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Archives de Tag: politique

Parlement européen : corruption des eurodéputés

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Des journalistes du Sunday Times se sont fait passer pour des lobbyistes demandant à des eurodéputés de passer des amendements qui avaient été votés, moyennant finances.

Un député slovène, un roumain et un autrichien ont accepté et donné les coordonnées de leurs comptes bancaires.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/03/20/pieges-par-de-faux-lobbyistes-trois-eurodeputes-acceptent-de-deposer-des-amendements-contre-de-l-argent_1495941_3214.html

Des affaires de corruption touchent régulièrement des politiques, des élus du peuple, en principe choisis démocratiquement et rémunérés en espèces et en avantages pour effectuer leur fonction.

Il semble que l’appât du gain à des fins personnelles ou pour financer un parti soit une pratique généralisée et on se demande si le Parlement européen dispose d’un horloger ayant autorité pour mettre les pendules à l’heure.

Cette affaire pose aussi la question de la compétence des eurodéputés puisqu’en l’occurrence, les trois personnes concernées ignoraient que les amendements avaient déjà été votés. Ou, si elles ne l’ignoraient pas, leur immoralité cynique est encore plus scandaleuse.

De manière générale, les eurodéputés, les Français en particulier nous donnent l’impression de ne pas prendre au sérieux leur fonction. On se souvient de Rachida Dati piégée par des journalistes au cours d’une session parlementaire alors qu’elle racontait à une amie combien elle s’ennuyait…http://www.youtube.com/watch?v=NgiaqVU1yX4

Un cas qui ne semble pas exceptionnel.

Le désintérêt des politiques français pour les institutions européennes est certainement à l’origine du non au projet de traité constitutionnel européen. Contrairement aux réalités des décisions qui, dans certains domaines, ont apporté des améliorations à la vie quotidienne des Français qui profitent allègrement des subventions européennes sans états d’âme.

Par exemple, le téléphone mobile n’aurait pas pu se développer sans dérèglementation du monopole de France Télécom. Aujourd’hui, même les SDF ont un téléphone mobile.

Beaucoup d’agriculteurs n’auraient pu s’adapter au marché sans l’aide de l’Europe même si, dans le même temps nombre d’entre eux ont du lacher prise. L’agriculture biologique par contre a bénéficié des législations européennes.

Sans l’Europe, il n’y aurait pas de programme Erasmus pour les étudiants, une chance extraordinaire d’élargir ses connaissances, son expérience et son réseau.

La possibilité d’aller travailler librement dans le pays membre de son choix est une formidable opportunité pour les jeunes en particulier.

Sans vouloir nier que tout changement a son avers et son revers, les institutions européennes ont développé la synergie entre les bonnes pratiques des pays membres et il est contre-productif de refuser de participer  ces instances tout en critiquant leurs décisions.

Cantonales : 55% d’abstentionistes ! 72% à Aubervilliers.

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Plus d’une personne sur deux s’est désintéressée des élections cantonales!

C’est le fait majeur qui caractérise le désintérêt des Françaises et des Français vis à vis de la politique institutionnelle car, en réalité, la plupart des Français s’intéressent à la vie de la société, ont des opinions mais ne font pas confiance aux politiques, quel que soit leur bord, pour gérer le pays de manière efficace en se souciant du bien commun.

 

Le succès de Marine le Pen s’explique par le fait qu’elle parle simplement de préoccupations quotidiennes qui touchent une majorité de gens. Mais ce succès reste relatif puisque le taux d’abstention reste très élevé. Les gens qui s’expriment en sa faveur sont forcément les plus passionnés, les plus agacés, les plus révoltés et les plus désespérés, des caractéristiques extrêmes.

A gauche, Ségolène Royal a été la seule à parler aux Françaises et aux Français de leur quotidien en matière d’économie, de revenus, d’emploi, d’éducation, de santé et de solidarité. Pour le peuple, elle est la seule capable de contrer Marine le Pen et il est dommage qu’elle ne soit pas soutenue par son parti.

 

http://www.la-croix.com/Les-cinq-raisons-d-une-abstention-record/article/2418518/55350

67,30% d’abstention en Seine-Saint Denis, un département particulièrement détériorioré par l’insécurité, le communautarisme, le regroupement de classes économiquement faibles, la désocialisation des jeunes, le refus d’insertion des adultes qui vivent les pieds en France, la tête au Bled grâce aux paraboles qui fleurissent sur leurs balcons lépreux de logements sociaux serrés les uns contre les autres, un taux d’analphabétisme record et de chômage en conséquence.

http://www.lemonde.fr/elections-cantonales-2011/article/2011/03/21/seine-saint-denis-l-abstention-la-plus-forte-de-france_1494523_1470538.html

J’ignore où cette photo a été prise mais quand on se balade du côté de Pantin ou dans Paris 19ème du côté des cités d’immeubles sociaux, on observe des dizaines de paraboles à tous les étages, le signe que les habitants privilégient la réception satellitaires de chaines en provenance du Maghreb et des pays arabes. La prolifération de femmes voilées dans les mêmes lieux confirme l’hypothèse.

L’abstention est parfois une manière de vote pour dire que les politiques ne proposent pas de solutions acceptables.

L’abstention reflète l’isolement de communautés qui préfèrent le système D, les arrangements entre coreligionnaires ou co natifs des mêmes régions aux lois de la République qui en principe, devraient donner les même chances à tout le monde.

Dans la situation actuelle de délabrement politique et de renoncement aux valeurs de la République, il y a fort à parier que Marine le Pen sera élue à la présidence de la République avec un taux record d’abstention. Si cela pouvait donner un coup de renouveau à l’opposition future UMPS, ce serait alors une bonne chose…en admettant que le FN serait forcément contraint de faire alliance avec d’autres forces politiques parce qu’il n’aurait pas la majorité à l’Assemblée nationale ni au Sénat.

Etant donné le programme nocif du FN, on peut espérer qu’il serait trop minoritaire pour faire voter des lois scélérates.

8 mars : Lilith et les pécheresses

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Il est de bon ton de maudire le féminisme et les féministes en les caricaturant et les ridiculisant pour s’en démarquer ou nier la parole des femmes qui s’estiment discriminées et mal traitées du fait de leur genre. Pourtant, la discrimination sexiste est la plus ancienne et la plus universelle qui soit et beaucoup d’hommes et de femmes la trouvent légitime en se fondant sur des arguments essentialistes qui réduisent la femme à sa fonction reproductrice et l’homme à sa force physique, comme si les progrès des sciences, de la civilisation, de la médecine, de la philosophie, de l’économie et des techniques n’avaient pas conduits les individus à un potentiel d’égalité indépendamment de leur sexe, de leur race et de leur constitution physique.

Il faut reconnaître que le mouvement féministe est aussi divisé que la gauche en ce qui concerne les prises de position publique car, sur le fond, le travail continue, en particulier avec le Lobby européen des femmes http://www.womenlobby.org/?lang=fr qui rassemble 2 500 organisations féminines et féministes des pays membres de l’Union ou candidats à l’Union.

La haine et la discrimination des femmes commence avec les mythes fondateurs de toutes les sociétés. La femme a toujours été considéré comme une menace pour la vie de l’homme et comme étant responsable de toutes ses fautes.

Si le terme « féminisme » est relativement récent, l’action des femmes contre leur infériorisation dans une société dominée par les hommes est très ancienne, aussi ancienne que leur oppression.

Lilith

Dans la tradition kabbalistique, le féminisme commence avec Lilith, la première femme créée par Dieu à l’égal d’Adam, tous deux façonnés à partir d’une boule de glaise. Mais Lilith se rebiffa contre Adam qui entreprit de la soumettre en lui imposant la position du missionnaire. Lilith en appela à l’arbitrage divin auquel Adam ne répondit pas. Lilith s’enfuit alors vers les rivages de la Mer rouge où elle fraya avec des démons et enfanta de nombreux diablotins. Pendant ce temps, Adam avait supplié Dieu de lui donner une compagne mais comme le Tout puissant n’avait plus de glaise originelle il créa une autre femme, Eve, à partir d’une côte de l’homme. Lilith, furieuse de ce remplacement qui confortait Adam dans une position dominante, vint hanter le sommeil du couple, troublant Adam dans son sommeil. Dieu envoya trois anges, Sénoy, Sensénoy et Sémangelof, pour demander à Lilith de faire la paix avec Adam et d’épargner les nouveaux nés, en échange de quoi, elle serait libre de mener la vie de son choix avec les démons. Lilith accepta à condition que les bébés portent une amulette au nom des anges. Elle ne renonça pas toutefois à provoquer les hommes dans leur sommeil et, dans les récits talmudiques de Martin Buber, on trouve mention de la nécessité pour les hommes solitaires de se prémunir des visites nocturnes de Lilith en déposant des herbes tressées devant leur porte. Dans la tradition juive, il fut courant de suspendre au cou des nouveaux nés une amulette portant le nom des anges pour conjurer les mauvais sorts que Lilith aurait pu leur lancer.

Amulette bracelet en argent destinée à une femme en couches, Perse, 19ème siècle http://kabbalah.fayelevine.com/amulets/pk017.php

Type d’amulette protectrice représentant la main de Dieu

Amulette prophylactique anti Lilith d’ Arslan Tash. Avers.
Musée national d’Alep, Syrie.

Sur cette amulette, Lilith est représentée comme un démon ailé.

Dans les années 70, la figure et le mythe de Lilith ont été repris par des féministes comme modèle de la femme libre refusant de se soumettre au pouvoir de l’homme, à l’opposé d’Eve. Une revue féministe américaine s’intitulait Lilith et dans certains ouvrages, des historiennes ont tenté de démontrer que Dieu était femme, comme Merlin Stone dans « Quand Dieu était femme ».

On retrouve le mythe du démon femelle ailé dans de nombreuses civilisations et, plus généralement des représentations féminines menaçantes pour l’homme, le monde et la vie.

Les femmes dangereuses pour l’homme

Dans la Bible, la désobéissance d’Ève qui fait croquer à Adam le fruit défendu, est responsable des péchés de l’humanité.

Dalila est la traîtresse qui, grâce à ses charmes, fera succomber l’invincible Samson.

Dans la mythologie grecque, on rencontre Médée qui fait dévorer ses propres enfants par leur père, Jocaste qui couche avec son fils Oedipe, Pandore qui libère tous les maux de l’humanité. La Belle Hélène responsable de la guerre de Troie.

Ulysse oublie ses devoirs en se laissant d’abord séduire par Circé qu’il fuira ensuite en se bouchant les oreilles avec de la cire et en se faisant ligoter au mât de son navire.

Plus tard, au Moyen âge, des millions de femmes seront accusées de sorcellerie, torturées et brûlées vives sur des bûchers.

Au fil des siècles, les reines, les concubines seront accusées de sorcellerie, de messes noires, d’empoisonnements et d’intrigues. Marie-Antoinette sera rendue responsable de la trahison de Louis XIV et Olympe de Gouges sera guillotinée pour avoir écrit « la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne »

http://www.histoire-en-ligne.com/spip.php?article154

Dans son poème « la métamorphose d’un vampire », Baudelaire reprendra le mythe de la femme voleuse de vie et tueuse d’homme: « La femme cependant de sa couche de braise…se tordant ainsi qu’un serpent sur la braise….je sais la science de perdre au fond d’un lit l’antique conscience. »

Dans les mouvements ouvriers du XIXème siècle, les femmes étaient accusées de voler le travail des ouvriers. Le travail de nuit leur était interdit, au prétexte de les protéger contre la prostitution.Paul Gauguin traitait de « bas bleu » sa grand-mère Flora Tristan qui avait consacré son existence à l’émancipation des femmes et créé les premières mutuelles ouvrières.

Attaques misogynes contre Hillary Clinton et Ségolène Royal

Plus récemment les candidates aux présidentielles Hilary Clinton et Ségolène Royal ont fait l’objet d’attaques misogynes violentes et injuste. Robin Morgan pour la première et Isabelle Alonso pour la seconde ont récapitulé les critiques infondées et sexistes dont elles ont été submergées.

Isabelle Alonso février 2007

Au début, quand Ségolène s’est alignée sur la ligne de départ pour l’investiture du PS et que les éléphants du PS l’ont accueillie par un tir de barrage misogyne, je n’y ai vu qu’un épisode de plus dans la très longue histoire du machisme politique. Je ne me fais pas trop d’illusions sur la capacité des institutions à se réformer en profondeur. Et je ne vois pas poindre à l’horizon la solide mobilisation des femmes sans laquelle rien n’est possible. Je vote donc par principe et sans illusions.

Petit à petit, à mesure que Ségolène Royal déjouait pièges et chausse-trappes avec un sens politique tout mitterrandien (compliment ? pas compliment ? ) jusqu’à l’investiture par les militants de base, il est devenu évident qu’il se passait quelque chose. Mais quoi au juste ?

Il se passe que quel que soit l’avenir de sa candidature, elle met en lumière des zones obscures. Qu’elle atteigne ou pas son but, la flèche Ségolène aura atteint en plein cœur la bonne conscience ambiante. Aujourd’hui, il est rare qu’on s’oppose publiquement au principe d’égalité des sexes. Il passe pour un acquis tellement consensuel qu’il n’y a plus rien à ajouter. Pensée magique. Prétendre allez plus loin et mettre le principe en pratique provoque un regard vide. Qu’est-ce qu’elles veulent encore ? Puisqu’on est tous d’accord ! Même que les femmes, on les adore ! Affaire classée. Mettre le sujet sur le tapis, c’est comme affirmer que la Terre est ronde. Il fut un temps où c’était subversif. Aujourd’hui ça passe pour tellement évident que c’est dépassé.

Sauf que non. Pas évident, pas dépassé. Le principe d’égalité continue à fabriquer de l’inégalité à tour de bras. La preuve, on l’a tous les jours depuis qu’une femme, est en position éligible. Nous sommes en 2007 et c’est la première fois ! Depuis un siècle et demi de république ! Comme dit la pub, toutes les premières fois sont difficiles. Là, manifestement, le corps social fait une poussée allergique. La confrontation entre principe et réalité, ça fait mal !

On peut, on doit même, critiquer, contester, débattre. C’est à ça que ça se reconnaît, une démocratie… Encore faut-il, dans un contexte électoral, que ce soit des idées qu’on agite. Des idées politiques et sociales, autant que possible. La simple apparition de Ségolène Royal a entraîné un tsunami de réactions. Les unes s’attaquent à ses prises de position. Une minorité, digne de débat. Les autres s’attaquent à sa légitimité. Une majorité, symptomatique du malaise dès qu’on passe du principe qui donne bonne conscience (pas de différences entre hommes et femmes) à la réalité qui inquiète (qu’est ce qu’elle fout là celle-là ?). On décline ainsi toute une variation sur le même thème… Marianne, oui, Ségolène, non. En principe, oui. En vrai, non. En voici quelques exemples, non exhaustifs…

« On va quand même pas voter pour elle juste parce que c’est une femme ! » Outre que personne n’a demandé à personne de voter pour elle ‘juste parce que c’est une femme’ , personne n’a non plus noté que ça fait cent cinquante ans qu’on vote pour des hommes parce que c’est tout ce qu’il y avait en rayon. Vous dîtes ? Y’avait des différences entre eux ? Y’avait le choix ? Ben y’a qu’à donner le choix ! Facile ! Suggestion pour l’UMP : choisir une femme ! Non ? C’est vrai qu’ils préfèrent payer des amendes plutôt que de faire voter pour des femmes ! Juste parce que c’est des femmes ? Ça marche que dans un sens alors… Y’a des moments, j’ai du mal à suivre…

« Elle est pas compétente ». Je me souviens que Balladur ne connaissait pas le prix d’un ticket de métro et que Giscard ignorait celui d’une baguette de pain. On en déduisait que ces grands bourgeois étaient loin du quotidien, mais pas qu’ils étaient incompétents. Mitterrand n’y connaissait rien en économie. On en déduisait qu’il était plus près des grands principes que des réalités. Pas qu’il était incompétent. Ségolène, elle, n’est pas à la hauteur paraît-il. Elle sait même pas combien on a de « sous-marins-nucléaires-lance-engins » ! Oh la nulle, elle est nuuuulle ! ! Si elle le savait, on dirait qu’elle est laborieuse, qu’elle a tout appris par cœur mais qu’elle est pas brillante… On pense à la fameuse phrase de Françoise Giroud : « La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. » ? (journal Le Monde – 11 Mars 1983). Car la question ne se pose pas pour ses concurrents. On les critique, certes, mais pas sur le mode condescendant que se permet le moindre plumitif inconscient de ses archaïsmes mentaux. Le message est toujours le même. Il n’y a pas si longtemps, des malades refusaient d’être opérés par une chirurgienne, des passagers descendaient de l’avion s’ils apprenaient que le pilote était une pilote. Les limites imposées aux femmes reculent, les préjugés changent de place mais restent en l’état. La même phrase, prononcée par un homme ou une femme n’est pas perçue de la même manière. Il n’y a pas de masculin à Bécassine. Des bourdes, ils en font tous, à longueur de temps. Si c’est un homme qui fait une bourde, celle-ci est isolée de celle qui la précède et de celle qui la suit. Il reste lui même. C’est tout. Si c’est une femme, la bourde qu’elle fait la transforme en gourde qu’elle est. Nuance. Vous trouvez que j’en rajoute ? Vous en voulez une, de bourde, que personne n’a relevé à ma connaissance ? Ça se passe sur TF1 le 5 février. Nicolas Sarkozy, à une question sur l’ouverture des magasins le dimanche, répond (à peu près, je cite de mémoire mais le sens y est) : « il faudrait que les magasins ouvrent le dimanche parce que les femmes n’ont pas le temps de faire LEURS courses en semaine puisqu’elles ont déjà leur boulot, les tâches ménagères, les devoirs des enfants, etc… » C’est pas de la belle bourde, ça ? Elle est pas rutilante, à l’heure de l’égalité affirmée ? Elle aurait pas mérité de soulever des questions ? Apparemment non. On va pas souiller l’image d’un véritable homme d’État avec des considérations sur la double journée de la domesticité. On pourrait peser l’importance respective du travail des femmes et du nombre de sous-marins-nucléaires-lance-engins-qui-ne-lancent-jamais-rien. Parions qu’on ne le fera pas. Sarko, on lui pose pas ce genre de question. Il est dispensé de CAP de président parce qu’il lui manque une patte au chromosome.

Variations sur le même thème : « Elle a pas la dimension. Elle a pas la carrure. Elle a pas la force. Elle a pas l’étoffe. Elle a pas les épaules. Elle a pas la voix… » Disons le tout net, elle a pas les couilles ! Et ça déroute… A force de ne voir, depuis des millénaires, que des hommes l’exercer, le pouvoir est aussi sûrement associé à la virilité que la sardine à l’huile et le chou à la crème. Les hommes y sont chez eux, ils baignent dedans. C’est leur milieu naturel. Et la République leur domaine réservé. Ceux qui ont un peu de mémoire se souviennent pourtant que la stature apparaît avec la fonction. Avant de devenir président, Mitterrand avait une image vieillotte, limite ringarde, de politicien de la IVème république. Chirac, lui, passait pour une sorte de gangster opportuniste limite dangereux, fan de tête de veau et de louches officines. Gageons qu’ils auraient gardé ces images s’ils n’avaient pas été élus à la « fonction suprême » qui permet, tatsoin, de réécrire l’histoire à posteriori.

« Elle a pas un bon taux de présidentiabilité (sic…) » Variante technocratico-cornecul de la précédente. Traduction : elle a pas un bon taux de testostérone. Cherchez pas plus loin, y’a pas plus loin. On est au top.

« Elle est pas outillée » Ben voilà ! Fallait oser ! Roger Hanin, beauf suprême, déjà ébouriffant dans sa nostalgie du bordel d’Afrique du Nord, qui est aux femmes ce que la plantation coloniale est aux Noirs, a au moins le mérite d’exprimer clairement ce que d’autres emballent dans le fumeux. C’est quoi, au juste, l’outil dont Ségolène n’est pas pourvue ? Demandez à Glucksman, Bruckner, Finkielkraut, Gallo, Benhamou et autres transfuges… Eux, ils savent.

« Elle fait la fille ». De très loin la palme de la tartuferie. Ségolène dénoncerait les effets du machisme ambiant sur sa personne et sur sa candidature, mais elle jouerait de sa féminité, sans scrupule ! Décryptons : être une femme est un désavantage, faudrait pas que ça se transforme en avantage ! Voilà qui serait scandaleux ! Nos vertueux défenseurs des valeurs républicaines veillent au grain. Elle a pas le droit ! Elle a des arguments que les autres n’ont pas ! Elle est belle ! Elle sourit ! Elle met des jolis petits habits ! Gageons que si elle la jouait austère, tailleur strict et col roulé on la trouverait puritaine, prude et coincée… Qu’une femme de pouvoir dissimule sa féminité et on la traite de mec. Qu’elle la laisse voir et on la traite comme une gonzesse. Pile tu perds, face tu gagnes pas, un petit jeu dont on ne se lasse pas. Elle fait la fille, faut pas qu’elle s’étonne d’être attaquée. Ça me rappelle quelque chose. Elle est en mini jupe, faut pas qu’elle s’étonne d’être agressée. Quel que soit son statut, une femme reste coupable de l’animosité qu’on lui oppose.

« Elle joue les victimes » : Le grand mot est lâché ! Victime ! Si c’est d’un cambriolage ou d’un ‘accident’ de la circulation, on peut le revendiquer. Mais si de près ou de loin on a l’air de suggérer que c’est de discrimination sexiste qu’il s’agit, censure immédiate ! La presse reprend le terme à tort et à travers, dénonce cet abus qui consisterait à « jouer les victimes » à « se poser en victime ». Victime de quoi, s’indignent-ils ? Comment pourrait-on être victime de quelque chose (le sexisme) qui n’existe pas ? On a inventé le mot « victimisme » pour discréditer la parole de celles qui osent élever la voix contre des violences qu’on ne reconnaît qu’une fois par an, le huit mars, pour mieux les passer sous silence le reste du temps.

« Elle est autoritaire ». A priori, l’autorité, qu’on qualifie volontiers de naturelle, a toujours fait partie de l’équipement minimum du leader politique. On imagine mal un dirigeant donnant dans la timidité, voire l’humilité… Mais si le dirigeant est une dirigeante, l’autorité devient un défaut. Pour illustrer cette idée, on passe une séquence où Ségolène demande à un journaliste d’attendre qu’elle ait fini de parler pour poser sa question. Il l’a interrompue au milieu d’une phrase, alors qu’elle s’adressait à quelqu’un d’autre. Ségolène lui parle de respect. Commentaire des journalistes : elle est sèche, cassante, elle fait sa maîtresse d’école. Sourions au passage de constater que l’image d’ « autorité » d’une femme ne renvoie pas à un général ou à un chef de bande, mais à une maîtresse d’école ! On en est là… Il a été prouvé maintes fois, par des études en tout genre, qu’une femme qui prend la parole a beaucoup plus de risques d’être interrompue avant la fin de son propos qu’un homme. Nous l’avons toutes expérimenté, et Ségolène ne fait pas exception. Elle demande à son interlocuteur, simplement, en douceur, de respecter sa parole. Le journaliste, scandalisé, se sent infantilisé, ramené à la seule époque de sa vie où une femme a exercé un pouvoir sur lui. Il n’a pas conscience qu’il n’aurait pas interrompu un homme. C’est comme ça. Il faut le vivre pour savoir que ça existe. On écoute davantage un orateur en fonction de son statut, qu’en fonction de l’intérêt de ce qu’il dit.

« Moi, une femme, j’ai rien contre, mais pas celle-là ». M’est avis que la bonne, celle qui ferait l’unanimité, serait un peu comme la femme parfaite, celle des magazines, belle, cultivée, pas chiante, bonne mère, bonne épouse, bonne femme d’affaires, bonne cuisinière, bonne maîtresse, bonne à tout faire, quoi… Même qu’elle aurait pas le temps de faire de la politique… A noter que cet argument a beaucoup été repris par des femmes du PS, dont on peut penser que quand elles disent : pas celle là, elles pensent : plutôt moi. A méditer pour ceux qui affublent les femmes de qualités spécifiques de gentillesse.

« Comme chuis une femme, je peux dire du mal… ». C’est Michèle Alliot-Marie qui a dit quelque chose comme ça. Sous entendu : sans me faire taxer de misogynie. MAM se trompe. Une femme peut tenir des propos misogynes et un homme des propos féministes. Le répètera t-on assez. Il s’agit de politique, il s’agit de vérité, il s’agit de rapports de domination, il s’agit de culture patriarcale. Les femmes le vivent. Les femmes féministes le vivent et l’analysent. Les hommes féministes l’analysent et ne le vivent pas. Les hommes pas féministes n’en ont rien à battre.

« C’est pas parce que c’est une femme qu’on peut pas la critiquer ». Certes. Et c’est pas parce que c’est une femme qu’on peut se permettre de la traiter comme une demeurée, une intruse, une clandestine, une accusée… Elle est une candidate unique en son genre. Malheureusement. Il vaudrait mieux pour la démocratie qu’une femme candidate et éligible n’attire plus l’attention en tant que telle.

Dites vous bien les filles qu’à travers Ségolène Royal, c’est vous, c’est nous qu’on juge. Nous toutes. C’est sur nous qu’on ironise, c’est nous qu’on déconsidère. Mépris, condescendance, cynisme, ignorance. Gageons qu’on aurait utilisé contre toute autre femme en position éligible les même arguments. De droite à gauche, de télé en magazines, on aurait infligé le même traitement à Alliot-Marie, Aubry, Guigou, comme jadis aux jupettes ou à Cresson. Il s’agit de nous intimider, il s’agit de nous maintenir sous contrôle. Il s’agit de garder les choses en l’état et les femmes à leur place. Et de continuer à prétendre contre toute évidence que l’égalité homme-femme est une réalité dans les esprits.

Au moment où j’écris ces lignes, j’écoute d’une oreille distraite un débat sur LCI, « Politiquement show », de l’excellent Michel Field. On parle de Ségolène et de la campagne. Ils sont cinq. Cinq hommes, déblatérant à l’infini, comme d’habe. L’autre soir, chez Guillaume Durand, (excellent aussi, bien sûr..) on parlait de… Ségolène. Outre l’animateur, dix invités. Huit hommes, deux femmes. Je vous laisse deviner le temps de paroles des unes et des autres. Et ainsi de suite. Qui a la parole ? Pour dire quoi ? D’où nous parle t’on ? Qui parle en notre nom ? Si vous n’avez pas bien compris le sens du mot androcentrisme, allumez la télé… A partir du moment où le credo officiel affirme que l’égalité est acquise, il n’y a plus de différence de point de vue entre les hommes et les femmes. Donc, il n’y a pas lieu de tenir compte du sexe des invités à s’exprimer sur les plateaux de télé. Seul le hasard (la compétence ?) mène à ce déséquilibre qui, de toutes façons, passe inaperçu.

Paraphrasons Voltaire. Je ne sais pas si je voterai Ségolène. Mais je me battrai jusqu’au bout pour que sa candidature soit respectée. C’est de la légitimité des femmes qu’il s’agit.

Source: site officiel d’Isabelle Alonso

http://www.isabelle-alonso.com/

Attaques misogynes contre Hillary Clinton et Ségolène Royal, par Sporenda (site Isabelle Alonso.)

En France et aux Etats-Unis, les femmes sont entrées dans la course à la présidence, mais elles ne l’ont pas gagnée. Ce n’est pas vraiment surprenant, les pionniers se battent pour défricher de nouvelles terres mais ce ne sont généralement pas eux qui engrangent les récoltes.

A cet échec, il y a eu certainement des causes politiques : chez Clinton, le fait qu’elle ait assez mal mené sa campagne, négligé certains états-clés, sous-estimé l’importance de l’internet dans une campagne moderne, son attitude paternaliste envers les noirs, les interventions maladroites de son mari, son vote pour la guerre en Irak, le fait qu’elle ait insisté sur son expérience, ce qui l’a fait apparaître comme la candidate du passé face au changement revendiqué par Barack Obama. Et finalement, son propre « sense of entitlement »—le fait que, donnée gagnante de la nomination démocrate au début de la campagne et considérant que cette nomination lui revenait de droit, elle ait sous-estimé l’outsider de l’Illinois, plus jeune, moins expérimenté mais moins politiquement usé qu’elle, qui l’a battue au finish.

Mais surtout ces échecs posent la question du poids que la rémanence d’un sexisme viscéral et irréductible a pu avoir sur le résultat de ces élections. Ce qui amène à poser la question : étant donné la persistance de préjugés sexistes apparemment indéracinables, est-ce que ces deux femmes avaient de vraies chances de gagner, est-ce que la France et les Etats-Unis étaient vraiment prêts à accepter une femme comme président ?

Peut-être la France, pourtant imprégnée de machisme latin, l’était-elle davantage ; en tout cas, le déversement de sexisme, inévitable lorsqu’une femme prétend accéder à une position de pouvoir jusque-là réservée aux hommes, a été plus discret, moins virulent, moins « premier degré » en France qu’aux Etats-Unis. A part le « qui va garder les enfants ? » de Fabius, et les références à Bécassine, finalement assez light, il n’y a pas eu vraiment d’attaques frontales contre la candidate socialiste, on est resté dans le subtil, l’allusif et le crypté, alors qu’Hillary Clinton a du essuyer un tir de barrage de haine misogyne pendant toute la durée de sa campagne.

La violence inouïe de ces attaques a d’ailleurs été un réveil pour les américaines trop optimistes qui croyaient être entrées dans l’ère post-féministe et pensaient en avoir fini avec le machisme néanderthalien. Juste un petit échantillon pour donner une idée de l’odeur de champ d’épandage qu’ont dégagé les medias US pendant la campagne des primaires : en plus de l’inévitable bitch (garce) et de ses variantes « big fucking whore » (grosse pute), « madam » (mère maquerelle), Clinton a été qualifiée de « cunt » (difficilement traduisible en Français, cunt est un mot très péjoratif référant au sexe féminin). Dans un champ sémantique différent mais tout aussi prévisible, elle a été stigmatisée de « castratrice », « frigide », « diabolique » (a she-devil), « lesbo » (dyke), « mégère » (nag), « Soeur Frigidaire » incapable de faire une bonne fellation, froide, une mère dominatrice cauchemardesque. « Quand je vois Clinton à la télé, déclare Tucker Carlson, journaliste à la chaîne MSNBC, je croise instinctivement les jambes » (when Clinton comes on tv, I unvoluntarily cross my legs).

Contradictoirement, elle a aussi été caractérisée comme une petite fille pleurnicheuse (crybaby-in-chief) qui aime jouer les victimes, crie « sexisme » dès qu’on devient méchant avec elle et qui cherche à accéder à la Maison Blanche en apitoyant les gens (can Hillary cry her way to the White House ?, interroge Maureen Dowd, éditorialiste du New York Times), ce qui prouve qu’elle n’est pas assez coriace pour le job.

Les mêmes medias lui ont reproché d’être insuffisamment féminine, « grinçante » (screechy), « stridente » (shrill), sa voix serait irritante comme le son des ongles raclant un tableau noir, c’est une mauvaise mère, « un monstre qui ne veut pas mourir » (a monster that just won’t die). En fait, ce qu’elle pourrait faire de mieux, c’est de mourir ! Car elle est trop âgée, c’est « une femelle vieillissante et aigrie » (an aging and resentful female). Rush Limbaugh, animateur du « Rush Limbaugh Show » et commentateur de droite ultra-virulent, a posé la question : « est-ce que les électeurs ont vraiment envie de voir une femme vieillir sous leurs yeux à la Maison Blanche ? » Quarante-trois présidents masculins ayant vieilli sous leurs yeux à la Maison Blanche ne leur ont apparemment pas posé problème. Hillary Clinton, c’est « votre première femme qui vous attend devant le tribunal des divorces » (everybody’s first wife standing outside probate court), « une vieille rosse finie » (a washed up old hag), « une vieille sorcière gloussante » (a cackling old witch). Elle est dominée par ses émotions et ses sautes d’humeur, c’est une hystérique, elle est folle à lier—des medias hostiles à la candidate démocrate ont systématiquement choisi, pour illustrer des articles la concernant, des instantanés d’elle où elle grimaçait, roulait les yeux, avait un air hagard ou halluciné.

Et, horreur, elle a des SEINS ; imaginez le chef suprême des armées de la puissante Amérique commandant des durs, des tatoués, des Marines, avec des SEINS ! Pire, Clinton a un VAGIN ; d’ailleurs, les femmes qui votent pour elles votent avec leur vagin, pas avec leur cerveau, et parce que c’est une « fellow vagina-American » (une collègue vaginale-américaine). Evoquant l’autre femme politique du camp démocrate, Nancy Pelosi, première femme à occuper le très important poste de Speaker of the House, Chris Matthews, journaliste animateur de l’émission « Hardball » sur MSNBC, pose la question : « est-ce que Washington est assez grand pour deux vagins ? » (is Washington big enough for two vaginas ?)

Les hommes qui votent pour elle sont des « castrés dans le choeur des eunuques » (castratos in the eunuchs’ chorus, de nouveau Chris Matthews), sa campagne électorale est « un crépage de chignon » (a catfight), elle hait les hommes et compte sur le soutien de « vieilles féministes affreuse » (ugly old feminists) pour être élue mais elle n’a jamais rien fait par elle même et s’est toujours cachée derrière son mari, qui la tient en laisse comme un caniche. Haro sur Hillary, à la niche Hillary ou, comme une paire d’épais crétins l’avaient inscrit sur le panneau qu’ils agitaient fièrement devant les caméras de télévision à l’un de ses meetings : « iron my shirt ! » (repasse ma chemise !).

A côté de cette misogynie primaire, obtuse et sans complexe, il y a aussi un sexisme plus subtil, moins facilement identifiable, plus vicieux parce qu’apparemment non haineux, sympathique, voire complice. Quand Laurent Fabius interpelle Ségolène Royal avec son fameux : « qui va garder les enfants ? », tout le monde comprend bien de quoi il s’agit : cette question est perçue à juste titre comme l’injonction d’un mâle dominant à une femme ayant l’audace de s’aventurer sur ses plate-bandes : vous êtes une femme et une mère avant tout, rentrez à la maison et laissez la politique aux hommes.

Quand, par contre, une jeune étudiante américaine demande à Hillary Clinton si elle préfère les diamants ou les perles, cela se reçoit comme une question frivole préparée par une jeune fille sans cervelle mais gentille et exprimant un degré de sympathie et d’intérêt pour Hillary. L’étudiante en question, Maria-Luisa, a rapporté ensuite que la chaîne d’information CNN lui avait demandé de préparer des questions sérieuses et des questions fun et légères, et que la question sérieuse qu’elle avait posée sur un site de déchets nucléaires avait été écartée par la chaîne, qui n’a gardé que celle sur les diamants et les perles. Néanmoins, cette question et celle de Fabius trivialisent pareillement Ségolène et Hillary et, ramenant les deux candidates aux préoccupations obligatoires des femmes—enfants, beauté, parure—elles les décrédibilisent politiquement en les réduisant à leur seule féminité.

Le sévère rappel à l’ordre de Fabius comme la niaiseuse complicité féminine de Maria-Luisa remplissent en fait des fonctions identiques : d’un coup de poing ou d’une pichenette, il s’agit de pousser la candidate dans LE piège sexiste par excellence, la double injonction contradictoire. « N’oublie pas d’être une femme ! » dit à la femme politique le bon vieux patriarcat par une de ses mille bouches, celle de Fabius ou de Maria-Luisa. D’accord, dit la candidate, effrayée d’encourir une réprobation unanime, de déplaire, de ne pas être aimée, que sais-je ; je vais faire des concessions et me donner du mal pour respecter le cahier de charges imposé au deuxième sexe. Toute contente, elle se dit que cela a des bons côtés : elle va pouvoir porter des jupes, des blouses en soie, poser en photo avec son bébé, qui sait même rejeter gracieusement la mèche qui lui tombe sur l’oeil ou s’esclaffer comme une gamine, en tout cas elle ne sera pas forcée d’endosser l’uniforme rébarbatif de la femme politique, l’éternel tailleur-pantalon, et elle pourra se dispenser d’adopter l’allure martiale de la ministre-virago style MAM.

Et donc elle ose « exprimer sa féminité » aux yeux de tous et non juste dans l’intimité pour le seul bénéfice de son compagnon. Elle ose des tuniques flottantes, des créoles, des cheveux longs et ondulés.

Halte-là, disent alors les machos de garde, vous êtes incontestablement féminine, mais comme une femme, une vraie, est par définition inapte à exercer le pouvoir, vous ne pouvez accéder à la magistrature suprême. Une femme féminine comme président, pensez donc : trop coquette, elle décalerait le sommet du G20 pour un brushing en vitesse chez son coiffeur, trop émotive, elle piquerait des crises de larme au moment d’envoyer des renforts en Afghanistan, trop influençable, elle se laisserait enjôler par le look 007 de Poutine ou le vibrato troublant de la voix de baryton d’Obama. Et c’est comme ça qu’on se retrouverait avec des dizaines de bases militaires américaines ou russes installées en territoire français.

La candidate refuse t’elle de se laisser entraîner sur ce terrain, arguant du fait que l’on ne demande pas à un candidat de sexe masculin si sa progéniture est convenablement babysittée ou s’il préfère les slips ou les caleçons ? Ose t’elle protester haut et fort contre le sexisme des medias ? On l’accuse alors d’être en colère (angry), hargneuse, stridente, on lui reproche sa voix qui monte dans les aigus. La stridence est, avec l’hystérie, un reproche tellement typique fait aux femmes politiques que certaines d’entre elles—Margaret Thatcher entre autres—auraient eu recours à un coach vocal pour poser leur voix dans les graves.

Rien n’a changé : la notion qu’une femme politique puisse accéder au leadership de haut niveau sans se masculiniser est illusoire. Jusqu’à présent, pratiquement toutes celles qui y ont réussi l’on fait—Golda Meir, Thatcher, Merkel—cette masculinisation s’accompagnant souvent d’une tentative de féminiser leurs adversaires masculins (ce qu’a fait Clinton avec Obama). Et le brio jubilatoire avec lequel Thatcher humiliait les députés du Labour lorsqu’elle répondait à leurs questions à la Chambre des Communes s’apparentait tellement au comportement d’une dominatrice chevronnée qu’on s’attendait à entendre claquer un fouet.

Le jour où des journalistes masculins vous décernent une paire de couilles symboliques et vous donnent une carte de membre honoraire dans le club très fermé des sévèrement burnés, vous savez que vous êtes prête pour la présidence : James Carville a ainsi accordé un tel brevet de « vir emeritus » à Hillary quand il a déclaré que « si elle donnait une de ses couilles à Obama, ils en auraient deux chacun »—dommage pour Hillary que la majorité des Américains ne pensent pas comme lui. Résultat immanquable de cette promotion (voir plus haut), vous vous faites traiter de « Attila the hen » (jeu de mot intraduisible sur Attila the Hun, surnom donné par les travaillistes à Margaret Thatcher), ou l’on vend sur internet des casse-noix en forme d’Hillary (noix, nuts en anglais a aussi le sens de testicules) ou des urinals avec son effigie au fond de la cuvette.

Si vous êtes forte, vous êtes trop forte ; si vous êtes femme, vous êtes trop femme. Pile tu perds, face je gagne. Les femmes politiques peuvent être ramenées à leur féminité essentielle par les chemins les plus inattendus : lorsqu’il est devenu clair qu’Obama avait rattrapé Clinton, de nombreuses voix se sont élevées dans le parti démocrate pour demander à cette dernière de s’effacer devant le sénateur de l’Illinois ; beaucoup de ceux qui essayaient ainsi de « ramener Hillary à la raison » le faisaient en invoquant, explicitement ou implicitement, le fait que c’est normal que ce soit la femme qui se sacrifie. Plus pervers encore que le double impératif contradictoire, le fait que pratiquement aucune femme politique n’ait pu accéder au pouvoir sans accrocher son wagon à une locomotive masculine.

Derrière toute femme ministre ou présidente se cache un homme : père (Roselyne Bachelot, Martine Aubry, Benazir Bhutto), mari (Ségolène Royal, Hillary Clinton, Violetta Chamoro, Kirchner), amant et/ou mentor (Edith Cresson, Rachida Dati, Sarah Palin). Sans tremplin masculin, pas de saut de l’ange. Le problème est que ce soutien est toujours hautement conditionnel, que le mâle dominant peut retirer sa faveur à sa favorite à tout moment et sans explication et que la brise masculine qui avait gonflé les voiles de l’ambitieuse sur son chemin vers le pouvoir peut se transformer sans prévenir en tempête hurlante qui naufrage son navire.

Ségolène Royal ne serait pas arrivée là où elle est sans François Hollande ; réciproquement, si Hollande n’était pas son ex-mari et ne tentait pas de la torpiller à chaque fois qu’elle prend une initiative, s’il n’avait pas fait du TSS (Tout Sauf Ségolène) un objectif prioritaire de son action de Secrétaire, elle serait sans doute plus avancée dans sa carrière politique.

Hillary Clinton est l’épouse du quarante-deuxième Président des Etats-Unis. Incontestablement, la machine de guerre démocrate construite par Bill Clinton pour le soutenir durant ses années présidentielles l’a bien servie pendant la campagne 2008 mais, comme je l’ai mentionné plus haut, les interventions maladroites et envahissantes de l’ex-président l’ont aussi beaucoup desservie. Ces ingérences maritales ont beaucoup déplu et ont fait craindre l’avènement d’une troisième présidence Bill Clinton si la candidate démocrate était élue, en vertu du stéréotype patriarcal qui veut qu’une femme ne peut qu’être l’obéissante créature de son mari, totalement sous son emprise et incapable de penser et d’agir de façon autonome. S’est on jamais soucié, en élisant un président mâle, de l’influence dangereuse que pourrait avoir sur lui une épouse au caractère affirmé ? Bill Clinton a soutenu sa moitié comme la corde soutient le pendu et, vu le lourd passif relationnel existant entre eux, on peut se demander si ses interventions pour l’aider ne relèvent pas en fait d’un désir inconscient de la torpiller.

Plus handicapant est le bagage d’images négatives que doit trimballer Hillary suite aux infidélités publiques et répétées de son mari. Souvent, sur des blogs et dans les medias, j’ai vu apparaître des arguments non dénués de validité tels que : Bill lui a menti pendant des années, à chaque fois qu’il l’a trompée, elle a toujours été « the last to know » (la dernière à savoir). Les politiciens et les chefs d’Etat ne sont pas des enfants de chœur, en politique la tromperie et le mensonge sont monnaie courante. Comment voulez-vous qu’une femme qui a été si facilement et si longtemps dupée par son mari puisse voir clair dans les bobards dont on ne manquera pas de l’abreuver, dans les traquenards dans lesquels on essaiera de la faire tomber lorsqu’elle sera chef d’Etat ?

Encore plus grave : comment voulez-vous, disent certain/es, qu’une femme qui a avalé des kilomètres de couleuvres, accepté l’inacceptable avec une incompréhensible obstination et joué les « long suffering wife » (les femmes martyres) pendant des années puisse tenir tête à ces politiciens-qui-ne-sont-pas-des-enfants-de chœur, à ces leaders d’états voyous qui chercheront immanquablement à l’intimider, à la faire plier, à lui tordre le bras figurativement parlant ? Peut-on attendre d’une femme qui, toute sa vie, a pris des coups sans les rendre, qu’elle knocke-oute Ahmadinejad et qu’elle fasse mordre la poussière à Poutine ? Politique, ton univers impitoyable n’est pas fait pour les chiffes molles : en faisant passer la sauvegarde de son mariage et de la carrière de son mari avant sa dignité, la candidate démocrate s’est taillé une image de paillasson qui lui collera à la peau pour le reste de ses jours. Qui plus est, elle est devenue LA victime archétypale de la perfidie masculine—quand on pense « femme abominablement trompée à laquelle son mari en a fait voir de toutes couleurs » aux USA, on pense Hillary.

Un leader étant par définition le contraire d’une victime, une personne identifiée comme victime par excellence ne peut pas devenir leader, CQFD. Et donc, autre situation lose/lose, les femmes ne peuvent gravir les premiers barreaux de l’échelle sans appui masculin mais vient quasi-inévitablement le moment où, la relation tournant à l’aigre, le compagnon-appui devient un compagnon-boulet qui entrave l’ascension de la candidate, quand il ne menace pas de la couler.

Clinton a bien essayé d’effacer cette étiquette de carpette en se surmachisant, en votant pour la guerre en Irak, en menaçant l’Iran de représailles, en entrant au Armed Services Committee du Congrès, en se vantant d’avoir essuyé le feu de tireurs embusqués à son arrivée à Beirouth et en descendant cul-sec bières et whiskies au zinc de restaurants routiers, peine perdue. La vision d’Hillary apparaissant stoïquement à la télévision aux côtés de son mari infidèle pour le soutenir est restée fixée dans toutes les mémoires. Cette femme bafouée, publiquement cocufiée aux yeux de la planète entière, et choisissant néanmoins la stratégie du « stand by your man » (défend ton homme) a certes suscité des éloges hypocrites pour son admirable dévouement conjugal mais elle s’est plus sûrement attiré le mépris de la part d’une partie des électeurs qui comprennent mal qu’elle puisse assez manquer de fierté pour défendre ainsi un homme qui l’a constamment maltraitée, ridiculisée, humiliée pendant la quasi-totalité de leur vie conjugale.

J’ai entendu des femmes traiter Hillary Clinton de « sacrée imbécile » (damned fool) qui fait honte à son sexe pour n’avoir pas eu le courage de quitter son mari après l’affaire Lewinsky. Suite à ce comportement, beaucoup en ont déduit qu’elle était pareille à ces femmes battues qui reviennent toujours à leur batteur, complice de son bourreau, le jouet consentant de la perfidie masculine, le punching ball volontaire de Bill, autrement dit, qu’« elle aimait ça ». Personne ne nie qu’elle soit courageuse, mais on ne lui reconnaît du courage que pour endurer, supporter, encaisser, pas pour attaquer, vaincre, dominer.

Mike Reagan, le fils aîné du Président, brode sur ce thème lorsqu’il écrit : « Hilllary est une dupe consentante, elle est la femme idéale du mari adultère. Tout époux adultère voudrait avoir Hillary Clinton pour épouse, il pourrait ainsi sortir et se donner du bon temps, sachant que sa petite femme fermera les yeux du moment qu’il est un bon travailleur, qu’il rapporte un bon salaire à la maison et lui achète ce qu’elle veut. Hillary Clinton a donné à son mari un permis de commettre l’adultère aussi longtemps qu’il payait ses factures, elle a acheté du pouvoir avec de la pitié ; la raison pour laquelle elle est au Sénat, la raison pour laquelle elle est candidate à la présidence (…), c’est parce que son mari l’a trompée ».

Et le multirécidiviste Chris Matthews porte l’estocade : « elle n’a pas gagné (la nomination démocrate) à cause de son mérite, elle a gagné parce que tout le monde a pensé : « mon Dieu, cette femme a été abreuvée d’humiliations ». Condamnée à vie à porter le stigmate de victime, Clinton est de plus accusée de l’avoir monnayé pour accéder à la présidence.

Ou si l’on considère que Hillary Clinton n’a accepté de pardonner Bill que pour ménager ses ambitions politiques, elle est alors représentée comme un Machiavel en jupon, une « dragon lady », une perfide manipulatrice déclinant au féminin les tactiques jésuitiques de la dissimulation, de la ruse et du froid calcul. Bécassine ou Cruella, dans la vision patriarcale, une femme qui ose afficher de hautes aspirations politiques tombe obligatoirement dans une de ces deux cases.

Pour Royal comme pour Clinton, leur carrière politique a été le résultat de la rencontre avec un homme, la conséquence d’une histoire d’amour et de désamour. Sans leur relation avec François et Bill, il assez probable qu’elles ne seraient pas entrées dans l’arène. Ce sont ces hommes qui leur ont mis le pied à l’étrier, c’est grâce à leur influence qu’elles ont obtenu leurs premiers postes. Pendant des années, elles ont été des épouses admirantes acceptant de mettre de côté leurs ambitions personnelles pour laisser la vedette à leur mari. Auraient-elles accepté de continuer à vivre dans l’ombre de leur grand homme si leur couple avait duré ? On peut se le demander. C’est identiquement l’éloignement affectif et l’infidélité de leur compagnon qui les ont poussées à rejeter ce rôle de faire-valoir et à prendre la décision de rouler pour elles.

L’entrée de ces femmes en politique n’est pas l’expression d’une vocation volontariste, comme dans le cas de ces ambitieux qui se sentent appelés à un destin national très jeune et pensent à la présidence pendant des années en se rasant. Elle apparaît hautement contingente, déterminée par les rencontres masculines, les intermittences du cœur, les avatars du couple. C’est une trajectoire aléatoire qui commence dans la dépendance et finit par l’autonomie, laborieusement conquise après un dur combat mené tant contre leurs propres conditionnements d’auto-limitation et leur dépendance affective que contre leur partenaire masculin, lorsque de tuteur/mentor celui-ci est devenu handicap. De plus, contrairement aux hommes dont toute l’énergie s’investit sur leurs objectifs de carrière, elles ont du mener ce long et pénible processus d’émancipation personnelle de pair avec le combat politique (et avec leurs responsabilités familiales).

Sporenda, Nov 2008


GOODBYE TO ALL THAT  (#2)                                           by  Robin Morgan

“Goodbye To All That” was my (in)famous 1970 essay breaking free from a politics of accommodation especially affecting women (for an online version, see http://blog.fair-use.org/category/chicago/).

During my decades in civil-rights, anti-war, and contemporary women’s movements, I’ve avoided writing another specific “Goodbye . . .”. But not since the suffrage struggle have two communities–the joint conscience-keepers of this country–been so set in competition, as the contest between Hillary Rodham Clinton (HRC) and Barack Obama (BO) unfurls. So.

Goodbye to the double standard . . .

–Hillary is too ballsy but too womanly, a Snow Maiden who’s emotional, and so much a politician as to be unfit for politics.

–She’s “ambitious” but he shows “fire in the belly.” (Ever had labor pains? )

–When a sexist idiot screamed “Iron my shirt!” at HRC, it was considered amusing; if a racist idiot shouted “Shine my shoes!” at BO, it would’ve inspired hours of airtime and pages of newsprint  analyzing our national dishonor.

Young political Kennedys–Kathleen, Kerry, and Bobby Jr.–all endorsed Hillary. Sen. Ted, age 76, endorsed Obama. If the situation were reversed, pundits would snort “See? Ted and establishment types back her, but the forward-looking generation backs him.” (Personally, I’m unimpressed with Caroline’s longing for the Return of the Fathers. Unlike the rest of the world, Americans have short memories. Me, I still recall Marilyn Monroe’s suicide, and a dead girl named Mary Jo Kopechne in Chappaquiddick.)

Goodbye to the toxic viciousness  . . .

Carl Bernstein’s disgust at Hillary’s “thick ankles.” Nixon-trickster Roger Stone’s new Hillary-hating 527 group, “Citizens United Not Timid” (check the capital letters). John McCain answering “How do we beat the bitch? » with “Excellent question!” Would he have dared reply similarly to “How do we beat the black bastard?” For shame.

Goodbye to the HRC nutcracker with metal spikes between splayed thighs. If it was a tap-dancing blackface doll, we would be righteously outraged—and they would not be selling it in airports. Shame.

Goodbye to the most intimately violent T-shirts in election history, including one with the murderous slogan “If Only Hillary had married O.J. Instead!” Shame.

Goodbye to Comedy Central’s “Southpark” featuring a storyline in which terrorists secrete a bomb in HRC’s vagina. I refuse to wrench my brain down into the gutter far enough to find a race-based comparison. For shame.

Goodbye to the sick, malicious idea that this is funny. This is not “Clinton hating,” not “Hillary hating.” This is sociopathic woman-hating. If it were about Jews, we would recognize it instantly as anti-Semitic propaganda; if about race, as KKK poison.  Hell, PETA would go ballistic if such vomitous spew were directed at animals. Where is our sense of outrage—as citizens, voters, Americans?

Goodbye to the news-coverage target-practice . . .

The women’s movement and Media Matters wrung an apology from MSNBC’s Chris Matthews for relentless misogynistic comments (www.womensmediacenter.com). But what about NBC’s Tim Russert’s continual sexist asides and his all-white-male panels pontificating on race and gender? Or CNN’s Tony Harris  chuckling at “the chromosome thing” while  interviewing a woman from The White House Project? And that’s not even mentioning Fox News.

Goodbye to pretending the black community is entirely male and all women are white . . .

Surprise! Women exist in all opinions, pigmentations, ethnicities, abilities, sexual preferences, and ages–not only African American and European American but Latina and Native American, Asian American and Pacific Islanders, Arab American and—hey, every group, because a group wouldn’t be alive if we hadn’t given birth to it. A few non-racist countries may exist–but sexism is everywhere. No matter how many ways a woman breaks free from other oppressions, she remains a female human being in a world still so patriarchal that it’s the “norm.”

So why should all women not be as justly proud of our womanhood and the centuries, even millennia, of struggle that got us this far, as black Americans, women and men, are justly proud of their struggles?

Goodbye to a campaign where he has to pass as white (which whites—especially wealthy ones–adore), while she has to pass as male (which both men and women demanded of her, and then found unforgivable). If she were black or he were female we wouldn’t be having such problems, and I for one would be in heaven. But at present such a candidate wouldn’t stand a chance—even if she shared Condi Rice’s Bush-defending politics.

I was celebrating the pivotal power at last focused on African American women deciding on which of two candidates to bestow their vote–until a number of Hillary-supporting black feminists told me they’re being called “race traitors.”

So goodbye to conversations about this nation’s deepest scar—slavery—which fail to acknowledge that labor- and sexual-slavery exist today in the US and elsewhere on this planet, and the majority of those enslaved are women.

Women have endured sex/race/ethnic/religious hatred, rape and battery, invasion of spirit and flesh,  forced pregnancy;  being the majority of the poor, the illiterate, the disabled, of refugees, caregivers, the HIV/AIDS afflicted, the powerless. We have survived invisibility, ridicule, religious fundamentalisms, polygamy, teargas, forced feedings, jails, asylums, sati, purdah, female genital mutilation, witch burnings, stonings, and attempted gynocides. We have tried reason, persuasion, reassurances, and being extra-qualified, only to learn it never was about qualifications after all. We know that at this historical moment women experience the world differently from men–though not all the same as one another–and can govern differently, from Elizabeth Tudor to Michele Bachelet and Ellen Johnson Sirleaf.

We remember when Shirley Chisholm and Patricia Schroeder ran for this high office and barely got past the gate—they showed too much passion, raised too little cash, were joke fodder. Goodbye to all that. (And goodbye to some feminists so famished for a female president they were even willing to abandon women’s rights  in backing Elizabeth Dole.)

Goodbye, goodbye to . . .

–blaming anything Bill Clinton does on Hillary (even including his womanizing like the Kennedy guys–though unlike them, he got reported on). Let’s get real. If he hadn’t campaigned strongly for her everyone would cluck over what that meant. Enough of Bill and Teddy Kennedy locking their alpha male horns while Hillary pays for it.

–an era when parts of the populace feel so disaffected by politics that a comparative lack of knowledge, experience, and skill is actually seen as attractive, when celebrity-culture mania now infects our elections so that it’s “cooler” to glow with marquee charisma than to understand the vast global complexities of power on a nuclear, wounded planet.

–the notion that it’s fun to elect a handsome, cocky president who feels he can learn on the job, goodbye to George W. Bush and the destruction brought by his inexperience, ignorance, and arrogance.

Goodbye to the accusation that HRC acts “entitled” when she’s worked intensely at everything she’s done—including being a nose-to-the-grindstone, first-rate senator from my state.

Goodbye to her being exploited as a Rorschach test by women who reduce her to a blank screen on which they project their own fears, failures, fantasies.

Goodbye to the phrase “polarizing figure”  to describe someone who embodies the transitions women have made in the last century and are poised to make in this one. It was the women’s movement that quipped, “We are becoming  the men we wanted to marry.” She heard us, and she has.

Goodbye to some women letting history pass by while wringing their hands, because Hillary isn’t as “likeable” as they’ve been warned they must be, or because she didn’t leave him, couldn’t “control” him, kept her family together and raised a smart, sane daughter. (Think of the blame if Chelsea had ever acted in the alcoholic, neurotic manner of the Bush twins!) Goodbye to some women pouting because she didn’t bake cookies or she did, sniping because she learned the rules and then bent or broke them. Grow the hell  up. She is not running for Ms.-perfect-pure-queen-icon of the feminist movement.  She is running to be President of the United States.

Goodbye to the shocking American ignorance of our own and other countries’ history. Margaret Thatcher and Golda Meir rose through party ranks and war, positioning themselves as proto-male leaders. Almost all other female heads of government so far have been related to men of power—granddaughters, daughters, sisters, wives, widows: Gandhi, Bandaranike, Bhutto, Aquino, Chamorro, Wazed, Macapagal-Arroyo, Johnson Sirleaf, Bachelet, Kirchner, and more. Even in our “land of opportunity,” it’s mostly the first pathway “in” permitted to women: Reps. Doris Matsui and Mary Bono and Sala Burton; Sen. Jean Carnahan . . . far too many to list here.

Goodbye to a misrepresented generational divide . . .

Goodbye to the so-called spontaneous “Obama Girl” flaunting her bikini-clad ass online—then confessing Oh yeah it wasn’t her idea after all, some guys got her to do it and dictated the clothes, which she said “made me feel like a dork.”

Goodbye to some young women eager to win male approval by showing they’re not feminists (at least not the kind who actually threaten the status quo), who can’t identify with a woman candidate because she is unafraid of eeueweeeu yucky power, who fear their boyfriends might look at them funny if they say something good about her. Goodbye to women of any age again feeling unworthy, sulking “what if she’s not electable?” or “maybe it’s post-feminism and whoooosh we’re already free.” Let a statement by the magnificent Harriet Tubman stand as reply. When asked how she managed to save hundreds of enslaved African Americans via the Underground Railroad during the Civil War, she replied bitterly, “I could have saved thousands—if only I’d been able to convince them they were slaves.”

I’d rather say a joyful Hello to all the glorious young women who do identify with Hillary, and all the brave, smart men—of all ethnicities and any age–who get that it’s in their self-interest, too. She’s better qualified. (D’uh.) She’s a high-profile candidate with an enormous grasp of foreign- and domestic-policy nuance, dedication to detail, ability to absorb staggering insult and personal pain while retaining dignity, resolve, even humor, and keep on keeping on. (Also, yes, dammit, let’s hear it for her connections and funding and party-building background, too. Obama was awfully glad about those when she raised dough and campaigned for him to get to the Senate in the first place.)

I’d rather look forward to what a good president he might make in eight years, when his vision and spirit are seasoned by practical know-how–and he’ll be all of 54. Meanwhile, goodbye to turning him into a shining knight when actually he’s an astute, smooth pol with speechwriters who’ve worked with the Kennedys’ own speechwriter-courtier Ted Sorenson. If it’s only about ringing rhetoric, let speechwriters run. But isn’t it about getting the policies we want enacted?

And goodbye to the ageism . . .

How dare anyone unilaterally decide when to turn the page on history, papering over real inequities and suffering constituencies in the promise of a feel-good campaign? How dare anyone claim to unify while dividing, or think that to rouse US youth from torpor it’s useful to triage the single largest demographic in this country’s history: the boomer generation–the majority of which is female?

Older woman are the one group that doesn’t grow more conservative with age—and we are the generation of radicals who said “Well-behaved women seldom make history.” Goodbye to going gently into any goodnight any man prescribes for us. We are the women who changed the reality of the United States. And though we never went away, brace yourselves: we’re back!

We are the women who brought this country equal credit, better pay, affirmative action, the concept of a family-focused workplace; the women who established rape-crisis centers and battery shelters, marital-rape and date-rape laws; the women who defended lesbian custody rights, who fought for prison reform, founded the peace and environmental movements; who insisted that medical research include female anatomy, who inspired men to become more nurturing parents, who created women’s studies and Title IX so we all could cheer the WNBA stars and Mia Hamm. We are the women who reclaimed sexuality from violent pornography, who put child care on the national agenda, who transformed demographics, artistic expression, language itself. We are the women who forged a worldwide movement. We are the proud successors of women who, though it took more than 50 years, won us the vote.

We are the women who now comprise the majority of US voters.

Hillary said she found her own voice in New Hampshire. There’s not a woman alive who, if she’s honest, doesn’t recognize what she means. Then HRC got drowned out by campaign experts, Bill, and media’s obsession with All Things Bill.

So listen to her voice:

“For too long, the history of women has been a history of silence. Even today, there are those who are trying to silence our words.

“It is a violation of human rights when babies are denied food, or drowned, or suffocated, or their spines broken, simply because they are born girls. It is a violation of human rights when woman and girls are sold into the slavery of prostitution. It is a violation of human rights when women are doused with gasoline, set on fire and burned to death because their marriage dowries are deemed too small. It is a violation of human rights when individual women are raped in their own communities and when thousands of women are subjected to rape as a tactic or prize of war. It is a violation of human rights when a leading cause of death worldwide along women ages 14 to 44 is the violence they are subjected to in their own homes. It is a violation of human rights when women are denied the right to plan their own families, and that includes being forced to have abortions or being sterilized against their will.

“Women’s rights are human rights. Among those rights are the right to speak freely–and the right to be heard.”

That was Hillary Rodham Clinton defying the US State Department and the Chinese Government at the 1995 UN World Conference on Women in Beijing (the full, stunning speech: http://www.americanrhetoric.com/speeches/hillaryclintonbeijingspeech.htm).

And this voice, age 22, in “Commencement Remarks of Hillary D. Rodham, President of Wellesley College Government Association, Class of 1969” (full speech: http://www.wellesley.edu/PublicAffairs/Commencement/1969/053169hillary.html)

“We are, all of us, exploring a world none of us understands. . . . searching for a more immediate, ecstatic, and penetrating mode of living. . . . [for the] integrity, the courage to be whole, living in relation to one another in the full poetry of existence. The struggle for an integrated life existing in an atmosphere of communal trust and respect is one with desperately important political and social consequences. . . . Fear is always with us, but we just don’t have time for it.”

She ended with the commitment “to practice, with all the skill of our being: the art of making possible.”

And for decades, she’s been learning how.

So goodbye to Hillary’s second-guessing herself. The real question is deeper than her re-finding her voice. Can we women find ours? Can we do this for ourselves?  Our President, Ourselves!

Time is short and the contest tightening. We need to rise in furious energy–as we did when courageous Anita Hill was so vilely treated in the US Senate, as we did when desperate Rosie Jiminez was butchered by an illegal abortion, as we did and do for women globally who are condemned for trying to break through. We need to win, this time. Goodbye to supporting HRC tepidly, with ambivalent caveats and apologetic smiles. Time to  volunteer, make phone calls, send emails, donate money, argue, rally, march, shout, vote.

Me? I support Hillary Rodham because she’s the best qualified of all candidates running in both parties. I support her because her progressive politics are as strong as her proven ability to withstand what will be a massive right-wing assault in the general election. I support her because she’s refreshingly thoughtful, and I’m bloodied from eight years of a jolly “uniter” with ejaculatory politics. I needn’t agree with her on every point. I agree with the 97 percent of her positions that are identical with Obama’s—and the few where hers are both more practical and to the left of his (like health care). I support her because she’s already smashed the first-lady stereotype and made history as a fine senator, and because I believe she will continue to make history not only as the first US woman president, but as a great US president.

As for the “woman thing”?

Me, I’m voting for Hillary not because she’s a woman–but because I am.

RM

February 2, 2008

New York City

 

Ségolène toujours en forme

Ce soir sur la 2, Ségolène Royal était toujours aussi fraiche, aussi belle, aussi énergique et aussi humoureuse qu’en 2007.

L’animateur, Guillaume Durand semblait en être fort irrité, tentant des coups bas laissant filtrer aigreur et ressentiment.

Sérieuse, réfléchie, digne et attentive elle a répondu sans faille à des questions qui avaient été préparées, s’accordant toutefois quelques libertés.

Comme d’habitude, on ne lui a rien passé, témoin cette journaliste dans un mini reportage sur le Voyage de Royal à Bully-les-mines. Se réjouissant de la présence d’un millier de personnes venues la voir dans ce petit bled minier, elle suggéra de le rebaptiser Bully-les mille et la journaliste de rectifier: c’est Bully les mines! Tout le monde sait que Ségo, c’est bêtassine, ce que voulait prouver la journaleuse qui en a été pour ses frais, tout comme ses confrères qui n’avaient rien compris à la poésie de « bravitude » sur la grande muraille de Chine…

Les préjugés misogynes continuent. Ce qui a changé, c’est que Ségolène Royal a peaufiné ses réparties.

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