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GPA. Nées de mère porteuse, elles témoignent

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Le journal Le Parisien vient de publier le témoignage de deux jumelles de 18 ans, nées de mère porteuse et informées de leur origine , ayant rencontré leur gestatrice. Elles posent le problème de leur reconnaissance par l’Etat français. En effet, étant donné l’interdiction de procéder à la gestation pour autrui en France, elles n’ont pas d’identité en France car nées sur le territoire américain, elles ont la nationalité américaine.

Il est donc faux de prétendre qu’elles n’existent pas pour la France où vivent de nombreux citoyens américains en toute légalité. En tant que citoyennes américaines, elles pourraient demander la nationalité française. Leurs parents adoptifs pourraient légaliser l’adoption.

Le sort des enfants nés de GPA à l’étranger pourrait donc être réglé administrativement si les parents étaient de bonne foi.

Le lobby qui milite pour la légalisation de la GPA laisse croire que les enfants nés de ce choix parental et médical seraient en déshérence et privés de droits. C’est un mensonge politique honteux.

La Connectrice

http://www.leparisien.fr/societe/nee-d-une-gpa-qui-osera-me-dire-c-est-horrible-que-tu-existes-14-09-2018-7885803.php

Née d’une GPA : « Qui osera me dire : c’est horrible que tu existes ? »

>Société|Benjamin Jérôme|14 septembre 2018, 10h07|MAJ : 14 septembre 2018, 10h30|7
 Fiorella Mennesson et sa soeur jumelle Valentina, en banlieue parisienne, en juillet dernier.Capucine Granier-Deferre pour Le Parisien Week-End
LE PARISIEN WEEK-END. Fiorella et Valentina sont nées aux Etats-Unis d’une mère porteuse. La gestation pour autrui (GPA) étant interdite en France, l’Etat refuse toujours de reconnaître le lien de filiation entre les soeurs et leurs parents, ce couple français qui les a élevées. Au grand dam des deux filles.

Fiorella et Valentina Mennesson ont décroché le bac, mention bien. Cheveux décolorés, Fiorella ira dans une prestigieuse école d’art. Sa soeur, qui collectionne les paires de baskets dans sa chambre, s’envolera pour Londres suivre un master de gestion des organisations. Deux adultes en devenir, sans histoires… Si ce n’est celle de leur origine.

Les jumelles, 18 ans en octobre, sont nées d’une mère porteuse en Californie à l’issue d’une gestation pour autrui (GPA). Légale en Belgique, en Grèce ou encore en Amérique du Nord, cette pratique reste interdite chez nous, avec des conséquences pour les milliers d’enfants issus de GPA à l’étranger. « Pour la France, Fiorella et Valentina ne sont toujours pas nos filles », rappellent le papa Dominique, qui a fourni les gamètes, et la maman Sylvie.

Malgré un long combat judiciaire mené par la famille et la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme en 2014, les autorités françaises ont toujours contesté la filiation entre le couple et les jumelles.

Lancée cette année, la révision de la loi bioéthique a ravivé les débats houleux autour de la GPA. Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui rendra fin septembre ses propositions sur cette révision, a déjà dit son hostilité à cette pratique, tout comme plusieurs organisations et représentants religieux.

LIRE AUSSI >Cinq questions autour des Etats généraux de la bioéthique

Confronté à ce dossier brûlant, le gouvernement a indiqué qu’il ne proposerait pas sa légalisation. Mais, comme s’y était engagé le candidat Macron, il pourrait favoriser la reconnaissance des enfants nés de GPA à l’étranger. Ce que demandent les jumelles Mennesson. Entretien.

Comment avez-vous appris que vous étiez issues d’une gestation pour autrui ?

FIORELLA MENNESSON. Cela a toujours fait partie de notre vie : nous étions nées d’une gestatrice. On est retournées aux Etats-Unis à l’âge de 4 ans. On savait déjà très bien qui était cette femme, ce qu’elle avait fait pour aider nos parents. Elle s’appelle Mary.

VALENTINA MENNESSON. On connaît même ses enfants et ses trois maris successifs. Gestatrice, ce n’est pas son métier, juste une expérience unique, une façon de rendre service. C’est une amie de notre mère qui a donné ses ovocytes.

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Mary, la mère porteuse, et Sylvie Mennesson, la maman française, en Californie, en 2000. (DR/collection personnelle)

Que représentent ces deux femmes pour vous ?

V. M. Ce sont des amies de nos parents…

Juste ça ?

F. M. Elles nous ont permis d’exister. Grâce à elles, nos parents sont devenus vraiment parents. C’est une relation très amicale mais on ne voit pas Mary comme notre mère. Pareil pour celle qui a donné ses ovocytes. Jamais elle n’affirmera que, parce qu’on a des gènes en commun, on lui doit quoi que ce soit.

La GPA fait débat en France. Vous n’avez jamais été confrontées à des réactions négatives ?

V. M. Jamais. Ce n’est pas comme si j’avais braqué une banque. Ceux qui ont des mauvaises réactions n’ont jamais rencontré des personnes nées grâce à la GPA. Qui osera me dire : « C’est horrible que tu existes » ? Pour moi, donner la vie est toujours une belle chose. En fait, ce sont nos parents qui ont souffert, déjà de ne pas pouvoir avoir d’enfant, puis d’être attaqués tout le temps.

F. M. Ces horreurs, ces insultes qu’eux subissent vont systématiquement rappeler à ma mère sa plus grande peur : celle de ne pas être considérée comme notre mère. Nous, on sait très bien que c’est notre maman, qu’on l’aime, mais elle en a beaucoup pleuré. Pour elle, c’était très dur d’aller dans ces tribunaux pour se faire juger.

Elle culpabilise de ne pas vous avoir portées ?

F. M. Non, ce n’est pas ça. Avant de nous avoir, elle a vécu longtemps en se disant qu’elle n’aurait jamais d’enfant, alors qu’elle a tout d’une maman. C’était son rêve de devenir mère.

V. M. La plus grande pression dans ma vie, c’est celle de ma mère pour que j’aie des bonnes notes !

F. M. C’est une blessure émotionnelle. Quand elle fait face à des personnes qui lui crient à la gueule que c’est une voleuse d’enfants, c’est chaud ! Le truc le plus horrible, c’est d’avoir vu ma mère subir autant de violences, de l’avoir vue pleurer et craquer. Comment des gens sont-ils capables de faire ça sans nous connaître ? Moi, je n’ai pas subi cela, mais je vois les commentaires sur Internet. Parfois, on en parle un tout petit peu dans la famille, mais c’est un sujet sensible.

Aujourd’hui, pourquoi prendre la parole ?

F. M. L’hystérie actuelle porte sur la légalisation de la GPA. Mais nous, ce qui nous intéresse, c’est la reconnaissance des enfants. Il y a en France des enfants nés de GPA et cela ne devrait pas être un débat d’admettre qu’ils ont des parents. Si des personnes pensent que ma soeur et moi ne devrions pas être reconnues comme les filles de nos parents, c’est juste cruel et méprisant.

Quel est votre avis sur la légalisation de la GPA ?

V. M. Je ne suis pas pour maintenant, cela créerait trop de polémiques. La France n’est pas prête. Aujourd’hui, les Français ne savent même pas ce qu’est la GPA. Ils imaginent que gestatrice, c’est un métier, mais ce n’est pas le cas. Commençons par la reconnaissance des enfants nés à l’étranger. Après, il faut avancer vers la légalisation.

F. M. Moi, je suis pour aborder la légalisation dès à présent. Dans les pays où la GPA est encadrée, les Etats-Unis ou le Canada, les mères porteuses le font d’abord dans l’idée de rendre service.

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Fiorella et Valentina, avec leurs deux parents, Dominique et Sylvie. (Capucine Granier-Deferre pour Le Parisien Week-End)

Vous comprenez que des gens estiment choquant de recourir au corps d’une autre ?

V. M. Je comprends parce que, pour les femmes, la grossesse est hyper importante. Après, si ma mère n’a pas eu la chance de pouvoir porter un enfant, ce n’est pas de sa faute. Elle aurait préféré nous porter mais, quand tu ne peux pas, tu fais comment ? Tu adoptes ? Impossible en France. Il y a 400 pupilles à adopter et 10 000 demandes.

Il y a souvent un dédommagement financier. Les opposants à la GPA critiquent ce qu’ils estiment être une « marchandisation » du corps

V. M. Il doit y avoir un contrat, comme aux Etats-Unis, mais ce n’est pas juste empocher de l’argent. La mère porteuse doit choisir le couple, voir s’il existe un feeling, être autorisée à avorter si la grossesse la met en danger. Oui, la conception d’enfant est un business acceptable tant qu’il est encadré.

F. M. C’est normal que la gestatrice soit rémunérée. Pour donner la vie, elle donne de son corps, de son temps. C’est important de pouvoir disposer de son corps comme on l’entend. Mais il y a un tabou en France dès qu’on parle de corps et d’argent.

V. M. Sur Terre, tout est question d’argent.

F. M. Pour l’instant, pour bénéficier d’une GPA, il faut aller aux Etats-Unis, payer cher. Seules les personnes les plus favorisées peuvent en bénéficier. Si on permettait la GPA en France, il n’y aurait plus de frais dépensés en voyages. Or l’infertilité n’est pas propre aux milieux aisés.

La Manif pour tous, qui milite activement contre la GPA, évoque le cas de Vietnamiennes enfermées en Thaïlande pour faire des bébés…

V. M. Il faut un encadrement strict, pas la GPA à tout prix. Les faits divers dans certains pays, comme aussi en Ukraine, cela fait peur. C’est en partie pour cela que la GPA peut être mal vue. Les gens imaginent des mères porteuses dans des entrepôts qui enchaînent les grossesses.

F. M. La Manif pour tous est très douée dans l’art de se mêler de ce qui ne la regarde pas. Ce sont toujours des gens qui ont déjà leur vie de famille, leurs enfants, qui viennent faire la morale aux autres, alors que ça ne les concerne pas. D’ailleurs, beaucoup de personnes qui s’expriment sur le sujet n’ont pas fait le choix de devenir gestatrice ou d’avoir recours à la GPA. Il est question ici de notre reconnaissance, de nos états civils, et c’est fou de voir autant de personnes parler à notre place.

Vous porteriez l’enfant de quelqu’un d’autre ?

V. M. Quand j’aurai fait ma vie et tous mes gosses, pour rendre service, pourquoi pas ?

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