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Archives de Tag: viols à Paris

Misogynie. Actes de guerre aux femmes (3)

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Paris : les quartiers où se produisent le plus souvent les viols

 Le Parisien | 21 Janv. 2016, 21h21

 

688 viols (598 sur majeurs et 90 sur mineurs) ont été déclarés aux autorités en 2013 et 2014 à Paris. En moyenne, les agresseurs -tous des hommes quand il s’agit des faits sur majeurs- étaient âgés de 34 ans. Leurs victimes – à 93% des femmes – avaient en moyenne 30 ans.

Les chercheurs de l’observatoire ont minutieusement disséqué toutes les caractéristiques des viols parisiens pour dresser une radiographie très complète. L’enquête révèle notamment que, contrairement aux idées reçues, seulement 12% des viols ont été commis sur la voie publique. La majorité des agressions (74%) ont lieu dans des lieux privés, et notamment dans des habitations. Un constat à rapprocher d’une autre statistique : dans près de la moitié des cas, la victime connaît son agresseur.

Le rapport de l’ONDRP dresse aussi la cartographie des viols dans la capitale. Où l’on apprend par exemple qu’en proportion, les arrondissements les plus concernés sont les Ier, Xe et IXe.  Deux quartiers sont pointés du doigt en particulier : Folie-Méricourt (11e) et les abords de la station Belleville (10e, 19 e, 20e).

Cliquer ici pour voir l’infographie.

Mulhouse : huit mineurs présentés au juge pour le viol d’une ado de 14 ans

01 Juin 2016, 13h08 | MAJ : 02 Juin 2016, 18h11

Mardi à l’aube, huit adolescents, âgés de 13 à 17 ans, suspectés d’avoir participé à un viol collectif la semaine dernière ont été interpellés dans le quartier des Coteaux à Mulhouse (Haut-Rhin). Ils ont été présentés ce jeudi à un juge d’instruction.

Vidéosurveillance et traces ADN

La brigade des mineurs du commissariat de Mulhouse, en charge de l’enquête, a commencé les auditions mardi afin de déterminer le rôle de chacun. Les mineurs ont été identifiés grâce à l’exploitation de la vidéosurveillance du quartier et aux traces ADN laissées sur place. Le parquet de Mulhouse a ouvert, mercredi après-midi, une information judiciaire et saisi un juge d’instruction. Le viol en réunion comme le viol sur mineur de moins de 15 ans sont passibles de 20 ans de prison.

La jeune fille, en état de choc, a fait une tentative de suicide, selon «Les dernières nouvelles d’Alsace». Depuis, elle a été hospitalisée dans une unité spécialisée.

Ce jeudi, les 8 criminels ont été écroués  pour «viol en réunion par violence, menace, contrainte ou surprise»

La jeune fille était toujours à l’hôpital et ses parents ont quitté le quartier.

Le récidiviste Sofiane Rasmouk condamné à la perpétuité

Le Monde.fr avec AFP | 30.05.2016 à 18h44

Sofiane Rasmouk, que les médias ont surnommé « le monstre de Colombes », a été condamné lundi 30 mai à la prison perpétuité. Il était jugé depuis une semaine devant la cour d’assises des Hauts-de-Seine pour tentative de meurtre précédée d’une tentative de viol, viol et vol avec violence, alors qu’il se trouvait en semi-liberté. Il aurait agressé, à deux minutes d’intervalle, deux jeunes femmes qui ne se connaissaient pas, le 7 août 2013 au soir, à Colombes.

Lire aussi :   Procès du récidiviste Sofiane Rasmouk : « le procès d’un homme, pas d’une institution »

Le verdict est conforme aux réquisitions de l’avocat général selon qui « les possibilités de réadaptation » sociale de l’accusé étaient « des plus minces ». « C’est un prédateur sexuel », a-t-il asséné, estimant que l’accusé devait rester enfermé « le plus longtemps possible ». En l’absence de peine de sûreté prononcée par la cour, celle-ci est appliquée automatiquement, soit vingt-deux ans incompressibles.

« Malgré tout », son avocat s’est évertué lundi à souligner son humanité, plaidant pour « une solution juste » afin « qu’il reste un être humain, en vie ». « Il est notre frère, il est comme nous », a plaidé Francis Terquem, provoquant un murmure de protestations du côté des parties civiles.

24 condamnations depuis 2002

Le CV judiciaire de Sofiane Rasmouk, âgé de 28 ans, est déjà fourni : il a déjà reçu 24 condamnations depuis 2002 – essentiellement pour vols, trafic de stupéfiants, outrages ou dégradations, mais aussi pour agression sexuelle.

 L’homme était placé sous le régime de la semi-liberté, déjà condamné par la justice pour agression sexuelle en septembre 2010. Puis, après août 2013, il n’avait pas toujours respecté les conditions de son régime de semi-liberté, sans que son conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation ne s’en soit inquiété.

Contrairement aux affirmations de M. Rasmouk, qui a toujours nié les viols et tentatives de viol mais reconnu avoir porté des coups, Francis Terquem a estimé que son client n’avait « pas voulu tuer » Priscilla, jeune femme qu’il a laissée pour morte en bas de chez elle, mais « la violer, oui ». Invité à s’exprimer en dernier, l’accusé, pourtant prolixe et véhément durant tout le procès, est resté coi dans son box vitré.

Placé dès ses 11 ans à de multiples reprises dans des institutions ou en famille d’accueil à cause de problèmes comportementaux graves, Sofiane Rasmouk a passé moins d’un an hors de prison depuis ses 18 ans.

« L’histoire de Sofiane Rasmouk, c’était l’histoire d’un désastre annoncé. A partir d’aujourd’hui, c’est l’histoire d’une tragédie annoncée », a noté M. Terquem dans sa plaidoirie, eu égard au statut de « pointeur » – violeur – qui promet son client à « un destin bien cruel » en milieu carcéral.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/05/30/le-recidiviste-sofiane-rasmouk-condamne-a-la-perpetuite_4929229_1653578.html#biqWJ3x7olz1GDSl.99

Sur le cas Rasmouk et ses victimes, lire aussi http://ripostelaique.com/cest-taubira-a-massacre-priscillia-laissant-nature-sofiane-rasmouk-multirecidiviste.html

Le Brésil sous le choc après un viol collectif diffusé sur internet

Internautes, militants et personnalités politiques sont en émoi après le viol collectif d’une adolescente à Rio de Janeiro. Certains dénoncent une « culture du viol ». 

« Barbarie » : des internautes jusqu’à la présidence en passant par la presse, le Brésil s’élève depuis vendredi 27 mai contre le viol collectif d’une adolescente à Rio de Janeiro, qui a été filmé et posté sur internet avec des commentaires vantards. 

La vidéo était apparue mercredi 25 mai sur Twitter sur le compte d’un certain@michelbrazil7 (le compte a été supprimé depuis), accompagnée du message : « Ils ont ruiné la fille, vous voyez ce qu’on veut dire ou pas ? Ah ah ah ! » Dans ce petit film tourné avec un téléphone portable, on voit une femme allongée sur un lit, manifestement inconsciente, les parties intimes exposées et saignantes. « Elle a été engrossée par plus de trente mecs ! » dit une voix masculine. « T’as compris ou pas ? Plus de trente ! » ajoute-t-il en riant. La vidéo, devenue virale, a été retweetée au moins 198 fois et a reçu plus de 500 « likes » avant d’être retirée du réseau. Des centaines d’appels au numéro vert du parquet ont dénoncé depuis mercredi la vidéo, les photos et les commentaires vantant le viol collectif présumé.

La police ne sait pas « si les agresseurs étaient 30, 33 ou 36 »

Cette adolescente de 16 ans, présentée par la presse brésilienne comme toxicomane et mère d’un enfant de 3 ans, a, selon sa famille, été victime le week-end dernier de l’acte de vengeance d’un ex-petit ami, qui l’aurait attirée dans un traquenard, droguée et violée, puis donnée en pâture à une trentaine d’autres hommes. L’adolescente, hospitalisée jeudi pour recevoir des traitements préventifs contre les MST, a affirmé à la police avoir été violée par « 33 hommes » armés dans une favela de l’ouest de Rio.

Selon sa grande-mère citée par le quotidien O Globo, elle était en état de choc quand elle est réapparue au sein de sa famille, n’arrêtait pas de pleurer et disait ne se souvenir de rien. « Il existe de très forts indices montrant que la jeune fille a effectivement été violée », a déclaré vendredi le chef de la police civile de Rio, qui attendait les preuves pour confirmer le viol, et qui ne savait pas « si les agresseurs étaient 30, 33 ou 36 ». La police dit avoir identifié quatre personnes soupçonnées d’avoir participé « directement ou indirectement » aux faits. Le site internet G1 donnait les noms de ces quatre hommes, âgés de 18 à 41 ans.

« La culture du viol est très forte au Brésil, elle fait partie de notre quotidien, même si on le nie »

Cette sordide affaire a suscité l’indignation générale. « Je dénonce avec la véhémence la plus absolue le viol de l’adolescente à Rio de Janeiro. C’est une folie qu’en plein XXIe siècle on soit confronté à des crimes barbares comme celui-là », a tweeté vendredi le président du Brésil par intérim, Michel Temer. Il a convoqué pour mardi une réunion de tous les responsables de la sécurité des Etats du Brésil et a promis la création d’un département de la police fédérale spécialisé dans la répression des violences faites aux femmes.

La proposition ne convainc pas les féministes. A l’image de Cynara Menezes, comme le relève Le Monde.fr (article payant) : « Je ne crois pas qu’un gouvernement qui a supprimé le ministère de la Femme soit réellement préoccupé par cette question », écrit-elle. 

Devant l'Assemblée législative de Rio de Janeiro, le 27 mai 2016. 
Devant l’Assemblée législative de Rio de Janeiro, le 27 mai 2016.  (PAULO CAMPOS / CITIZENSIDE / AFP)

Dès sa mise en ligne, cette vidéo a provoqué une avalanche de réprobations, qui popularisaient notamment le slogan « Je lutte pour la fin de la culture du viol. » Le viol collectif « n’est pas hors norme parce que la culture du viol est très forte au Brésil, elle fait partie de notre quotidien, même si on le nie », explique Luise Bello, porte-parole de l’association féministe Think Olga. Preuve de cette « culture du viol », selon Cynara Menezes : « A chaque cas d’agression, quelqu’un vient souligner que la femme portait une jupe courte, qu’elle aime le ‘baile funk’ [une musique jouée lors de soirées dans les favelas] ou consomme de la drogue. Au Brésil, on entend souvent dire que les femmes, les Indiens, les Noirs ‘se victimisent' », regrette-t-elle, citée par Le Monde.

« Cela me fait plus mal à l’âme qu’à l’utérus »

Selon l’ONG Forum de sécurité publique, la police brésilienne a enregistré une agression sexuelle toutes les 11 minutes en 2014. Sachant que seuls 10% des cas sont signalés aux autorités, selon la même association, le nombre des viols au Brésil pourrait dépasser les 500 000 par an, sur une population totale de 204 millions d’habitants. Dans le seul Etat de Rio, 13 viols par jour en moyenne ont été officiellement répertoriés sur les quatre premiers mois de 2016.

Face à l’émoi suscité par cette affaire, la jeune victime a remercié ces soutiens sur sa page Facebook : « Nous pouvons toutes passer par un jour comme celui-là, a-t-elle écrit. Cela me fait plus mal à l’âme qu’à l’utérus qu’il existe des personnes aussi cruelles qui soient impunies ! »

http://www.francetvinfo.fr/monde/bresil/le-bresil-sous-le-choc-apres-un-viol-collectif-diffuse-sur-internet_1475277.html

Culture du viol. Dossier

Publié le

Viol Femmes Information au 0 800 05 95 95. Numéro d’appel gratuit, accessible du lundi au vendredi de 10h à 19h.

INFOGRAPHIES - Première étude sur les victimes de viols à Paris
La palais de Justice, à Paris. Les quartiers où le taux de viol est le plus élevé sont les 1er, 10ème et 9ème arrondissements.@ JACK GUEZ / AFP

Paris : les quartiers où se produisent le plus souvent les viols

Le Parisien | 21 Janv. 2016, 21h21

 

688 viols (598 sur majeurs et 90 sur mineurs) ont été déclarés aux autorités en 2013 et 2014 à Paris. En moyenne, les agresseurs -tous des hommes quand il s’agit des faits sur majeurs- étaient âgés de 34 ans. Leurs victimes – à 93% des femmes – avaient en moyenne 30 ans.

Ces données font partie de l’enquête inédite réalisée par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) que « Le Parisien » « Aujourd’hui en France » dévoile en exclusivité dans son édition de vendredi.

Les chercheurs de l’observatoire ont minutieusement disséqué toutes les caractéristiques des viols parisiens pour dresser une radiographie très complète. L’enquête révèle notamment que, contrairement aux idées reçues, seulement 12% des viols ont été commis sur la voie publique. La majorité des agressions (74%) ont lieu dans des lieux privés, et notamment dans des habitations. Un constat à rapprocher d’une autre statistique : dans près de la moitié des cas, la victime connaît son agresseur.

Le rapport de l’ONDRP dresse aussi la cartographie des viols dans la capitale. Où l’on apprend par exemple qu’en proportion, les arrondissements les plus concernés sont les Ier, Xe et IXe.  Deux quartiers sont pointés du doigt en particulier : Folie-Méricourt (11e) et les abords de la station Belleville (10e, 19 e, 20e).

Retrouvez l’analyse complète de cette enquête dans « Le Parisien » « Aujourd’hui en France » de vendredi

Viols à Paris : les chiffres clés

Profil des victimes

598 viols sur majeurs

90 viols sur mineurs

Age des victimes- de 25: 40.7 %25 – 34: 29.9 %35 – 44: 16.7 %45 – 54: 7.8 %55 et +: 4.9 %
Sexe des victimesHommes: 7.5 %Femmes: 92.5 %FemmesSeries 1: 92.5%

Profil des assaillants

100 % des mis en cause sont des hommes

Lien de connaissanceAucun: 13.0 %Connaissance: 65.0 %Famillle: 22.0 %FamillleSeries 1: 22.0%
NationalitéFrançais: 48.0 %Etrangers: 52.0 %
ActivitéActifs inoccupés: 44.0 %Actifs occupés: 47.0 %Inactifs: 9.0 %

Les lieux

74 % des viols dans des espaces privés

Les périodes

70 % des viols la nuit

Crédits : Le Parisien

27% des Français déresponsabilisent le violeur si la victime portait une « tenue sexy »

10h03, le 02 mars 2016, modifié à 15h09, le 02 mars 2016
27% des Français déresponsabilisent le violeur si la victime portait une "tenue sexy"
Image d’illustration.@ FADEL SENNA / AFP
Une étude parue mercredi démontre que les Français ont encore beaucoup d’idées fausses sur le viol. 

Les clichés sur le viol perdurent : pour quatre Français sur dix, la responsabilité du violeur est atténuée si la victime a une attitude provocante et pour deux sur dix « une femme qui dit ‘non’, ça veut souvent dire ‘oui' », selon une enquête Ipsos pourl’association Mémoire traumatique et victimologie publiée mercredi.

« Une sexualité masculine naturellement violente ». Les Français (61%) et les Françaises (65%) considèrent aussi qu’un homme a plus de mal « à maîtriser son désir sexuel qu’une femme », d’après ce sondage qui constitue la première photographie des « représentations sur le viol et les violences sexuelles ». C’est le mythe « d’une sexualité masculine naturellement violente, pulsionnelle et prédatrice », relève l’association présidée par la psychiatre Muriel Salmona.

« Du plaisir à être forcées ». « Loi du silence, déni, impunité, absence de reconnaissance, de protection et abandon des victimes de violences sexuelles règnent encore en maîtres ». Des stéréotypes semblent ancrés chez les jeunes : 30,7% des 18-24 ans assurent que « les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées lors d’une relation sexuelle ». La banalisation de la pornographie sur internet, toujours plus « hard », pourrait expliquer cette opinion, selon l’association.
Presque tous les Français (96%) qualifient à juste titre de viol « le fait de forcer une personne qui le refuse à avoir un rapport sexuel », mais 24% considèrent par exemple qu’une fellation relève de l’agression sexuelle, non du viol.

Le violeur déresponsabilisé. De même, plus d’un Français sur quatre (26%) juge que lorsqu’une victime ne résiste pas aux menaces de son assaillant, ce n’est pas un viol mais une agression sexuelle. Flirter, accepter de suivre chez lui un inconnu, constitue aussi pour 27% des Français un motif de déresponsabilisation du violeur, sur le mode « Elle l’a bien cherché… ». Les sondés mettent également en doute la parole des victimes qui mentiraient pour se venger (32%) ou attirer l’attention (23%).

Les viols en chiffres. Quelque 98.000 viols ou tentatives de viol, dont 14.000 sur des hommes, sont perpétrés chaque année en moyenne. On arriverait sans doute « à plus de 200.000 » en incluant les mineurs, premières victimes des violences sexuelles, selon l’association.

« En France, le viol est à la fois banalisé, minimisé et sous-estimé »

17h02, le 04 mars 2016
Sur Europe 1, la psychiatre Muriel Salmona a réagi au sondage indiquant que 27% des Français déresponsabilisent le violeur.
INTERVIEW

Douche froide mercredi lors de la publication d’un sondage Ispos pour l’association Mémoire traumatique et victimologie. L’étude indique notamment qu’un Français sur quatre déresponsabilise le violeur car la victime « l’a bien cherché ».

La culture du viol. Pour ces 27% de sondés, certains comportements expliqueraient l’attitude de l’agresseur. « Dans la tête des gens, c’est à cause d’une tenue vestimentaire, d’un sourire, parce qu’on est séduisante, mignonne ou qu’on flirte », a déploré la psychiatre Muriel Salmona dans Il n’y en a pas deux comme elle vendredi. Et ce phénomène a un nom. « La culture du viol va mettre en cause la victime ou la culpabiliser », a expliqué la psychiatre pour qui, « le viol est à la fois banalisé, minimisé et sous estimé », en France.

D’autres clichés ont la vie dure. L’étude révèle également d’autres stéréotypes. Ainsi, 61% des Français et 65% des Françaises considèrent qu’un homme a plus de mal « à maîtriser son désir sexuel qu’une femme ». « C’est un stéréotype sur la sexualité masculine qui est vue comme une prédation », a regretté Muriel Salmona.

Autre idée à chasser des têtes, l’idée que l’agresseur est un inconnu, tapis dans les recoins d’une rue sombre. Dans 90% des cas, il s’agit en fait de quelqu’un connu par la victime et même de la famille. Parfois, il s’agit tout simplement du conjoint. « Etre en couple ne fait pas que votre corps appartient à l’autre. Le consentement se fait en dehors de tous liens », a rappelé la psychiatre.

Viols dans les faits divers : ces clichés trop courants

18h00, le 02 mars 2016, modifié à 09h11, le 03 mars 2016

  • Viols dans les faits divers : ces clichés trop courants
Une manifestation lors de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes à Paris, le 25 novembre 2011.@ MEHDI FEDOUACH / AFP
La journaliste Sophie Gourion a créé un blog sur le traitement par les médias des violences faites aux femmes qui, selon elle, a tendance à les dédramatiser.

« Un amour impossible entre un homme de 42 ans et une ado de 14 ans », « Marseille : prison avec sursis pour le médecin tripoteur » (1). Quel est le point commun de ces articles tirés de la rubrique « Faits divers » ? Ils racontent des violences faites aux femmes, tout en colportant des clichés sur le viol. La blogueuse et journaliste Sophie Gourion les compile depuis mardi dans un Tumblr intitulé Les mots tuent. Pour elle, le traitement des violences de genre dans les médias véhicule un « mode de pensée insidieux », qui a tendance à minimiser ces violences et à en déresponsabiliser les auteurs. « La course au clic » et au sensationnel, ainsi que la recherche de titres qui attirent l’attention des lecteurs ont, selon elle, des conséquences non négligeables.

La démarche de la journaliste fait écho à une étude Ipsos publiée mercredi par l’association « Mémoire traumatique et victimologie » sur les représentations que les Français se font du viol. Sa conclusion : « Nous vivons dans une société où la méconnaissance de la réalité des violences sexuelles, de leur fréquence et de la gravité de leur impact traumatique, conduit à les reléguer dans la catégorie ‘Faits divers’ alors qu’elles représentent un problème majeur de santé publique, et participe à la non reconnaissance des victimes et à leur abandon sans protection, ni soin ». Comment les mots de médias participent-ils à la méconnaissance des violences de genre, autrement dit à ce que l’on appelle la « culture du viol » ? Europe1.fr a répertorié les trois clichés les plus courants dans les articles consacrés aux faits divers.

1. Le « drame familial »

L’expression de « drame familial » pour qualifier le meurtre d’une femme (et parfois de ses enfants) par son conjoint est très courante dans la rubrique « Faits divers ». « La séparation tourne au drame familial », peut-on lire dans un quotidien à propos d’un homme qui a poignardé sa fille et sa femme parce que cette dernière voulait le quitter. « Drame familial : le mari mis en examen pour assassinat et viol par conjoint », titre un autre journal au sujet d’un habitant de Savoie qui a violé et tué femme. « Cette expression appartient au champ lexical du théâtre », analyse Sophie Gourion. « Elle fait appel à l’émotion et romance un acte ignoble. »

La blogueuse estime que ces mots mettent l’accent sur l’aspect tragique ou supposé romanesque des faits, avec l’idée que l’auteur des faits est « violent malgré lui ». Elle cite un autre article qui donne un aspect romanesque au meurtre sordide d’une femme par son compagnon, qui ne supportait pas leur séparation : « Une jalousie qui n’est pas un stade extrême de la jalousie, mais relève d’un délire paranoïaque. De celle qui, dans la pièce de Shakespeare, pousse Othello à tuer sa femme Desdemone, persuadé que celle-ci le trompe ».

Dans une tribune publiée en 2014 dans Libération, le collectif de femmes journalistes « Prenons la Une » juge que l’expression de « drame familial » atténue la responsabilité des agresseurs : « La passion, c’est ce qui nous dépasse. Le drame évoque l’accident, et occulte la violence. A chaque fois qu’un(e) journaliste utilise ces termes, c’est l’argumentaire du meurtrier qui est retenu ».

2. Le « dérapage »

Pour Sophie Gourion, « dérapage », cet autre grand classique des faits divers en particulier et des médias en général est un mot qui veut dire « tout et n’importe quoi » et qu’on utilise « dès que quelque chose sort de la route »… Avec le risque de faire passer les violences évoquées pour un fait sans gravité ou un simple écart. Elle cite l’exemple d’un journal qui a posté un article sur une affaire de harcèlement sexuel sur Facebook accompagné du commentaire suivant : « Le vice-président aurait dérapé avec une jeune lycéenne, au cours d’une manifestation de la confrérie ».

Ce terme « minimise complètement l’acte et sous-entend qu’il s’agit d’un fait isolé, alors qu’un cinquième des violences faites aux femmes l’ont été de manière répétée ». La blogueuse considère que cette tendance tient également à la nature de la rubrique « Faits divers » et aux contraintes temporelles des journalistes, obligés d’écrire dans l’urgence. Ils n’ont souvent pas le temps d’enquêter ou d’aller plus loin, ce qui les oblige à raconter les faits hors contexte : leurs articles ne disent pas si de telles violences ont déjà eu lieu ou se sont répétées. « C’est le problème des faits divers », avance Sophie Gourion. « Ces articles se retrouvent entre deux chiens écrasés. »

Le classement des viols ou des violences de genre dans cette catégorie occulte également sa dimension généralisée et sociétale. « Lorsqu’il révèle un phénomène longtemps occulté, le fait divers se transforme en fait de société, il cesse d’être un fait divers, événement inclassable, individuel et insignifiant et devient un phénomène social et collectif », selon l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu,citée dans Le viol, un crime presque ordinaire, d’Audrey Guiller et Nolwenn Weiler.

3. La « drague » et le « dépit amoureux »

Les articles traitant d’agressions sexuelles évoquent parfois une situation de « drague » qui aurait, là aussi, « dérapé ». Comme cette brève d’un site Internet qui décrit le meurtre et l’agression d’une femme comme « une drague qui aurait mal tourné ». Où est la limite entre une tentative de séduction et une agression sexuelle ou un viol ? Elle se trouve dans le consentement de la femme concernée. Cette problématique transparaît dans l’étude d’Ipsos pour « Mémoire traumatique et victimologie ». Moins de la moitié des personnes interrogées (40%) estime qu’il y a viol ou tentative de viol lorsque « à partir du moment où la personne continue à essayer de la forcer alors qu’elle a dit non à plusieurs reprises ».

L’évocation fréquente d’hommes qui agressent des femmes « par dépit amoureux » ou de « ruptures pas encore pleinement consommées » au lieu de viols dérange également Sophie Gourion, qui évoque la possessivité de certains agresseurs. « L’idée du devoir conjugal est encore très répandue. Plus de 55% des violences de genre ont lieu lorsque une femme menace de quitter son partenaire », lâche-t-elle. Pour la journaliste, ce cliché du mâle possessif et incapable de se retenir fait également du tort aux hommes. Dans ce type de langage, « il y a une double violence de genre, pour les hommes et pour les femmes », conclut-elle.

(1) Les exemples cités dans cet article sont tirés du Tumblr Les mots tuent.

SourcesLa plupart des articles réunis dans ce dossier ont été publiés sur le site d’Europe1 à l’occasion de la campagne officielle contre le viol

Une campagne de sensibilisation au viol va être lancée samedi pour combattre les stéréotypes dont les femmes sont trop souvent victimes.

C’est un écœurant parfum de clichés qu’on pensait oubliés. Un sondage, publié mercredi, révèle que près d’un tiers (30,7%) des 18-24 ans assurent que « les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcées lors d’une relation sexuelle ». Pour combattre ces idées reçues, une campagne de sensibilisation, intitulée « Mémoires », va être lancée samedi à la radio.

Quand les clichés forcent au silence. Trois femmes, victimes de viol, y livrent leur douloureux témoignage. Comme Mathilde, la soixantaine, qui s’est tue pendant des années par crainte des « commérages ». « Le frère de mon amie Louise avait insisté pour nous accompagner au bal. Je sentais que je lui plaisais. Une fois rentrés, quand toute la maison dormait, il s’est glissé dans mon lit et il m’a violé », raconte-t-elle, la voix chevrotante. « Se taire 40 ans… Aucune femme ne mérite ça ».

L’objectif de cette campagne est donc, aussi, d’inciter les femmes victimes de viol à parler. La plupart d’entre elles ont toujours du mal à admettre qu’elles ont subi une violence sexuelle. C’est ce qui pourrait expliquer qu’un femme sur dix ne porte pas plainte après un viol.

« Permettre la libération de la parole ». Ce silence pesant peut avoir de graves conséquences sur la santé des victimes. « C’est très important de casser ces stéréotypes pour permettre la libération de la parole pour qu’enfin, les crimes de viols soient punis », souligne le docteur Gilles Lazimi, coordinateur de la campagne. A ces femmes, « il faut leur dire une chose : ‘Je vous crois, il n’a pas le droit, c’est la loi' ».

Un numéro national d’écoute et d’informations existe. Vous pouvez contacterViol Femmes Information au 0 800 05 95 95. Numéro d’appel gratuit, accessible du lundi au vendredi de 10h à 19h.

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