hui les murs mais doit les quitter fin 2014, pour rejoindre ses nouveaux quartiers dans le 15ème arrondissement de Paris, sur le site du futur « Pentagone à la française ».
Partisan affiché du maintien de l’édifice dans le patrimoine de l’Etat, Valéry Giscard d’Estaing a été nommé par Nicolas Sarkozy, le 4 février 2011, à la tête d’une mission chargée de déterminer l’avenir de ce bâtiment historique ; dans le même temps, les opérations administratives liées à la rétrocession de ce bâtiment viennent d’être différées au 1er juin 2011. Le dossier est à ce point miné que beaucoup d’observateurs interprètent la nomination de l’ancien chef de l’Etat comme le signe avant-coureur d’une salutaire volte-face de l’Elysée, à un an des élections présidentielles…
Pour l’heure, la mobilisation semble donc avoir payé et le soutien massif et passionné de milliers d’anonymes et de personnalités de premier plan a permis de soustraire ce lieu emblématique, au moins momentanément, aux convoitises de nombreux opérateurs privés.

Pour autant, ce revirement bienvenu annonce-t-il un changement d’attitude radical des pouvoirs publics dans la gestion quotidienne des 1.750 monuments qui composent le patrimoine monumental de l’Etat, au bénéfice d’une conception qui serait davantage conforme à l’intérêt général du pays ?

Rien n’est moins sûr, à en juger par une proposition de loi, débattue au Sénat depuis le 26 janvier 2011, qui vise à encadrer les modalités de cession de ce patrimoine national, jusqu’à présent inaliénable, au profit des villes et des départements.

S’appuyant en ce domaine sur l’application douteuse du principe de précaution, Françoise Ferat (Marne – UC) et Jacques Legendre (Nord – UMP) assurent que les cessions projetées seraient autorisées à l’avenir, au cas par cas, en considération de la « dimension culturelle » du monument transféré, au seul jugement d’un Haut conseil du patrimoine qui serait chargé, par ailleurs, de dresser l’inventaire des bâtiments qui demeureraient inaliénables : autrement dit, ceux des bâtiments historiques – les plus nombreux – qui ne seraient pas compris dans cette liste seraient susceptibles de sortir à tout moment du périmètre protecteur de la propriété de l’Etat. En cas d’autorisation de cession d’un monument, le nouveau propriétaire se verrait imposer, assure-t-on, un cahier des charges contraignant, garantissant notamment l’accès des lieux au public.

Ces assurances sont loin de régler, tant s’en faut, les très nombreuses appréhensions que cette inquiétante initiative parlementaire ne manque pas de soulever : quelle sera la composition de ce haut conseil qui se voit attribuer des pouvoirs aussi exorbitants ? L’accès du public au monument transféré ne se limitera-t-il pas aux parties les moins prestigieuses du bâtiment ? Quelle sera la force contraignante de ce cahier des charges ? Quelles garanties seront apportées pour éviter une rétrocession à un opérateur privé dans l’hypothèse, en rien improbable, où la collectivité territoriale bénéficiaire ne serait plus en mesure d’entretenir le monument qui lui aurait été témérairement transféré ?
Un précédent devrait pourtant faire réfléchir les pouvoirs publics : chacun se souvient, en ce domaine, qu’une première tentative, directement initiée alors par le gouvernement, avait heureusement avorté grâce à la vigilance du Conseil constitutionnel qui avait ‘‘ retoqué ’’, fin 2010, un article de la loi de finances qui, subrepticement, autorisait l’Etat à transférer une partie de son patrimoine monumental aux collectivités territoriales.
Ces interrogations sont tout sauf illégitimes car, en matière de protection et de valorisation de son patrimoine monumental, la France traverse aujourd’hui une période de régression intense, sous l’effet aussi bien de la diminution avérée des crédits alloués au ministère de la Culture (La Tribune de l’Art, Le budget en trompe l’œil du ministère de la Culture, 2 octobre 2010) que de l’incontestable dérive marchande qui caractérise la politique de rentabilité budgétaire pratiquée aveuglement en matière culturelle sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Comme en écho à ce phénomène malthusien, unanimement dénoncé par l’ensemble des acteurs du monde de la culture, le tout récent Livre blanc sur l’état des musées en France ne dresse-t-il pas un constat accablant des initiatives contestables prises par certains des plus prestigieux musées français, qui se voient pareillement contraints à monnayer à prix fort la location de leurs collections d’œuvres d’art au bénéfice d’institutions étrangères, du musée d’Abou Dhabi à celui d’Atlanta, pour faire face à la diminution constante des dotations de fonctionnement et des crédits d’acquisition qui leur sont chichement alloués par l’Etat ?
Cette terrible emprise de l’argent sur le patrimoine culturel français est visible partout et le sera davantage à l’avenir dans nos musées, lesquels en sont réduits à présent, pour boucler péniblement leurs fins de mois, à farder leurs façades de gigantesques panneaux publicitaires, à l’exemple actuel du musée d’Orsay. Que dire des établissements prestigieux français condamnés à prendre des initiatives invraisemblables pour s’autofinancer, à l’instar de celui de Versailles qui projette d’ouvrir des hôtels dans le domaine du château, en attendant de concéder, « moyennant finances, l’utilisation de son nom pour la diffusion de montres et d’autres articles de luxe » (Le Monde 4 février 2011) ?
L’obsession de rentabilité l’emporte en permanence au point d’obliger nos établissements culturels à donner la priorité à l’«évènementiel », à de lucratives expositions temporaires, au détriment de la valorisation de leurs collections permanentes : comment expliquer la tenue récente dans la noble enceinte du château de Versailles des expositions sacrilèges de Jeff Koons ou de Murakami, autrement que par l’effet de cette pesante contrainte financière ?
Autre information significative : selon Le Canard enchaîné (12 janvier 2011), le ministère de la Culture serait hostile à la publication d’un rapport récent de la Cour des comptes qui stigmatiserait la dérive marchande des grands musées nationaux : insubordination, chiffres de fréquentations truqués, tarifications excessives, absence de politique de démocratisation, mécénats suspects…
Dans une talentueuse tribune (Le Monde, 2 octobre 2010), l’académicien Marc Fumaroli dénonçait récemment, avec force, le « business des biens culturels », cette logique libérale qui, au fond, conduit à assimiler irrésistiblement les collections publiques françaises à de vulgaires marchandises.
Discrètement soutenus par un gouvernement qui s’emploie, sur cette question comme sur beaucoup d’autres, à dissimuler ses intentions véritables, les sénateurs Ferat et Legendre se proposent donc, en cohérence, de donner aux pouvoirs publics ni plus ni moins que les coudées franches réglementaires qui permettront demain à ces derniers de se délester à bon compte des monuments les moins rentables appartenant à l’Etat. Chacun mesure ici les dangers d’une telle initiative législative, en apparence anodine : si elle devait entrer en vigueur, pareille proposition de loi conduirait à coup sûr à dépecer progressivement le patrimoine monumental de la France, patiemment édifié au fil des siècles.
Ce bien commun, propriété indivise de tous les Français, nul ne peut se sentir autoriser à en déposséder la France, pas plus qu’à porter atteinte à son intégrité, fut-ce partiellement. La réussite de la mobilisation des Français pour la sauvegarde de l’hôtel de la Marine est réconfortante et atteste en vérité de la volonté de nos compatriotes de ne pas s’en laisser compter lorsque, fondamentalement, la mémoire de la France est en jeu.
Forts de cet heureux précédent, les Français sont donc appelés, une fois de plus, à faire preuve d’un égal esprit de résistance, en exprimant aussi puissamment leur commune indignation, pour mieux s’opposer à une offensive gouvernementale qui œuvre sournoisement à la neutralisation de la règle intangible de l’inaliénabilité du patrimoine monumental de l’Etat, dans le dessein inavoué de dissoudre en définitive l’identité historique de la France.

Karim Ouchikh 6 février 2011

Source:

 

%d blogueurs aiment cette page :