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Archives de Tag: Mouvement de libération des femmes

Féminisme. On recherche Héritage, les tricots de ma mère

Héritage, les tricots de ma mère, devant et Raymonde Arcier

HERITAGE, LES TRICOTS DE MA MERE  2m60, 3m d’envergure, 1972-1973

Où est passée l’oeuvre monumentale de l’artiste féministe Raymonde Arcier  ? Elle a disparu pendant son transport à la fin de la  Biennale de Paris en 1977.

Aujourd’hui très sollicitée par les amateurs d’art féministe, Raymonde souhaiterait retrouver l’oeuvre qui lui a coûté des centaines d’heures de travail et des ampoules aux doigts.

Héritage, les tricots de ma mère, dos

Par cette opération d’agrandissement d’objets quotidiens, travaillés dans une matière dure, Raymonde Arcier met en évidence une transgression de ce qui est connoté féminin ou masculin. Elle montrait ainsi que les femmes effectuaient quotidiennement des tâches rudes et immenses qui n’étaient ni reconnues ni rémunérées. Le gigantesque chandail a été exposé à la Biennale de Paris en 1977, lieu de consécration artistique qui s’était ouvert à des oeuvres plus revendicatives.

« C’est seulement à partir du pull-over que j’ai soupçonné ma démarche, aidée de ceux qui me nommaient déjà « artiste ». Et, c’est ainsi que moi, née de ton ventre ma mère, comme tu aurais pu naître du mien, je fabriquais cet immense pull-over. Ma mère, ce pull-over, cet héritage qui est le tien donc le mien, éventre les murs de nos appartements étroits, ses manches veulent sortir par nos fenêtres. Le pull-over que tu m’as tricoté, je l’ai refait derrière toi, sans pouvoir le contrôler, le commander, faire aimer à tout prix. Il veut marcher tout seul, il est devenu indépendant de toi, de moi, ça te fait peur, moi ça me rend joyeuse ».

Héritage, les tricots de ma mère, devant

Aidez Raymonde Arcier à retrouver son pull Héritage. 

Email de Raymonde raymonde.arcier@gmail.com

Pour voir toutes les oeuvres de Raymonde Arcier : https://raymondearcier.jimdo.com/

Autoportrait à 18 ans. Pastels à l'huile - 2000

Autoportrait à 18 ans. Pastels à l’huile – 2000

RAYMONDE ARCIER, ART ET FÉMINISME

Active au sein du mouvement féministe dès ses débuts, Raymonde Arcier, employée de bureau et autodidacte, réalise, dès 1970, ses œuvres les plus marquantes, en crochetant de la laine, du coton, en tricotant du métal – chaque ouvrage pouvant nécessiter une année de travail. A travers le détournement de cet apprentissage culturel féminin, elle évoque avec humour son enfermement social, cherchant, selon ses propres mots, à «porter à la connaissance de tous l’immense labeur des femmes».
Le mouvement féministe a été au coeur de son processus de création. Elle a mis au point des techniques novatrices, en réutilisant des acquis culturels dans un autre contexte, pour dire un vécu particulier.
Tout en continuant ses activités professionnelles et avec une licence de sociologie, Raymonde Arcier s’est ensuite consacrée à l’écriture et à divers travaux plastiques, qu’elle poursuit encore aujourd’hui.
 

« Je cherche à porter à la connaissance de tous l’immense labeur des femmes. »

R. Arcier

Viols à Nuit debout. Coup de gueule féministe

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Coup de gueule

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Légende : voici ce qu’est le féminisme             Voici ce que la société pense du féminisme

Par ce qu’il y en a MARRE, que l’on se fasse SANS CESSE remettre en question, qu’on nous dise de nous calmer par ce qu’on explique, qu’on ai tort quoi que l’on fasse, qu’on soit qualifées de sectaires, d’hystériques, de harpies, de folles, de sales féministes, de féminazies, de régime totalitaire.

 

On me dit que des féministes se sont glissées sur la place… ?

Vous pouvez rester…

Le sketch s’arrête là.

Si j’osais filer le pastiche desprogiens, je vous dirais qu’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, et que là justement, je n’ai plus envie de rire avec vous. Du tout.

Le spectacle grotesque de vos incohérences politiques acculant à la désertion des camarades par dizaines me cisaille les zygomatiques, voyez-vous.

Quand je vois des mecs prendre la parole en AG se gargarisant de leur propre progressisme en exhortant au respect des « droits de l’Homme » tout en rechignant à utiliser l’expression « droits humains », pourtant adoptée par la plupart des pays du globe depuis belle lurette, je pouffe à peine.

Quand un mec de la coordination me coupe la parole pour m’expliquer doctement que notre rôle est avant tout de faire de la PE-DA-GO-GIE, je ne trouve ça qu’à moitié désopilant. Je n’ai pas envie de rire, parce qu’en tant que prof et membre fondatrice d’une compagnie de théâtre d’éducation populaire, je suis bien placée pour savoir que la pédagogie, c’est du travail, c’est un métier, que j’ai certes choisi et que j’aime, mais qui n’en est pas moins éreintant, saturé d’heures supp’ invisibles et non-rémunérées. Vos injonctions à la pédagogie reviennent à nous refuser le droit légitime de prendre des RTT ou ne serait-ce même que des fucking pauses, à nous qui nous cognons déjà des doubles voire des triples journées de travail, vous savez, ce fameux travail dont les conditions sont désormais tellement exécrables que nous en sommes venu.e.s à lancer… oh wait, ce même mouvement dont vous vous réclamez ! Que la sombre ironie de la chose vous échappeassombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie dont je déplore en passant, mesdames et messieurs les jurés, de… Ah oui, au temps pour moi, j’avais dit que je ne touchais plus à Desproges.

Quand notre rôle structurel à la Nuit debout ou nos réunions non-mixtes sont remises en question par des membres actifs du mouvement, quand on persifle en coulisses « mauvaise graine, gangrène, tu gênes », je ne suis pas franchement saisie d’hilarité. Je n’ai pas envie de rire car ces tergiversations sont autant de tapes fraternelles dans le dos des braillards qui nous embrouillent pendant les réus non-mixtes et des complices silencieux qui les applaudissent des yeux, autant de feux verts à ceux qui, ne venant à la Nuit debout que pour (nous) coucher, louchent, touchent, violent.

Oui, violent.

Et ce n’est qu’à demi-bouche que je m’esclaffe quand une femme est victime de viol sur la place de la République.

Et c’est à gorge ployée que je ris quand cette même femme dénonce en AG ce dont elle a été victime et que le débat qui s’ensuit se focalise sur « la mauvaise image que cela pourrait donner du mouvement », ne valant alors pas mieux que ce mec qui, entre deux hématomes, musèle sa compagne d’un atomique « crie moins fort, les voisins vont t’entendre ! », pas mieux que ce président de la République qui, feignant de découvrir que ses soldats violent à tour de bras dans les ex-colonies, ne se soucie que d’éviter à « l’image de la patrie » d’être maculée de scandale, oui, dans ces moments-là, vous ne valez pas mieux que ça.

N’étions-nous pourtant pas tou.te.s d’accord à la base pour dire que #onvautmieuxqueça1 ?

Quand, pour lutter contre ces violences sexistes, certains membres actifs du mouvement se contentent d’une initiative que ne manquerait probablement pas de saluer la police Hongroise2, à savoir aller conseiller aux meufs de ne pas trop boire et de ne pas rester seules pour « éviter de se faire violer », c’est jaune que je ris, jaune comme la couleur de ceux qui trahissent leur cause.

Tant qu’on y est, on devrait suggérer aux meufs qui veulent vraiment « éviter de se faire violer » d’organiser des Nuits debout à deux ou trois copines, dans leur chambre de bonne, autour d’une tisane drainante et de yaourts allégés ! Cela aurait tout de même le mérite de lever le doute sur les véritables intentions de celles qui continueraient de fréquenter la place de la République, ces pétasses bonnes qu’à se faire culbuter entre deux pissotières auraient au moins la décence de ne plus nous casser l’ambiance en AG avec des jérémiades de gonzesses.

La culture du viol, c’est un peu votre perpétuelle « loi El Khomri » à vous, les hommes cis hétéros.

Vous pensez toujours que ce sont nos réus non-mixtes ou les dénonciations de vos violences qui nous divisent, qui fragilisent le mouvement ? Que nous ne sommes que des nuisances sorores de la Nuit debout ?

Est-ce vraiment ce que vous pensez ?

Ou serait-ce qu’en vérité, vous nous préférez gisantes qu’agissantes, à genoux – votre gland nous giclant à la glotte – que debout, à vos côtés ?

Je n’ai pas de meilleurs mots que la bloggeuse Crêpe Georgette pour décrire le bâillon de mauvaise foi et d’égocentrisme qui se déploie quasi systématiquement lorsqu’une femme parle de violences sexistes dans un espace mixte, y compris militant : « […] Ce qui devient le plus important n’est pas le fait de trouver un moyen de mettre fin aux agressions et au viol mais de ne pas blesser les hommes qui écoutent. Cet homme n’a pas eu de parole de soutien ou de réconfort face à ces femmes, il n’a pas souhaité en savoir plus sur la place des femmes dans l’espace public, comment elles le vivent et comment les hommes les y accueillent. Il a juste eu besoin qu’on lui dise qu’il était gentil.”3

La plupart d’entre vous l’êtes, gentils, et j’en viens de plus en plus à me demander si ce n’est pas justement là tout le problème. Vous êtes gentils, mais pourtant vous nous coupez la parole en AG, vous êtes gentils mais pourtant vous débarquez à 2h du mat’ chez une fille qui vous plaît pour « lui faire une surprise », vous êtes gentils mais pourtant vous recommandez aux meufs de surveiller leur consommation d’alcool tout en tendant une énième 8-6 à votre pote déjà lourdingue à jeun, vous êtes gentils mais pourtant vous faites des plaisanteries sur nos tenues vestimentaires réactivant notre peur de n’être jamais rien d’autre que de la chair à chibre, vous êtes gentils mais pourtant vous n’aimez pas trop qu’on vous dise « non », c’est vrai, après tout si c’est demandé gentiment, je suis gentil j’ai dit allez steuplait avant de trépaner son sexe résigné

Honnêtement, auriez-vous l’audace de prendre la parole dans la foulée d’un témoignage de licenciement abusif pour rappeler que « tous les patrons ne sont pas comme ça » ? Parce que vous, quand vous venez à la Nuit debout, vous êtes là pour demander plus de patrons gentils peut-être ? Non. Parce que là, vous êtes du côté de la barrière qui a intérêtà voir qu’il s’agit d’un problème systémique, qui a intérêt à concevoir plus qu’un label récompensant les oppresseurs pour leurs louables efforts de gentillesse, qui a intérêt à se doter d’outils théoriques et pratiques émancipateurs, transformateurs, radicaux.

Alors, puisque vous vous fichez de nos témoignages comme d’une guigne, peut-être qu’un peu d’histoire vous donnera matière à réflexion :

« À la fin du XVe siècle, une contre-révolution était […] en route à tous les niveaux de la vie politique et sociale. Tout d’abord, les autorités politiques s’employèrent à assimiler les travailleurs masculins les plus jeunes et les plus rebelles, au moyen d’une politique sexuelle qui leur procurait du sexe gratuit, et déplaçait le conflit de classe sur le conflit avec les femmes prolétaires. […] les résultats furent dévastateurs pour tous les travailleurs, car le viol de femmes pauvres soutenu par l’État sapait la solidarité de classe qui avait été conquise dans la lutte antiféodale. Il n’est pas surprenant que les autorités aient considéré les troubles générés par une telle politique (les bagarres, la présence de bandes de jeunes rôdant dans les rues la nuit à la recherche d’une aventure et perturbant la tranquillité publique) comme un moindre prix à payer en échange de la diminution des tensions sociales, obnubilées par leur peur des insurrections urbaines et par l’idée que les pauvres, s’ils prenaient le dessus, prendraient leurs femmes et les mettraient en commun.»4

Alors, puisque vous vous fichez de nos témoignages comme d’une guigne, peut-être qu’une citation certifiée Einstein vous donnera matière à réflexion :

 «On ne résout pas un problème avec les modes de pensées qui l’ont engendré ».

Alors, si vous croyez un tant soit peu qu’il est temps pour ce vieux monde malade d’abdiquer, cessez donc de lutter contre nous, mais avec nous, car c’est ensemble, debout, que nous en viendrons à bout.

4 Federici Silvia, Caliban et la sorcière – Femmes, corps et accumulation primitive, pp.102-103.

Merci pour Laura, pour ce merveilleux texte !

Féminisme. Hymne des femmes. Mouvement de libération des femmes 1971

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L’hymne des femmes

(Sur l’air du chant des déportés)
Sur l’air du « Chant des marais » l’hymne du MLF est chanté à la manifestation du 20 novembre 1971.
Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.
Refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !
Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.
Refrain
Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos sœurs séparées.
Refrain
Le temps de la colère, les femmes
Notre temps, est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !
Refrain
Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous,
Ensemble, on nous opprime, les femmes
Ensemble, Révoltons-nous !
Refrain

8 mars 2015 Féminisme. Nous avions 20 ans en 68 et nous pensions pouvoir changer le monde …

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Les féministes historiques dont je suis avaient 20 ans en 68. Nous étions idéalistes, belles, enthousiastes, sincères et humanistes. Nous étions imprégnées de christianisme, de marxisme, de maoïsme, d’anarchisme, de judaïsme, de bouddhisme, de républicanisme, de psychanalyse et de toutes les grandes idées diffusées depuis des siècles par des philosophes et des scientifiques. Nous pensions pouvoir construire une société meilleure parce que plus égalitaire où les femmes, la moitié du ciel comme disait Mao, seraient respectées dans tous les domaines de la société au même titre que les hommes. Nous ne voulions ni dominer, ni être dominées et, pour ma part, j’adoptai la devise « ni maîtresse ni esclave ».

De nombreuses féministes nous avaient précédées dans l’Histoire et nous ne faisions que reprendre des revendications vieilles comme le monde mais, cette fois-ci avec de magnifiques modèles de militantes pour la cause des femmes.

Au cours de la première décade des années 70 nous connurent ivresse, rigolades, joies, espoirs et une libération réelle des morales religieuses, des diktats du patriarcat, des modes, de la morale avec sa pression sociale et des idéologies. Plus exactement, tout en se disant politique, le mouvement de libération des femmes se démarquait des organisations politiques qui, dans leur majorité, favorisaient les hommes et fonctionnaient selon un schéma patriarcal. Certaines femmes quittèrent alors organisations et partis pour rejoindre « le Mouvement », comme nous disions alors.

Lycéenne dans les années 60, j’étais révoltée par la discrimination institutionnelle dont les filles étaient l’objet. Élève d’un rare lycée mixte pour l’époque, j’avais interdiction de porter un pantalon, je devais mettre une blouse rose les semaines paires et une blouse bleue les semaines impaires tandis que les garçons portaient des blouses grises tâchées et couvertes de graffitis sans obligation d’en changer durant toute l’année, j’avais des cours de cuisine et de puériculture tandis que les garçons avaient « atelier ». A la maison, les filles devaient aider à la cuisine, mettre le couvert, faire la vaisselle tandis que les mâles de la famille se prélassaient au salon en écoutant les informations et lisant le journal, un moment sacré et essentiel pour eux.

Nous étions alors dans une grande sécurité matérielle car il n’y avait jamais de vols ni de délinquance dans le bourg où je vivais. Les portes des maisons restaient ouvertes et les clefs des véhicules sur le tableau de bord. Par contre les filles comprenaient très jeunes qu’elles étaient des proies potentielles et les adultes minimisaient l’incidence des réflexions graveleuses ou obscènes et quand le notaire me pinçait les seins en s’exclamant « ça pousse ! », j’étais la seule confuse et humiliée.

Autrefois, on disait aux petites filles, ne fais pas ceci, ne fait pas cela, une fille ne fait pas ça, ceci est réservé aux garçons. Et si la petite fille grimpait dans les arbres, courait après un ballon ou se roulait dans l’herbe à roule-barricot, criait de joie, on la traitait avec mépris et désolation de « garçon manqué. » Dans le Mouvement on disait au contraire « On peut tout faire, il suffit d’apprendre ». Et en effet, nous abandonnâmes nombre de nos inhibitions pour faire des journaux, des affiches en sérigraphie, résoudre nos problèmes de plomberie ou d’électricité, utiliser les premiers magnétoscopes et monter des vidéos et nous organiser en groupes de conscience non mixtes. Dans un de ces groupes des femmes utilisaient des miroirs pour voir de leurs propres yeux comment elles étaient faites, un privilège réservé jusque là à ces messieurs qu’ils soient gynécologues ou non. Pour Beaucoup, la vulve était encore « la partie infâme de leur individu » comme la morale puritaine le leur avait transmis avec ses histoires de femmes pécheresses, de filles de mauvaise vie et de dévergondées.

Bien qu’ils prétendissent le contraire, les hommes tenaient les femmes par le sexe, non pour le plaisir mais pour la reproduction de l’espèce, de la lignée et de la chair à canon. C’est pourquoi, dès les premiers engagements du Mouvement, le contrôle des naissances prit une grande importance. La pilule contraceptive venait juste d’être commercialisée en France et peu de gynécologues la prescrivaient. L’avortement était interdit et environ un million de femme avortaient chaque année à l’étranger si elles en avaient les moyens, sinon dans la clandestinité avec des méthodes barbares : recours aux faiseuses d’ange, introduction d’une aiguille à tricoter ou d’une queue de persil dans le col de l’utérus pour provoquer une infection qui parfois se transformait en tétanos mortel, absorption de potions soit-disant abortives, sauts de plusieurs mètres dans le vide, coups sur le ventre, etc. Ces méthodes cruelles entraînaient souvent la mort par septicémie, empoisonnement ou traumatismes. Les femmes qui survivaient couraient le risque d’une infection qui les rendrait stériles en bouchant leurs trompes ou en nécessitant une hystérectomie.

Malheureusement, les technologies progressant plus vite que ne changent les mentalités, les petits et grands chefs virent dans notre libération sexuelle une magnifique opportunité de se constituer des harems. Nous étions peut-être libres de nos corps mais nos têtes étaient sous l’emprise de la servitude volontaire ou du syndrome de Stokholm. Nous étions toujours psychologiquement dépendantes de nos mâles, qu’il y en eut un ou plusieurs dans notre entourage. Certaines féministes divorcèrent mais ce fut souvent pour tomber de Charybde en Scylla, soit pour s’unir à un révolutionnaire certes machiste mais pour la « bonne cause », soit pour s’unir à une femme avec laquelle elle reproduisait le schéma du couple hétérosexuel. L’expérience nous apprend que beaucoup de temps est nécessaire pour modifier les schémas psychologiques, sociologiques et légaux. Regardez la loi sur l’interdiction du pantalon aux femmes : édictée le 17 novembre 1800 elle ne fut abrogée qu’en 2013 !

En 1969, je n’étais absolument pas politisée lorsque, informée par une amie, je me rendis à une réunion du Mouvement à l’Ecole de la rue d’Ulm. Je fus immédiatement séduite par le discours enflammé mais réaliste de ces jeunes femmes intelligentes, éduquées, cultivées et sympathiques. Mon féminisme inconscient y trouva tout de suite un écho et du réconfort. Je n’étais plus seule à me révolter contre l’injustice de ma condition de femme, je n’étais plus ni folle, ni asociale, ni nulle et incapable. J’eu à peine le temps de savourer ma révélation que je partis étudier une année aux Etats-Unis où la toute fraîche émancipation des Afro-Américains prit le pas sur mon féminisme tout juste conceptualisé.

J’avais parfois côtoyé des noirs, notamment au lycée que fréquentaient quatre Camerounais en tout et pour tout et je ne leur avais trouvé comme différence que d’être particulièrement collants lorsque nous dansions dans les surprises-parties. A Saint-Louis du Missouri, je découvris à ma grande surprise que les noirs étaient noirs. Le nombre et le comportement faisaient la différence. En dehors des campus et des quartiers universitaires, la plupart de noirs vivaient dans des ghettos souvent misérables et ils restaient entre eux, jusque dans les bus où ils s’asseyaient au fond comme sous les lois ségrégationnistes. Les blancs les craignaient et eux ne se gênaient pas pour nous insulter ou nous manifester leur hostilité. Alors qu’un jour, accompagnée d’une étudiante noire, nous regardions des affiches épinglées dans le local d’une association noire, une femme vint rageusement  les arracher sous notre nez afin que nous ne puissions pas les lire. Mon amie noire fut outragée tandis que j’étais effarée. Il est possible que, du fait de mon expérience personnelle aux USA, par la suite je ne me suis jamais sentie vraiment concernée par l’assimilation du féminisme à l’anti-colonialisme. Je savais qu’une femme blanche était inférieure à un homme noir, quoi qu’en disent les marxistes et consorts. Et aujourd’hui, lorsque je constate que certains « collectifs de femmes » fusionnent féminisme, islamophilie et homophilie je suis consternée pour la bonne raison que le plus misérable des hommes se sentira toujours supérieur à la plus extraordinaire des femmes et qu’il n’hésitera pas à le lui prouver en la violant.

De retour en France, je me précipitai à la première réunion féministe venue. En une année, le Mouvement s’était étoffé et se réunissait désormais dans le bâtiment préfabriqué édifié dans la cour de l’Ecole des Beaux-Arts, rue Bonaparte. Nous étions de deux à trois cents femmes passionnées pour ces AG hebdomadaires, toutes belles et sympathiques. J’étais alors trop spontanée et naïve pour y distinguer des leaders, des manipulatrices et des ambitieuses. Tandis que nous débattions avec fougue, quelques hommes nous attendaient à l’extérieur. Parmi eux se trouvait Roland Castro, le futur « architecte du Président », chef de VLR (Vive la Révolution, Mao Spontex) et directeur de « Nous voulons tout ». Il avait « autorisé » les femmes de son groupuscule à le quitter (enfin presque) pour rejoindre le Mouvement. Annette, Sophie, Nadja et quelques autres s’étaient peu de temps auparavant enchaînées aux portes de la prison pour femmes de La Roquette et avaient pour cela un peu goûté à la prison. Elles étaient nos héroïnes du moment mais pour ma part, je m’intéressais plus à Hubertine Auclert qu’une plaque située juste en face de la prison de la Roquette rappelait à mon bon souvenir. J’avais été particulièrement conquise par les féministes du XIXème siècle qui avaient efficacement déblayé les tunnels et voies sans issue de la condition des femmes, notamment en matière d’éducation.

Hubertine Auclert  (1848-1914). Source photo http://www.eveleblog.com/approfondir/connaissez-vous-hubertine-auclert/

A suivre …

Pour en savoir plus

  • Archives du féminisme sur le blog Re-belles

http://re-belles.over-blog.com/

  • Revue féministe Sisyphe

un site féministe d’information, d’analyse et d’opinion.

http://sisyphe.org/

Féminisme et islamisation. Débat

Elisseievna est, comme moi, une féministe historique qui anime un blog féministe et participe à la revue du CERF. Je partage la plupart de ses idées et prises de position, en particulier contre l’islamisation de la France qui instille la charia sexiste dans notre vie quotidienne et nos institutions.

Elisseievna elisseievna envoie certains de ses articles à Riposte laïque  comme le font quelques autres féministes historiques qui ont su évoluer avec les changements sociétaux. Les auteures féministes de Riposte laïque : http://elisseievna-ripostelaique.blogspot.fr/

Elisseievna m’a fait parvenir sa réponse à ces féministes qui n’ont rien compris au drame qui se joue actuellement et l’accusent de xénophobie.

Il est triste de constater que les féministes historiques, avec lesquelles j’ai partagé de merveilleux moment dans le Mouvement de Libération des Femmes au début des années 70, se soient enfermées dans des idéologies dépassées et mortifères et qu’elles ne veuillent pas ouvrir leurs yeux et leur tête sur les réalités d’un monde dominé par l’idéologie islamique qui est en grande partie responsable du terrible recul de la condition des femmes françaises et de leur mise en danger permanente.

En s’accrochant à des idées de gauche staliniennes et sclérosées, elles font du mal à la philosophie et à l’idéal féministe et donc à toutes les femmes de France et du monde.

La Connectrice

REPONSES AUX FEMINISTES QUI M’ACCUSENT DE XENOPHOBIE

par Elisseievna 

REPONSES AUX FEMINISTES QUI M’ACCUSENT DE XENOPHOBIE

Parce que je pense de l’idéologie de l’islam ce qu’en pense la féministe Ayaan Hirsi Ali, les apostates de l’islam Wafa Sultan, Nonie Darwish, Sabatina James et d’autres qui ne sont pas connues, certaines féministes me trouvent xénophobe  ou pire, moi et d’autres féministes ayant la même opinion sur cette idéologie … 

J’estime,  moi, que ces accusatrices, sans bien sur le vouloir ni s’en rendre compte, tout en croyant combattre l’enseignement du mépris, tiennent, elles un discours qui favorise le racisme et l’attitude colonialiste.

Il faut expliquer ici mon emploi du mot racisme : je donne ici ma définition d’un aspect du racisme, je ne veux pas du tout dire que les écrits de mes accusatrices tomberaient sous le coup de la loi « antiraciste » et encore moins qu’elles auraient été condamnées sur la base de ces lois. Par contre je leur fais un procès moral, car je trouve leur démarche immorale : je pense qu’elles tiennent des propos très nocifs, dangereux pour la paix civile, et qu’elles seraient parfaitement en mesure de mener une réflexion plus approfondie pour s’en apercevoir. Je rappelle à tous ceux qui n’ont pas lu les lois antiracistes, que la loi ne donne aucune définition du racisme et n’en fait pas un délit en soi : ce qu’elle interdit est d’inciter à la haine, de discriminer, d’insulter en raison de l’appartenance à tel ou tel groupe racial, c’est-à-dire certaines actions dont on peut estimer qu’elles sont basées sur des idées racistes, et non pas le racisme en général. Ni le racisme ni la haine ne sont définis et incriminés en soi : ce qui pose quantité de problèmes ….

Ceci étant clarifié, voici les écrits plusieurs féministes ayant participé au mouvement féministe des années 70 et devenues ensuite universitaires.

Dans l’humanité dimanche le 9 mars 2011, Françoise Picq écrit :  

« Je suis indignée de la régression de la situation des femmes dans certains quartiers et du procès en racisme fait à ceux qui le dénoncent. (…) Je suis indignée quand la laïcité est tirée vers une conception essentialiste et xénophobe. (…)  Je suis indignée quand l’engagement féministe est mêlée à un combat douteux contre l’islamisation de l’Europe » 

Personnellement je suis outrée par ce discours lamentable qui assimile critique des normes sexistes de l’islam à du racisme sous le nom d’essentialisme et de xénophobie, qui nie que la « régression de la situation des femmes » est précisément le fait de l’ « islamisation » dans le sens du développement de l’application de loi islamique à l’encontre de ces femmes.

Je suis outrée par le refus de prendre connaissance des normes islamiques qui est à la source de ce raisonnement. Je porte le jugement le plus sévère qui soit sur les textes de l’islam, mais je ne me permets d’en parler que parce que je les ai étudiés comme si j’étais une musulmane ignorante qui souhaite connaitre sa propre religion, jamais je ne me serais permis ce mépris profond que représente le refus de connaitre la pensée islamique.

Je suis outrée et j’accuse, moi, de racisme les occidentaux qui refusent d’étudier l’islam tout en se permettant d’affirmer qu’il est une norme valable moralement, et par là de contribuer à son maintien.

Ce refus est du racisme car ces occidentaux assimilent islam à une identité essentielle des populations aujourd’hui sous loi musulmanes, et ce,  malgré les atrocités commises au nom de la loi islamique. Pour ces occidentaux-là, les « arabes » au fond sont une race faite pour ces atrocités.

Ils font cet aveu lorsqu’ils affirment que les musulmans ne peuvent changer leur foi : d’où leur vient une telle certitude absurde, ce déni fait des capacités essentielles de tout humain que sont la raison, réflexion et la conscience, l’aptitude à remettre en cause ses représentations et convictions, sinon d’un racisme profond ?

Dans un article de 2004 critiquant la loi française sur le voile, une autre théoricienne féministe ayant participé au mouvement des années 70, Christine Delphy expliquait que cette loi est une « guerre préventive » déclenchée en France au nom de la défense contre le « danger islamiste » — dont personne ne peut prouver l’existence dans ce pays ».

Elle affirmait son désir d’une conciliation du féminisme et de l’islam et demandait de l’aide pour y parvenir … sans songer une seconde à s’atteler à se mettre elle-même au travail d’étude de l’islam, mais en accusant d’ « arrogance colonialiste et racistes » celles qui estiment cette conciliation impossible :

« Essayons de voir le positif : le lien est désormais fait entre les féministes et les jeunes femmes voilées, dont beaucoup développent un féminisme non pas contre mais avec l’islam. Et pourquoi pas ? Il y a longtemps que nous dialoguons avec celles qui sont catholiques et féministes, protestantes et féministes, juives et féministes. Et si je termine par cette lueur rose dans un ciel plombé, c’est que hier, dans une réunion de « progressistes », j’ai vu et entendu l’arrogance coloniale et raciste la plus éhontée s’exprimer ; et que j’en ai conçu un grand découragement. Si j’essaie ce soir de vous convaincre que d’un mal peut sortir un bien, c’est que j’essaie d’abord de me convaincre moi-même ; et j’espère que vous m’y aiderez. »

Je suis outrée par cette volonté impudente de jouir à la fois d’une représentation imaginaire « rose » d’un islam qui serait « féministe » et de la fustigation, de l’insulte, envers ceux qui parlent de la réalité, en omettant totalement d’envisager le moindre effort personnel pour se coltiner à une démarche minimale de travail intellectuel.

Dans la revue de Fiammetta Venner et Caroline Fourest, Prochoix, trois féministes, dont deux ayant elles aussi participé au mouvement des années 70, elles aussi devenus universitaires, s’en prennent à Anne Zelensky, devenue elle, critique de l’islam.

Jacqueline Feldman écrit : «  Ce n’est pas l’islam qui va nous islamiser, ce sont nos valeurs qui vont atteindre peu à peu les femmes portant le voile ». D’où lui vient cette conviction ? Des « démographes » qui « montrent qu’il faut environ deux générations pour que les immigrés qui viennent de culture où il est bon d’avoir autant d’enfants que possible adoptent le contrôle des naissances de nos sociétés modernes. Je pense qu’il va en être de même des mentalités musulmanes pour que soit acceptée la séparation de la religion et de l’Etat, et que la religion soit avant une démarche privée, avec le droit également de ne pas avoir de religion ».  Et d’accuser Anne Zélensky, à propos des Assises de l’islamisation de 2010  : « Vos actions spectaculaires sont pure provocation, méchantes, racistes ».

Régine Dhoquois-Cohen écrit :

«  Les Assises contre l’islamisation : le titre ronflant est nauséabond. Il s’agit d’une forme de délire qui en rappelle d’autres sur la domination du monde par les Juifs. Le bouc émissaire a changé. Ce sont les musulmans et non plus les juifs. Mais le langage haineux est le même.  Le titre de ton discours : « le féminisme contre la charia » est emblématique des amalgames communs à tous les racismes. Nous sommes en France et à ma connaissance la loi islamique (…) n’est pas à l’ordre du jour en Europe et tend à disparaître dans la loi et même dans les pratiques (…) de plusieurs pays musulmans. »

Plus  loin elle ajoute : « As-tu écouté ceux qui te disent que comme toute religion, l’islam évolue ? » et : « pour moi le féminisme était un mouvement. Pour toi il semble être une idéologie fermée et sectaire. En son nom tu condamnes une religion, une civilisation, des millions d’êtres humains ».

Il est intéressant de noter que Régime Dhoquois est juriste … pour autant elle ne semble même pas savoir que le droit musulman existe.

Enfin, Claudie Lesselier tranche, parlant des Assises de l’islamisation : «  Vision essentialiste et xénophobe de l’Islam, glissement d’une laïcité universaliste à une laïcité identitaire. » « Point de vue essentialiste qui occulte la réalité diverse de l’islam, qui confond islam et islamisme, qui nie toute évolution possible d’une religion, et qui ne peut (…) sauf à expulser tous les musulmans, déboucher sur aucune solution. »

Pas un mot sur la loi islamique : elles ne savent rien. Rien …

Pas un mot sur les personnes des pays sous loi musulmane ou de familles musulmanes qui critiquent l’islam. Comme s’ils n’existaient pas.

Christine Delphy s’insurge contre l’ « arrogance colonialiste » qui consisterait selon elle à s’opposer à ce que les femmes musulmanes prennent leur destin en main … en conciliant islam et féminisme. Mais les femmes savantes en islam qui le critiquent, elle les ignore : il y a là pire que de l’arrogance, le mépris total de l’ignorance et du déni de l’existence d’autrui.

Je suis accablée de honte devant tant d’ignorance et de profération d’imbécilités résultant de cette ignorance volontaire.

J’ai déjà répondu dans un article sur la notion d’ « essentialisation » appliquée à l’islam. Le charabia sur la laïcité « identitaire » à ne pas confondre avec la laicité « universaliste » repose sur l’acharnement délirant et obscurantisme à vouloir croire que toutes les religions auraient au fond une idéologie semblable.  Sombre imbécilité que de nier l’absence de notion de laïcité dans certaines religions, dont l’islam. Non, l’universalisme ne consiste pas dire qu’il ne faut faire aucune différence parce que tout est pareil, l’universalisme consiste au contraire à dire que tous les êtres humains sont doués de raison et aptes au discernement, (aptitude à faire des distinctions) et à la réflexion critique.

Enfin, à quoi bon répondre à l’infini à une litanie de propos déconnectés de la moindre connaissance du sujet en cause ? Une intelligence dénuée de courage d’affronter la réalité sombre dans l’absurde.

Elisseievna

Notes : 

http://oumma.com/article.php3?id_article=943  La loi anti-voile : un aveuglement collectif  Par Christine Delphy  lundi 9 février 2004

 http://lmsi.net/spip.php?article826 Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme,Annonce d’un débat avec Christine Delphy 2009

L’humanité Dimanche 3 mars 2011  Françoise Picq

Antoinette Fouque, prédatrice du Mouvement de libération des femmes, est décédée

Antoinette Fouque née à Marseille de parents corses il y a 77 ans est décédée, sans doute des conséquences de la sclérose en plaques dont elle souffrait depuis des années.

Je suis étonnée par le panégyrique que Najat Vallaud-Belkacem lui a dressé.

Rusée comme une renarde, cette féministe avait l’art de manipuler les femmes fragiles en demande de sens et d’amitié, et de récupérer leur énergie, leur travail et leur créativité. Montée à Paris avec son mari et sa fille elle avait acquis de la notoriété dans le mouvement de libération des femmes en s’appuyant sur son analyse avec Jacques Lacan, mandarin prestigieux au sein de toutes les tendances de gauche à partir des années 70. Elle avait regroupé autour d’elle un certain nombre de femmes qui se retrouvaient dans son appartement de la rue des Saints-pères sous le nom de « psyképo », psychanalyse et politique. Elle vivait alors avec son mari, sa fille Vincente et son amie Josiane Chanel, agrégée et Psychotique qui lui servait de carte de visite et qu’elle avait convaincue d’abandonner son appartement de la rue des Canettes pour en faire le local des femmes.

Très rapidement, Antoinette devait prendre en analyse ces jeunes femmes sensibles et souvent fragiles qui buvaient ses paroles qui mélangeaient théories féministes américaines et psychanalyse. De mauvaises langues racontaient qu’elle les abandonnait en plein transfert afin de pouvoir les manipuler à sa guise. Ces jeunes femmes qui s’habillaient toutes chez Sonia Rykiel lui étaient totalement dévouées, l’adulaient et ne supportaient pas qu’on puisse élever la moindre parole critique sur leur gourou. En effet, « Psyképo » fonctionnait comme une secte à tous points de vue.

Après Lacan, Antoinette Fouque racontait s’être allongée sur le divan de Luce Irigaray qui, d’après elle représentait la psychanalyse féministe. Avoir quitté le maître incontesté de l’intelligentsia parisienne pour une femme illuminait la féministe d’un prestige incomparable. Petite et peu avenante, elle tirait son charme de sa langue bien pendue, de son sourire rusée et, surtout de son art de lancer des piques assassines en ayant l’air de rien. Elle était d’une efficacité redoutable pour éliminer ses adversaires, à savoir toutes les femmes qui ne se soumettaient pas à ce pouvoir qu’elle ne cessait jamais de dénoncer. A l’en croire, toutes les féministes, sauf elle, cherchaient à contrôler et exploiter toutes les femmes qui arrivaient dans le Mouvement naïves, authentiques, sincères et pleines d’espoir.

Je parle en connaissance de cause pour être passée moi-même par « Psyképo » et en être sortie après qu’Antoinette ait insisté pour que je m’allonge sur son divan en m’offrant un verre de vin et posant la bouteille à portée de main…Comme je ne bois pas d’alcool, je n’ai pas eu le loisir de perdre la tête et j’ai enregistré la leçon 😉

On va dire que le moment n’est pas venu, à l’heure où la condition des femmes régresse et ou le « féministe bashing » fait flores, de relancer la polémique entre femmes et je déplore d’avoir à remettre ces désaccords sur le tapis. Mais voilà, Antoinette Fouque avait l’air d’une femme mais se comportait exactement comme les hommes qu’elle nous « apprenait » à dénoncer et dont elle faisait tout pour nous séparer afin de constituer son propre harem. Ce constat vaut pour le général et le particulier. Je me souviens du désespoir d’un architecte que son épouse avait quitté pour devenir le lieutenant le plus féroce d’Antoinette.

Antoinette Fouque a largement contribué à la destruction du mouvement de libération des femmes pour le réduire à « MLF » déposé et trois librairies.

Je laisse maintenant la parole aux femmes qui ont exprimé leur indignation lorsque Antoinette Fouque a eu l’indécence de déposer le nom « MLF ».

L’héritage féministe détourné

DES FEMMES DU MOUVEMENT DE LIBÉRATION DES FEMMES (NON DÉPOSÉ, NI «CO-FONDÉ»). 7 OCTOBRE 2008 À 06:51

On a beaucoup parlé, récemment, de mai 1968. On en a rappelé le fantastique foisonnement de paroles, d’idées, de révoltes, de désirs enfin mis à nu : un formidable moment de (re)mise en mouvement de la société – et pas seulement en France.

Il n’est venu à l’idée d’aucun des acteurs, célèbres ou anonymes, de cette période, d’en réclamer la paternité, de se déclarer initiateur, ou «fondateur» de mai 1968. Daniel Cohn-Bendit lui-même, symbole du mouvement l’aurait-il tenté, qu’il eût été accueilli par un gigantesque éclat de rire et amicalement enjoint de se soigner dans les plus brefs délais. Car, nous le savons, on peut fonder une entreprise, une association, un culte, une SCI, une SARL, une maison d’éditions, une secte, parfois tout cela ensemble : on ne peut pas «fonder» un mouvement. Il existe bien sûr des livres fondateurs : le Capital, par exemple ; il existe des actes, ou des événements fondateurs : la nuit du 4 août, la prise de la Bastille, ou du palais d’Hiver ; ils ne font nullement de Marx le «fondateur» du mouvement ouvrier, de Saint-Just ou Robespierre les «fondateurs» de la révolution française, ou de Lénine le «fondateur» de la révolution d’Octobre – et Antoinette Fouque, même si certains de ses admirateurs le pensent, n’est pas Marx, ou Saint-Just, ou Lénine.

De tous les mouvements sociaux du siècle, seul le «MLF», à en croire Antoinette Fouque, aurait été «fondé» ? A une date précise ? Dans un lieu précis ? Par une personne précise ? Ou deux ? Ou trois ? Ou quinze ? Et cette personne, ou ces deux, ou trois, ou quinze personnes auraient dissimulé la chose durant des décennies ? Elle aurait, elles auraient, durant les «années mouvement», travaillé ensemble, milité, écrit des textes, publié des journaux, manifesté dans les rues, vécu des conflits – ou des histoires d’amour – sans jamais avoir révélé à quiconque leur secret ? Sait-on qu’Antoinette Fouque elle-même s’en est décrétée «fondatrice» seulement… au début des années 1990 ?

Fondation occulte donc et, aussi, divinatoire : elle serait survenue, toujours dans la légende dorée que l’on nous propose, avec… deux ans d’avance. Peut-on imaginer Dany Cohn-Bendit convoquant presse, radios et télévisions pour commémorer le 40e anniversaire de mai 1968… en 1966 ? Célébrant la «fondation de mai 1968» par lui et deux ou trois amis dans une maison au bord de la Méditerranée, en septembre 1965 ? Ou par quinze autres amis dans un appartement parisien un jour de février 1966, comme par hasard jour de son anniversaire ? Ce sont là pourtant deux des versions récentes – et ahurissantes – données par Antoinette Fouque de la «fondation» du MLF.

Soyons clairs. Antoinette Fouque a fait, incontestablement, partie du mouvement de libération des femmes. Elle y a dirigé la tendance «psychanalyse et politique», qui séduisit nombre de jeunes femmes, et d’hommes – et en horripila nombre d’autres – ce sont là contradictions classiques, dans tout mouvement. Elle a fondé la librairie Des femmes, et les éditions éponymes, dont le catalogue est remarquable. Elle a été élue députée européenne (sur la liste de Bernard Tapie), et semble disposer de moyens financiers considérables. D’autres s’en contenteraient. Les raisons pour lesquelles il lui a fallu confisquer, autrefois, le mouvement de libération des femmes à son seul profit (1) en déposant à la stupeur générale une marque commerciale : «MLF». Les raisons pour lesquelles il lui faut, aujourd’hui, en confisquer et en falsifier l’histoire restent, à nos yeux, mystérieuses. Ce qui ne l’est pas ce sont ses effets. A propos du dépôt de la marque commerciale «MLF», Simone de Beauvoir disait : «réduire au silence des milliers de femmes en prétendant parler à leur place, c’est exercer une révoltante tyrannie».

(1) Cf. Chroniques d’une imposture : du mouvement de libération des femmes à une marque commerciale, Nadja Ringart, éditions Mouvement pour les luttes féministes, 1981, Paris.

Des femmes du Mouvement de libération des femmes (non déposé, ni «co-fondé»).

source http://www.liberation.fr/societe/2008/10/07/l-heritage-feministe-detourne_112803

Pour en savoir plus

Pour ceux qui veulent rendre hommage aux morts sans réécrire l’histoire du féminisme, à ceux qui veulent comprendre la polémique qui opposait Antoinette Fouque aux féministes historiques du MLF, voici le numéro 46 de la revue ProChoix  

http://www.prochoix.org/pdf/Prochoix.46.interieur.pdf

Sommaire :

MLF : Le Mythe des origines

2008 : l’inquiétante familiarité   (Collectif)

MLF : 1970, année zéro   (Françoise Picq)

Le féminisme pour les nuls     (Caroline Fourest)

“Antoinette Fouque a un petit côté sectaire”   (Michelle Perrot)

Cette boutique n’a rien d’obscur   (Anne)

L’héritage féministe détourné     (Des femmes du MLF non déposé ni co-fondé)

Généalogie

La règle du jeu    (Cathy)

La naissance d’une secte  (Nadja Ringart)

Fragments d’un discours amoureux

1979 : l’Odysée de la marque  (Cassandre)

Les nouveaux compagnons de route   (Marie-Jo Dhavernas)

Un messianisme génésique  ?  (Liliane Kandel)

La géni(t)alité des femmes

8 mars : visite au mausolée du MLF (Annette Lévy-Willard)

Monique Wittig raconte…

Sauvons la soldate Marie Dedieu kidnappée au Kénya

Publié le

Mercredi 19 octobre le Quai D’orsay annonce la mort de Marie Dedieu http://laconnectrice.wordpress.com/2011/10/19/notre-otage-marie-dedieu-serait-decedee/

Mardi 18 octobre, ça barde en Somalie, un attentat terroriste a fait 7 morts. http://fr.news.yahoo.com/une-explosion-retentit-%C3%A0-mogadisio-123149785.html La situation générale entre la Somalie et le Kénya, entre la Somalie et ceux qui ont intérêt à semer la pagaille, ne peuvent que rendre encore plus difficile la libération de Marie Dedieu et celle des autres otages qui constituent un atout pour d’éventuelles négociations lorsque les différentes parties seront exsangues après s’être entre tuées, qu’elles auront occupé les terrains qui les intéressent et qu’un médiateur venu du ciel se proposera pour mettre fin aux massacres tout en tirant les marron du feu.

Vendredi 14 octobre: toujours pas de nouvelles. Un ancien otage est très inquiet http://www.republicain-lorrain.fr/france-monde/2011/10/08/pierre-camatte-inquiet-pour-marie-dedieu

On apprend par ailleurs que deux humanitaires espagnoles viennent d’être enlevées. http://www.liberation.fr/depeches/01012365668-kenya-les-deux-espagnoles-enlevees-a-dadaab-sans-doute-deja-emmenees-en-somalie

TF1 a consacré un sujet à l’enlèvement de Marie Dedieu http://www.planete-elea.com/article-le-rapt-de-marie-dedieu-un-coup-de-tonnerre-a-manda-sept-a-huit-video-86257806.html et M6 devrait en faire autant dimanche prochain, le 15 octobre dans » 66 mn ».

Le 2 octobre

Je demande aux féministes de tous bords, aux gauchistes, aux gens de gauche et du centre, à Delanoë et ses alliés verts, aux associations de défense des Droits de l’homme, à toutes les forces humanistes de soutenir Marie Dedieu comme elles et ils l’ont fait pour Ingrid Bettancourt. Je demande au gouvernement de la sauver, à Nicolas Sarkozy d’aller la chercher et à Antoinette Fouque de prendre sa place.

Je me souviens de ma première rencontre avec Marie Dedieu dans la cour des Beaux-Arts, rue Bonaparte, où nous tenions nos AG féministes. Tous les mardis soir, le bâtiment préfabriqué qui occupait le haut de la cour de l’école accueillait des centaines de femmes tandis que quelques hommes faisaient le pied de grue à l’extérieur soit pour entendre le compte-rendu de la réunion -comme Roland Castro alors chef de VLR-, soit pour « voir les féministes », soit pour exprimer rage ou inquiétude devant ces rassemblements qui les excluaient.

Marie fut une militante féministe parmi des milliers d’autres, enthousiaste, généreuse et sincère. Marie respirait la bonté et la gentillesse.

Je me souviens m’être rendue dans l’appartement que Marie occupait boulevard Beaumarchais, un lieu typique de la vie de bohème de l’époque avec ses couleurs vives, ses objets ethniques, la déco inspirée et nonchalante, sans façons. Le plus impressionnant était l’inscription géante peinte sur un mur « Marie, je t’aime » ou quelque chose comme ça. Marie venait de mettre fin à sa relation passionnée avec Jean-Pierre Léaud, ce qui indiscutablement ajoutait à son aura. Elle avait fréquenté des vedettes, figuré dans un film de Truffaut et son carnet d’adresses était bien rempli. Sa grâce et ses relations firent d’elle un objet de convoitise pour l’ambitieuse Antoinette Fouque qui l’utilisa comme femme de paille après l’accident dont elle fut la cause indirecte puisqu’elle avait prêté son coupé sport à un garçon qui emmena Marie en balade et frima tant au volant que la voiture échoua brutalement dans l’herbe du fossé. On était en 1972, je crois. Marie n’avait pas 30 ans.

Marie séjourna des mois à Garches. Elle avait perdu l’usage de ses membres et fut prise en charge par le groupe Psyképo qui l’utilisa comme symbole, comme égérie et comme idole destinée à cimenter le groupe sectaire. Les éditions des Femmes rééditèrent les numéros du Torchon brûle sous le nom de Marie Dedieu alors que chaque numéro avait été imaginé et réalisé collectivement et anonymement par un groupe différent http://re-belles.over-blog.com/pages/_Chroniques_du_MLF_premiers_articles_premiers_journaux-931099.html . C’est ainsi qu’on peut lire dans la presse paresseuse que Marie fut rédactrice en chef du Torchon brûle et journaliste. C’est faux. Marie était une militante de base comme les autres et il semble que lorsqu’elle refusa de jouer le rôle de femme de paille qu’Antoinette Fouque lui avait assigné, le groupe Psyképo l’abandonna comme un seul homme (sic). On ne plaisante pas dans les sectes.

Connaissant les anciens liens de Marie avec Antoinette Fouque, des journalistes l’ont appelée mais elle a refusé de répondre, ce qui n’est vraiment pas gentil. Il est d’ailleurs décevant de constater qu’à ce jour aucune féministe n’a exprimé de la peine, de la compassion ou de la solidarité avec Marie Dedieu. Certes, elle n’était pas une théoricienne et on peut lui reprocher d’avoir servi la Fouque -qui a tout fait pour diviser le Mouvement, qui a déposé le sigle MLF en 1979 et qui s’est imposée comme fondatrice du MLF- mais elle était engagée autant que des milliers d’autres femmes et ses alliances sont de l’histoire ancienne.C’est grâce aux luttes auxquelles Marie a participé que les femmes ont fait un grand pas vers leur émancipation et d’avantage d’égalité, même s’il reste encore tant à faire.

Personnellement, je garde un excellent souvenir de Marie et je ne suis pas étonnée qu’elle soit tant appréciée et aimée dans son village Kényan.

Comme je l’avais perdue de vue et que j’avais pris mes distances avec le Mouvement, je ne suis pas certaine de ce qui s’est passé de 1975 à ce jour. Je crois que ce fut une chance pour moi car je n’eu jamais à critiquer son alliance avec Psyképo et sa terrible Napoléone. Je n’entendis plus jamais parler de Marie jusqu’à hier quand on révéla l’identité de la « Française enlevée au Kenya » .http://www.leparisien.fr/faits-divers/la-vie-de-courage-de-marie-dedieu-enlevee-au-kenya-03-10-2011-1636820.php  Je dois avouer que j’en fus émue et peinée et qu’en voyant sa photo j’ai retrouvé le sourire et l’éclat du regard que j’avais connus.

Une prise d’otage est toujours un acte ignoble mais quand on connaît personnellement la victime, que l’on sait la précarité de son état de santé, on ressent indiscutablement plus d’émotion et de peine. J’espère de tout mon coeur que Marie sera très prochainement libérée et qu’elle pourra retrouver les siens.

Il n’y a aucun doute que ses ravisseurs l’ont choisi pour sa vulnérabilité afin de toucher très rapidement leur rançon usant d’un double chantage à la fois sur la nationalité de l’otage et sa fragilité objective.

Lire aussi article et commentaires sur Disons.fr http://www.disons.fr/?p=21466

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